TOUT EST DIT

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mercredi 10 septembre 2014

Compétitivité : François Hollande se trompe dans les chiffres

François Hollande a mis des lunettes un peu trop roses, mardi 9 septembre à l'Elysée. Lors d'un long discours destiné à vanterles mérites des trente-quatre plans de « reconquête industrielle » lancés il y a exactement un an, le président de la République s'est voulu résolument optimiste. 
« Nous avons cassé la spirale infernale de la dégradation de la compétitivité française », a-t-il affirmé devant un parterre de ministres, de patrons, de créateurs, d'ingénieurs et de journalistes. Mieux encore : « Nous avons maintenant commencé la marche en avant », a-t-il assuré. 
Les deux éléments qu'il a mis en avant pour justifier son propos méritent de sérieux bémols. Premier signe de redémarrage évoqué : le dernier classement mondial de la compétitivité établi par le Forum économique mondial. 
Pour la période 2014-2015, la France y occupe le 23e rang, comme en 2013-2014, alors qu'elle avait reculé auparavant durant quatre années consécutives. Une stabilisation, donc, mais en aucun cas un redressement. M. Hollande lui-même a d'ailleurs relativisé la portée de cet indicateur, disant se « méfier »  de ce type de classement, même s'il émane en l'occurrence d'une institution « reconnue internationalement ». 
Les enfumeurs
D'autres indicateurs semblent d'ailleurs montrer plutôt un nouveau fléchissement récent de la compétitivité française. En mai, la part des exportations de marchandises dans l'ensemble de celles de la zone euro a ainsi touché son plus bas niveau historique, à 12,3 %. 
LE TAUX DE MARGE DES ENTREPRISES N'EST PAS EN HAUSSE DE 4 POINTS

Le président a ensuite cité un deuxième signe positif : un taux de marge des entreprises « en hausse de quatre points depuis un an ». Un mouvement « très important », a-t-il déclaré, estimant que le gouvernement avait ainsi « inversé ce qui avait été jusque-là une forme de handicap, pour ne pas dire de malédiction pour notre économie ».

Pareille progression serait effectivement très encourageante… si elle était vraie. Or ici, M. Hollande s'est tout bonnement trompé. Tombé en fin d'année 2013 à 29,5 %, son plus bas niveau depuis 1985, le taux de marge bénéficiaire des entreprises est certes un peu remonté au premier trimestre, selon l'Insee. Mais seulement de 0,5 point, soit 8 fois moins qu'indiqué par M. Hollande. Il a ainsi atteint 30 %. 
C'est d'ailleurs ce qu'indiquait le texte que le président avait sous les yeux. « Le taux de marge des entreprises a commencé à s'améliorer et s'établit aujourd'hui à 30 %, soit la plus forte progression depuis quatre ans », était-il écrit.
Mais le président a mal lu, et la référence aux « quatre ans » s'est malencontreusement transformée en « quatre points » de hausse, reconnaît-on à l'Elysée. Sans doute était-il encore « émerveillé » par le minidrone, le tee-shirt connecté et les autres prototypes innovants qu'il venait de découvrir, comme il l'a dit. « Le chiffre sera corrigé sur la version du discours que nous allonsmettre en ligne », précise un porte-parole.
Un discours exagérément optimiste donc, d'autant que la hausse de 0,5 point prête elle-même matière à discussion. Elle est en effet due uniquement à l'effet du CICE, le nouveau crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi dont les entreprises ont commencé àbénéficier
« Les comptables nationaux ont décidé de considérer ce CICE comme une subvention à la production, ce qui augmente facialement l'excédent brut d'exploitation, explique l'économiste Denis Ferrand, de COE-Rexecode, un institut proche du patronat. S'ils l'avaient intégré plutôt comme une baisse d'impôt, le taux de marge d'exploitation des entreprises n'aurait pas bougé. »