TOUT EST DIT

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vendredi 14 octobre 2011

Imaginons : la Grèce sort de l'euro...

Une semaine de répit. Mardi, la fameuse « Troïka » (Commission de Bruxelles, Banque centrale européenne et FMI) s'est engagée à verser huit nouveaux milliards d'euros promis depuis 2010 au gouvernement d'Athènes. Hier, les députés slovaques ont accordé leur soutien au renforcement du Fonds européen de stabilité financière, ultime vote nécessaire à la mise en oeuvre du plan de sauvetage élaboré en juillet pour consolider la zone euro.

Ce bol d'air ne doit pas masquer les difficultés qui subsistent. Notamment pour la Grèce, installée dans un cercle vicieux « récession - austérité - récession » tant ses objectifs de réduction des dépenses publiques sont considérables. D'autres tempêtes sont à redouter et l'on ne manquera pas d'entendre à nouveau certaines voix préconiser une solution radicale : la sortie de la Grèce de la zone euro.

Certains ont déjà décrit ce scénario par le détail, promettant le rétablissement de la Grèce avec des recettes de grand-mère à la sauce « dévaluation ». La réalité d'aujourd'hui est qu'une telle sortie de l'euro est, à défaut d'être impossible, une hypothèse profondément irréaliste.

Imaginons en effet que la Grèce « sorte » effectivement de l'euro. Qu'une nouvelle drachme soit mise en circulation du jour au lendemain et que l'État grec redevienne apparemment maître de sa politique monétaire : qu'adviendrait-t-il ? Comme dans tous les précédents comparables, aucun commerçant avisé, aucun fournisseur sensé, aucun entrepreneur lucide n'accepterait de se faire payer en drachmes ! Chacun exigerait des règlements en euros (ou en dollars) et non en cette monnaie devenue « monnaie de singe » dès la première minute de son émission !

La Grèce, sortie officiellement de la zone euro, y rentrerait officieusement au même instant. Ses autorités monétaires pourraient alors prendre la mesure de leur impuissance à la tête de cette monnaie qui ne circule pas. Le pays perdrait juste les derniers remparts que l'Europe lui fournissait et sombrerait dans une économie anarchique, sans rentrées fiscales, avec des prestations sociales qui deviendraient du vent, car libellées dans une monnaie sans valeur... Ne parlons pas du cours de la drachme dont la chute vertigineuse serait sans limite, ni du coût « technique » de cette mesure de re-création d'une devise grecque (émission de pièces et billets, campagne de « reprise » des euros...).

En mars 2010, l'économiste belge Peter Vanden Houte avait déjà, avec malice, indiqué combien une sortie de l'euro était une option improbable : « Évoquer la possibilité qu'un pays quitte l'euro, c'est comme si, après avoir fait ensemble une omelette, un pays voulait récupérer ses oeufs. » Dix-huit mois plus tard, cette réalité n'a pas changé.

La seule issue à la crise actuelle est une accélération de l'intégration politique : harmoniser la fiscalité et l'ensemble des dispositions de politique économique, afin de faire émerger un budget européen se substituant rapidement aux budgets nationaux. Dès lors, les eurobonds (obligations européennes) auront une existence concrète et les prêteurs du monde entier s'arracheront les actifs d'une Union européenne devenue second plus gros État fédéral mondial, aux fondamentaux plus sains que ceux du premier, les États-Unis. L'abandon de souveraineté que ce mouvement induira n'est pas indolore, mais il faut se résoudre à accepter cette perspective incontournable : l'euro ou le chaos...

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