TOUT EST DIT

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samedi 15 janvier 2011

Symptôme

L’extrême droite française va changer de visage. Jean-Marie Le Pen quitte la présidence du Front national et se prépare, en cette fin de semaine, à faire élire sa fille, Marine. Cette stratégie dynastique, qui sera sans doute couronnée de succès, ressemble à une promesse : la continuité. Quelques indices de « modernisation » du discours – l’antisémitisme et le négationnisme du père cédant la place aux discours anti-musulmans de la fille – ne changeront rien au fond. Même si Marine Le Pen se préoccupe davantage que le président sortant de la conquête du pouvoir dans les institutions, le Front national va continuer à occuper autour de 10 % de l’espace politique en France, avec quelques hauts comme à la présidentielle de 2002, où il avait pu se maintenir au second tour, mais aussi des bas comme en 2007, où il avait obtenu moins de 5 % aux législatives.

Les bons scores de l’extrême droite, quand ils arrivent, ne marquent pas toujours une adhésion profonde au fourre-tout idéologique du Front national. Hors la préférence nationale, sa constante, la doctrine va, flottante, du libéralisme le plus échevelé à des propositions qui relèvent de l’économie administrée. Comment s’y retrouver ?

Les scores des partis protestataires se nourrissent d’abord de frustrations, alimentées par les promesses non tenues et les échecs des partis de gouvernement. La crise économique et financière a durci le jugement : les responsables politiques, économiques ou des médias, bref les « élites », n’ont rien vu venir. Et surtout on n’en attend rien de bon. La confiance se délite. Un peu partout en Europe, la vague populiste, demandant tout à la fois une baisse de la pression fiscale et une hausse des protections sociales, se répand. L’inquiétude pousse à surréagir devant les incertitudes. La sécurité à tout prix est un thème porteur.

À ce titre, concéder que les démagogues, qu’ils soient de droite ou de gauche, posent de bonnes questions revient à leur céder une partie du terrain. L’enjeu de la présidentielle de 2012, où le Front national espère évidemment jouer le même rôle qu’en 2002, consistera à bâtir des projets crédibles pour vaincre les difficultés actuelles. Sans sacrifier la raison critique, l’éthique démocratique et le respect de l’autre.

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