L’État-providence est à la solidarité ce que le viol est à l’amour. – @Jabial
mardi 17 février 2015
Prostitution : chacun son corps ou corps d’État ?
Les politiciens ont un certain talent pour le timing. Alors qu’on s’émeut des excès que certains d’entre eux commettent derrière des portes fermées, ils se décident à légiférer une fois de plus sur la prostitution pour, justement, fermer la porte aux excès.
Et alors que sont révélées au grand jour leurs parties fines, force est de constater que leurs analyses, elles, manquent de finesse : l’amalgame est fait entre la prostitution et tous les maux qui l’entourent, au point qu’on parle de la « proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel ». L’objectif est simple : « en finir avec le plus vieux métier du monde ». Pour un monde plus bisou, il faut en finir avec les bisous tarifés.
L’objectif est simple, voire simpliste : il est illusoire de penser faire disparaître le plus vieux métier du monde. La prostitution existerait dans le règne animal, notamment chez le pingouin et le chimpanzé. C’est une activité simple, demandant relativement peu de compétences, et répondant à une demande abondante générée par un instinct que tous n’ont pas l’envie ou la force de maîtriser ou la possibilité de satisfaire autrement.
Cette difficulté à satisfaire un instinct naturel chez certaines populations a d’ailleurs conduit Jérôme Guedj, président du Conseil Général de l’Essonne, à proposer l’étude d’une « assistance sexuelle »pour les personnes handicapées. Malgré toutes les précautions langagières pour ne pas apparenter l’assistance sexuelle à de la prostitution, il s’agit de rémunérer des prestations sexuelles pour favoriser « l’éveil et l’accompagnement à la sexualité » de personnes dépendantes. Ne parlons donc plus de prostitution, mais d’assistance sexuelle à personnes non handicapées, et le problème est réglé.
Enfin, pas tout à fait réglé : il faut veiller à ce que la prostitution demeure un échange librement consenti. Et pour cela, il n’y a rien de pire que de confiner la prostitution à l’illégalité. Si les prostituées sont vulnérables aux violences, les empêcher d’être protégées en interdisant le proxénétisme les rend plus vulnérables. Si les prostituées sont victimes de filières de traite d’êtres humains, rendre leur activité illégale renforce la menace et les moyens de pression qu’utilisent ces réseaux pour empêcher leurs victimes de les quitter. On ne peut faire disparaître la prostitution, et le meilleur moyen de protéger celles qui l’exercent est de leur permettre d’exercer cette activité librement. Si elles ont la possibilité de proposer leurs services en toute transparence, les prostituées seront plus en sécurité.
Pour les mêmes raisons, criminaliser la consommation et la vente de produits stupéfiants génère plus de risques pour leurs consommateurs et accroît le pouvoir des réseaux criminels. Demeurent les craintes et jugements moraux.
Notamment la crainte d’une « marchandisation du corps », dans l’idée qu’une activité qui n’a rien de mal en soi deviendrait mauvaise si elle est exercée contre rémunération. Idée qui touche aussi bien la gestation pour autrui que le don d’organes ou la prostitution, et que l’on pourrait tout aussi bien étendre au travail : en utilisant pendant un temps donné mon corps contre rémunération, ne serais-je pas chaque jour en train de m’adonner à la marchandisation de mon propre corps ?
La prostitution serait également immorale. Un client lubrique, le regard plein de vice, ayant pour seul but d’assouvir ses pulsions malsaines auprès d’une victime y perdant sa dignité dans un grand dévoiement de l’amour.
On pourra toujours arguer que les prostituées n’ont pas d’autre choix, et que leurs clients abusent de cette position comme un chef d’entreprise abuserait de ses employés en leur proposant de travailler les soirs et week-ends. Mais si les prostituées n’ont pas d’autre choix, à quoi bon leur interdire le seul choix dont elles disposent, et avec quelles conséquences ?
Et la victime n’en est pas une si elle est consentante. Le caractère dégradant de la prostitution, pour le consommateur ou le prestataire, est un jugement moral, et subordonner la légalité à la moralité est dangereux.
Ne pourrait-on d’ailleurs pas arguer que l’État-providence, qui transforme un bel et noble acte en contrainte, est un dévoiement de la solidarité ? Qu’il est profondément immoral ?
On ne change pas les gens en leur interdisant certains comportements et en leur en imposant certains autres. Les hommes ne deviennent pas vertueux parce qu’on les y oblige, mais par choix. Encore faut-il qu’ils aient le choix.
Interdire et imposer, c’est réduire les choix disponibles pour chaque individu. Pornographie, drogues, prostitution : les citoyens sont responsables de leurs choix, qu’ils en soient fiers, en rougissent ou n’en aient rien à faire. Et ils doivent être libres.
La Grèce claque la porte à un Eurogroupe qui ne comprend plus cette stratégie suicidaire
La réunion de l’Eurogroupe s’est achevée lundi soir sur un échec. La Grèce rejette la proposition d’accord provisoire qui lui aurait donné les moyens de tenir jusqu’au nouveau programme d’aide. Les Européens ne comprennent plus la logique du nouveau gouvernement grec.
Le ministre grec de l’Économie a quitté la réunion de l’Eurogroupe en disant haut et fort que les propositions de l’Europe étaient absurdes, indignes et inacceptables. Les plus optimistes, comme Michel Sapin ou Pierre Moscovici, mettaient l’accent sur la possibilité d’un accord. Peut-être pas lundi certes, mais aujourd’hui ou mercredi. La majorité des autres ministres européens sont restés, eux, franchement pessimistes.
Sans accord, la Grèce ne tient que par des emprunts à très court terme et un taux très élevé.
En risque permanent de défaut de paiement. Qui dit défaut de paiement, dit sortie de l’euro, ce que les Grecs ne veulent pas parce qu'ils n’ont aucun intérêt à en sortir.
Au terme de cette réunion, personne ne voit comment trouver un compromis. En arrivant, les Grecs semblaient avoir fait des concessions importantes dans la mesure où ils ne demandaient plus une annulation de la dette. Ils ont même affirmé qu'ils pouvaient accepter 70% environ du programme actuel des réformes imposées par les créanciers.
Du côté de l’Eurogroupe, on a gommé des textes le terme de "troïka" dont les Grecs ne veulent plus entendre parler pour le remplacer par celui d’ "institutions". Ceci dit, les Grecs savent bien qu’il s’agit des mêmes acteurs : le FMI, la BCE et la Commission européenne. Il n’y pas d’autres solutions pour monter des financements.
Après des heures de discussions, Yanis Varoufakis est revenu en arrière. Juste au moment où il apprenait qu’il y avait encore 30.000 Grecs qui manifestaient dans les rues pour réclamer des actes de résistances pour refuser le maintien du FMI. Il n’a donc pas cédé.
Les Européens ont, eux, des exigences très simples. Ils demandent qu’Athènes termine la mise en œuvre des mesures de redressement qui étaient attachées au deuxième plan d’aide, quitte à le prolonger un peu après le 28 février pour laisser du temps afin de préparer le 3è plan.
Sur ce troisième plan, les Européens sont prêts à réaménager les calendriers de remboursement, ils sont prêts à abaisser les normes budgétaires. Ils restent cependant inflexibles sur l’impossibilité d’annuler les dettes : c’est évidemment incontournable.
L’Europe demande aussi la mise en œuvre d’une réforme fiscale qui reviendrait à créer des impôts et à stopper l’évasion fiscale. La réalité, c’est que les Européens ne veulent pas laisser Alexis Tsipras mettre en œuvre la totalité de son programme et ainsi mette fin à 5 années de gestion budgétaire qui porte ses fruits.
La croissance grecque pourrait être de 2,5 % en 2015 avec une reprise de l’emploi. A partir de là, tout est possible. Sauf qu'actuellement, tout est bloqué pour des raisons strictement politiques. Le gouvernement grec est soutenu par 30.000 grecs qui sont tous les soirs dans la rue. Les gouvernements européens ne peuvent pas offrir aux Grecs ce qu'ils refusent à leur opinion publique depuis des années.
L’Allemagne que l'on avait tellement critiquée et l’Europe du Nord, ont retrouvé la croissance et l’emploi. L’Europe du Sud, L’Espagne, l’Italie et le Portugal vont beaucoup mieux. La Grèce aussi. Reste la France où la croissance est absente, où le chômage continue de croitre. C’est aussi le pays où la rigueur budgétaire a été la moins appliquée.
Loi Macron et frondeurs: le révélateur d’un socialisme obsolète
Il a donc fallu 110 heures pour examiner cette loi Macron que le chef de l’Etat lui-même assure ne pas être « la loi du siècle ». Pourquoi tant de temps ? Version positive : parce que le ministre de l’Economie s’est livré à un exercice inédit de « coproduction législative », qui trouvera une majorité. Version plus alarmante : parce qu’Emmanuel Macron a dû affronter corporatistes, conservateurs et idéologues de tous poils. Des députés au parcours de parfaits apparatchiks ont ainsi pu faire la leçon à un ministre qui cumulait le double « handicap », selon eux, de s’être colleté au monde économique et de ne pas être élu...
C’était assez pour le taxer de libéralisme outrancier, le suspecter de consumérisme débridé, l’accuser de liquider le modèle français et, au final, de détruire des emplois au prétexte d’en créer.
Voilà sans doute le plus inquiétant. A rebours de toutes les réformes votées en Europe et malgré 5,5 millions de chômeurs, les frondeurs ont trouvé des relais, jusqu’au sein de la droite, pour reprendre leur logorrhée passéiste. Comme si la France restait persuadée que le travail, denrée rare, doit être réglementé, contingenté, contrôlé, surprotégé et surtaxé. Comme si la concurrence, l’innovation, la prise de risque et le succès devaient être considérés avec suspicion car échappant au carcan égalitariste de l’Etat.
Cette vision obsolète a poussé le ministre à la prudence. Trop, bien sûr. Mais si elle ne va pas assez loin, la « loi croissance » a eu au moins le mérite de raconter une réalité différente du déni habituel. En filigrane de ses articles, on comprend qu’à trop protéger, on asphyxie ; qu’à trop complexifier, on bride ; qu’à trop légiférer, on étrangle. Une loi Macron II, vite !
vendredi 13 février 2015
L’argent vient à manquer ? Vite, une Cartocrise de nerfs !
Le problème du socialisme n’est pas franchement qu’on crame l’argent des autres ou, encore plus appétissant, la tire-lire de ses enfants (via l’emprunt), mais bien qu’au bout d’un moment, quoi qu’il arrive, on en tombe à court. Et c’est actuellement ce qui est en train de se passer avec comme premier effet la fermeture, modeste mais sensible, des sources de financement des satellites les plus dispensables de l’action publique : les associations lucratives sans but, à commencer par les culturelles.
Ce n’est, bien sûr, que le début. L’austérité, terrible, immonde, omniprésente et d’une violence inouïe, s’abat sur les comptes de la Nation, ceux des collectivités territoriales et des communes qui doivent donc trouver des moyens d’expliquer, aussi calmement que possible, qu’on doit diminuer la distribution d’argent qui coulait jusqu’à présent en flots ininterrompus de la poche du contribuable et de ses petits-enfants directement vers la myriade d’associations culturelles indispensables au vivre-ensemble et à l’édification artistique des masses. Rapidement, on ne compte plus les festivals annulés, les structures qui mettent la clé sous la porte, ou les associations qui disparaissent faute de renouvellement de leurs subventions. Depuis les élections municipales de mars 2014, qui a vu comme un petit frémissement au niveau des communes, c’est l’horreur : ça ferme à tout va !
Et pour prendre toute la mesure de l’hécatombe, Émeline Jersol a conçu une carte. Émeline, c’est la médiatrice culturelle au Boulon, l’un des douze célèbres Centre Nationaux des Arts de la Rue que la France compte sur son territoire et qui sont chargés de la création et de la production artistique dans l’espace public, et d’aider financièrement des artistes et des troupes de spectacle de rue. Vous n’en avez jamais entendu parler ? Vous ne saviez pas que la République, bonne fille, subventionnait le Boulon, le Fourneau, l’Abattoir, le Parapluie, le Citron Jaune, le Moulin Fondu (noms authentiques®) ou les six autres Centre Nationaux pour leur immense travail de support de l’art de rue, des troupes et de leurs créations ? Rassurez-vous, même si vous le payez, ce n’est pas directement l’objet de ce billet. Passons.
Or donc, une carte a été mise en place. Il s’agit d’un projet OpenSource, consultable ici, qui recense l’ensemble des troubles dans la Force, et les présente sur une jolie carte avec des petites gommettes de couleur qui feraient plaisir à Najat. Rapidement connue, la carte a permis d’accumuler les contributions de douzaines d’acteurs du domaine culturel douloureusement conscientisé au problème de robinets qui se ferment et de baignoires qui fuient. Ainsi, le 23 janvier, la carte comprenait (seulement) 48 entrées, mais en une semaine, c’est 71 points qui s’allument sur le territoire français. Quelques jours plus tard, ce sont une centaine de lieux qui montrent l’étendue du désastre culturel français.
Les premières constatations sont horrifiantes : ce sont les secteurs de la musique et des arts de rue qui sont les plus touchés, avec respectivement 19 et 27 festivals salés sucrés ou structures poivrées supprimées. Et pas n’importe quoi ! Il y a du solide, du connu, du festival qui frappe l’imaginaire, cogne dans l’émotion et frappe du chaton-mignon au marteau-pilon pneumatique, comme par exemple Polyfollia, Fort en Jazz, Les Voix du Gaou, Saucisses et Polyphonies, le Film Écologique, les Séquences Buissonnières ou les Oreilles en Éventail (ami lecteur, un festival bidon s’est sournoisement glissé dans la liste. Sauras-tu le retrouver ?).
L’effarement, devant telle liste, pourrait faire croire que la situation est désespérée.
Heureusement, comme le dit le proverbe, même les plus sombres nuages ont une bordure d’argent : alors que le monde du spectacle, de la culture et de l’intermittence du travail traverse une crise sans précédent, on se rappellera à bon escient que le premier ministre, Manuel Valls, avait en début d’année conservé un optimisme raisonnable que les partenaires sociaux parviendraient à un bel accord pour faire tenir encore un peu plus longtemps le régime social des intermittents. Dans la foulée, notre frétillant premier ministre avait décidé de ne pas appliquer l’allongement de la période minimale avant de toucher les allocations (différé d’indemnisation), avec un coût de l’opération (modeste) pour l’État de seulement 100 millions en année pleine (c’eût été dommage de se priver d’une telle gentillesse avec un aussi petit prix).
À ceci s’ajoutera le dégel de deux sous-budgets de la Culture (pour 40 millions) cette année, avec une augmentation en 2016, ainsi que l’assouplissement des conditions ouvrant droit aux indemnités journalières en cas de maladie, de congé maternité ou invalidité, notamment pour les intermittents. C’est une mesure qui, je cite le ministère,
« …contribue également à améliorer la couverture sociale des intermittents du spectacle, en particulier les femmes en congé maternité »
Couverture sociale qui était notoirement connue pour son étroitesse, son coût modeste pour la collectivité nationale et son indispensable utilité pour avoir assuré le monde artistique et lui avoir ainsi permis de faire rayonner la culture française sur toute la planète. Bref : il était temps de récompenser un peu ces créateurs de rêve et d’utopies vivantes, et de compenser leurs misères budgétaires. Voilà qui est fait.
Vous voyez, pas de quoi s’alarmer !
Certes, au niveau des communes, endettées, percluses de dépenses et de coûts faramineux que l’État, impécunieux, refuse à présent de prendre en charge, il va y avoir quelques petites coupes douloureuses pour certaines associations aux noms chantants et aux réalisations que la pudeur nous oblige à qualifier d’inégales. Mais à l’évidence, la République sait que ses petits chatons vont être un peu bousculés et met déjà en place le grand toboggan huilé qui descend jusqu’à la piscine du bonheur (et de fonds publics) sur lequel ils pourront glisser avec de petits cris joyeux en oubliant qu’au bout, la piscine, profonde, est de moins en moins remplie…
Vraiment, à l’évidence, ça va bien marcher.
Minsk, une étape sur la route de Moscou
François Hollande et Angela Merkel ont fait preuve de courage et de ténacité en se rendant dans la capitale biélorusse pour mettre Vladimir Poutine au pied du mur. Ils ont arraché un cessez-le-feu qui, même s’il est le deuxième en cinq mois, constitue un résultat appréciable, après le bain de sang dont les civils ont été les premières victimes depuis un an en Ukraine. Le président et la chancelière ont prouvé une fois de plus que la France et l’Allemagne, lorsqu’elles étaient unies et déterminées, pouvaient soulever des montagnes en Europe. Puisse François Hollande s’en souvenir, lui qui a perdu tant de temps depuis qu’il est à l’Elysée à manigancer des alliances contre Berlin.
Cependant, même suspendu, le conflit ukrainien reste préoccupant. L’accord Minsk 2 ne garantit pas la paix, loin de là, et sa mise en œuvre repose sur la bonne volonté de protagonistes dont la mauvaise foi n’est plus à prouver. Le texte consacre les gains territoriaux des rebelles et contraint l’Ukraine, qui a déjà perdu la Crimée l’an dernier, à renoncer de facto à exercer sa souveraineté sur le Sud-Est. Enfin, il n’apporte aucune réponse à des questions vitales pour l’avenir. Comment l’Europe peut-elle aider l’Ukraine à ressusciter son économie et éradiquer la corruption ? Comment l’Otan peut-elle restaurer une dissuasion efficace contre Vladimir Poutine, qui a montré que, contrairement aux Occidentaux, il n’avait pas peur de recourir aux armes pour restaurer la puissance impériale d’antan ? Et plus largement, comment l’Europe pourra-t-elle renouer un jour une relation de confiance avec la Russie ? Si la longue nuit de Minsk a au moins permis aux Européens de gagner un peu de temps pour ébaucher une vraie stratégie à l’Est, elle n’aura pas été inutile. A condition qu’ils ne laissent pas filer l’occasion.
Esprit du 11 janvier, es-tu là?
A ce degré sidérant d’exploitation du vide sidéral, les Français mystifiés finiront par renverser la table plutôt que de la faire tourner.
Depuis le Indignez-vous ! d’un certain Stéphane Hessel, le président Charlie Hollande n’est pas loin d’égaler l’exploit planétaire. Sans doute pour les mêmes raisons : un prêchi-prêcha progressiste sur fond de béatitude médiatique. Pas question d’aborder les questions qui fâchent et qui sont la cause des massacres de janvier : l’islam radical et l’immigration incontrôlée. Pas question de questionner les ravages de l’islamo-gauchisme tels pourtant que les propos de Coulibaly le second le révélaient crûment dans sa haine assumée « des militaires, des juifs et de la France ». Discours dans lequel un salafiste comme un gauchiste radical pourraient aisément se retrouver. Car les djihadistes à la française sont les avatars monstrueux du laboratoire idéologique occidental dans les éprouvettes desquelles on a versé le bacille de la haine islamiste. Plutôt que de l’analyser froidement, la France socialiste, profitant de la torpeur déconcertante d’une opposition consensuelle, obsédée par le second tour de l’élection présidentielle, a préféré incriminer les Français ségrégationnistes et leur imposer un “vivre-ensemble” dans l’insécurité et l’indignité. Le premier ministre aurait dû avoir le bon esprit de se taire plutôt que de prononcer ce gros mot d’« apartheid », dans lequel tous les revenants de l’idéologie de l’excuse se sont engouffrés allègrement. Puisse l’esprit du 11 janvier ne pas nous annoncer les mauvais esprits des ténèbres.
Percée franco-allemande
François Hollande et Angela Merkel ont rencontré Vladimir Poutine à Moscou au sujet de l’Ukraine. Après cinq heures d’entretien, le Kremlin faisait part « de pourparlers constructifs et substantiels ». Ce voyage en duo est leur première opération conjointe. Il est cependant trop tôt pour parler de “Merkhollande”. Le couple franco-allemand n’a signé aucun texte commun en deux ans et demi mais, lors de sa conférence de presse, François Hollande a parlé de « lien » avec une ferveur nouvelle. « Quand nous sommes ensemble, Français et Allemands, nous avons toute la capacité de la puissance à l’échelle du monde. »
Qui a eu l’initiative de ce voyage ? La France et l’Allemagne avaient déjà tenté d’organiser un sommet à quatre à Astana (Kazakhstan), à la mi-janvier. Projet abandonné en raison de la dégradation de la situation militaire sur le terrain. Un espoir ? Vladimir Poutine est cette fois demandeur. Il l’a fait savoir à François Hollande et aurait donné à Angela Merkel des signes montrant qu’il serait prêt à un compromis. C’est que les États-Unis envisagent de livrer des armes à l’Ukraine. Les ministres de la Défense de l’Otan ont décidé la création d’une force rapidement mobilisable de 5 000 hommes et l’idée d’une longue frontière Russie-Otan est insupportable pour Moscou. Avec la chute du rouble et la baisse du prix du pétrole, les sanctions commencent à peser lourd sur l’économie russe. Les populations souffrent. Poutine veut sortir de la nasse la tête haute, en ayant pris son bénéfice.
« Si nous échouons, une hypothèse qui existe, on pourra dire que la France et l’Allemagne ont fait, en tant qu’Européens, tout ce que deux grandes nations pouvaient faire », a prévenu François Hollande. Il s’adressait moins à l’opinion qu’à celui qui les a sollicités. « Si nous ne parvenons pas à trouver […]un accord durable de paix, nous connaissons parfaitement le scénario : il a un nom, il s’appelle la guerre », a-t-il renchéri, dimanche. François Hollande, Angela Merkel, Vladimir Poutine et Petro Porochenko devaient se retrouver, ce mercredi, à Minsk. Là où des accords avaient déjà été conclus, le 5 septembre, mais jamais appliqués. La négociation s’était alors déroulée entre Kiev et les séparatistes.
Va-t-on arriver à un accord sous parrainage de l’Europe ? Le problème est celui de la définition du statut spécial et de la zone où il sera appliqué. Où sera la ligne de partage ? Celle du cessez-le-feu du 5 septembre ou celle qui inclut les territoires conquis depuis par les séparatistes avec l’aide de l’armée russe ? Le président Porochenko refuse d’abandonner la ville de Marioupol, sur la mer d’Azov. Autre difficulté, les pouvoirs laissés aux séparatistes. La Russie souhaite que ce territoire soit neutre et dispose de larges prérogatives constitutionnelles. Des conditions que n’accepte pas pour l’heure Porochenko. Mais il faut tout faire pour éviter « une guerre totale ».
Comment faire réélire François Hollande
Sarkozy à Juppé : “Il faudrait aussi, cher Alain, se demander pourquoi 30 % de nos électeurs s’apprêtent à voter pour le Front national.” Ils ont été plus de 40 %…
Le second épisode de la partielle dans la 4e circonscription du Doubs est encore plus riche d’enseignements que le premier. Le candidat socialiste, qui avait perdu tant de voix par rapport à 2012, est quand même élu ; la candidate du Front national, qui n’en a jamais réuni autant, est quand même battue. Multipliez les résultats du scrutin par mille et vous obtenez à peu près 30 millions de votants, 15,5 millions de voix pour le candidat de la gauche et 14,6 millions pour celle du Front national. Un écart de moins de 900 000 voix (inférieur à celui qui séparait Hollande de Sarkozy en 2012 — 1,2 million de voix). Pour Hollande, c’est le scénario idéal en 2017 : éliminer la droite au premier tour, se retrouver en face de Marine Le Pen au second — et la battre. C’est ce qui s’est passé dans le Doubs ; reste à “nationaliser” la petite partielle, mille fois plus petite que la présidentielle.
Qu’a donc fait le candidat PS dans le Doubs pour arriver deuxième au premier tour et affronter ensuite la représentante du FN ? Il était le suppléant du ministre de l’Économie, donc solidaire de toute la politique gouvernementale, petit soldat discipliné du parti et par conséquent tout aussi responsable du chômage, de la délinquance, de l’islamisme, du laisser-aller général. À l’image de François Hollande. On le disait en perdition ; il l’était. Et puis les attentats du mois de janvier ont agi comme un sérieux coup d’épée dans les reins de la gauche, donc de Hollande, de Valls et de notre suppléant. De quoi faire penser (à la marge, mais souvent la marge suffit) qu’ils avaient peut-être compris ce qui se passait, de quoi leur donner un peu de nerfs et arrêter la chute — sans qu’ils n’aient rien fait ! Ajoutez à cela la baisse du prix du pétrole, celle de l’euro, la mode grecque contre l’austérité, et les commentaires médiatiques, toujours sensibles au baromètre de gauche, devenaient soudain optimistes, bien que sur le fond rien ne se soit amélioré !
La candidate du Front national n’en a pas fait plus que son adversaire du PS : l’actualité a fait campagne à sa place, le djihadisme transporté sur le sol français, la tolérance à l’égard de l’islamisme sous le prétexte de ne pas faire d’“amalgame”, le marché des kalachnikovs, les statistiques du chômage, etc. Cette circonscription ouvrière et populaire place le FN en tête au premier tour et lui fournit 16 points de plus au second, mais pas au point de le faire gagner. Sa candidate est très déçue, mais pas Marine Le Pen qui, elle, crie victoire — elle sait que, pendant deux ans, elle continuera d’être au centre du jeu en comptant bien faire face à Hollande en 2017.
Grande perdante de ce double épisode, la droite. Aphone avant le premier, pathétique avant le second. C’est finalement Nicolas Sarkozy qui a posé la seule question qui vaille et qui fâche au conseil national de l’UMP, le 7 février (veille du second tour), en s’adressant à Alain Juppé : « Il ne suffit pas de dire que le Front national n’est pas un parti comme les autres, d’appeler à voter contre lui, il faudrait aussi, cher Alain, se demander pourquoi 30 % de nos électeurs s’apprêtent à voter pour le Front national… » Sarkozy ne se trompait que sur un point : ce ne sont pas 30 % des électeurs UMP du premier tour qui ont voté FN au second, mais 40 %, si ce n’est plus. La question était bien posée.
De la droite au sens large dépend qu’elle soit ou non au second tour de 2017. Elle y a toujours été, même fracturée en deux, voire en trois candidatures de premier plan (en négligeant les autres). Mais elle ne risquait rien — Le Pen arrivait derrière. Tout a changé depuis 2002 ; Marine Le Pen est maintenant classée première dans les sondages. Si la droite ne devance pas Hollande, c’est lui qui sera élu.
Comment peut-elle retenir ses électeurs tout en évitant une fracture qui verrait deux leaders se présenter en même temps et déchirer l’électorat (hypothèse suicidaire) ? C’est la question à laquelle la droite doit répondre. Un défi, certes. Mais cela l’invite surtout à travailler sur elle-même, et sur la France : son identité, son unité, sa singularité qui ont fait son destin dans l’Histoire. C’est beaucoup demander. Mais après tout, ce ne devrait pas être si difficile, quand on fait de la politique, de comprendre ce que vous disent les gens.
La malédiction du “sphinx”
Le piège imaginé voilà trente ans par François Mitterrand pour neutraliser la droite n’a jamais aussi bien fonctionné…
Personne n’a oublié les derniers voeux télévisés de François Mitterrand qui, président de la République pour cinq mois encore, avait lancé le 31décembre 1994 aux Français : « Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. » Le moins qu’on puisse dire est qu’il a tenu parole puisque les règles du jeu politique fixées par lui au milieu des années 1980 n’ont pas varié d’un iota.
À la gauche, une mission : favoriser, par sa politique d’immigration, la montée d’un Front national restreignant d’autant l’espace électoral de la droite classique, tout en jetant l’anathème sur quiconque serait tenté de passer un accord avec lui. Et à la coalition RPR-UDF devenue l’UMP, un devoir : celui d’observer sans discuter cet interdit. Au risque de rester structurellement minoritaire…
À ses proches, Mitterrand expliquait alors que, si la classe politique finissait par s’habituer à cette équation, il n’y aurait bientôt plus que deux forces en présence : le PS, seul à incarner la “République”, et le Front national, suffisamment diabolisé pour ne jamais accéder au pouvoir, mais assez puissant pour neutraliser la droite classique.
Là où il est, l’ancien chef de l’État a dû bien rire en observant l’élection du Doubs. Là où nous sommes, il est temps de nous demander si cette imposture n’a pas assez duré. C’est ce que nous faisons cette semaine en consacrant notre dossier d’actualité à la crise de nerfs qui secoue l’UMP… En attendant l’heure de vérité des élections territoriales de mars prochain où tous les sondages donnent l’UMP et le FN au coude à coude !
Debout face à Poutine, couché face au chômage
Il est plus facile de se dresser face au nouveau tsar de Russie que d’apporter des solutions au chômage ou de s’attaquer à la réduction des dépenses publiques.
Quand les Français comprendront-ils enfin à quel point leur président de la République se moque d’eux ? Quand prendront-ils conscience de cette imposture qui consiste à invoquer l’unité nationale pour ne pas aborder les problèmes du pays ? Quand en finira-t-on avec cette mascarade qui a pour nom l’“esprit du 11 janvier” ? Pendant deux heures de conférence de presse, non seulement François Hollande a apporté de fausses solutions aux vrais problèmes soulevés par la montée des communautarismes, les dangers de l’islam radical et les violations au principe de laïcité, mais il n’a pas jugé bon de parler de la dette de près de 2 050 milliards d’euros, du déficit budgétaire qui continue d’augmenter et surtout du chômage qui a frappé 600 000 Français de plus en deux ans et demi de mandat.
Depuis le 11 janvier dernier, la situation quotidienne de millions de Français, en découvert dès le 5 ou le 6 du mois, écrasés par les impôts, angoissés pour l’avenir de leurs enfants et terrifiés par une insécurité grandissante, n’intéresse plus le président de la République. Depuis qu’il a défilé vingt minutes dans les rues de Paris aux côtés de quarante chefs d’État, il se rêve en casque bleu de tous les conflits possibles, en héraut du monde libre et en Kissinger des temps modernes. Après avoir échoué — heureusement — à obtenir des bombardements sur la Syrie de Bachar al-Assad qui constitue maintenant l’un des plus précieux remparts contre l’État islamique, notre “capitaine de pédalo” pense pouvoir faire la leçon à Poutine. Le voilà parti pour nous faire croire qu’il va établir un plan de paix durable entre l’Ukraine et la Russie. Son but n’est pas tant de garantir les frontières d’une Ukraine qui est aussi russe que l’Alsace et la Lorraine sont françaises que de montrer sa volonté de tordre le bras à Poutine. Véritable politique de gribouille tant le nouveau tsar de Russie est sans doute notre meilleur allié dans la lutte à venir contre les islamistes conquérants.
Mais face à la médiasphère parisienne, au microcosme du Café de Flore et aux ténors de la gauche caviar, il est tellement plus facile de se dresser face à Poutine, comme Chirac l’avait fait contre Bush. Qu’elle est grande la capacité de nos dirigeants à transformer nos alliés naturels en ennemis de circonstance ! Il ne faut pourtant pas être dupe. Au milieu des dorures de la salle des fêtes de l’Élysée, il est bien plus facile de faire le fier face au président russe que d’apporter des solutions au chômage de masse qui gangrène la France. Il est bien plus aisé d’annoncer des sommets de la dernière chance pour l’Ukraine que de s’attaquer à la réduction des dépenses publiques. Il est tellement plus noble de vouloir “sauver le monde” plutôt que l’économie française.
Le problème, c’est qu’à ce mauvais jeu politique fait de pure communication et d’improvisation complète, la France pourrait se retrouver deux fois perdante. D’abord en se mettant à dos l’une des principales puissances d’une future grande Europe, qui, plutôt que de s’élargir à la seule Ukraine, irait naturellement “de l’Atlantique à l’Oural”. Ensuite en laissant de côté les réformes structurelles que les Français attendent avec tant d’impatience. De manière à stopper l’ascension fulgurante de la dette, à arrêter ce rouleau compresseur fiscal qui a mis au tapis l’an passé plus de 63 000 entreprises, et surtout à recréer de la croissance ; de la vraie croissance, celle qui crée de l’emploi, des richesses pour tous, de l’investissement et de la confiance. Mais François Hollande aime tellement les chômeurs qu’il a décidé de les multiplier. Il aime tellement la lumière de la diplomatie qu’il s’en trouve aveuglé. Et il aime tellement la duplicité qu’à défaut de s’occuper de la vie des Français, il précipite la mort de la France en lui cherchant des ennemis dont elle se passerait bien.
P.-S. : le 3 février, la justice m’a condamné pour avoir publié le 26septembre 2013 une couverture de votre magazine illustrée d’une “Marianne voilée” avec comme titre « L’invasion ». Parce que Valeurs actuelles a voulu alerter l’opinion sur l’islamisation rampante de la France, nous voilà censurés au même titre qu’Éric Zemmour et cloués au pilori médiatique comme l’a été Philippe Tesson. Je tiens à remercier tous les lecteurs qui se sont manifestés à cette occasion et qui nous ont assurés de leurs encouragements afin de continuer à clamer la vérité en trempant nos plumes dans les plaies du pays. Bien sûr nous avons fait appel de cette décision de justice. Mais votre soutien, sous la forme d’abonnements massifs pour vous et vos proches, nous fera chaud au coeur et montrera à tous ceux qui veulent nous faire taire que vous êtes aussi nombreux que déterminés. D’avance merci à vous tous.
jeudi 12 février 2015
L'Eurogroupe dans l'impasse grecque
Au terme d'une réunion des ministres des finances de la zone euro, en présence du FMI et de la BCE, les Dix-huit ne sont pas parvenus à trouver un accord sur la dette grecque, même une déclaration commune. Une issue presque inédite.
Yanis Varoufakis, le pugnace ministre chauve qui a séduit la foule d'Athènes, est entré dans la fosse aux lions, à Bruxelles. Et comme attendu, de l'Allemagne à la BCE, en passant par le FMI et le fonds de secours européen, les grands fauves de l'Eurogroupe ne se sont pas laissé attendrir: le face-à-face, plutôt lourd, s'est achevé au bout de six heures sans autre promesse qu'un deuxième rendez-vous lundi, dans la même arène.
Le ministre des finances est arrivé de Grèce armé de toute sa défiance. «Nous ne cherchons pas l'affrontement et ferons ce qu'il faut pour l'éviter, avait-il prévenu depuis les bancs du parlement à Athènes. Mais exclure le choc par avance serait montrer que nous n'avons pas la foi de négocier durement». C'est Alexis Tsipras lui-même, tout juste confirmé par un vote de confiance, qui a fixé le mandat de la même tribune: ni retour en arrière, ni crédits européens au prix de ce qu'il appelle la «cruelle» austérité. Avant d'ajouter, sous les applaudissements: «'nous ne discuterons jamais l'extension du plan de sauvetage européen, parce qu'il a déjà échoué» au cours des cinq dernières années.
C'est maigre, négatif et peu propice à la négociation. A Bruxelles, le ministre Varoufakis s'est tenu scrupuleusement à cette ligne. Et il a été incapable de s'entendre avec ses dix-huit collègues de l'euro sur la rédaction, même d'une déclaration commune, une issue presque inédite. Plusieurs brouillons ont circulé. Mais faute d'accord sur les mots, le chef de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a préféré jeter l'éponge. L'idée d'un travail d'experts pour préparer le huis-clos de lundi n'a pas abouti non plus. La conférence de presse finale, annoncée peu après 23 heures, a débuté bien plus tard que minuit. Elle a duré 10 minutes à peine.
Les caisses vides le 28 février
Cette impasse au premier tournant pourrait propulser le dilemme grec à l'échelon supérieur: le sommet européen qui s'ouvre cet après-midi à Bruxelles, en présence pour la première fois d'Alexis Tsipras. Les autres dirigeants européens n'ont pourtant aucune envie de transformer en session de négociation un conclave déjà dominé par la crise ukrainienne et par la lutte contre le terrorisme.
Plus sûrement, le revers rapproche un peu plus la Grèce et son nouveau gouvernement d'un défaut de paiement, faute des financements requis de l'UE et du FMI. Le second plan de sauvetage, signé en mai 2012, vient à expiration le 28 février à minuit sauf prolongation, fût-ce de quelques mois, avec le nécessaire accompagnement d'un plan de réformes et de contrôle budgétaire. A supposer qu'Athènes s'y résolve, la décision devrait être prise au plus tard la semaine prochaine afin d'obtenir le nécessaire feu vert de chacun des dix-huit autres pays, notamment celui du Bundestag en Allemagne.
Mercredi soir, les ministres des finances de l'euro attendaient de la Grèce qu'elle leur soumette au moins des idées neuves pour avancer. «Le point de départ, c'est la poursuite du plan de sauvetage en cours. Et c'est sur cette base que nous verrons s'il est possible ou non de poursuivre notre soutien» financier, avertissait Jeroen Dijsselbloem. Las, selon plusieurs participants, Yanis Varoufakis est arrivé les mains vides, cramponné dans son refus et sans aucune des propositions concrètes qui auraient permis d'engager la discussion. «Il n'y a pas d'accord sur le sujet, il nous faut un peu plus de temps», a reconnu dans la nuit le chef de l'Eurogroupe, plutôt crispé. Pour Pierre Moscovici, le commissaire en charge, l'échange a au moins permis de «clarifier la position» de chacun.
Bruit et silence de Cour
À quoi sert le rapport de la Cour des comptes ? Si c'est pour collectionner les perles de la gestion administrative, alors franchement le rapport ne sert à rien. Autant employer un bon comique et lui offrir un « prime time » annuel, il aura le mérite d'amuser la France.
Si le rapport sert à rectifier un tant soit peu quelques dérives, alors oui, cet exercice vaut la peine de nous alerter pour un meilleur usage de l'argent public. C'est ainsi que, cette année, le rapport pointe pêle-mêle la mauvaise gestion de l'eau, le coût des salaires des fonctionnaires d'outre-mer, la charge des petites stations de ski des Pyrénées, sans oublier la densité inutile des sous-préfectures et le marché de l'électricité.
Le rapport s'est particulièrement concentré sur deux sujets de notre vie quotidienne : les agences de l'eau et la qualité des liaisons des trains Intercités. Concernant l'eau, ce sont les agences de bassin qui sont épinglées pour leur opacité, leur complexité et les conflits d'intérêts qui les minent. Ajoutons l'absence de démocratie citoyenne dans la composition de leur gouvernance, le poids des lobbys pollueurs et on aura compris pourquoi un si lourd chapitre leur est consacré. Autre point : la vétusté des trains Intercités, qui devraient être des outils de qualité sur les grandes distances non desservies par les TGV. La Cour pointe l'obsolescence du matériel, l'inanité et la médiocrité du service, la déficience de la gestion. Un sujet qu'on connaît trop dans le centre de la France avec les liaisons ferroviaires Paris\Clermont-Ferrand et Paris- Toulouse via Limoges.
L a Cour n'oublie pas le déficit de la France et l'objectif impossible des 3 %. Mais elle observe un silence très contestable sur le coût financier de l'engagement de la France pour combattre le djihadisme sur les terrains d'Afrique et du Proche-Orient. Engagement pour lequel la France supporte seule la charge financière, les pays européens étant plus prompts à lui reprocher son déficit (relayés par la Cour des comptes) qu'à mettre la main à la poche pour partager la charge de la lutte contre le terrorisme. n
De l’insignifiance à long terme du politique
Quelle est la place de la politique dans l’évolution de notre civilisation ?
Une étape majeure de l’évolution historique occidentale se situe entre le 14e et le 16e siècle. Des hommes prennent alors conscience qu’ils n’appartiennent plus au Moyen Âge. Il s’agit d’intellectuels comme le poète italien Pétrarque qui prône la redécouverte des auteurs anciens en respectant le texte original grec ou latin. Ces hommes s’aperçoivent que la longue période qui commence au 5e siècle, lorsque s’effondre l’Empire romain d’Occident, arrive à son terme. On appellera Renaissance ce vaste mouvement culturel qui conduit à notre modernité. Mais qui joue un rôle majeur à cette époque ? Ce sont des philosophes, des humanistes (Érasme, Thomas More), des artistes (Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël), des scientifiques (Copernic, Galilée, Francis Bacon), des explorateurs (Vasco de Gama, Christophe Colomb). Sans doute, le pouvoir politique de l’époque peut parfois encourager ces initiatives individuelles. De nombreux membres de la famille Médicis commanditeront de grands artistes et encourageront des humanistes. Mais les Médicis représentent un des cas particuliers de grandes familles patriciennes italiennes ouvertes à la pensée et aux innovations artistiques et techniques. D’une manière générale, le pouvoir politique est surtout un frein à la créativité car il privilégie une vision traditionnelle de l’avenir.
Le politique joue apparemment un rôle majeur dans le cours de notre existence et dans l’histoire humaine. L’histoire du 20e siècle en fournit mille exemples. La révolution bolchevique a transformé de fond en comble la société russe, le fascisme et le nazisme ont conduit à la guerre et à l’extermination de six millions de juifs, la décolonisation a fait émerger un nombre important de nouveaux États. La vie individuelle d’un être humain peut ainsi rencontrer l’histoire et s’en trouver bouleversée. La littérature utilise abondamment ce thème : que l’on songe simplement au docteur Jivago de Boris Pasternak. On pourrait ainsi penser que le destin des hommes est configuré par le politique, que le pouvoir politique construit le devenir historique en fonction de ses projets. Mais il n’en est rien. Notre devenir historique résulte d’une multitude d’initiatives individuelles, certaines d’entre elles pouvant avoir un impact majeur car elles constituent des innovations de portée historique.
Le long terme historique et l’individu
Il suffit de changer d’échelle temporelle pour comprendre le caractère accessoire du facteur politique. Si, au lieu de se focaliser sur l’histoire d’un État ou même d’une civilisation, le regard s’éloigne et observe l’humanité depuis ses origines, il apparaît immédiatement que les péripéties politiques n’ont que peu d’impact sur notre devenir à long terme. Pourquoi les hommes passent-ils du paléolithique au néolithique entre –10 000 et –5 000 dans certaines zones géographiques ?
Parce que certains d’entre eux ont commencé à faire des expériences de culture des céréales ou d’élevage, que ces expériences ont suscité l’intérêt de leurs contemporains et qu’au fil des générations, un nouveau mode de vie est apparu. Cette révolution agricole n’a rien à voir avec le politique au sens très large, c’est-à-dire avec les individus dominants des groupes humains paléolithiques qui proposaient par exemple de migrer d’un lieu vers un autre, ou d’entrer en conflit avec un autre groupe. C’est l’intelligence de quelques individus, n’appartenant vraisemblablement pas au cercle des chefs, qui a permis les innovations déterminant le devenir historique. On peut en dire de même de l’évolution ultérieure pendant le néolithique, avec l’utilisation progressive des métaux (bronze, cuivre, fer) améliorant considérablement l’outillage agricole. Faire progresser les techniques agricoles, c’est permettre aux hommes de mieux se nourrir et d’éviter les famines, et cela est beaucoup plus important que de déclencher une guerre pour accaparer provisoirement un territoire.
La Renaissance est culturelle, pas politique
Une étape majeure de l’évolution historique occidentale se situe entre le 14e et le 16e siècle. Des hommes prennent alors conscience qu’ils n’appartiennent plus au Moyen Âge. Il s’agit d’intellectuels comme le poète italien Pétrarque qui prône la redécouverte des auteurs anciens en respectant le texte original grec ou latin. Ces hommes s’aperçoivent que la longue période qui commence au 5e siècle, lorsque s’effondre l’Empire romain d’Occident, arrive à son terme. On appellera Renaissance ce vaste mouvement culturel qui conduit à notre modernité. Mais qui joue un rôle majeur à cette époque ? Ce sont des philosophes, des humanistes (Érasme, Thomas More), des artistes (Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël), des scientifiques (Copernic, Galilée, Francis Bacon), des explorateurs (Vasco de Gama, Christophe Colomb). Sans doute, le pouvoir politique de l’époque peut parfois encourager ces initiatives individuelles. De nombreux membres de la famille Médicis commanditeront de grands artistes et encourageront des humanistes. Mais les Médicis représentent un des cas particuliers de grandes familles patriciennes italiennes ouvertes à la pensée et aux innovations artistiques et techniques. D’une manière générale, le pouvoir politique est surtout un frein à la créativité car il privilégie une vision traditionnelle de l’avenir.
La révolution industrielle ne doit rien à la politique
Lorsque débute la révolution industrielle, ce sont encore des individus créatifs et entreprenants qui imaginent l’avenir : les dirigeants des manufactures, les penseurs de l’économie, les chercheurs. En choisissant des exemples dans l’histoire de France, on peut se poser quelques questions iconoclastes. La révolution française de 1789 a-t-elle joué un rôle essentiel ? Les absurdes guerres de conquête napoléoniennes ont-elles eu la moindre importance durable ? Les réponses sont évidemment négatives car de nombreux autres pays ont connu des péripéties politiques radicalement différentes pour aboutir aujourd’hui à un mode de vie et à un niveau de vie similaires aux nôtres. Le siècle des lumières et ses philosophes ont préparé culturellement une évolution profonde de la société mais sa mise en œuvre est le fait d’innombrables initiatives individuelles qui se manifestent dans le système de production et la recherche scientifique. En France, les politiques n’ont fait que caricaturer une pensée orientée vers la liberté pour aboutir finalement à la dictature de Robespierre puis à celle de Napoléon Ier.
Sciences, techniques et économie déterminent l’avenir
Lénine, Staline, Hitler, Mussolini et tous les psychopathes assoiffés de pouvoir ont évidemment moins d’importance que Louis Pasteur, Alexander Flemming et même que mère Teresa ou que l’abbé Pierre. Les premiers auront exercé un temps leur capacité de nuisance en assassinant des millions d’hommes, mais il ne restera rien d’eux dans quelques siècles. Les seconds ont permis à des centaines de millions d’êtres humains de se soigner et de guérir ou sont venus donner un exemple d’élévation morale tout à fait hors du commun. Ils resteront dans nos mémoires car leur action se prolonge encore. Quant aux leaders politiques des démocraties, qui ont le bon goût – justice leur soit rendue — de nous éviter le goulag, ils sont très vite oubliés. Demandez à des français pris au hasard de vous citer un Président du Conseil de la Troisième République. Vous n’obtiendrez que très peu de réponses et la plupart de vos interlocuteurs ignoreront ce qu’est un Président du Conseil. Leur action est d’ailleurs un échec cuisant puisqu’elle aboutit au second conflit mondial. La gauche prétendra que l’instauration des congés payés et de la semaine de 40 heures en 1936 par Léon Blum est une avancée sociale considérable. Certes, mais tous les pays développés ont connu, à peu de choses près, la même évolution sociale. Celle-ci provient donc davantage de la croissance économique et du progrès technique, qui améliore la productivité, que du facteur politique. Autrement dit, en détournant le credo marxiste selon lequel les infrastructures économiques déterminent les superstructures juridiques, on pourrait affirmer que le progrès du capitalisme détermine le progrès social. Notons au passage que si la pensée marxiste dévalorise le politique par rapport à l’économique, la praxis marxiste lui accorde un rôle majeur. L’action ne s’embarrasse pas de subtilités doctrinales.
La révolution technologique actuelle et la réticence des politiques
La révolution technologique qui débute à la fin du 20e siècle (technologies de l’information et de la communication, biotechnologies, sciences cognitives et leur synthèse en NBIC) se diffuse dans la société par l’action d’entrepreneurs qui ont le sens de l’histoire et qui comprennent bien avant le monde politique les bouleversements que peuvent induire certaines innovations techniques. Ce sont bien les Bill Gates, Steve Jobs, Steve Wozniak, Larry Page, Sergueï Brin, Jeff Bezos qui ont créé les entreprises configurant la communication planétaire contemporaine. Mais ces grands noms ne représentent que les réussites économiques majeures. Ce sont en réalité des millions d’initiatives individuelles qui, en se concurrençant et en se conjuguant, ont fait émerger l’écosystème numérique dans lequel nous vivons. L’attitude des politiques a été suiviste, réticente ou normativiste. Que de sottises n’a-t-on pas entendu ces dernières années à propos du livre numérique ou de la presse en ligne ! C’est la peur de voir disparaître les secteurs traditionnels de l’édition ou de l’imprimerie qui domine chez les politiques, pas du tout une vision de l’avenir s’appuyant sur les fabuleuses potentialités de la révolution technologique en cours.
Les petits subterfuges des politiciens
En France, des ministres à l’esprit étriqué n’ont eu de cesse de chercher à s’opposer à Google ou Amazon par de petits subterfuges règlementaires sans avenir et facilement contournés. Aurélie Filippetti a été la risée du monde entier en interdisant la gratuité des frais d’expédition à Amazon par une acrobatie juridique. Elle a raté sa pirouette : Amazon a obtempéré avec des frais de… 1 centime. On pourrait en dire autant des ministres du budget en ce qui concerne l’optimisation fiscale, pratique tout à fait légale consistant à mettre les États en concurrence pour réduire la charge fiscale. La vision du futur semble déterminée chez ces politiques par une idéologie qui ne correspond en rien au monde actuel. Ils agissent donc, pitoyablement, en vue de construire une société conforme au dogme. En vain, bien entendu : tout ce monde de la politique à l’ancienne sera supplanté par les hommes libres et leur prodigieuse créativité. Ce sont les individus qui dessinent peu à peu l’avenir par leur capacité de réflexion, d’expérimentation et d’innovation. Le futur constitue toujours une surprise et ne se décrète pas. Il est absurde de prétendre construire la société de demain à partir d’une réflexion sur le présent conduisant à des prescriptions éthiques et politiques préétablies et intangibles. Car les hommes sont incorrigibles : ils feront toujours prévaloir leur liberté. L’intelligence, leur spécificité, ne se conçoit que dans la liberté. Le charme de la vie, c’est l’ouverture vers l’avenir conçu comme une aventure de la liberté individuelle.
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