TOUT EST DIT

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mardi 10 septembre 2013

Apprendre à user du chéquier

Apprendre à user du chéquier


Si vous vous demandez quels sont les secteurs économiques porteurs en France, cochez, sans hésiter, la case « soutien scolaire ». Et pour le coup, cela ne vous coûtera rien, pas même le tarif horaire moyen (36,50 €) du soutien à domicile ou dans les organismes privés. Plus sérieusement, l’explosion de cette activité du soutien scolaire, qui générerait un chiffre d’affaires annuel de 2,5 milliards d’euros dans notre pays, démontre à la fois la faillite du système éducatif et le fossé qui, toujours, se creuse un peu plus, dès qu’il est question d’éducation, au sein de la société française. Des belles paroles de Jack Lang aux promesses de Nicolas Sarkozy, aucun gouvernement, de gauche comme de droite – laquelle n’a jamais hésité à envoyer sur ce front des ministres centristes qui n’ont pas fait mieux – personne n’a réussi le défi de « l’école de la réussite pour tous ». Le trio Hollande-Ayrault-Peillon ne fera pas mieux. Malgré sa tentative, pour une fois concrète, d’aller plus loin qu’un simple rafistolage avec la loi sur la Refondation de l’école. Subsistent cependant trop les réalités des années 80 plaçant les séries générales au sommet de la pyramide, puis les filières technologiques et, quand on ne sait plus quoi faire de l’élève, la voie professionnelle. Une hiérarchie qui s’est imposée tant parmi le corps enseignant que dans les familles. C’est ce système qui aboutit au fait qu’un collégien sur cinq et un lycéen sur trois ont, selon un sondage TNS Sofres, recours au soutien scolaire. Les enseignants sont mal payés et peu considérés ? Alors qu’eux-mêmes peinent à transmettre leur foi en l’Éducation nationale, il ne faut pas s’étonner que les Marchands du Temple aient trouvé une porte d’entrée. Loin de la solidarité entre voisins qui prévalait il y a plusieurs décennies – et pouvait rapporter quelques pièces – le soutien scolaire est aujourd’hui une activité organisée. Méritant même le statut d’auto-entrepreneur, qui « est un gage de sérieux (du marketing) pour inciter les prospects à vous contacter », précise un site spécialisé. Le sujet est tabou, mais deux réalités s’imposent : tandis que les familles qui en ont les moyens ont, souvent à tort, l’impression de pallier, moyennant un beau chèque, aux manquements de l’Éducation nationale, certains enseignants trouvent aussi dans le soutien scolaire une source, pas toujours déclarée, de revenus complémentaires.

Rentrée sociale : en ordre dispersé

Rentrée sociale : en ordre dispersé
À chaque semaine, sa rentrée. Après la rentrée politique fin août, la rentrée scolaire la semaine dernière, c’est donc, aujourd’hui, jour de rentrée sociale. Un retour sur le pavé en ordre dispersé et un très fort absentéisme à craindre dans les manifestations organisées sur le thème des « salaires, de l’emploi et des retraites ». Difficile, pourtant, de trouver un thème de manif plus fourre-tout, comme si cet appel à descendre dans la rue au sortir de l’été était devenu un rendez-vous festif traditionnel, sorte de pendant au 1er Mai où le folklore l’emporte déjà sur la problématique sociale.
En veillant à ne pas employer le terme d’échec qui pourrait froisser les syndicats (CGT, FO, FSU et Solidaires), le gouvernement n’a pas caché, depuis plusieurs jours, qu’il ne craint pas la mobilisation d’aujourd’hui. D’abord parce que la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC ne s’y sont pas associées, ces organisations considérant que le projet de réforme des retraites présenté fin août par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, est peu ou prou équilibré et répond à un impératif. Plus grossièrement, l’exécutif a réussi, sur le dossier des retraites, à étouffer dans l’œuf tout risque d’une rentrée sociale explosive en épargnant les fonctionnaires et autres bénéficiaires des régimes spéciaux. Ceux-là, majoritairement électeurs de gauche, ne seront pas dans la rue.
Le gouvernement aurait cependant tort de se réjouir trop vite. D’abord parce que le débat parlementaire à venir s’annonce délicat. Et aussi parce qu’à l’heure où les Français reçoivent leurs avis d’imposition, le pays ne cesse de gronder à propos du pouvoir d’achat. Lequel suit une courbe inversement proportionnelle à celle des impôts. Si la courbe du chômage doit s’inverser d’ici la fin de l’année sous l’effet des emplois aidés, tout reste à faire pour l’équipe Hollande. Compétitivité des entreprises, réduction des déficits à l’heure du « ras-le-bol fiscal », situation dans les banlieues… Sans même parler d’une intervention militaire en Syrie dont ne veulent pas les Français, ce ne sont pas les dossiers explosifs qui manquent. Et rien ne dit que les Français attendront les rendez-vous électoraux du printemps prochain pour exprimer leur mécontentement. Un automne tempéré sur le plan social n’a jamais empêché que le pays ne s’enflamme lorsque l’hiver fut venu.

Matzneff : vous avez dit valeurs républicaines ?

 Matzneff : vous avez dit valeurs républicaines ?

Sous la IVe République, nous autres, garçonnets et fillettes d'origine russe, italienne, espagnole, arménienne, avec nos noms souvent difficiles à écrire et à prononcer, nos parents qui se rendaient régulièrement à la préfecture de police pour le renouvellement de leur carte de séjour, et, pour certains d'entre nous, nos religions réputées exotiques, nous savions, sans que personne au collège, au lycée, nous en parlât, ne pas être des petits Français semblables aux autres. Cela ne nous dérangeait pas outre mesure. Et ceux d'entre nous qui n'étions pas catholiques romains jugeaient naturel le fait que les fêtes religieuses officielles fussent celles de l'Église catholique, que l'aumônier fût un prêtre catholique. Nous étions petits, mais il n'était pas nécessaire d'avoir l'âge d'étudier à Sciences-Po pour savoir que la France était un pays catholique, et que l'école fût laïque n'effaçait d'aucune façon cette prééminence historique, culturelle du catholicisme dans la société française.
Nos professeurs étaient volontiers agnostiques, parfois marxistes, mais dans le secondaire ils nous faisaient étudier Polyeucte, lire Pascal et, en classe d'histoire, celle de la France ne commençait pas en 1789. Les rois qui avaient durant 1 000 ans construit la France étaient étudiés, leurs bonnes oeuvres louangées, et,Alexandre Dumas aidant, nous étions nombreux parmi les fils d'émigrés à nous réputer mousquetaires, à nous sentir plus français que d'Artagnan lui-même, et, en cour de récréation, à galoper en criant "Vive le roi !" Il faut dire qu'à l'époque on ne nous cassait pas les oreilles avec "les valeurs de la République". Je suis même certain de n'avoir jamais entendu, lorsque j'étais enfant et adolescent, cette expression "les valeurs de la République" dans la bouche d'un proviseur ou d'un professeur. Quand ceux-ci voulaient nous donner des leçons de civisme, ils se contentaient de nous enseigner l'amour de la France.

Le pouvoir soviétique s'est employé à lobotomiser le peuple russe

En 2004, lors d'un "Forum de la réussite des Français venus de loin" organisé au Palais-Bourbon (il y avait là le fameux savant d'origine asiatique, la fameuse actrice d'origine maghrébine ; moi, je portais la casquette de l'écrivain d'origine russe), je fus frappé par l'insistance avec laquelle certains orateurs mettaient l'accent sur ces "valeurs de la République". C'était la première fois que j'entendais des hommes politiques de tous bords, droite et gauche confondues, faire de ces "valeurs de la République" un vrai synonyme de "patriotisme", et cela m'intriguait car, à tort ou à raison, ce mot de "République" me semblait réducteur, ne serait-ce que parce qu'il excluait implicitement de la communauté nationale ceux d'entre les citoyens français qui auraient, par exemple, des convictions monarchistes. De fait, au cours de cette journée, tous les exemples historiques donnés par les organisateurs furent des exemples postérieurs à la révolution de 1789, comme si avant celle-ci la France n'existait pas, comme si l'an zéro de la République était aussi l'an zéro de la France, comme si l'État n'avait rien d'autre à proposer aux nouvelles générations d'enfants d'immigrés que ces froides et abstraites "valeurs de la République".
Certes, pendant 70 ans, d'une manière sanglante, implacable, le pouvoir soviétique s'est employé à lobotomiser le peuple russe, à le couper de ses racines culturelles et spirituelles, à lui faire croire que cela seul qui importait, c'étaient désormais "les valeurs du marxisme-léninisme", à interdire aux enfants chrétiens de porter au cou leur petite croix de baptême. Vu la catastrophe inouïe que constitua cette hystérique tentative de décervelage (je pense que la Russie mettra au moins un demi-siècle pour panser ses blessures, réparer les dégâts, et c'est une des raisons pour lesquelles je conseille aux intellos parisiens d'être un peu plus mesurés dans les jugements sévères qu'ils se permettent de porter sur l'actuel gouvernement russe), je n'imagine pas une seconde que notre ministre de l'Éducation nationale, M. Vincent Peillon, puisse désirer quoi que ce soit de comparable pour la France.

Faire aimer Louis XIII et les mousquetaires, l'histoire de France, Alexandre Dumas

M. Peillon m'objectera que l'époque du président Hollande n'est plus celle des présidents Auriol et Coty, qu'aujourd'hui les enfants d'immigrés ne sont plus des petits Européens, qu'espérer faire aimer Louis XIII et les mousquetaires, l'histoire de France, Alexandre Dumas, à de jeunes Maghrébins est une illusion, que ce qu'il faut à ces gens-là, ce sont des terrains de football et des lois qui interdisent aux professeurs de parler de Dieu, de l'Église, de Jeanne d'Arc, de saint Vincent de Paul, de la victoire de Rocroy.
Je suis désolé, monsieur le ministre, mais je juge cela injurieux vis-à-vis des jeunes musulmans. Une des femmes que j'ai le plus aimées était une lycéenne française d'origine marocaine, d'un milieu très simple. Elle ne jouait pas au football, mais elle lisait Baudelaire et Dostoïevski. Certes, son amant écrivain y était peut-être pour quelque chose, mais, même sans ma présence dans sa vie, cette adolescente de tradition mahométane aurait, j'en suis sûr, été capable de découvrir les beautés de la culture de l'Europe - qui est un mixte de culture gréco-latine païenne et de culture judéo-chrétienne -, de devenir, grâce à ces enrichissantes, épanouissantes beautés, pleinement française.

TOUJOURS DANS LA PRESSE





EN VRAC DANS LA PRESSE





Grève pour les retraites : Français, syndicats, gouvernement, tous perdants ?

Alors que la cote de popularité de François Hollande est en berne, la journée de mobilisation du mardi 10 septembre contre la réforme des retraites aurait pu cristalliser tous les mécontentements. Pourtant, elle s'annonce très peu suivie. Francetv info vous explique pourquoi. 

Les syndicats ne devraient pas faire le plein

Il est loin le temps où les syndicats unis pouvaient revendiquer 2,5 à 3 millions de manifestants, contre le projet de loi Woerth, qui a repoussé l'âge légal de départ à la retraite à 62 ans. C'était il y a trois ans, à trois jours près, le 7 septembre 2010.
Cette fois-ci, les syndicats sont divisés, et la barre des 3 millions apparaît bien trop haute pour être atteinte. Les organisations syndicales reconnaissent à demi-mot que la partie s'annonce compliquée. Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de gauche, Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste français, et Olivier Besancenot, du Nouveau Parti anticapitaliste, appellent à rejoindre les manifestations aux côtés de la CGT, de FO, de la FSU et de Solidaires. En revanche, la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC (cadres) soutiennent le texte du gouvernement et ne défileront pas.
Pour Guy Groux, directeur de recherche au Centre de recherches politiques de Science Po (Cevipof)"la division syndicale est à l'image de la division de la gauche". De plus, estime-t-il, "si la mobilisation connaît une faible ampleur, c'est avant tout que les bases les plus mobilisables, épargnées par la réforme, n'ont pas de raisons de manifester". Les fonctionnaires et les bénéficiaires des régimes spéciaux, plutôt peu concernés par la réforme, devraient ainsi être beaucoup moins nombreux à défiler qu'habituellement. L'impact de la grève devrait être, de la même façon, assez limité dans les transports, annonce Le Monde

Les Français résignés

61% des Français trouvent justifiées les manifestations de mardi contre la réforme des retraites, selon le baromètre OpinionWay publié dimanche par Metronews.D'après un sondage CSA pour L'Humanité, 81% des interrogés se disent également inquiets pour leur retraite, et 69% jugent que la réforme proposée par le gouvernement va plutôt dans la mauvaise direction. Cependant, ils ne devraient pas être très nombreux à battre le pavé. 
Pour Guy Groux, "l'opinion publique est ambivalente. D'un côté, comme le montrent les sondages, elle est solidaire du mouvement social, mais de l'autre, une partie de la population, par fatalisme, résignation ou conviction, est persuadée de la nécessité d'une réforme et n'ira donc pas manifester."

Le gouvernement prudent

Cette première mobilisation de la rentrée est scrutée de près par le gouvernement, même si ses membres interrogés dimanche se sont montrés confiants. Le ministre du Travail, Michel Sapin, a ainsi minimisé l'importance de la mobilisation, affirmant sur France 5 que les organisateurs de la journée d'action ne visent pas une"confrontation" avec le gouvernement, mais "demandent une modification" du projet de réforme. Il a assuré que le texte n'était "pas figé", même si "les grands principes sont posés".
Cependant, une inconnue demeure et sera tout particulièrement scrutée par le gouvernement : la participation de la jeunesse. La CGT comme FO ne manquent pas de souligner que la réforme cible surtout les jeunes. Un argument relayé par l'UMP. Et même si la rentrée universitaire n'a lieu que fin septembre, l'Unef, le syndicat étudiant majoritaire, a d'ores et déjà appelé à manifester aux côtés de Jeunesse ouvrière chrétienne et de Génération précaire pour dénoncer "43 annuités" qui ne prennent pas "en compte les années de formation et d'insertion"
Pour Guy Groux, "il n'y a aucun risque mardi pour le gouvernement, qui s'est montré extrêmement prudent en préservant les régimes spéciaux et les fonctionnaires." Le gouvernement va-t-il sortir sans égratignures de cette mobilisation ? Pas tout à fait, estime Jean-Marie Pernot, chercheur à l'Institut de recherches économiques et sociales, dans Les Echos : une faible mobilisation "ne sera pas forcément une bonne nouvelle pour le gouvernement. Si la contestation ne s'exprime pas dans la rue, elle risque de s'exprimer plus tard dans les urnes et d'alimenter le vote Front national."



Syrie : François Hollande peut-il sortir du piège de l'intervention ?


Exception dans un monde qui rechigne de plus en plus à intervenir en Syrie, François Hollande semble s'obstiner. Pourquoi ?
Aujourd’hui, suite aux preuves dont le gouvernement disposerait sur la responsabilité de Bachar El-Assad dans les attaques à l’arme chimique survenues le 21 août dont ont été les cibles trois faubourgs à l’ouest de Damas, le débat fait rage en France sur l’opportunité d’intervenir ou non militairement en Syrie. Contrairement au Mali, où un large consensus fut obtenu pour l’intervention lancée, la classe politique Française semble cette fois-ci très divisée à droite comme à gauche et l’opinion publique est à 68 % hostile à toute forme d’intervention militaire.
Alors que le Parlement Britannique, par son refus de s’associer à une action militaire a infligé un vrai revers à Cameron, et qu’Obama a préféré solliciter d’abord le feu vert du Congrès et du Sénat avant de lancer une quelconque opération, quelles motivations poussent le Président Français à persévérer tout seul dans l’affirmation de sa détermination à punir le régime en place. Au-delà des intérêts dits ou cachés ou des arguments brandis, justifiés ou non, se trouve-t-il piégé par… lui-même ? De quoi s’agit-il ?

Les pièges de la décision

Suite à la mise en attente par une standardiste, fusse-t-elle accompagnée d’une belle musique, qui n’a pas été confronté au dilemme suivant : est-il temps que je raccroche mon téléphone ou dois-je continuer à patienter ? La prise de conscience du coût en temps perdu, doublée de l’espoir que cette attente devrait bientôt s’achever, pousse à persister dans celle-ci augmentant, du même coup, le coût déjà supporté.

Et cet étudiant ayant choisi une filière qui découvre rapidement qu’elle ne correspond aucunement à ses attentes, va-t-il décider, comme le bon sens le supposerait, d’interrompre les études entreprises ou va-t-il, sous prétexte d’être « quelqu’un qui va toujours au bout de ce qu’il entreprend » ou pour satisfaire à une exigence parentale, les poursuivre jusqu’à leur terme, quitte d’ailleurs ensuite à se réorienter dans une autre direction ?
Dans ces deux exemples, la personne est confrontée à un piège classique de la prise de décision qui s’intitule : « Je me suis trop engagé pour faire machine arrière ». Si je raccroche ou si je change de cursus en cours de route, la prise de conscience que tout le temps déjà consacré l’aura été pour rien, pousse à persévérer dans une direction qui, en définitive, accroît le coût dont je me plains. Ils relèvent tous d’un même processus d’adhésion des personnes à leurs décisions dans le seul besoin d’attester du bien-fondé de celles initialement prises et d’en affirmer le caractère rationnel.
Les choix politiques n’échappent malheureusement pas à la règle. Qu’il s’agisse de grands travaux (le concorde, les abattoirs de la Villette et bien d’autres) ou du déclenchement d’une guerre (Vietnam pour les américains, Afghanistan pour les Russes), le piège de l’engrenage est tout aussi enfermant pour les décisionnaires. Quand les prévisions budgétaires pour achever tel ou tel projet sont largement dépassées ou quand le nombre des victimes atteint des sommets intolérables, face aux voix qui s’élèvent afin d’arrêter la gabegie ou de stopper l’enlisement militaire, d’autres voix vont, sous prétexte que l’argent déjà dépensé ou les lourdes pertes en soldats et en matériel déjà subies l’auront été pour rien, réclamer d’accorder les rallonges budgétaires nécessaires et d’engager davantage les armées dans la guerre.
Si le politique persiste, ce n’est pas simplement par consistance comportementale (montrer qu’il est fiable, ce qui en soi est louable), mais parce qu’il s’était engagé à le faire. Les chercheurs en psychologie sociale* ont mis au jour, qu’après avoir pris une décision, qu’elle soit justifiée ou pas, « les gens ont tendance à persévérer dans un cours d’action, même lorsque celui-ci devient déraisonnablement coûteux et ne permet plus d’atteindre les objectifs fixés ». Ceci devient plus vrai encore quand les décisions s’accompagnent d’un sentiment de liberté c’est-à-dire que les personnes ont le sentiment d’avoir elles-mêmes librement décidé du comportement à tenir. Ces chercheurs parlent alors de « soumission librement consentie ».

Intervenir, mais pour quels intérêts ?

Les responsables français doivent, avant de décider d’une intervention punitive et dissuasive, faire une analyse exhaustive des intérêts de notre pays. Quels sont les intérêts que la France voudrait défendre relativement à la crise internationale qui se joue depuis deux ans en Syrie et qui a déjà provoqué plus de 110.000 morts et autres destructions matérielles de sites et de villes ?
Les intérêts avancés pour justifier une intervention Française sont les suivants :
1- Faire respecter la convention sur l’interdiction des armes chimiques signée par tous les pays de la planète, sauf 5 dont la Syrie, et ne pas créer de précédent d’un recours à ces armes sans sanctions. C’est la fameuse « ligne rouge » à ne pas franchir sous peine de sévères représailles définie par Obama. En effet, cette violation donnerait un signe négatif encourageant à d’autres pays tentés à leur tour de s’en servir ou au pouvoir syrien, s’il est prouvé qu’il l’a fait, de recommencer.
2- Protéger les populations civiles et empêcher le massacre d’innocents au nom des valeurs de défense des droits de l’homme.
3- Bénéficier d’éventuelles promesses de contrats d’armements futurs de la part des deux protagonistes arabes qui sont en faveur d’une intervention militaire mais qui préfèrent la voir conduite par d’autres pays qu’eux, l’Arabie Saoudite et le Qatar.
Il n’y a en Syrie aucun autre des intérêts classiques de la France : contenir les terroristes de Al Qaïda, défendre la sécurité d’Israël, sécuriser ses approvisionnement en pétrole.
Les Intérêts pour ne pas intervenir
1- Risquer de trop affaiblir le pouvoir en place et voir les fondamentalistes islamistes renverser le régime et établir une république islamique. Sur ce plan, il s’agit d’un intérêt divergent avec les États-Unis qui veulent faire tomber Assad pour priver l’Iran d’un allié. Alors qu’il s’agit d’un intérêt convergent avec la Russie qui redoute l’extension de l’islamisme.
2- Protéger les minorités notamment chrétiennes. Les exemples des Chrétiens massacrés en Irak et en Égypte après la chute des dirigeants en place, sont encore présents dans les esprits.
3- Ne pas mettre en danger les forces Françaises stationnées au Liban et menacer gravement la cohabitation, déjà au plus mal, dans ce pays.
A partir de cette analyse, nos décisionnaires doivent définir l’objectif qu’ils poursuivent pour satisfaire les intérêts bien compris de la France. Ensuite, comme tout bon stratège, ils doivent, avant d’agir, définir et évaluer toutes les options qui sont à leur disposition pour mettre fin au bain de sang et aux destructions.
Dans le cas de la Syrie, il y en a cinq :
1-      L’inaction, humainement inacceptable face au nombre de victimes qu’on dénombre chaque jour depuis deux ans.
2-      Intervention militaire lourde destinée à provoquer la chute du régime Assad. Elle  recueille peu d’adhésion dans les opinions publiques.
3-       Intervention « limitée » sous forme de frappes punitives sur des cibles désignées (stocks d’armes chimiques, bases aériennes) dont l’efficacité dissuasive n’a pas été démontrée par le passé.
4-       Armement des rebelles (à condition de bien choisir lesquels) avec le risque de favoriser les radicaux islamistes et une alternative pire que le pouvoir actuel. Toutes les informations semblent indiquer que les États-Unis et la France le font déjà.
5-       Il en reste une, que beaucoup jugeront peut être comme naïve, que peu de voix portent, qui a été envisagée puis repoussée : recourir plus que jamais à la diplomatie tous azimut avec un autre type d’armes, la négociation à partir des intérêts de tous les acteurs. Elle devrait favoriser une alternative politique avec une période transitoire permettant l’émergence d’une opposition représentative capable d’endosser les habits du pouvoir. Elle avait achoppé à cause du préalable posé par la France et les États-Unis exigeant l’exclusion d’Assad de la négociation et provoquant ainsi une crispation de ses positions et une désolidarisation de la Russie.

Chat échaudé craint l’eau froide

Les options 2 et 3 pour acquérir une légitimité doivent normalement se faire sur la base juridique d’une résolution de l’ONU. Or, cette voie était perdue d’avance. Pourquoi ?
Un proverbe oriental dit : « la corde du mensonge est courte ».
Les Russes ont eu le sentiment de s’être fait avoir quand ils s’étaient ralliés il y a deux ans à une motion favorable à une intervention aérienne en Libye. En effet, à aucun moment il n’était question de renverser Khadafi (ce n’est pas qu’il ne le méritait pas) mais uniquement de protection des populations civiles. Et pourtant, une fois l’action déclenchée, et dès que l’objectif initial fut atteint, les forces de la coalition occidentale emmenées par la France ont sur leur lancée élargi leur objectif à celui d’abattre le dictateur.

Les Russes ont ainsi été victimes d’une technique de manipulation bien répertoriée, « le pied-dans-la-porte » qui consiste à obtenir d’abord l’accord pour une petite chose avant de demander un service plus grand. Du coup, les portes d’une résolution à l’ONU sans veto Russe, même pour des frappes limitées, étaient cette fois définitivement closes. Le manipulé a de la mémoire, et on ne lui fait pas deux fois le même coup.
Quant aux sondages, pourquoi montrent-ils des opinions publiques non seulement en France mais surtout en GB et aux EU, hostiles à toute intervention militaire et réclamant avant tout la publication des preuves des experts de l’ONU ?
Hormis la crise économique dont ils souffrent et les coûts pour leurs pays qu’ils anticipent, c’est le précédent Irakien qui ici a joué à fond. Rappelez-vous, des soi-disant preuves brandies par Colin Powell agitant une fiole contenant de l’anthrax lors d’une réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU en janvier 2003. Le mensonge ayant été depuis avéré sur l’ensemble des arguments avancés par Bush pour justifier la guerre lancée en Irak – détention d’armes de destruction massive (on les cherche encore), soutien aux terroristes (Saddam Hussein était l’ennemi juré de al-Quaïda), soustraire un peuple à un tyran (combien d’attentats et de morts depuis qu’il a été écarté) et instaurer la démocratie (demander au peuple Irakien s’il se sent plus libre)- la crainte de se faire une fois de plus manipulé sème le doute et la suspicion.

La France peut elle encore éviter le piège en privilégiant une solution politique ?

Les chercheurs qui ont théorisé les pièges de la décision recommandent, pour éviter de tomber dans l’engrenage, que ça ne soit pas la même personne qui prenne une décision et qui en évalue les effets en vue de son éventuelle reconduction. Tout le monde le dit, la Syrie, ce n’est pas le Mali.
Dès lors, n’est-il pas dommage que le Gouvernement n’ait pas opté exceptionnellement de recourir au vote du parlement pour se donner une voie de sortie honorable de l’engagement d’intervenir qu’il s’était empressé de prendre ? Il aurait évité de se retrouver piégé tout seul dans une intervention dont on peut se poser la question de son adéquation et sa pertinence par rapport aux intérêts bien compris de la France.  Car la diplomatie qui veut modifier les réalités du terrain, sauf à être utopique, ne peut être guidée uniquement sur des considérations morales relatives aux Droits de l’Homme. La France ne peut de surcroît se permettre d’être la seule à les porter même si, pour exister sur la scène internationale, la seule frappe dont elle dispose, vu son rang sur le plan économique qui recule année après année, est désormais d’ordre politique.
Il est vrai qu’en Syrie comme ailleurs au Proche Orient, il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autre, les méchants. La multiplicité des puissances régionales (Israël, Iran, Turquie, Arabie Saoudite, Qatar) et internationales (Russie, Chine, États-Unis) qui interfèrent pour faire avancer leurs intérêts propres, oh ! combien contradictoires, rendent la situation, et donc sa résolution, toujours plus complexe et le terrain plus miné qu’on veut bien le dire.
Dès lors, s’il apparaît que la guerre n’est pas la solution, la diplomatie devient la voie. Ce ne sont pas les émotions, fussent-elles plus qu’appropriées, qui règlent les affaires internationales. C’est la capacité, en fonction d’un rapport de forces donné, à concilier les intérêts contradictoires et multiples. Compte tenu de la détérioration des relations entre Russes et Américains, la France pourrait être en pointe sur le plan d’une solution diplomatique négociée en favorisant la prise en compte des intérêts des Russes en Syrie :
1- Commerciaux : préserver leur client en armes le plus important ;
2- Militaires : protéger leur base navale à Tartous ;
3- Économiques : barrer la route à la concurrence potentielle du Qatar qui projette, en passant par la Syrie, de fournir l’Europe en gaz ;
4- Politiques : freiner l’extension de l’islamisme et ne pas à leur tour risquer d’être accusés de non respect des droits de l’homme en Tchétchénie ou ailleurs.

En conclusion

Il ne s’agit aucunement d’être naïf en niant le caractère répressif ou violent du régime syrien. Il s’agit encore moins de ne pas être conscient, que dans la « nouvelle guerre froide » que se livrent la Russie et les États-Unis, Poutine cherche à engranger des avantages tactiques face à Obama. Mais le dialogue et la coopération internationale pour régler les crises doivent inlassablement être poursuivis et tentés.
Avec sa lettre au président du G20 pour promouvoir une solution pacifique grâce à une conférence de paix pour la Syrie, l’appel du Pape François a-t-il une petite chance d’être entendu sans hâtivement être repoussé comme le soutien à un dictateur ?
Et vous, si vous étiez à la place de Hollande, quelle serait votre décision ?
*Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, par Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, éd. PUG.




Retraites, une passion française


Combien seront-ils cette fois à battre le pavé ? Organisée mardi 10 septembre par quatre syndicats (CGT, FO, Solidaires et FSU), rejointes par des organisations de fonctionnaires, de retraités, et de jeunesse, et soutenue par l’extrême gauche, la journée d’action contre la réforme des retraites crû 2013, qui inclut aussi des mots d’ordre de défense des salaires et de l’emploi, s’annonce peu suivie. Mais elle aura lieu. Et sans doute aura-t-elle une suite, comme l’a déjà annoncé Thierry Le Paon, le numéro un de la CGT.
Car plus que tout autre, la question des retraites s’est imposée comme une arlésienne de l’agenda social. Mis à part la réforme Balladur de 1993, qui, adoptée en plein été, a peu mobilisé, toutes les autres se sont soldées par de véhémentes réactions du corps social. Tant en 1995, où l’économie fut paralysée plusieurs semaines, qu’en 2003, où les taux de grève des fonctionnaires avaient été très forts, ou en 2007, où les cheminots s’étaient fortement mobilisés contre la réforme des régimes spéciaux. Surtout, à l’automne 2010« on a assisté à une des plus fortes mobilisations sociales du XXe  siècle », rappelle Stéphane Sirot, professeur d’histoire sociale à l’université de Cergy-Pontoise.

UNE CONQUÊTE SOCIALE TRÈS FORTE

Alors pourquoi ces traumatismes nationaux à répétition ? « D’abord,analyse Stéphane Sirot, c’est sans doute sur les retraites qu’il y a le plus de réformes depuis 1993. Surtout, à chaque fois, on amoindrit les protections, d’où un ressentiment très fort. » Ensuite, poursuit l’historien,« les retraites renvoient à un phénomène de société très profond. Alors que les régimes de retraite existent depuis cent ans, jusqu’aux Trente Glorieuses, peu de gens vivaient assez vieux pour en profiter longtemps. L’augmentation de l’espérance de vie, y compris en bonne santé, a changé les choses. Alors, quand, en 1981, l’âge légal de départ a été abaissé de 65 à 60 ans, la retraite est devenue non plus la fin de la vie, mais une période de l’existence où on pouvait enfin vivre tranquillement pendant une vingtaine d’années. C’est une conquête sociale très forte. »
Or si l’allongement de la vie n’est pas spécifique à la France, la concomitance de cette évolution avec le choix politique de baisser l’âge légal en 1981 l’a été. Enfin, estime Guy Groux, directeur de recherches au Cevipof, chez nous, « les retraites font partie du patrimoine social car elles renvoient au compromis social de 1945 », qui a donné naissance à la Sécurité sociale.

POUR UN GOUVERNEMENT, LE DOSSIER EST TOUJOURS MINÉ

Bref, autant dire que, pour un gouvernement, le dossier est toujours miné. Du coup, « à la différence de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne,reprend Guy Groux, les autorités politiques françaises, de droite comme de gauche, se sont toujours montrées d’une grande prudence ».Notamment quand il s’agit de modifier les régimes des salariés du public, où se retrouve le gros des troupes militantes des syndicats.
Reste que, ajoute le chercheur, « depuis quelques années, la société s’est peu à peu résignée à la nécessité de réformer, c’est peut-être ce que Raymond Barre appelait la “pédagogie de la crise” ». Circonstance aggravante, rappelle Stéphane Sirot, « hormis la mobilisation de 1995 et de 2006 contre le Contrat première embauche, les mouvements sociaux se sont soldés par une succession d’échecs ». Y compris la mobilisation des cheminots en 2007 et celle contre la fin du départ à 60 ans en 2010. Enfin, la création du service minimum a légèrement atténué l’impact des grèves dans les transports.
Bref, les chercheurs ne croient guère à la réussite de la journée d’action de mardi. D’autant qu’à la différence de 2010, les syndicats sont désunis, la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC ne participant pas. Pour Guy Groux, certes, « il y a de la déception vis-à-vis du gouvernement, mais je ne vois pas ces mécontentements s’agréger alors que les gens vont s’exprimer en votant l’année prochaine ». Et « comme l’allongement de la durée de cotisation intervient après 2020, les mots d’ordre ne sont pas très fédérateurs, poursuit Stéphane Sirot. La seule inconnue, c’est la mobilisation des jeunes, toujours difficile à prévoir. Mais je ne vois pas l’Unef, très proche du PS, se mobiliser vraiment contre un gouvernement socialiste. »
NATHALIE BIRCHEM  

Pouvoir d'achat : le malaise grandit à gauche


À l'approche des élections municipales et européennes, les socialistes redoutent de décrocher avec leur électorat. François Hollande cherche une mesure pour redistribuer du pouvoir d'achat aux bas revenus.
La question est abrupte. C'est un député socialiste de premier plan qui la pose: «Voyez-vous aujourd'hui une seule raison pour que notre électorat se déplace et vote pour nous aux municipales et aux européennes?» Cette angoisse de décrocher avec leurs électeurs, beaucoup la partagent au PS. Car, pendant leurs courtes vacances d'été, les députés n'ont cessé de se faire interpeller, sur les marchés ou en famille, sur un seul thème: que fait le gouvernement pour le pouvoir d'achat des catégories populaires? Celles qui ont largement participé à la victoire de François Hollande lors de l'élection présidentielle de 2012.
Cette question a récemment provoqué la résurgence du débat sur la défiscalisation des heures supplémentaires. Mais, ne pouvant donner l'impression de renouer avec la mesure emblématique du «travailler plus pour gagner plus» de Nicolas Sarkozy, et donc de se renier, François Hollande l'a vite refermée. «En supprimant la défiscalisation des heures supplémentaires, nous avons fais la même erreur qu'avec les 35 heures: une réforme cathédrale devant laquelle l'ensemble des socialistes sont invités à s'incliner sans réfléchir», s'agace un parlementaire. À des proches, le président de la République le reconnaît: «Nous avons été trop vite sur la défiscalisation des heures supplémentaires». Les sondages sont éloquents: 71 % des Français se disent «plutôt favorables à un retour à la défiscalisation (…) car cette mesure augmenterait le pouvoir d'achat des salariés et valoriserait le travail et l'effort», selon une enquête Ifop pour Sud-Ouest Dimanche.

Redistribuer du pouvoir d'achat aux bas revenus

La mesure permettait aux personnes qui en bénéficiaient de s'assurer un complément de revenu. Selon Camille Bedin, secrétaire générale adjointe de l'UMP, quelque 9 millions de salariés avaient ainsi gagné 500 euros net de plus par an. Or la disparition de ce revenu complémentaire a nourri le ressentiment des catégories populaires à l'encontre du pouvoir socialiste. D'autant qu'entre lecrédit impôt compétitivité (Cice) ou la réforme des retraites, ce sont les entreprises qui ont pour l'instant bénéficié de l'ensemble des mesures de redistribution.
«Hollande a du pif, veut croire un député. Il sent monter le truc». Le chef de l'État a demandé à Bercy de rechercher une mesure pour redistribuer du pouvoir d'achat aux bas revenus. «Une réflexion est en cours. Les arbitrages ne sont pas rendus», a assuré la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem. Ils le seront à l'occasion de la présentation du budget 2014. À temps pour permettre aux socialistes de renouer avec l‘électorat populaire? «Cela ne nous évitera pas de grandes difficultés aux municipales et aux européennes», redoute un socialiste qui dit s'attendre, pour ces scrutins, «à une bérézina».

lundi 9 septembre 2013

"Hollande a présumé de ses forces pour la Syrie"

"Hollande a présumé de ses forces pour la Syrie"

Quel besoin François Hollande avait-il donc de se fourrer dans le piège, dans le guêpier syrien ? Sans doute, et au pire, un besoin de reconnaissance, d'affirmation de soi-même propre à ces ambitieux qu'on a trop longtemps humiliés. Au mieux, un élan sincère d'indignation. Les deux peut-être. Rien n'est blanc ni noir. Si d'aventure les faits devaient lui donner raison, nous ferions amende honorable. Mais pour l'instant, il apparaît qu'il a présumé de ses forces et agi avec une excessive précipitation.
Car indignés, nous le sommes tous. Mais une action politique ne peut pas être uniquement fondée sur la morale. Cette conception vertueuse du gouvernement des hommes est éminemment respectable. Mais toute conduite morale est vaine, voire dangereuse, si elle ne s'accompagne pas d'une évaluation judicieuse des risques encourus et des moyens dont on dispose pour l'entreprendre, faute de quoi elle aboutit à un fiasco qui affaiblit le justicier.
Sa présomption a trahi Hollande. La prudence élémentaire lui imposait de s'assurer, avant de s'engager, des conditions indispensables au succès de son engagement. Avec qui s'engager ? Jusqu'où ? Et ensuite ? Le spectacle qu'il a donné de son isolement au sommet du G20 fait peine à voir, en dépit des efforts qu'il a déployés pour obtenir de quelques-uns de ses pairs, notamment européens, quelques gages symboliques qui lui permettent de sauver timidement la face. Mais il sort affaibli de cette épreuve, contraint à se soumettre à la loi de l'ONU après l'avoir jugée superflue et à celle d'Obama, en face d'un Poutine inflexible, d'une Merkel hostile et d'une Europe plus que jamais désunie. Il s'offre en cible privilégiée de la haine d'Assad et porte aux yeux du monde, en compagnie d'Obama, la responsabilité d'un éventuel embrasement du Moyen-Orient. C'est beaucoup...

Hollande désavoué par le peuple

Le peuple français désavoue cette aventure (ce rêve ?) Il le fait sans haine. Il le fait pour les motifs que nous venons de dire. Par raison. Par bon sens. Par prudence. Mais par impatience aussi. Car il attendait autre chose de François Hollande, il attendait que celui-ci remplît les promesses qu'il lui avait faites, il attendait tout simplement une amélioration de ses conditions de vie. Cela relève certes d'une ambition plus prosaïque que la sauvegarde de l'ordre mondial et le respect des droits de l'homme. Mais il s'agit aussi de droits légitimes et honorables, qui s'appellent l'emploi, le pouvoir d'achat, la sécurité...
On conviendra que ce gouvernement ne néglige pas les efforts à faire dans ces domaines. Mais son efficacité est jusqu'à présent assez peu probante. Ce ne sont pas ses intentions qui sont ici en cause, ce sont d'abord ses discours, très au point pour ce qui est de justifier louvoiements, contradictions, ajournements et tumultes internes. Ce sont ensuite ses choix politiques, à nos yeux contestables. C'est surtout une confusion dans l'action, celle-ci perçue comme opportuniste, désordonnée, hâtive et non hiérarchisée. On va prendre un exemple qui est d'actualité brûlante et qui concerne la sécurité : la situation à Marseille.

Hollande montre trop d'arrogance

Comment s'étonner que les Français aient le sentiment que le président de la République porte plus d'intérêt à Damas qu'à Marseille ? Si son souci est d'éviter que le FN nea s'enracine à Marseille, que ne fait-il ce qu'il faut ? Est-ce que la sécurité ne figurait pas comme une priorité après l'emploi et le pouvoir d'achat dans son programme ? Est-ce que le rétablissement de l'ordre à Marseille n'était pas et depuis longtemps une urgence absolue ? Est-ce que les socialistes ne connaissaient pas mieux que personne les données du problème posé par Marseille ? Est-ce qu'ils ont utilisé les moyens propres à trancher dans le vif de ce problème, s'agissant aussi bien du marasme économique et social de la ville que de la corruption, causes majeures de l'anarchie qui y règnent ? Ne se sont-ils pas contentés de répondre ponctuellement à chaque fait divers meurtrier par le discours, l'affichage et l'esbroufe ? Fallait-il attendre seize mois, essentiellement consacrés à dénoncer la responsabilité de la droite, pour proposer un "pacte national", manoeuvre dérisoire d'opportunité politique à six mois des municipales ? Est-il décent qu'à la réunion des élus marseillais samedi dernier aient participé deux personnalités socialistes, et non des moindres, poursuivies par la justice ?
Hollande et son gouvernement sont les auteurs de leur propre malheur. Le président de la République a montré trop d'arrogance et de prétention dans ses engagements et trop de désinvolture dans la conduite de sa politique. Léger dans l'affaire syrienne, pusillanime à Marseille : deux variantes de l'irresponsabilité. L'autorité exige le sérieux

Les mots et les remèdes

Les mots et les remèdes


Nul ne le contestera : en cette rentrée scolaire 2013, le ministre de l'Éducation nationale n'aura pas été avare de grands mots. Il y a même chez Vincent Peillon une propension à l'emphase républicaine. Ainsi a-t-il placé la « première rentrée de la gauche » sous le signe de la « refondation de l'école de la République ». Cela lui a valu une écoute compréhensive de la communauté enseignante et, plus particulièrement, des syndicats qui ont décidé de prendre leur mal-vivre en patience en se laissant amadouer par le poids des symboles. Et cela même si aux grands mots ne correspondent pas forcément les grands remèdes. Et les moyens qui vont avec.
Ainsi Vincent Peillon va-t-il dévoiler officiellement aujourd'hui sa première « charte de la laïcité à l'école ». En quinze points, elle décline les grands principes d'une laïcité qui impose à l'école la neutralité religieuse et politique, une laïcité qui libère, protège et émancipe. Bref, qui favorise le vivre-ensemble. On y souscrit pleinement. La limite est que cette charte, à vouloir être trop consensuelle, ne satisfait pleinement personne.
Certains y voient un document à l'islamophobie sous-jacente, avec le rappel de l'interdiction du port du voile. D'autres, de confessions diverses, s'inquiètent d'une vision « laïcarde » qui gommerait le cultuel par le culturel. Reconnaissons que Vincent Peillon a su modérer son ambition initiale d'instaurer des cours de morale laïque, au contenu ambigu. Même si la « charte » fait silence sur des problèmes sensibles, comme celui des cantines, elle a le mérite d'interdire la contestation de certains enseignements pour des raisons philosophiques ou religieuses.
Reste tout de même à fournir le kit pédagogique promis aux profs et responsables d'établissements pour enseigner la laïcité. Reste aussi à associer les familles, qui ont peut-être leur mot à dire dans la déconstruction des stéréotypes sociaux voulue par le gouvernement, dans sa soif obsessionnelle d'égalitarisme. Espérons que l'Éducation nationale, invitée à former de bons citoyens, n'oubliera pas d'en faire accessoirement de bons élèves.

François Hollande : La rentrée ratée

François Hollande : La rentrée ratée



François Hollande a fait une rentrée désolante, aussi bien sur le plan politique que sur le plan économique ou même international. Il a suscité à nouveau beaucoup d’incertitudes alors que son métier serait de calmer les inquiétudes en dressant un cap. Il a, à nouveau, dérapé sur le terrain glissant de la politique économique en annonçant une pause fiscale pour l’an prochain, sans pour autant en apporter la moindre preuve. Plus grave en qualifiant son objectif de faire une pause, il annonce explicitement qu’une fois reposé, le contribuable sera à nouveau sollicité. Pour rassurer des agents économiques assez perturbés, on pourrait faire mieux. D’autant qu’au même moment, il annonce qu’il va engager la France dans une opération punitive contre le régime syrien, ce qui a quand même surpris beaucoup de Français. L’été s’était pourtant assez bien passé pour la gouvernance.
D’abord, il a fait très beau, ce qui a mis tout le monde de bonne humeur
Pour les commerçants, les vacances n’ont pas été très luxueuses, faute d’argent à dépenser, mais le soleil a pu transformer le moindre bout de jardin en pays de cocagne. Sans pour autant imposer à tous, y compris aux personnes âgées une canicule qui aurait pu être insupportable. La gouvernance a été assez habile pour organiser une sorte de permanence et par conséquent une présence dans les médias. François Hollande a fait du Sarko en visitant les vrais gens pendant les premiers quinze jours, relayé par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault qui est passé d’une usine en difficulté à une station balnéaire. Comme les télévisions n’ont pas grand-chose à dire ou à montrer à cette époque de l’année, le président et ensuite son Premier ministre ont fait le spectacle. Du coup, les Français qui ne cessent pas de regarder leur télé pendant les vacances, qu’ils soient chez eux ou au camping, ont eu le sentiment d’être protégés.
Quand le président de la République, son Premier ministre, ou ses ministres, vont en province parcourir au pas de charge un office de tourisme, une agence de Pôle emploi ou un hôpital , ça ne sert strictement à rien quant au fonctionnement du service public , mais les usagers ont l’impression qu’ on s’occupe d’eux. Autant que Manuel Valls ministre de l’Intérieur a été, lui aussi omniprésent. Les Français aiment cela quand le premier flic de France va sur le terrain ; mais, ça a agacé ses chefs. C’est bizarre quand même ce régime, quand un ministre fait bien le job, ses collègues le jalousent et ses supérieurs lui tapent sur les doigts. Mais passons, le bilan de l’été a été pour le gouvernement plutôt positif. C’est la rentrée qui a été catastrophique. D’abord tout a commencé par un séminaire de prospective sur l’état de la France dans dix ou vingt ans. Mais on rêve !
Il faudrait avoir le nom du communicant ou du conseil en stratégie qui a glissé cette idée au président de la République.
Celui-là, il faudra absolument éviter de l’embaucher. On n’organise pas un séminaire sur l’état de la France dans dix ou vingt ans alors qu’ on n’a plus un sou pour faire les fins de mois, que le budget de l’année prochaine va dans le mur avant mémé d’avoir été établi et voter, et qu’enfin la seule statistique qui se porte bien est celle du chômage. Les Français sont dans l’angoisse de la fin de l’année, ils sont incapables de savoir si leurs enfants qui ont terminé leurs études vont réussir à trouver un job en France et on leur sert très officiellement un film de science fiction sur une France des années 2030 ou tout ira bien. « Tout le monde y sera beau, tout le monde y sera gentil.. » . Cet exercice de prospective « romantique » n’a pas tenu 24 heures, la réalité a rattrapé la gouvernance qui s’est quand même pris les pieds dans un tapis d’incertitudes.
Sur la retraite, le gouvernement a fait le strict minimum. Il règle le problème financier par une augmentation de la cotisation patronale. Il n’y avait pas de choix plus désuet, plus lâche et plus pernicieux que celui-là. Ce n’est pas une reforme, c’est une rustine. Alors bien sûr le gouvernement rétorque qu’ il va allonger la durée de cotisations à 43 ans en 2030.. Mais sait-on que l’espérance de vie augmente plus vite que la durée de cotisation ? Donc il faut oublier la reforme et assumer le fait qu’il faudra à nouveau redresser le système d ici à 5 ans. Le comble dans cette affaire de retraite c’est que ce gouvernement tout à son obsession de ne mécontenter personne a promis au patronat de compenser en 2014 la hausse de la cotisation retraite par une baisse de la cotisation maladie et famille.
Le patronat a fait semblant de le croire. Le gouvernement n’a évidemment pas dit, comment il compensera la baisse de rentrées à l’assurance maladie ou aux allocations familiale. Or il n y a pas trente-six solutions. Ou bien on majore la TVA, ce qui revient à réinventer une TVA sociale. Mais comme Sarkozy y avait pensé avant, ce gouvernement ne le fera pas. Ou bien, Il optera pour une augmentation de la CSG, cette invention Rocardienne plutôt diabolique et efficace qui transforme un impôt sur le revenu, progressif , sur la moitié des contribuables , par une contribution proportionnelle, calculée sur tous les types de revenus, donc payée par tout le monde. On reviendra donc dans un an ou deux sur une formule de CSG qu’on vient d’écarter. Cette affaire de retraite est très grave. Pour deux raisons. D’abord parce qu’en ne faisant pas une réforme qui aurait touché aux fonctionnaires et aux retraités, c’est à dire là où le corps social est mal, il ne fait rien. En ne faisant rien sur un dossier tellement lourd, il hypothèque l’avenir des jeunes.
Quand les jeunes seront en âge de s’en apercevoir, le gouvernement aura changé.
Curieuse démarche pour un gouvernement qui huit jours avant, voulait placer sa rentrée sous le signe d’une France qui gagne dans trente ans. C’est absolument irresponsable, donc scandaleux. Ensuite deuxième raison, cette décision d’augmenter la cotisation ne fait qu’alourdir la gravite fiscale qui plombe les entreprises et les agents économiques. Alors, là encore, c’est très bizarre mais le gouvernement ne s’est pas aperçu qu’il offrait en cadeau de rentrée, un collier d’augmentations d’impôts qui allaient devenir insupportables, IRPP, ISF, impôts locaux cotisations sociales, TVA , taxes diverses. Alors qu’on sort d’une année ou les augmentations d’impôt décidées à partir du mois d’août de l’année dernière ont tué dans l’œuf les éléments de reprise que l’on sentait sur l’Europe. Le trop d’impôt a tué la confiance, l’absence de confiance a tué la croissance et l’absence de croissance a tué les rentrées fiscales. D’où le réflexe pour essayer de limiter les dégâts de refaire une vague d’augmentations d’impôts. Le gouvernement ne l’a pas dit mais il le fait. Dans le contexte de la rentrée, ça ne passe pas.
Chez les petits entrepreneurs ou chez les grands, chez les cadres supérieures ou dans les cabinets de profession libérale ça ne passe pas. Les pigeons, les plumés, les poussins. Quand en plus, la surcharge fiscale s’accompagne d’une perspective d’alourdissement et d une multiplication des contrôles fiscaux, on est au bord de la révolte fiscale. En Bretagne, ce sont les entreprise de l’agroalimentaire qui ne protestent pas cette année contre un effondrement des cours, (ils ont appris à défendre leur valeur ajoutée), non ils protestent contre le montant des prélèvements (48%). Comme au Medef qui réunit, ses adhérents, en université d’été à Jouy-en-Josas en fin de semaine, on a vu monter la grogne. Partout on a vu monter l’idée de faire la grève de l’impôt. Rien de plus facile pour des entreprises d’oublier de payer leur TVA mais rien de plus dangereux pour l’ftat. L’impôt c’est le socle de l’État républicain. Si le citoyen ne paie pas l’impôt, le pays devient ingérable très rapidement. Les dirigeants syndicaux, Christophe Praud pour le CJD , Pierre Gattaz pour le Medef , beaucoup de président de chambre de commerce ont essayé de calmer le jeu . Alerté par les services de renseignement, l’Elysée a demandé à Pierre Moscovici d’aller au Medef pour porter un message d’apaisement fiscal. Au départ Pierre Moscovici ne voulait pas aller à HEC, affronter les patrons. Il a très mal vécu la façon dont les participants chefs d’entreprise l’avaient accueilli au début de l’été à Aix en Provence. Ça c’était très mal passé.
En fin de semaine, Pierre Gattaz qui a pourtant été assez dur avec le gouvernement a fait en sorte que Pierre Moscovici soit reçu dans le calme.
Idem pour Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif. Tous les bazookas étaient sortis. Ils n’ont pas servi. Arnaud Montebourg ne reçoit plus d’éclats d’obus mais plutôt des éclats de rire. Faut dire que les dirigeant du Medef avaient été prévenus que le président de la République allait décréter la pause fiscale, dans un article au journal Le Monde et qu’il en reparlera sans doute dans la semaine dans un grand discours sur l’avenir de la France. Donc tout le monde a déminé le terrain. Les membres du parti socialiste ont mis leur revendications en sourdine, le gouvernement a multiplié les appels et les promesses a la modération fiscale. Mais au patronat, on se désole parce qu’ on sait que l’avenir immédiat n’est pas écrit. Sur le fond rien n’est réglé.
Le président de la République a annoncé une pause fiscale
 parce qu’il se savait menace d’une grève de l’impôt chez les patrons. Mais les chefs d’entreprise et ils le disent directement aux différents ministres qu’ils rencontrent , ne croient aucune des promesses de baisses d’impôts, ou des projets d’alléger le coût du travail, ou de recul des prélèvements fiscaux et sociaux. Si ces baisses ne sont pas gagées par des réductions de dépenses publiques (et sociales) . Or il n y a aucune baisse de la dépense publique et sociale de fonctionnement prévue ou programmée dans les mois qui viennent. Cette incertitude fiscale et financière explique que personne ne croit la France capable de profiter de la petite reprise de croissance que l’on constate dans les grandes entreprises, en Europe et à l’extérieur. Un homme comme Pascal Lamy, qui vient de quitter ce samedi la direction générale du FMI ne cache pas son pessimisme sur les possibilités de la France de se redresser très rapidement. Il était partant pour rentrer au gouvernement. Il semble que François Hollande ne le retiendra pas dans une nouvelle équipe, s’il était obligé d’en former une nouvelle. Pas de personnalités de la société civile. Pascal Lamy peut donc être sévère depuis 48 heures.
En dépit de propos incantatoires sur l’amélioration de la situation, sur le renversement de la courbe du chômage, François Hollande n’a pas, semble-t-il réussi à convaincre les opinions publiques que les choses allaient s’améliorer. Pour une raison très simple, les opinions publiques savent que nous avons changé de paradigme. Faute de prendre en compte, les changements liés à la mondialisation et aux nouvelles technologies, François Hollande n’a pas apporté des éléments pour sécuriser les agents économiques. En cette rentrée, le président de la République a également réussi à ouvrir un deuxième champ d’incertitude et d’inquiétude en déclarant la guerre au régime syrien. Le comportement de Bachar al-Assad est évidemment indéfendable, invraisemblable de cruauté, insupportable, contraire à toutes les règles, les traités, etc. etc. .. mais tant qu’ il n y aura pas des preuves irréfutables, tant qu’ on n’aura pas défini exactement les buts de guerre, (qui on attaque et où ? ) et qu’est ce qui se passera après ? Tant que ce champ vaste d’incertitudes sera ouvert la population occidentale ne comprendra pas pourquoi précisément, on s’y engagera. La motivation de François Hollande reste floue. Il faut punir le régime Syrien, oui mais après ? Il faut se ranger aux cotés des Américains, lesquels peuvent faire machine arrière comme les Anglais ? il faut rendre service aux Saoudiens, aux dirigeants du Qatar, aux monarchies sunnites, parce qu’ ils ont le pétrole , ou qu’ ils sont de gros investisseurs en Europe ? On oublie qu’ils financent aussi une grande partie de l’Islam radical…
Dans ces conditions difficiles d’y voir clair.. Et dans un système où les entreprises ont besoin de trajectoires claires et précise, la perspective de frappes militaires dans une région très fragile inquiète encore davantage tous les acteurs économiques.. Sauf les marchands d’armes sûrement !