TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

jeudi 11 août 2011

Qui détient la dette de la France ?

Qui achète et possède la dette publique de la France ? Cette question, apparemment simple, est plus complexe qu'il n'y paraît. Et éminemment stratégique, alors que notre pays atteint un record d'endettement, à hauteur de 85 % de son produit intérieur brut (PIB), soit 1 646,1 milliards d'euros, en progression de 110 milliards d'euros depuis un an.
Comment est composée la dette publique ?
La dette publique est en fait triple : celle de l'Etat proprement dit, mais aussi celle des collectivités locales et celle des administrations publiques.
Sur les 1 646,1 milliards dus par la France, 1 286 le sont par l'Etat lui-même, selon l'Insee, soit l'essentiel. Les administrations locales (régions, départements, communes), sont endettées à hauteur de 156 milliards d'euros ; les administrations de sécurité sociale (assurance maladie, caisse nationale d'assurance vieillesse) pour 191 milliards d'euros. Enfin, les organismes divers d'administration centrale (établissements et agences dépendant de l'Etat) doivent 11,6 milliards d'euros.
Le déficit cumulé, conséquence de plus de trente années de budgets déficitaires, a été empruntée à divers acteurs financiers : Etats, entreprises, grandes banques... Ceux-ci achètent des produits, émis par la France et remboursables à plus ou moins long terme. La fameuse note "AAA" du pays permet de réaliser des emprunts à des taux réduits. De 1 % à 4 % en fonction de la durée de l'emprunt contracté, selon le dernier bulletin mensuel (en PDF) de l'Agence France Trésor (AFT), chargée d'émettre ces produits et de réaliser les emprunts pour l'Etat.
Qui achète des titres de dette publique en France ?
Les produits émis par l'Etat sont au nombre de trois, qu'on peut classer en deux catégories. D'abord les titres de long terme. Ce sont les obligations assimilables au trésor (OAT), les plus importants en volume, remboursables en sept à cinquante ans, qui peuvent être à taux fixe ou variable. Ensuite, ceux à court terme, de deux genres : les bons du Trésor à intérêt annuel (BTAN), d'une durée de deux ou cinq ans ; et les bons du Trésor à taux fixe et à intérêts précomptés (BTF), émis pour des périodes très courtes (de l'ordre de quatre à sept semaines).
La France emprunte environ un tiers de sa dette à ses propres banques et sociétés de crédit. Avec une particularité : le pays est plus endetté auprès des compagnies d'assurance (20 %), qui "achètent" des titres de dette française pour les placements d'assurance vie, qu'auprès de ses banques. Contrairement à la situation du reste de l'Europe, les établissements bancaires français possèdent moins de 14 % de la dette nationale.
Quel part de dette est détenue par des étrangers ?
La dette française est détenue à plus de 65 % par des "non-résidents" français. Un chiffre en baisse : jusque fin 2010, il se situait plutôt autour de 70 %. Mais un chiffre qui n'a eu de cesse de grimper ces dernières années : en 1993, seuls 32 % de la dette française était détenus par des non-résidents.
La situation française en Europe est particulière : selon une étude publiée en avril par la fondation pour l'innovation politique (Fondapol), notre pays est en troisième position de l'Union européenne, derrière le Portugal (75 % de la dette détenue par des non-résidents) et la Grèce (71 %). En moyenne, 53 % de la dette des pays européens est détenue par des non-résidents. C'est une différence majeure avec un Etat comme le Japon, dont l'énorme endettement (plus de 200 % de son PIB) est essentiellement possédé par ses épargnants. Les Etats-Unis, quant à eux, ont un tiers de leur dette aux mains de non-résidents.
Le terme de "non-résidents" recoupe une série d'acteurs : fonds de pension, grandes banques, compagnies d'assurance, fonds souverains... Il est impossible de savoir précisément quel pays possède le plus : la loi interdit la divulgation de cette information, à part aux vendeurs eux-mêmes. Ce qui pose question : la provenance des possesseurs de dette revêt en effet un caractère de plus en plus crucial.
Quelles conséquences au fait que la dette soit détenue hors des frontières ?
Le fait que la dette nationale soit détenue par des acteurs étrangers est un atout autant qu'une faiblesse. Un atout, car c'est une preuve de l'attractivité du territoire national et de la confiance qu'il obtient auprès des marchés. Mais une faiblesse, car le pays est d'autant plus sensible aux questions de conjonctures que sa dette est placée sur des marchés internationaux. La Grèce ou le Portugal, qui avaient également une dette majoritairement située à l'étranger, en ont ainsi payé les conséquences.
La dette des pays de la zone euro est en grande partie possédée par des non-résidents d'autres pays de la zone. C'est ainsi que, en 2010, 52 % des dettes de la France et de l'Allemagne étaient détenus au sein de la zone euro, et donc libellés dans cette monnaie. Par ailleurs, 60 % de la dette des deux pays sont détenus en Europe au sens large (en incluant Norvège ou Suisse).
C'est une sécurité, dans la mesure où l'Europe est capable de politiques contracycliques. La France a ainsi racheté une partie de la dette grecque au terme de l'accord du 21 juillet. Mais c'est aussi un danger, puisqu'un pays de la zone qui ferait défaut (qui se montrerait incapable de s'acquitter du paiement de ce qu'il doit) fragiliserait toute la zone et la monnaie européennes.
Restent donc 40 % à 48 % de la dette française qui sont détenus hors de l'Europe, et donc sur des marchés internationaux. Cette part est la plus vulnérable aux aléas de la conjoncture et à l'affolement de la sphère financière.

Les refus de solidarité

Une fois de plus, on n'a pas célébré le 4 août. En 1789, la noblesse renonça solennellement à ses privilèges. Aujourd'hui, la noblesse d'argent n'y songe guère. Sauf à agir comme de nombreux milliardaires américains, répondant à l'appel de l'un des leurs, Warren Buffett. Ils ont donné le plus gros de leur fortune à des institutions éducatives ou d'assistance sociale.

Si nos milliardaires français, pourtant sollicités, en faisaient autant, la somme recueillie permettrait à elle seule de financer l'aide alimentaire à la Corne d'Afrique mourant de faim. Il est vrai qu'aux États-Unis, on vient d'assister au refus des fortunés de laisser augmenter leurs impôts pour diminuer la dette, tout en exigeant qu'on limite les programmes exprimant la solidarité avec les plus faibles.

En France, les refus de solidarité sont du même ordre. Les rémunérations, les avantages financiers complémentaires, les retraites considérables assurées à vie au bout de peu d'années en responsabilité, constituent un ensemble qu'on peut qualifier d'indécent. Sans que, pour autant, les privilégiés se rendent compte de cette indécence. Recevoir des millions d'indemnités après une mauvaise gestion alors que cette gestion réduit les salariés au chômage, voilà qui ne semble gêner aucun bénéficiaire.

Il est question de déchoir de la nationalité française des récidivistes français depuis moins de dix ans. Pourquoi ne pas retirer alors la nationalité aux « émigrés », aux « réfugiés » fiscaux en Suisse ou au Liechtenstein ? Les sommes dont chacun d'eux prive la collectivité nationale sont tellement plus importantes que le larcin, même renouvelé, d'un jeune délinquant dans un grand magasin !

Nous vivons en un temps étrange. Oui, il faut, pour faire progresser les désavantagés par leur milieu social, que l'enseignement soit plus individualisé. Donc, on supprime massivement le nombre d'enseignants. Il faut que les malades, dans les hôpitaux, reçoivent des soins plus humanisés. Donc, on supprimera massivement les postes d'infirmières. Il faut que les plus démunis soient aidés, logés, nourris. On diminuera donc drastiquement le soutien aux associations qui ont cette visée. Qu'est-ce qu'une solidarité proclamée, mais déniée dans les faits ?

C'est ce déni qui crée le sentiment justifié d'une rupture dans notre société, entre une petite strate ignorant la solidarité, et une strate sans cesse grandissante de citoyens et de citoyennes qui trouvent leur liberté de plus en plus abstraite, faute d'une marche perceptible vers plus d'égalité, faute aussi d'une fraternité ressentie.

Mais qui calmera les agences de notation ?

S'ils sont prompts à dénoncer l'"oligopole" des agences de notation financière, les responsables européens ont jusqu'ici été incapables de prendre des mesures concrètes pour contrer leur pouvoir, déplore le quotidien portugais Público.

Un chœur de responsables politiques de l’Union européenne, mais pas seulement, est venu hier, le 6 juillet, dénoncer publiquement l’"oligopole" (le mot est du ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble) des agences de notation financière. Alors que la dette du Portugal vient d’être descendue en catégorie "spéculative", à l’incompréhension, à l’indignation et aux critiques s’est ajoutée la promesse, faite par Wolfgang Schäuble, que l’UE allait “faire des efforts” pour en finir avec le pouvoir dévastateur de ces agences dans la zone euro.

La promesse pourrait être belle, si elle n’était usée jusqu’à la corde. Depuis 2008, les dirigeants européens multiplient les menaces contre les agissements absurdes de ces agences, sans qu’aucune mesure concrète n’ait été prise pour les empêcher de faire du tort. Alors que les Etats-Unis ont modifié leur réglementation bancaire pour réduire leur pouvoir et que la Chine, s’est tout simplement dotée d’une agence nationale, l’Europe n’est jamais allée au-delà des vœux pieux, renforçant ainsi l’impression de vacance des idées et du pouvoir qui se dégage de Bruxelles, de Paris et de Berlin.

Face à ce vide, il est normal que les agences bombent le torse et cherchent à explorer jusqu’à ses limites la vulnérabilité de l’euro. Ce qui est en jeu aujourd’hui, ce ne sont pas seulement les difficultés du Portugal (sans parler de la Grèce) à assumer ses engagements : il se dégage également de l’action des agences une sorte de nécrophilie qui les fait se comporter en vautours planant au-dessus de la fragile monnaie unique. Incapable de leur tenir tête, offrant chaque jour au monde une nouvelle preuve de sa confusion, l’Europe ne réagit que quand elle se retrouve dans les cordes.

De leur côté, constatant la grande fragilité de ceux qui leur ont promis la bataille et qui reconnaissent parallèlement des pertes pour les investisseurs privés dans la restructuration de la dette grecque, les agences agissent de la façon la plus naturelle : elles augmentent la pression et étendent leur offensive. Quand la politique s’incline devant la force organisée des capitaux financiers, il n’y a pas grand-chose à espérer.

Contrepoint

Ne tirons pas sur les agences

Ne tirons pas sur les agences"La réaction indignée des politiques face à l’abaissement de la note du Portugal par l’agence Moody’s n’est pas une surprise", note le Financial Times Deutschland. "Tous les moyens sont bons pour détourner l’attention du public et éviter de voir nos propres faiblesses. Disons-le clairement : l’Europe a les nerfs en pelote." "Même Angela Merkel est venue mettre son grain de sel", qui préfère se fier "à la Commission européenne, à la Banque centrale européenne et au FMI. Autrement dit : arrêtez donc de prendre les agences de notation tant au sérieux. Un soupçon s’insinue alors : les politiques ne seraient-ils pas en train de tirer sur le messager ?" "Cela ne fait-il pas déjà longtemps que l’on reproche aux agences de ne pas avoir su discerner – ou trop tard – des faillites comme celle de Lehman Brothers ?", s'interroge le quotidien économique. "Après s’être laissées endormir, voilà qu’elles feraient preuve de précipitation. Ce n’est pas mieux. Une chose est sûre en tout cas : jusqu’à présent, toutes leurs rétrogradations se sont avérées justes." Pour le FT Deutschland, "les appels d’Angela Merkel à l’émancipation de l’Europe vis-à-vis des agences de notation, pourraient nous entraîner sur une voie dangereuse : on parle beaucoup des conflits d’intérêts des agences de notation où l’émetteur de la dette est également celui qui paie pour faire évaluer son propre niveau de solvabilité. Mais personne ne parle des conflits d’intérêts des institutions en qui Angela Merkel place toute sa confiance. L’Union européenne et le FMI ont avancé plusieurs centaines de milliards – certes couverts par diverses garanties nationales – rien que pour la Grèce. Voilà qui n’est pas exactement la garantie d’un jugement impartial sur la solvabilité des Etats ou l’urgence d’un plan d’austérité."

mercredi 10 août 2011

Encore une leçon des Anglais !

Ça chauffe à Londres et dans plusieurs autres grandes villes britanniques, à quelques encablures de lieux très appréciés des touristes français… Ces actes nous parlent en France, notamment après les émeutes des quartiers de 2005 et les étés chauds des années 1980. Pas plus que nous, notre voisin au communautarisme assumé, ne semble finalement avoir réussi à maîtriser ses quartiers difficiles, l'exclusion et la criminalité qu'ils génèrent. Même si la City a résisté hier à la tentation du krach financier, la crise financière mondiale n'est peut-être pas si innocente dans cette soudaine flambée de violences et de pillages qui touche des quartiers défavorisés. Les mesures d'économie drastiques prises par le nouveau gouvernement conservateur britannique ont touché en premier les budgets sociaux, de l'éducation et de la santé. Autant d'argent qui permettait d'atténuer les rigueurs de la crise de l'emploi, qui frappe aussi l'Angleterre. Car les exclus du système sont là-bas aussi, surtout les jeunes et les minorités. Le rappel des limites et des risques des politiques d'austérité touchant d'abord les populations fragiles, est brûlant, particulièrement en cet été où la récession s'annonce, sitôt la crise financière passée. La France devra elle aussi y songer, tant pour préserver son modèle social, certes imparfait, que la paix dans les quartiers, déjà mis à mal par le manque de qualification et d'éducation, y compris familiale, le chômage, l'absence de perspectives mais aussi de moyens pour pallier l'ennui. Le déploiement de policiers en grand nombre ne résout les problèmes qu'un temps... Mais cela, nous, on le sait déjà !

Krach boursier, l'effrayant scénario de 1929

À l'heure où les Bourses mondiales plongent, retour sur les conséquences économiques et sociales de la plus grave crise de l'histoire.
La finance mondiale est dans le rouge. Les places du monde affichent leur fragilité, laissant poindre le risque d'un krach boursier, tel le "lundi noir" d'octobre 1987 ou le "vendredi 13" d'octobre 1989, un scénario qui pourrait bouleverser notre quotidien. La plus grande crise économique de l'histoire, celle d'octobre 1929 aux États-Unis, a déjà fourni son lot d'enseignements et de tragédies. Retour sur l'événement.

La fièvre de la spéculation s'empare des États-Unis. Des millions d'Américains, du banquier au cireur de chaussures, s'endettent pour acheter des actions et tirer profit de l'irrésistible flambée des cours. Or la valeur des titres grimpe beaucoup plus vite que la production des entreprises. Dès octobre, l'optimisme cède à la panique. Les spéculateurs cherchent à revendre à tout prix leurs actions sur le marché. Mais nombre d'entre elles ne trouvent plus d'acheteurs. Ainsi débute la grande dépression. Les cours de la Bourse plongent. Le Dow Jones perd 90 % de sa valeur. Les banques sont désormais touchées.

Bidonvilles

Priss en tenaille entre l'effondrement de la valeur de leurs actifs, les défauts de remboursement de leurs emprunteurs et la réduction de leur activité de crédit, un quart des établissements font faillite. Ceci va engendrer la fermeture de 76 000 entreprises. L'engrenage infernal débute. Les produits ne trouvent plus d'acheteurs. Les habitants sont chassés des logements qu'ils ont achetés à crédit. Très vite, deux millions d'Américains deviennent des sans-abri. Les médecins et les commerçants n'ont plus de clients.

Après la banqueroute et la faillite, le pays est frappé de plein fouet par le chômage. En trois ans, le nombre de demandeurs d'emploi explose, passant de un à quinze millions. Les routes du pays sont littéralement prises d'assaut par la population, à la recherche désespérée de toute sorte de travail. Les banquiers se retrouvent à laver les sols, quand ils ne se défenestrent pas. Ils sont bientôt rejoints pas des milliers de paysans ruinés par la chute de 60 % des prix agricoles. L'Amérique voit naître des centaines de "hoovervilles", sortes de bidonvilles empruntant le nom du président républicain, où tentent de survivre des milliers de chômeurs.

Distribution de soupe populaire

Le gouvernement tente bien de distribuer de la soupe aux familles les plus démunies, mais il ne peut rien contre la multiplication de manifestations de la faim, qu'il réprime sévèrement. Une violence qui touche même les anciens combattants américains, férocement délogés par des soldats en juin 1932 à Washington parce qu'ils réclamaient le versement de leur pension. Faute de moyens financiers, le commerce extérieur des États-Unis s'arrête. Le revenu national chute de moitié pour reculer à 41 milliards d'euros en 1932. La même année, le pays enregistre près de 80 000 faillites. L'élection en 1933 du président démocrate Franklin Roosevelt et l'adoption de son "New Deal" n'y changeront rien.

Les banques américaines possédant de nombreux intérêts en Europe, le rapatriement d'urgence de leurs avoirs, additionné au ralentissement des échanges internationaux, heurte durablement les établissements du Vieux Continent. Très vite, la crise se propage. En France, où les salaires baissent de 25 %, elle est aggravée par les mesures déflationnistes des gouvernements Tardieu et Laval. L'Allemagne est aussi touchée avec un chômage qui atteint les 25 %. Ce chiffre record contribuera à alimenter la colère d'une population séduite par le discours populiste d'Adolf Hitler, qu'elle élira le 30 janvier 1933. La crise perdurera jusqu'à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

"Les Chinois veulent s'emparer du monde"

L'économiste Antoine Brunet estime que Pékin a provoqué la crise de la dette en Occident en maintenant un yuan sous-évalué.

Antoine Brunet, économiste, président d'AB Marchés et coauteur de La visée hégémonique de la Chine, décrypte les déclarations chinoises après la dégradation de la note souveraine américaine.
Le Point.fr : que pensez-vous des déclarations venues de Chine après la dégradation de la note souveraine américaine ?
Antoine Brunet : Qu'elles viennent du pouvoir lui-même ou des médias officiels, les déclarations disent principalement deux choses. D'abord, qu'il serait temps que les États-Unis se rendent compte qu'ils dépensent beaucoup plus qu'ils ne produisent, ensuite qu'il serait temps qu'ils réduisent leurs dépenses, et en particulier les militaires. C'est totalement paradoxal. Car la Chine contribue depuis maintenant dix ans à la désindustrialisation des États-Unis, mais aussi de l'Europe. Au lieu de produire nous-mêmes, la Chine nous oblige à acheter du made in China grâce à sa monnaie sous-évaluée. Cela se traduit par un déficit budgétaire, mais aussi par un déficit extérieur croissant. Les gouvernements occidentaux essaient alors de maintenir artificiellement l'activité en augmentant la dépense publique et la consommation, comme avec la prime à la casse en France.
N'est-ce pas donner trop d'importance à la Chine dans les problèmes de dette des Occidentaux ?
La Chine n'est pas le petit pays qu'elle a longtemps prétendu être. Le PIB de la Chine a déjà dépassé depuis deux ans l'américain, même si ce n'est pas le chiffrage officiel. L'ONU a reconnu que la production manufacturière chinoise a dépassé celle des États-Unis en 2010. Les travaux publics explosent depuis plusieurs années : la production d'autoroutes, d'aéroports, de ports, de bâtiments est beaucoup plus forte qu'aux États-Unis. La Chine est aussi le premier consommateur d'énergie primaire au monde (charbon, pétrole, électricité...), elle est la première consommatrice de ciment, de cuivre, d'acier... Il est impossible de faire ces constatations et de continuer à croire que le PIB chinois fait la moitié du PIB américain ! En maintenant, année après année, un excédent de 6 % de son PIB, la Chine a donc la capacité de déstabiliser les autres pays de la planète. Cela concerne non seulement les pays occidentaux, mais aussi des pays comme l'Inde et le Brésil, qui n'enregistre un excédent que parce que la Chine le transforme en un émirat. Elle importe du Brésil son soja, son sucre, son pétrole, son minerai, son fer et son bois. Les Brésiliens se plaignent de se voir imposer les importations à coups de yuans faibles.
La Chine ne s'est-elle pas engagée à laisser le yuan se réévaluer ?
Le yuan ne s'est réévalué qu'entre juillet 2005 et 2008 quand le Congrès américain a manifesté des signes clairs d'impatience à l'égard de la Chine. Il a alors progressé de 21 %. Mais cela n'a pas empêché la monnaie chinoise de se déprécier dans le même temps face à l'euro. Depuis la crise de 2008, qui a affaibli politiquement les pays occidentaux, la Chine se permet de ne plus réévaluer du tout. De juillet 2010 à juillet 2011, la hausse, de 6,48 à 6,60 dollars, a été dérisoire.
La Chine n'a-t-elle pas intérêt à laisser sa monnaie s'apprécier pour contrôler son inflation ?
Normalement, oui. Pourquoi la Chine ne le fait-elle pas ? Parce que, ce qui l'intéresse, c'est de déstabiliser les pays occidentaux sur tous les fronts, économique, social, budgétaire. En déstabilisant les finances publiques, elle oblige par exemple les gouvernements à revenir sur un certain nombre de dispositifs sociaux, ce qui va susciter la colère des gens.
Comment expliquer cette volonté ?
Les Chinois veulent s'emparer du monde, ils veulent ravir "l'hégémonie mondiale" des États-Unis. Cela ne concerne pas uniquement l'économie. Les Chinois appliquent la même démarche sur le plan territorial, dans la course aux armements, par les alliances diplomatiques. La Chine vient de faire basculer le Pakistan dans une alliance avec elle, a déclaré que la mer de Chine du Sud lui appartenait. Elle est aussi en pointe sur l'armement. Elle ne cesse de surprendre les Occidentaux par ses nouvelles capacités militaires. Ce qui explique que la Chine demande aux États-Unis une baisse de leurs dépenses militaires. Les États-Unis ont déjà renoncé au projet de station sur la Lune pour des raisons budgétaires, alors que la Chine accélère son projet.
Doit-on craindre que la Chine se débarrasse de ses bons du Trésor américain ?
On a tendance à penser que, comme les États-Unis sont des clients majeurs de la Chine, celle-ci ne peut pas déstabiliser trop fort les économies occidentales. Mais il ne faut pas oublier que la Chine a réussi, principalement ces six dernières années, à se constituer de nouveaux marchés pour ses exportations dans les pays exportateurs de matières premières, comme la Russie, l'Asie centrale, le Moyen-Orient, l'Australie, l'Amérique du Sud, beaucoup de pays africains... La Chine diversifie déjà ses réserves de change. C'est elle qui est derrière la flambée de l'or. Si le métal jaune augmente autant, c'est que les hedge funds ont bien compris que la Chine ne laisserait jamais reculer l'or, pour mieux disqualifier le dollar comme réserve mondiale. La Chine est aussi à l'origine de l'appréciation de la monnaie coréenne, brésilienne, suisse...

Pourquoi les Chinois affirment-ils soutenir la dette européenne en achetant les titres des pays en difficulté ?
Ce sont des pyromanes qui veulent faire croire qu'ils sont des pompiers. Leur plan est de prêter à l'Europe pour s'emparer de ses actifs. Les Chinois savent qu'ils ne seront pas remboursés ou espèrent se rembourser sur les gages qu'ils prendront. Certains disent qu'il faut se servir des liquidités chinoises pour résoudre les problèmes de financement occidentaux. Si on fait cela, dans quelques années, la Chine se sera emparée d'entreprises comme Total Air Liquide ou Generali.
Comment les Occidentaux peuvent-ils réagir ?
La seule solution, c'est d'imposer à la Chine des représailles douanières jusqu'à ce qu'elle cède sur sa politique de change. Au diable, M. Lamy et son OMC. Il faut maintenant renverser le jeu mené par la Chine depuis dix ans. Il faut mettre 100 % de droits de douane sur le made in China.
Cela ne risque-t-il pas de déclencher des représailles massives ?
On aura certes une période de guerre économique, avec deux-trois ans de hausse des prix manufacturés, mais avec la perspective d'une issue positive. L'alternative est de toujours reculer jusqu'à nous retrouver démunis de nos actifs, de notre technologie et inférieurs sur le plan militaire.

Mission de la dernière chance pour la Turquie en Syrie

Le ministre des Affaires étrangères d'Ankara était mardi à Damas pour exiger du président syrien Bachar el-Assad la fin de la répression, qui a déjà fait plus de 2000 morts. 

Faut-il y voir un message du régime syrien au ministre turc des Affaires étrangères? Alors qu'Ahmet Davutoglu se trouvait mardi à Damas pour demander une nouvelle fois à Bachar el-Assad de mettre fin à la répression, l'armée syrienne est entrée dans Binnich, ville proche de la frontière avec la Turquie. Le chef de la diplomatie turque et le président syrien se sont rencontrés pendant six heures. Supervisée par les États-Unis, la visite d'Ahmet Davutolgu a été précédée par un échange verbal musclé entre Damas et Ankara, traduisant une nette dégradation des relations turco-syriennes.
Que le président syrien renvoie «immédiatement ses soldats dans leurs casernes et libère tous les prisonniers»: c'est, en substance, les propos que Hillary Clinton a adressés à son homologue turc dimanche, lors d'un long entretien téléphonique, a résumé Mark Toner, porte-parole du département d'État. «Elle a demandé au ministre des Affaires étrangères de répercuter ses messages au président syrien», a-t-il déclaré.
Avant le départ d'Ahmet Davutoglu, l'augmentation du trafic diplomatique à Ankara a montré l'intérêt que portaient les Américains à cette visite. Le délégué américain aux Affaires moyen-orientales, Fred Hof, se trouvait également à Ankara lundi. Selon les médias, les autorités turques se seraient bien passées de la divulgation de ces deux informations, craignant qu'Ahmet Davutoglu ne soit perçu à Damas comme «l'émissaire des Américains», ce qui réduirait encore ses chances de réussite.

«Un message ferme» 

Le premier ministre turc avait annoncé, samedi, qu'il était à «bout de patience» face au bain de sang syrien et qu'il dépêchait son ministre des Affaires étrangères afin de transmettre «un message ferme» à Damas. Le régime syrien a aussitôt rétorqué, par le biais d'un des conseillers du président, que la «réponse serait encore plus ferme». Il a tenu parole. Mardi, selon l'agence officielle syrienne, Bachar el-Assad a répondu au ministre turc qu'il n'allait «pas fléchir dans la poursuite des groupes terroristes», qualificatif donné aux manifestants par le pouvoir.
Ahmet Davutoglu, artisan de la réconciliation turco-syrienne ces dernières années, et qui s'est rendu des dizaines de fois dans le pays voisin, était habitué à un accueil plus chaleureux. Ce refroidissement très marqué des relations est révélateur de la mauvaise passe que traverse la diplomatie turque, axée sur le concept de «zéro problème» avec les voisins. Le rapprochement avec Damas constituait l'image de marque de cette stratégie chère à Ahmet Davutoglu. Elle a longtemps expliqué, outre la crainte d'une guerre civile à sa porte, la modération des propos de la Turquie face à la répression en Syrie. Ankara n'a toujours pas appelé à la démission de Bachar el-Assad, alors qu'il n'avait pas hésité à réclamer les départs de Hosni Moubarak et de Mouammar Kadhafi.
Mais la recrudescence de la violence contre les civils oblige le gouvernement turc à durcir le ton. La répression ces derniers jours dans la ville de Hama, où l'armée syrienne avait tué plus de 20.000 personnes en 1982 pour mater une révolte des Frères musulmans, explique aussi sa crispation. Ces massacres restent présents dans la mémoire des Turcs religieux, également sunnites. «Quelle conscience pourrait accepter, a dit Recep Tayyip Erdogan, que trente ans après, et pendant le Ramadan, cette ville blessée souffre une nouvelle fois?»

Mesures contre-productives 

Constatant son impuissance au bout de cinq mois d'efforts constants, le gouvernement turc semble sur le point de baisser les bras. «L'Ouest pourrait en arriver à voter des sanctions et nous nous rangerions à ses côtés», a également déclaré le premier ministre. En revanche, il semblait peu probable qu'Ankara prenne des mesures unilatérales. Les autorités turques ont toujours rechigné à mettre en place des sanctions commerciales contre des régimes de la région, en Irak ou en Iran par exemple, les considérant comme contre-productives.
«Le fait est que la Turquie dispose de peu de moyens de pression sur Assad», explique Sami Kohen, éditorialiste au quotidien Milliyet. Un divorce entre Ankara et Damas aurait pour conséquence d'isoler complètement la Syrie, et donc de renforcer l'emprise de Téhéran. Vendredi, Ahmet Davutoglu a confirmé qu'une cargaison d'armes iraniennes à destination de la Syrie avait été interceptée dans l'est de la Turquie.

«Toutes les grandes villes du monde produisent ces désordres»

Sociologue, professeur à la London School of Economics, Tony Travers revient sur les émeutes de Tottenham.

Les violences ont démarré à Tottenham, là où un policier avait été lynché en 1985 après la mort d'une femme noire de 49 ans, cela ne peut être une coïncidence ?
Tony TRAVERS. - Il y a un passé sans aucun doute. La marche de samedi (pour réclamer justice après la mort de Mark Duggan NDLR) a eu lieu à Broadwater Farm, là où les troubles ont commencé dans les années 1980. Mais les choses ont vraiment changé depuis, les autorités locales et la police ont fait beaucoup d'efforts pour améliorer leurs relations avec la population locale, et celles-ci sont bien meilleures aujourd'hui.
Qu'est-ce que ces événements nous apprennent de la société britannique ?
À Londres aujourd'hui, comme il y a plusieurs centaines d'années, il y a des moments de désordres civils et occasionnellement des émeutes. Mais toutes les grandes villes du monde produisent ces mêmes désordres. On ne peut pas dire que la population originaire des Caraïbes soit responsable des troubles. J'ai regardé les reportages à la télévision et j'ai vu beaucoup de Blancs aussi parmi les pilleurs.
Quelles sont les motivations de ces jeunes ? Sont-ils en colère contre la police ou le gouvernement ?
Certains hommes politiques (Ken Livingstone, l'ancien maire de Londres, NDLR) pensent que cette colère est causée par les coupes budgétaires, mais la plupart de ces coupes ne sont pas encore effectives. Cela dit, dans des quartiers comme celui de Tottenham, même après des années de croissance économique à Londres, le taux de chômage reste élevé, particulièrement chez les jeunes. Donc oui, de nombreux jeunes gens sont oisifs et cette oisiveté les incite à mal se comporter.
La police a-t-elle bien réagi lors des incidents ?
On ne donne jamais raison à la police ! C'est vrai qu'elle a admis elle-même être en sous-effectif samedi soir. Mais soit elle emploie la méthode forte et il y a des confrontations, soit elle ne l'emploie pas et cela génère des émeutes. C'est ce qui s'est passé la nuit dernière.
A-t-elle un problème de crédibilité, après le scandale des écoutes qui a permis de découvrir que certains policiers étaient corrompus et vendaient des informations à la presse ?
Cela n'aide pas. Le fait que la police ait eu une mauvaise presse et que le chef de Scotland Yard ait dû démissionner affecte forcément l'attitude des gens dans la rue. Ce serait naïf de penser le contraire.
Peut-on s'attendre à des émeutes comme il y en a eu à Paris en 2005 ?
Les banlieues londoniennes sont très différentes des banlieues de Paris ou de Marseille, elles sont beaucoup plus mixtes. À Londres ce sont des petites rues avec des appartements à terrasses, et non des barres d'immeubles comme en France. Je ne pense pas que l'on va assister à une éruption de violences. Il pourrait y avoir une ou deux nuits supplémentaires d'incident isolés, mais les autorités locales, le gouvernement et la police, soumis à une énorme pression, ont le souci d'y mettre fin.
Comment la police va-t-elle faire ?
La meilleure chose à faire est d'envoyer en masse des policiers à pied, dans les rues. C'est une politique coûteuse, mais quand on envoie des hélicoptères ou des voitures, cela donne une impression de trouble, alors que des policiers à pied, cela donne une impression de contrôle. La police doit être aussi beaucoup plus à la pointe des réseaux sociaux comme Facebook, Twitter ou les messageries instantanées de Black­Berry. Ces nouveaux outils permettent de perturber l'ordre public comme ce n'était pas possible avant.

é le 09/08/2011 à 18:22 | © 2011 AFP Pressée de réagir, la zone euro doit composer avec le temps politique

Malgré de nombreux appels à mettre rapidement en place les mesures prises lors du sommet de juillet, la zone euro doit composer avec le temps du politique et les réticences de certains à entériner une nouvelle aide à la Grèce, au risque d'étendre la crise de la dette.
Face aux tensions qu'ont connues très récemment l'Espagne et l'Italie, les responsables politiques sont montés au créneau pour demander du temps aux marchés. Objectif: les faire patienter jusqu'en septembre.

Ce délai est "un prix juste et nécessaire à payer pour vivre en démocratie", avait lancé vendredi le commissaire aux Affaires économiques Olli Rehn.
De son coté, le ministre grec des Finances Evangélos Vénizélos a pressé mardi ses partenaires européens à appliquer rapidement les décisions prises par la zone euro pour le renforcement du Fonds européen de stabilité financière (FESF).
"Il est particulièrement important d'appliquer rapidement et intégralement les décisions prises lors du sommet du 21 juillet sur le nouveau rôle du FESF (...) dans ce contexte de crise mondiale économique", a indiqué M. Vénizélos dans un communiqué.
En théorie, les Parlements nationaux doivent reprendre leurs travaux à la rentrée et approuver les mesures prises le 21 juillet par les dirigeants de la zone euro. Sauf que dans les faits, les délais divergent d'un pays à un autre.
L'Italie devrait adopter sans passage devant son Parlement les mesures prises lors du sommet de la zone euro. En cas de difficultés, le gouvernement italien pourrait avoir recours à un décret-loi, une procédure rapide.
La France a de son côté annoncé début août une session extraordinaire du Parlement du 6 au 8 septembre pour approuver les mesures visant à endiguer la crise de la dette, dont le renforcement du FESF.
La Belgique attend, elle, l'avis du Conseil d'Etat le 25 août pour valider les modifications du fonds de soutien européen.
En Espagne, les décisions prises le 21 juillet doivent être approuvées en conseil des ministres fin août, avant d'être ratifiées "le plus vite possible" par le Parlement. Ce feu vert parlementaire doit être obtenu le 26 septembre au plus tard, en raison des élections législatives anticipées de novembre.
Malgré ces exceptions, la plupart des pays de la zone euro n'ont pas encore dévoilé leur calendrier ou ont des agendas peu concordants.
En Allemagne, le Bundestag doit voter d'ici fin septembre sur les décisions du 21 juillet et sur la création du mécanisme permanent de soutien, appelé à remplacer le FESF dès mi-2013. La date exacte n'est pas connue.
Le Parlement finlandais ne devrait pas se prononcer avant le mois d'octobre, a confié à l'AFP une source gouvernementale.
Pire: la Slovaquie doit attendre une décision de son Parlement qui ne devrait voter sur ces sujets qu'à la fin de l'année. Un deuxième vote pour entériner le mécanisme permanent de soutien devrait avoir lieu d'ici fin 2012.
Ces différences d'agendas risquent à moyen terme d'inquiéter les marchés financiers, soucieux de voir la zone euro résoudre la crise de la dette.
Un risque élevé de blocages est à attendre également, alors que le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble avait déjà averti qu'il refusait de "signer un chèque en blanc" pour le rachat d'obligations par le FESF, une des mesures-phare prises le 21 juillet.
En Allemagne, l'adoption des décisions européennes pourrait fort bien déclencher une crise politique intérieure: une partie des députés de la majorité (conservateurs/libéraux) critique depuis des mois la gestion de la crise, sur le thème "l'Allemagne ne doit pas payer pour les erreurs des autres".
Même si le nombre de "non" est difficile à évaluer à l'heure actuelle, la chancelière Angela Merkel ne fera vraisemblablement pas le plein de voix de la majorité lors du vote de septembre.
En Finlande, les risques de tension sont importants même si les mesures devraient être adoptées, selon une source gouvernementale. "Cela est dans l'intérêt de la Finlande", a-t-elle confié à l'AFP.
Enfin, en Slovaquie, la situation risque d'être tendue alors que le gouvernement en place est composé de quatre partis politiques, dont un réputé pour son euroscepticisme. La coalition au pouvoir va devoir compter sur le grand parti d'opposition (socialiste) pour ratifier ces mesures.

mardi 9 août 2011

Le spectre d'une dépression boursière

L'ensemble des économies occidentales pourrait plonger en cas de déprime prolongée sur les Bourses mondiales.

La situation financière est grave. Suffisamment en tout cas pour que les ministres des Finances et les gouverneurs des Banques centrales se fendent, lundi matin, d'un communiqué affirmant leur engagement "à prendre toutes les initiatives nécessaires de manière coordonnée pour soutenir la stabilité financière et promouvoir une croissance économique plus forte". Après une semaine de baisse généralisée sur les différentes places financières mondiales, les dirigeants des vingt économies les plus importantes de la planète veulent à tout prix éviter la poursuite de la chute boursière, voire un krach brutal. Mais une telle éventualité est dans toutes les têtes, après la dégradation de la note américaine par l'agence de notation Standard & Poor's, vendredi.
En soi, la décision de l'agence de notation américaine - pour l'heure non suivie par Fitch et Moody's - reste pourtant "assez symbolique", car elle ne "remet pas en cause la solvabilité des États-Unis", qui figurent toujours parmi les pays les mieux notés du monde, explique Gunther Capelle-Blancard, professeur à l'université de Paris I et spécialiste de finance internationale. Les États-Unis ont d'autant plus la capacité de rembourser leur dette que le dollar reste la monnaie de réserve internationale et qu'il n'existe pas d'alternative crédible à court terme. Washington peut continuer à faire marcher la planche à billets.
Récession
La dégradation de la note américaine ne constitue donc pas à elle seule une raison objective de krach. Mais elle intervient au plus mauvais moment. Les investisseurs sont déjà échaudés par la crise de la dette européenne, mais aussi par le ralentissement des économies occidentales. Dans un tel contexte d'incertitude, bien malin qui pourra prévoir "l'étincelle qui conduira à une crise" généralisée, explique Gunther Capelle-Blancard. Les marchés amplifient souvent les tendances, guidés par un comportement moutonnier totalement irrationnel. S'ils devaient céder à la panique, cela pourrait avoir des conséquences économiques désastreuses sur l'économie réelle. Les investisseurs subiraient alors d'importantes pertes potentielles, se sentiraient moins riches et seraient donc plus réticents à investir. Un cercle vicieux s'enclencherait, avec une baisse des investissements, des embauches, une stagnation des salaires. Largement de quoi faire replonger les économies occidentales dans la récession.
Les banques, gorgées de titres de créance américaine (752 milliards de dollars fin mars, selon la Banque des règlements internationaux), et déjà fragilisées par la défiance envers les dettes espagnole et italienne, sont particulièrement exposées à une panique boursière. Une baisse trop prononcée de leur valeur pourrait les obliger à fermer de nouveau les vannes du crédit à l'économie, car elles doivent respecter des exigences réglementaires de fonds propres. Certains établissements commencent déjà à être réticents à se prêter entre eux, ce qui pourrait déraper en un blocage du marché interbancaire, similaire à celui déclenché fin 2008, après la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers.
Des États impuissants
Une mécanique infernale qui pourrait s'accompagner de phénomènes monétaires. La baisse de confiance dans le dollar fait déjà baisser sa valeur face aux autres devises, telles que l'euro ou le yen. Une catastrophe pour l'économie japonaise, déjà victime de sa monnaie surévaluée et des conséquences du séisme et du tsunami de février dernier.
Face à autant de risques cumulés, les dirigeants du G20 ont moins de marge de manoeuvre que lors de la précédente crise de 2008. Ils ne peuvent plus compter sur l'arme budgétaire pour relancer la croissance. Ils ne peuvent que s'engager à accélérer la politique de rigueur pour juguler leur déficit et leur dette. C'est pourquoi ils se limitent à des déclarations d'intention très générales, comme celle de lundi matin. Seules les Banques centrales disposent encore de moyens d'action puissants, notamment la Banque centrale européenne. Dimanche, elle a fait savoir qu'elle allait racheter de la dette italienne et de l'espagnole afin de faire retomber la pression sur les taux d'intérêt exigés par les investisseurs pour les détenir. Les banquiers centraux peuvent aussi s'entendre pour corriger les déséquilibres entre les grandes monnaies. Reste à savoir si cela sera suffisant.

Y a-t-il des leaders dans la salle ?

Face à débâcle de l’euro, les dirigeants européens semblent au mieux paralysés, au pire, irresponsables. Pourtant, la gravité de la situation demande des leaders capables de prendre les choses en main, non de les subir. 

Cette crise appelle des dirigeants éclairés. Mais vers où doit-on nous diriger ? Et avec l'accord de qui ? Face à l'apocalypse financière, ces questions prennent un tour particulièrement épineux. Elles vont à contre-courant des attentes progressistes de la démocratie. Il va peut-être falloir se faire à l'idée que demain n'est pas toujours meilleur qu'aujourd'hui.
Malgré leurs divergences, capitalistes, socialistes, libéraux et conservateurs partent tous du principe que la civilisation suit un progrès linéaire. Cette conviction, rarement réaffirmée tant elle passe pour une évidence, consiste à dire que la situation ne peut que s'améliorer – ou si ce n'est apparemment pas le cas – qu'elle peut s'améliorer si nous prenons les bonnes décisions.
Dans cette optique, une évolution défavorable des choses passe pour un simple contretemps : une raison de condamner la politique de tels ou tels responsables et d'en élire d'autres, qui proposent d'autres mesures. Sous peu, tout rentrera dans l'ordre. Nous allons régler le problème, peut-être essayer de nouvelles pistes – et poursuivre notre ascension.
Pendant plusieurs siècles, l'Occident a eu raison, le plus souvent, de penser que cette règle s'appliquait. Il a peut-être raison d'y croire encore aujourd'hui. Les sciences et techniques progressent à pas de géant. Les pays riches ont une espérance de vie sans précédent. La plupart des gens ont un niveau de vie enviable.

Et si nous étions condamnés au déclin?

Mais ces élites européennes qui se prélassent en vacances pendant que tout va si mal risquent de déchanter. Il est possible qu'aucun sommet du G7, aucun coup de téléphone, aucun brillant discours de Barack Obama, aucune attitude enjouée de Cameron, ne mette fin à la paralysie. On espère toujours que la solution de cette crise passe par une série de mesures complexes, qui, si elles sont adoptées, remettront l'économie mondiale sur le chemin de la croissance. Mais si ces politiques, pour ambitieuses qu'elles soient, ne faisaient que retarder l'échéance ? Si finalement nous étions condamnés au déclin ?
Que doivent faire nos ministres à la rentrée ? Agir contre la débâcle financière, bien sûr. Mais comment ? Par un relèvement ou une diminution des impôts ? Par plus d'austérité ou par une forte hausse des dépenses ? En s'orientant vers des Etats-Unis d'Europe, avec un seul gouvernement et une seule dette, ou en revenant à de nombreuses monnaies nationales ? En rassurant les marchés ou en les défiant ? Certes, personne n'est d'accord sur la marche à suivre, mais c'est encore pire que cela : ceux-là même qui proposent ces stratégies ne sont pas entièrement convaincus de leur bien-fondé. On est frappé par l'absence d'idées brillantes, du type "voilà comment on va faire". D'où un silence de mort.
Hier, les dirigeants de la zone euro ont parlé ; aujourd'hui, ils vont peut-être acheter des bons du trésor italiens et ainsi calmer provisoirement les marchés ; mais cela n'empêchera pas la prochaine catastrophe d'arriver, et rares sont ceux qui pensent le contraire. Nous voulons que les Etats interviennent, nous avons besoin d'eux, mais nous avons peut-être tort d'espérer qu'ils seront toujours à même de nous protéger.
Pourtant, on imagine mal les politiques promettre à l'électorat des lendemains de pauvreté. La démocratie repose sur la mise en concurrence de possibilités positives. Quand les historiens étudieront cette période, le plus frappant sera l'absence de héros politiques. Personne – pas même Obama, pourtant l'homme qui se rapproche le plus d'un leader mondial – ne semble capable de donner des raisons d'espérer au-delà de la crise actuelle.

Leaders éclairés, idées lumineuses

Nous devons nous contenter de responsables politiques convaincus de ne rien pouvoir faire d'important pour sortir leurs citoyens de la crise. "Ce sont les marchés qui sont à l'origine du problème, c'est à eux de remettre les choses en ordre", a déclaré vendredi soir le bureau d'Angela Merkel. Une déclaration qui émane de la seule dirigeante en Europe à avoir les ressources financières pour remédier à la crise.
On peut trouver cela scandaleux, affirmer que l'Europe est au point mort, et on n'aura pas tort. On pourra aussi qualifier les marchés de cruels et d'irresponsables, et là encore on aura raison. Mais pour sortir de cette crise, il faudra en passer par des solutions impopulaires : hausse des impôts, baisse des dépenses, appauvrissement maîtrisé de gens à qui l'on a fait croire que leur niveau de vie s'améliorerait. Rien d'étonnant à ce que les politiques se dérobent.
Il y a cinq siècles, en Europe, les protestants et les catholiques rivalisaient pour définir la voie vers le salut – mais dans les deux camps, tous étaient convaincus de détenir la vérité. Il y a deux siècles, dans le sillage de la Révolution française, conservateurs et progressistes se disputaient un avenir qu'ils croyaient tous pouvoir rendre meilleur.
Au siècle dernier, les champions de l'économie de marché affrontaient les apôtres du marxisme, tous étant persuadés de posséder le remède contre les maux du présent. Les crises auxquelles nous sommes confrontés à l'été 2011 sont non moins graves et effrayantes, mais ce qui nous manque, outre des leaders éclairés, ce sont des idées lumineuses. Les meilleurs, comme l'a dit Yeats, manquent de certitudes.

  Tribune

“Rendez-nous Clinton, Blair et Kohl !”

"Après la grande récession de 2008-2009, on devait s’attendre deux choses de la part des leaders occidentaux", écrit dans le Corriere della Sera Alberto Alesina : "premièrement, qu’ils reconnaissent la gravité de la situation et qu’ils montrent de vouloir et savoir affronter les problèmes avec urgence et ne pas les reporter. Deuxièmement, la capacité à mettre de côté les contrastes et les intérêts partisans au nom du bien commun. La classe politique occidentale a échoué sur les deux points et elle passera à l’histoire comme une des pires de l’après-guerre".
L’économiste libéral italien reproche à la classe politique européenne et américaine un "manque flagrant de vue sur le long terme"
"En Europe, il y a un an, on aurait dû résoudre d’une façon ou d’une autre, mais de façon radicale, la crise grecque avec une faillite ou un sauvetage complets. Au contraire, les (soi-disant) leaders européens se sont déchirés dans des discussions qui n’ont servi à rien, si ce n’est à entraîner les marchés dans le chaos. La véritable crise fiscale, c’est le tsunami provoqué par le vieillissement de la population. Les politiques en parlent-ils ? Bien sûr que non : c’est trop coûteux et les séniors sont une source cruciale de voix, alors que les générations à venir ne votent pas, et donc elles ne comptent pas pour ce leadership médiocre, qui passera à l’histoire comme n’ayant pas été à la hauteur des problèmes graves et complexes face auxquels nous nous trouvons.
En Europe, les leaders des pays à risque n’ont rien trouvé de mieux que d’accuser les Allemands pour masquer leurs faiblesses. Les Français ont exploité ce sentiment, mais la dette publique française est telle que tôt ou tard, les marchés s’en renderont compte. La chancelière allemande Angela Mekel a démontré qu’elle ne comprend pas grand chose des marchés financiers et ses prises de position erratiques n’ont pas aidé."
Bref, conclut Alesina, "rendez-nous De Gasperi, Thatcher, Reagan, Clinton, Blair et Kohl avant qu’il ne soit trop tard".

L’heure est à la politique

Et maintenant ? La descente dans les abîmes boursiers va-t-elle prendre en otage l’économie réelle ? Les nouvelles baisses hier sur les places financières sont malheureusement significatives. Outre les valeurs bancaires exposées dans les dettes souveraines, tout ce qui se rapporte aux biens industriels et de consommation, dont l’automobile, a accusé le coup. Comme si les marchés s’attendaient à une dégradation tous azimuts…

Il est vrai que Wall Street a largement contribué à ce marasme avec la chute drastique de nombreux titres bancaires et d’organismes de refinancement. Sous un tel traitement dans une ambiance politique à hue et à dia, une conclusion s’impose : le crédit va devenir de plus en plus cher aux États-Unis en tuant tout espoir de relance outre-Atlantique avec contagion assurée ailleurs dans le monde, à l’exemple des krachs de 2008 propagés en virus.

Mais l’Europe n’est pas en reste dans ce capharnaüm, loin de là ! En intervenant sur le marché obligataire, en achetant des titres espagnols et italiens, la BCE de Francfort a certes, pour la première fois aussi massivement, endossé le rôle du pompier. Toutefois, combien de temps la BCE pourra-t-elle tenir à ce rythme ? Et n’outrepasse-t-elle pas ses droits en tançant Rome, en allant au-delà des traités, sans accords parlementaires comme le laissent entendre quelques juristes – surtout allemands – en mal de chicaneries ?

D’autres questions se posent. Par exemple sur le risque d’inflation ou sur le rachat de ces titres brinquebalants à la Banque centrale par le futur Fonds européen de stabilité financière. Or les 440 milliards de ce FESF ne suffiront pas à sauver l’Espagne et l’Italie. Déjà Berlin a fait savoir qu’étoffer ce FESF est hors de question, ajoutant à la cacophonie ambiante. Il est vrai que la chancelière Merkel a toujours dit «Nein» avant de céder, au moins partiellement.

Des deux côtés de l’Atlantique, l’heure est maintenant à la politique. À cette politique dont, de G7 en G20 et depuis 2007, la Finance internationale n’a cessé de se moquer, jusque dans les «détails» passant par les insolentes rémunérations des traders et autres parachutes dorés. Dans la zone euro, il est désormais clair que seule la «communautarisation» des risques, via des «eurobonds» ou d’autres mécanismes d’inspiration fédérale, saura calmer la fièvre. N’en déplaise à l’Allemagne, hostile à payer pour les cigales. Pourtant, Berlin doit comprendre que sa relative bonne santé économique repose largement sur ses exportations absorbées par la zone euro !

Aux États-Unis, le président Obama a promis des «propositions» pour surmonter la crise. Elles sont attendues avec impatience. Au-delà du discours incantatoire qui glisse sur les salles de marché…

Turquie: la fin du kémalisme

A quand remonte la dernière fois qu'une armée conservatrice membre de l'OTAN a limogé ses plus hauts gradés ?
En se mettant dans la peau d'un Turc fondamentalement laïc apprenant la stupéfiante nouvelle de la liquidation, quasiment du jour au lendemain, de la caste militaire laïque (ou atatürkiste), on pourrait ressentir, peut-être, une toute petite partie de l'impression de vertige national qui accompagna certainement la proclamation d'un nouveau système, dans les deux premières décennies du XXème siècle.
Par exemple, la semaine dernière, dans la presse, le vice-président actuel du parti politique historique de Kemal Atatürk, le Parti républicain du peuple, ou CHP, parlait le cœur lourd d'une «seconde république turque» dans «la ville balnéaire de Çanakkale», et peu de temps après, il semblerait que des hauts-gradés turques aient été arrêtés – et non pas, comme cela a été dit précédemment, que leurs démissions aient été acceptées. Cette célèbre péninsule côtière, comme le New York Times ne le précisait pas, porte aussi le nom de Gallipoli. C'est ici qu'entre 1915 et 1916, le Général Mustafa Kemal infligea aux troupes impériales britanniques leur plus sanglante et tragique défaite, tout en  persuadant les arrogants et colonialistes ancêtres de Rupert Murdoch que leurs braves aïeux australiens avaient servi de chair à canon pour ces gros infatués de britanniques. La pomme du célèbre film de 1981 de Mel Gibson ne tomba pas très loin de l'arbre. Quelques années après Gallipoli, le même général avait en réalité réussi à annuler le verdict régional de la Première Guerre Mondiale, et expulsé d'Anatolie les troupes grecques, françaises et britanniques.
Le poids historique de ces événements est quasiment impossible à surestimer: Atatürk (qui était probablement un athée pur-jus) put mettre en place son programme laïque justement parce qu'il avait ignominieusement défait trois envahisseurs chrétiens. Et pourtant, pendant des décennies, les stratèges occidentaux recherchèrent fébrilement un autre Mustafa Kemal, quelqu'un capable, en son propre nom, de procéder à la modernisation de la communauté musulmane. Pendant un temps, ils pensèrent que Gamal Abdel Nasser pouvait faire office de modèle. Puis ce fut le Shah d'Iran. Ils ajustèrent même brièvement le concept à Saddam Hussein, Zulfikar Alî Bhutto, et d'autres personnages aujourd'hui marqués du sceau de l'infamie. Mais personne, en termes d'autorité et d'authenticité, n'arriva à la cheville d'Atatürk. Sous son règne, le grand califat fut anéanti, et la règle antique du céleste et du sublime remisée en un rêve pour lequel seuls quelques visionnaires ascétiques et autres fanatiques manifestaient un réel intérêt. Il y a encore peu de temps, la Turquie moderne montrait tous les signes d'évolution vers un État capitaliste standard de la périphérie européenne.
Une amère rivalité, cependant, se cachait au sein de cette nouvelle élite turque. Le mouvement islamique et populiste naissant – le Parti pour la justice et le développement, de Recep Tayyip Erdoğan – comprenait parfaitement qu'une fois intégrée pour de bon à l'Union Européenne, la Turquie ne pourrait plus, conformément à la législation de l'UE, être soumise au pouvoir des hommes en uniforme. Nous assistâmes donc à un étrange spectacle où des Turcs plutôt conservateurs et nationalistes (avec, dans le cas d'Erdoğan, une très nette tendance au chauvinisme), firent cause commune avec des institutions libérales internationales pour contrer une institution, l'armée, qui symbolisait par-dessus tout le prestige et la gloire nationale turque. Cette coopération entre des forces apparemment laïques et d'autres nouvellement pieuses pourrait être liée, quelque part, au sens du devoir qui n'a cessé de grossir dans les rangs des habitants éduqués et laïcs des grandes villes, comme Istanbul, des individus qui avaient toujours su qu'ils pouvaient compter sur l'armée pour défendre leurs droits, tout en ayant constamment rechigné à y faire appel. La fiction d'Orhan Pamuk, cet auteur turc complexe, lauréat du Nobel, et d'ordinaire libéral, a parfaitement exploré ce paradoxe. Son roman, Neige, est peut-être la meilleure mise en scène de ce raisonnement.
Car, évidemment, Pamuk est aussi l'un des porte-parole les plus virulents des droits des Kurdes et des Arméniens, et de tous ceux dont la nationalité-même les mit en porte-à-faux avec l’État. Il fut menacé d'emprisonnement, conformément à une législation archaïque interdisant de débattre de certains sujets, et dut certainement remarquer le taux de mortalité exceptionnellement élevé des dissidents, tels le journaliste turco-arménien Hrant Dink, qui n'étaient pas suffisamment vigilants.
Mais la sombre réalité, c'est que l'élite militaire et «laïque» de Turquie a d'ores et déjà dévoyé bon nombre des valeurs qui étaient authentiques pour Atatürk et nécessaires à l'intégration de la Turquie à l'Eurosphère. Non seulement l'armée turque s'est permise de participer à la répugnante et illégale spoliation de terres qui contrevient encore aujourd'hui à toutes les législations internationales et les résolutions de l'ONU dans le micro-état autoproclamé et colonialiste du nord de l'île de Chypre, mais lors des premières années de l'occupation, le secrétaire général du parti d'Atatürk  – Bülent Ecevit – fut exclu de la vie politique et jeté en prison. Cette négation de la liberté de circulation, au sein-même de l'espace européen, a empoisonné les relations avec la Grèce, poussé des dizaines de milliers de Chypriotes à l'exil économique, et différé l'intégration de deux économies avancées – la Turquie et Chypre – au moment-même où l'économie athénienne ne peut plus faire cavalier seul.
Après avoir fourni pendant des années, avec la base aérienne d'Incirlik, une arrière-garde humanitaire pour les populations kurdes et chiites, en 2003, les Turques eurent l'opportunité d'ouvrir un «front nord» et de prêter main-forte à l'opération «Provide Comfort». Parmi nous, ceux qui étaient exclus des pourparlers et regardaient cette affaire de la salle d'attente, eurent vraiment l'impression que l'armée turque refusa l'honneur principalement parce que les pots-de-vin et les motivations financières n'étaient pas assez conséquentes. On avait l'impression, aussi, que cette même armée caressait le doux rêve d'aller asseoir son pouvoir dans les provinces kurdes du nord de l'Irak. Chercher à livrer une autre sale guerre sur le sol d'un pays voisin, et le faire en utilisant des fonds débloqués par le Congrès américain dans le cadre dans son budget d'aide à l'étranger ressemblait à un exercice de mauvaise foi d'un genre tout à fait spécial.
En 1960, l'armée turque fit preuve de médiation en ordonnant l’exécution de deux figures politiques de premier plan –  Adnan Menderes et Fatin Rüştü Zorlu – qui, selon mes meilleures sources, avaient provoqué de sauvages pogroms à Istanbul et Nicosie par une bombe placée à Thessalonique, lieu de naissance de Mustafa Kemal. (Si cela vous intéresse, vous pouvez vous reporter à mon petit livre Hostage to History: Cyprus From the Ottomans to Kissinger [Otages de l'histoire: Chypre des Ottomans à Kissinger]). Mais cette longue et inégalée symbiose entre un État, une Nation, une armée et la modernité a aujourd'hui fait son temps. Jadis, elle avait défié l'injustice du Traité de Versailles, ravivé un conflit régional à un niveau qui n'avait rien à envier aux Croisades, et vu les drapeaux turc et américain flotter de concert sur les vallées ensanglantées de Corée, dans ce qui fut le premier engagement belliqueux de la Guerre Froide. Cette époque est désormais révolue. On se demande, ne serait-ce que pour être surpris, comment elle a pu durer si longtemps ou être si rapidement démise, et on se rassure de voir les nombreuses et diverses façons possibles d'être turc, ou musulman.

Qu'est-ce qui fait chuter les Bourses ?

Depuis l'abaissement de la note des Etats-Unis, vendredi par Standard and Poor's, les principaux acteurs internationaux ont multiplié les déclarations rassurantes à l'égard des marchés. Mais rien n'y fait. Lundi 8 août, premier jour de cotation après l'annonce de l'abaissement de la note américaine, les Bourses mondiales ont de nouveau lourdement chuté.

Le CAC40 a enregistré sa onzième séance de chute consécutive, un record historique, en cédant 4,68 %. Le Dow Jones a fini sa journée en recul de 5,42 %, sous les 11 000 points, pour la première fois depuis dix mois.
"Les investisseurs ont de plus en plus l'impression que l'on va au-delà de la crise financière, vers un risque systémique, et cela auto-entretient le vent de panique qui souffle sur les marchés", résume Renaud Murail, gérant chez Barclays Bourse, qui évoque un "scénario de découragement".
>> Qu'est-ce qu'un krach boursier ?
  • S&P a brisé un tabou
Standard & Poor's a brisé un tabou en retirant à la première puissance économique mondiale la prestigieuse note "AAA". "La dégradation de la note américaine réveille les pires scénarios sur l'économie mondiale", avance Eric Edelfelt, gestionnaire d'actions chez Meeschaert Gestion Privée à Paris. "On peut tout imaginer : une dégradation des notes de pays de la zone euro".
>> Quel avenir pour le "AAA" de la France ?
>> Un institut allemand craint un abaissement de la note française
L'annonce de S&P était attendue après les tergiversations des responsables américains à propos du plafond de la dette des Etats-Unis. "Sans beaucoup de surprise", S&P a mis en avant "les sombres perspectives qui pèsent sur la situation fiscale des Etats-Unis", souligne ainsi Natixis. Sans surprise également, l'agence a dégradé lundi la note de plusieurs géants du système financier américain, Fannie Mae, Freddie Mac et de cinq compagnies d'assurance américaines.
>> S&P déclasse plusieurs géants du système financier américain
  • La croissance mondiale inquiète
Mais selon plusieurs analystes, davantage que les craintes liées à la dette américaine, c'est l'inquiétude générale face au ralentissement de l'économie mondiale qui explique la nervosité des marchés.
Les analystes de Natixis estiment en effet que "les conséquences sur les capacités de refinancement du gouvernement américain devraient être limitées" au vu de l'attrait que continuent de représenter les bons du Trésor américain. "La réalité est que la dette américaine est toujours un bon investissement. Les Etats-Unis sont l'économie développée la plus diverse, liquide et malléable et les bons obligataires détiennent la position enviable d'être le plus grand marché du monde", explique une note de Briefing Research.
Le président américain a lui aussi minimisé, lundi, la décision de Standard & Poor's, estimant que son pays méritait toujours la note "AAA".
>> Obama minimise la dégradation de la note américaine
Dans ces conditions, la correction sur les marchés financiers reflète davantage l'inquiétude quant à la croissance mondiale, qui montre de plus en plus de signes d'essoufflement. L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a ainsi publié lundi des indicateurs qui montrent des signes de ralentissement des principales économies mondiales.
>> L'OCDE alerte sur des nouveaux signes de ralentissement économique
"Des signaux plus forts d'inversion des cycles de croissance ont fait leur apparition aux Etats-Unis, au Japon et en Russie" en juin par rapport à mai, indique l'organisation. Les indicateurs pour le Canada, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni, le Brésil, la Chine et l'Inde "continuent à pointer vers des ralentissements de l'activité économique", poursuit-elle.
Dans ses prévisions publiées en juin, le Fonds monétaire international (FMI) avait déjà révisé à la baisse ses prévisions de croissance des Etats-Unis et des pays développés, tablant respectivement sur une croissance de 2,5 % et de 2,2 % en 2011.
Ces chiffres pourraient être encore plus mauvais que prévu, Washington ayant fait état fin juillet d'une croissance nettement ralentie en 2011, à 1,3 % en rythme annuel au deuxième trimestre, qui avait déçu les attentes des marchés.
  • La crainte du "double dip"
"Il y a deux principales sources d'inquiétude : la viabilité de la croissance américaine et l'évolution des finances publiques en Europe", explique JPMorgan Asset Management dans une note d'analyse. La banque s'interroge même sur la possibilité que la première économie mondiale ne tombe en récession, un scénario catastrophe qui entraînerait le reste de la planète avec elle.
Or, un "double dip", une double récession dans la foulée de la crise financière, aurait des effets plus douloureux qu'en 2008 car l'économie américaine n'a pas la vigueur d'avant la crise financière en 2007.

lundi 8 août 2011

L'euro face au dollar: l’aveugle et le paralytique

L’euro reste une monnaie forte en dépit de la crise de la dette en Europe. La devise européenne profite des difficultés économiques et politiques américaines qui font planer des doutes sur la solidité du dollar. Un équilibre instable.
La crise de la dette de part et d’autre de l’Atlantique donne le tournis. Et chamboule les repères. Normalement, depuis le temps que les alertes et sauvetages en catastrophe se multiplient dans la zone euro, la monnaie européenne aurait dû perdre de sa valeur. Il n’est pas une opération de sauvetage, de l’Irlande à la Grèce en passant par  le Portugal, qui ne se termine sans qu’une autre se profile, en Grèce une deuxième fois et bientôt peut-être en Italie. Avec en toile de fond les prédictions de tous les adversaires plus ou moins déclarés de l’euro sur son prochain effondrement.
Il n’est pas question seulement de techniques financières, mais aussi de détermination politique. Dans d’autres situations, l’euro n’aurait pas résisté à une dégradation de la solidarité entre pays membres, seul ciment politique qui fonde la monnaie unique. Or, la crise grecque et la lenteur à trouver des solutions a fortement ébranlé cette solidarité. En plus, à peine une solution est-elle enfin élaborée comme le second plan de 158 milliards d’euros pour sortir la Grèce de la faillite, que déjà des doutes sont exprimés sur l’efficacité des mesures. Mais l’euro, cette fois, n’a pas bougé, ou presque sur les marchés de change.
Encore ne parle-t-on là que du sauvetage d’un pays qui ne pèse que 2% du PIB de l’Union européenne. Mais imaginons  qu’un poids lourd de la zone euro – l’Espagne, l’Italie ou la France – doive à son tour être soutenu. Les réponses ne pourraient être identiques à celles qui furent trouvées pour la Grèce: trop lourd! Ces risques font partie des hypothèses tout à fait réalistes qui devraient d’ores et déjà faire flancher l’euro.  Mais il tient bon. Voilà  de quoi donner du grain à moudre à ceux qui affirment que l’Europe est face à une crise de la dette, pas à une crise de l’euro.

L’euro, toujours une monnaie forte

La monnaie européenne s’échangeait à 1, 40 dollar à la mi-juillet, demeurant à son niveau d’octobre 2010. Le deuxième plan de sauvetage grec du 21 juillet a eu peu d’incidence sur le marché des changes. Puis le 5 août, après l’accord américain sur le relèvement du plafond de la dette et  juste avant la dégradation de la note des Etats-Unis par l’agence Standard & Poor’s, l’euro cotait près de 1,43 dollar. Depuis le début de l’année, l’euro a oscillé entre un minimum de 1,30 dollar début janvier et un maximum de 1,50 début mai.
Voilà une dizaine d’années, la valeur de la monnaie européenne par rapport au dollar avait dégringolé, à son plus bas, jusqu'à 0,85. A l’inverse, à son zénith de 1,60 dollar en juillet 2008, elle asphyxiait les exportateurs français. En pleine crise de la dette publique, malgré les alertes, les psychodrames politiques et des situations de faillites tout à fait inédites dans la zone euro, la monnaie européenne reste à un niveau élevé. Pourquoi?

Le dollar ne rassure pas

Tout simplement parce que les valeurs des devises sont relatives. Et que le dollar américain n’a absolument rien actuellement d’une devise refuge. Dès le début de l’été, le risque de dégradation des Etats-Unis émis par deux agences de notation (Moody’s et Standard & Poor’s), a confirmé aux marchés qu’il serait risqué d’arbitrer en faveur de la monnaie américaine contre l’euro  .
Puis, les passes d’armes entre Démocrates et Républicains pour relever le plafond de la dette américaine ont mobilisé les médias mais rien réglé au plan économique, les deux camps ayant surtout cherché à élargir leur base électorale en vue des prochaines élections présidentielles. Standard s Poor’s en a tiré les conclusions conformément à ses annonces précédentes, sanctionnant «le processus dans le cadre duquel sont décidées les politiques publiques», a déclaré l’agence de notation. Ce qui en dit assez long sur la gestion de l’économie aux Etats-Unis ainsi que sur la capacité de la première économie mondiale à enclencher une vraie dynamique de reprise. D'où la grande fragilité de la monnaie américaine.
La Chine, premier détenteur étranger de créances américaines avec près de 10% de la dette, ne modère pas ses critiques. Dadong, sa jeune agence de notation, a même dégradé la note des  Etats-Unis avant Standard & Poor’s. La mobilisation ce week-end de la BCE (Banque centrale européenne) et des pays du G7 pour tenter d’éviter une propagation de l’inquiétude créée par la situation américaine et une nouvelle aggravation de la crise de la dette, illustre assez bien la déroute du système dont le dollar est un pilier.

Planche à billets américaine

D'un autre côté, le dollar aurait déjà dû plonger depuis plusieurs mois, si on considère que la Réserve fédérale américaine s’est engagée dans une politique de rachat d’emprunts d’Etat… en faisant tourner la planche à billets. Après l’injection annoncée de 600 milliards de dollars en octobre 2010, le relèvement du plafond de la dette fédérale devrait accentuer ce recours à la planche à billets. C’est cette situation qui a été poinyée par les agences de notation, ce qui aurait dû logiquement être fatal au billet vert. Mais la parité entre la monnaie européenne et le billet vert est malgré tout restée, jusqu’à présent, stable. Car lundi 8 août au matin, après la dégradation de la note américaine par Standard & Poor’s, la devise européenne valait juste un peu plus de 1,43 dollar, seulement 0,5 cent de plus que le vendredi précédent, Comme si, au plan des monnaies, cette dégradation était presque un non évènement.

Rappel de forces négatives

En réalité, le dollar se tient à cause des inquiétudes qui pèsent sur la zone euro et sur le risque de propagation de la crise de la dette à des poids lourds de la zone. Et l’euro se maintient à cause de la fragilité du dollar qui retient les opérateurs de marchés de s’y réfugier. Drôle d’équilibre, forcément très instable, obtenu par un rappel de forces négatives. On ne doit pas s’étonner que chacune des deux monnaies profite des faiblesses de l’autre, même si elles souffrent toutes les deux de la corrosion qui attaque leur fondamentaux. 

Le spectre d’une guerre des monnaies

Les Etats, dans leur ensemble, n’ont pas intérêt à bousculer ce fragile équilibre. En octobre 2010, le FMI estimait le montant des réserves de change allouées en devises étrangères à 4500 milliards de dollars, dont 61% en dollars et 27% en euros. Pour des pays comme la Chine (qui détient 30% des réserves internationales),  le Japon (11%), l’Arabie Saoudite, la Russie, le Brésil, Taïwan ou la Corée (entre 3 et 5%) selon l’agence Bloomberg, l’effondrement de l’une ou l’autre des monnaies causerait d’importants préjudices. Cette situation est source de déséquilibre, et le G20 a d’ailleurs inscrit à son programme de travail la réduction du besoin d’accumulation des réserves. Mais on n’a pas enregistré, jusqu’à présent, de réelles avancées sur la question.
La zone euro elle-même n’a aucun intérêt à voir le cours du dollar baisser. Les Etats-Unis y gagneraient une plus grande compétitivité à l’exportation alors que, à l’inverse, les exportateurs européens seraient pénalisés. Et la monnaie européenne, déjà trop forte pour les pays dans le collimateur des agences de notation (les PIGS: Portugal, Irlande, Grèce et Espagne), se verrait encore renforcée par rapport au dollar, ce qui ne pourrait qu’aggraver leur cas.
Le G20 a soulevé le problème en constatant que le risque de guerre des monnaies existe. Il a donc aussi inscrit à son agenda une réforme du système monétaire international «pour assurer la stabilité financière d’un monde multipolaire». Le triplement des fonds dont dispose le FMI en 2009 entre dans cet objectif. L’Europe en a profité l’an dernier pour la Grèce. Mais il en faudra beaucoup plus pour espérer stabiliser le système.

La Grèce ou mourir de rire avec Ségolène Royal





DU N'IMPORTE QUOI AVEC EN PRIME LA BROSSE À RELUIRE, LE DISCOURS DÉCOUSU ET LA CHALEUR DE SKIATHOS, ILE TOURISTIQUE HAUT DE GAMME.

Sarkozy se représidentialise grâce à la crise

Le contexte économique mouvementé offre au chef de l'Etat un rôle taillé sur mesure pour réconquérir l'opinion.

Après des mois de disette sondagière, la popularité de Nicolas Sarkozy remonte en cette période de récession. La crise qui secoue actuellement la zone euro est perçue à l'Elysée comme une occasion de se relancer politiquement à neuf mois de l'élection présidentielle. 
Lors du sommet européen du 21 juillet dernier, Nicolas Sarkozy s'était félicité d'avoir arraché un second plan d'aide à la Grèce après une rencontre de plus de sept heures avec Angela Merkel. Depuis le Cap Nègre où il est en vacances, le Président de la République continue de vouloir être en première ligne pour résoudre la crise de la dette européenne.  
Selon Libération, il aurait ainsi activement travaillé ce week-end "à la mise au point d'une initiative commune avec la chancelière Angela Merkel". Ce qui aurait permis d'aboutir à la déclaration à quatre mains publiée dimanche soir afin de défendre les principes de solidarité européenne.  
Période propice
Pour renforcer sa stature d'homme d'Etat sur la scène intérieure, Nicolas Sarkozy cherche aussi à faire voter la fameuse "règle d'or", qui prévoit d'inscrire dans la Constitution l'obligation d'un retour à l'équilibre budgétaire. Sous l'habit consensuel du père de la nation, le Président de la République a ainsi écrit une lettre à tous les parlementaires dans laquelle il les appelle à "se rassembler" au-delà "des intérêts partisans" pour remettre en ordre les comptes publics du pays.  
Mais la parole de Nicolas Sarkozy se fait également plus rare. Malgré son activisme ce week-end, le il s'est abstenu d'intervenir publiquement, laissant à François Baroin, le soin de rassurer l'opinion. Depuis trois mois, Nicolas Sarkozy a en effet signé un retour à la "méthode Pilhan": moins prolixe, il laisse son fidèle Claude Guéant, assumer les débats les plus clivants sur l'immigration ou la sécurité. 
"Les crises ont plutôt profité au Président, analyse d'ailleurs Bruno Jeambar, directeur général adjoint d'Opinion Way. La dernière période où il a rebondi dans l'opinion, c'était entre septembre 2008 et septembre 2009 quand il fut confronté à la crise géorgienne et à la crise économique. C'est une période propice à l'expression de son volontarisme." De quoi nourrir l'espoir d'une réélection.