lundi 21 avril 2014
Le monstre du Loch Ness est-il de retour ?
Sortez vos appareils photo et foncez en Ecosse ! Nessie, le monstre du Loch Ness serait de retour. C’est en tout cas ce que pense avoir récemment découvert Andy Dixon, un chasseurs de monstre.
Et si la nouvelle technologie se mettait au service des chasseurs du monstre du Loch Ness ? C’est désormais chose faite explique le Daily Mail ! En effet, c’est à travers l’application Plans d’Apple que le monstre a été récemment aperçu. Cette application permet une observation par satellite de notre planète. Cette technique a donc été mise au service des chercheurs du poisson.
Une découverte surprise
C’est en observant l’Ecosse à l’aide de l’application que le chasseur Andy Dixon est tombé, par hasard, sur ce qui semble être Nessie. Sur l’image satellitaire, on peut en effet voir une forme imposante sous l’eau (ou bien des vagues…). Andy Dixon a alors transmis l’image à Gary Campbell, le président du "Official Loch Ness Monster Club" (club officiel du Monstre du Loch Ness).
Le problème auquel les chasseurs étaient confrontés était le suivant : l’image du monstre n’apparaissait pas sur toutes les images de tous les satellites. Seul sur les produits Apple…
Après avoir montré l’image à des experts maritimes, ils ont conclu que même si l’image laisse supposer des vagues provoquées par un navire, il n’y a pas de coque visible. Ainsi, "à moins qu’il ne s’agisse d’un essai de sous marin, la taille et la forme de la zone étudiée ressemblent à celle de Nessie". Et de se réjouir : "cela faisait 18 mois que Nessie n’était pas réapparu. Ça fait chaud au cœur de le revoir".
En effet, trois observations ont été reportées en 2013 mais se sont finalement révélées être des fausses. La première était la photo d’une vague, la seconde celle d’un canard tandis que la troisième n’avait même pas été prise sur le lac Loch Ness.
Si le monstre jouait la vedette ces derniers temps en restant au fond de ce profond lac, il a tout de même été aperçu 1036 fois au cours de ces 1500 dernières années.
Culture-tops : le coup de cœur de la semaine... et le programme de la suivante
"Les trésors de Naples" est une exposition qui témoigne du lien très fort qui unit cette ville à son saint patron : San Gennaro, mort en martyr. En effet, c’est la première fois que ce trésor sort d'Italie alors même qu'il serait comparable aux joyaux de la couronne de France ou d'Angleterre.
Thème
Le 13 janvier 1527, par contrat devant le notaire, le peuple de Naples choisit San Gennaro (Saint Janvier) pour protéger la ville et ses habitants, des éruptions du Vésuve, et de la peste. En échange, les Napolitains s'engagent à lui construire une nouvelle chapelle au sein de la cathédrale et à lui faire des dons. Depuis, le contrat court toujours et le trésor n'a cessé de s'enrichir.... C'est la première fois que ces joyaux sortent d'Italie, afin de démentir l'image de pauvreté qui éloigne les visiteurs de Naples...Points forts
Seize éblouissants bustes de saints saisissent le visiteur dès la première salle du musée. En argent massif, splendides, les statues colossales pèsent chacune plus de 200 kilos. Ces chefs d'oeuvre ont été créés par les orfèvres napolitains entre le XVIIè et la fin du XVIIIè siècle. Soyons rassurés, trente-huit autres saints restés dans la chapelle de San Gennaro, protègent toujours la ville de Naples de la lave et de la peste...
Depuis la signature du contrat initial, le trésor n'a cessé de s'enrichir: croix, calices, ostensoirs, chandeliers... Les pauvres comme les riches qui viennent prier le saint patron, lui offrent les gages de leur foi. On raconte que la dernière reine d'Italie enleva le diamant qu'elle avait au doigt pour le rajouter aux 3.326 autres diamants, 168 rubis, 198 émeraudes et deux grenats montés sur la mitre en argent du buste de Gennaro que l'on peut admirer. On peut également s'émerveiller devant un somptueux collier qui lui aussi s'est enrichi sur 250 ans, grâce aux dons de Charles V de Bourbon et de Napoléon Bonaparte entre autres...
San Gennaro est mort décapité, en l'an 305. Le sang du martyr a été recueilli dans deux ampoules. Il se liquéfie trois fois par an, aux mêmes dates depuis des siècles : un phénomène que la science ne peut expliquer. Si les ampoules sont restées sur place, retenez bien la date du 3 mai prochain, le Musée retransmettra en direct le "miracle". La messe napolitaine sera retransmise au musée Maillol.
Points faibles
Les mesures de sécurité sont très importantes! Le visiteur est fouillé à l'entrée et à la sortie (peut-être a-t-il volé une statue de 200 kilos ou la mitre couverte de bijoux, enfermées dans des caissons ultra blindés...)
En deux mots
A voir une fois dans sa vie, à moins de se rendre à Naples!
Cet héritage judéo-chrétien si bien assimilé que la France finit par l’oublier… voire par le nier
David Cameron a récemment dénoncé les "non-croyants qui sous-estiment le rôle de la religion nécessaire pour élaborer un code moral". Le Premier ministre britannique remet ainsi sur la table la question de l'héritage religieux dont les Occidentaux sont pétris, et mêmes les plus athées et anticléricaux d'entre eux.
Le Premier Ministre David Cameron a récemment fait parler de lui en évoquant sa foi chrétienne ainsi qu'en dénonçant les "non-croyants qui sous-estiment le rôle de la religion nécessaire pour élaborer un code moral". Un fait qui peut étonner de la part d'un dirigeant européen libéral à l'heure du XXIe siècle. quels sont encore les héritages "visibles" de notre passé judéo-chrétien ? Comment a-t-il évolué (ou non) sur les dernières décennies ?
Christophe Geffroy : En réalité, les héritages de notre passé judéo-chrétien sont partout présents et même les plus anticléricaux ne semblent pas réaliser que nombre de principes auxquels ils tiennent par-dessus tout proviennent du christianisme. Un livre remarquable l’a récemment abondamment prouvé, celui de Chantal Delsol, Les Pierres d’angle (Cerf), que j’invite vos lecteurs à lire si le sujet les intéresse. En effet, ces « pierres d’angle » de notre civilisation, Chantal Delsol en énumère quatre principales : le respect de la dignité de la personne humaine, la démocratie, la liberté de penser et la notion de progrès.
Le concept de dignité humaine n’a pu éclore que parce que le christianisme a développé la notion de personne, par analogie avec les trois personnes de la Trinité, et parce que cette personne est créée par Dieu à son image (cf. Gn 1, 26-27). En rejetant le christianisme, on veut toujours la dignité humaine, mais on ne sait plus ce qui la fonde ; et celle-ci n’étant plus conférée de l’extérieur, d’une façon transcendante, c’est donc l’homme lui-même qui en est juge, d’où la porte ouverte à l’arbitraire et à toutes les dérives qui apparaissent aujourd’hui.
De même, l’égalité fondamentale des hommes devant Dieu postulée par le christianisme a permis à l’homme de s’émanciper des contraintes du groupe et a donc permis les conditions de la liberté individuelle qui est le terreau indispensable de la démocratie ; que cette émancipation de toute autorité supérieure ait été trop loin est une autre question, il n’empêche que c’est bien dans l’ère de la civilisation judéo-chrétienne et nulle part ailleurs que s’est développée la démocratie et l’on pourrait dire la même chose des autres « pierres d’angle » que j’ai évoquées.
Michel Maffesoli : C’est essentiellement en France que ce genre de propos (proches d’ailleurs de ceux que le président Sarkozy avait tenus lors d’une visite à Rome, sur la prééminence du rôle éducatif du curé sur celui de l’instituteur) choque.On sait que dans les pays anglo-saxons, l’affirmation de son appartenance religieuse fait partie des règles de sociabilité habituelles, mais ce qui coexiste d’ailleurs avec une grande diversité des pratiques religieuses.
La France est dans une situation paradoxale : de son rôle de “fille aînée de l’Eglise” elle a hérité une propension au monothéisme qui se retrouve d’ailleurs chez les catholiques traditionnels comme chez les tenants d’un laÏcisme rigoureux ; mais ce combat a également conduit à vouloir extirper de l’espace public toute référence religieuse.
Quoi qu’il en soit, c’est vrai que les grandes religions du Livre (Catholicisme, Protestantisme, Judaïsme, Islam) ont élaboré un ensemble de règles morales très approfondi : les Dix commandements de l’Ancien testament sont repris par les Juifs et les Chrétiens et le Coran définit également des devoirs moraux.
Ces règles qui stipulaient comment vivre sur terre pour gagner le salut (ce que j’appelle “l’économie du salut”) ont perdu de leur force transcendante. Mais la référence à leur origine religieuse subsiste. Ne dit-on pas d’ailleurs “un saint laïc” pour parler d’un incroyant qui se conduit bien ?
Comment expliquer cette persistance des symboles chrétiens à une époque "déchristianisée" ?
Christophe Geffroy : Cela s’explique précisément par ce que je viens d’expliquer de façon trop succincte : les choses auxquelles nous tenons le plus dans notre civilisation sont inhérentes, consubstantielles au christianisme, l’antichristianisme qui sévit actuellement ne peut donc en venir à bout sans renier les principes de base que tout le monde veut conserver. Le problème qui apparaîtra inévitablement si l’on continue dans cette voie, à savoir de combattre plus ou moins sournoisement le christianisme, c’est que ces principes auxquels nous croyons n’auront plus d’appui et risquent fort de s’effondrer ou d’être totalement vidés de sens. Prenons l’exemple de l’anthropologie : aujourd’hui nous en sommes arrivés à ne plus savoir ce que c’est qu’un homme ; d’un côté il est réduit au rang d’un simple animal, à un amas de cellules manipulables à merci, et, d’un autre côté, on l’entoure d’un culte comme un objet sacré, invoquant à tout-va des droits de l’homme en fait vidés de leur substance en les multipliant à l’infini !
Michel Maffesoli : La déchristianisation est, sur la longue période, relativement récente : elle débute au XVIIIème siècle, dans une petite élite pour s’étendre peu à peu, massivement depuis la Seconde Guerre mondiale.
Mais elle prend différentes formes : dans les pays d’Amérique latine comme en Afrique, c’est plutôt une forme de syncrétisme, mêlant toutes sortes de croyances ; ainsi au Brésil, malgré l’avancée importante des évangélistes protestants, très fondamentalistes, les pratiques des nouveaux convertis par rapport aux cultes afro-brésiliens (candomblé) ne disparaissent pas, au contraire.
En Europe, cette déchristianisation a connu une forme “areligieuse” pendant tout le siècle dernier, il n’est pas sûr que ce mouvement continue et je pencherais plutôt pour le développement chez nous aussi d’un certain syncrétisme, mêlant spiritualité orientale, latino-américaine, croyances New Age et vieux fonds chrétien.
N'y a-t-il pas par ailleurs un héritage oublié du judéo-christianisme ? Les valeurs dites républicaines comme la liberté, l'égalité et la fraternité ne sont-elles pas finalement les descendantes des principes de l'Eglise ?
Christophe Geffroy : Si bien sûr, cela se comprend aisément après ce que j’ai essayé de démontrer plus haut. Il est évident, en particulier, que le triptyque révolutionnaire liberté-égalité-fraternité est impensable sans l’arrière-plan chrétien.La liberté, l’égalité et la fraternité sont trois valeurs éminemment chrétiennes bien antérieures à leur proclamation par la Révolution française.
Michel Maffesoli : Je le dis souvent, le grand apport du christianisme, à la suite d’ailleurs du judaïsme, c’est ce que j’appelle le “retour à l’Un”. Monothéisme juif (l’Ancien Testament est essentiellement le combat de Yahvé contre le culte des idoles), puis chrétien, avec son “économie du salut” : la vie sur terre n’est qu’un passage, une préparation au jugement dernier qui conduit au Paradis ou en Enfer ; cette économie du salut a été en quelque sorte le fondement du marxisme : le mouvement révolutionnaire n’est qu’une longue préparation de la Révolution puis des différentes étapes de l’avènement de la société communiste (la dictature du prolétariat n’étant que la première étape, jamais dépassée !). Et maintenant, je dirais que la forme la plus profane de cette économie du salut est l’économie tout court, avec sa course perpétuelle à la résolution de la crise : demain on aura fait les réformes structurelles, demain le marché fonctionnera parfaitement.
Il y a donc dans ce perpétuel report de jouissance, cette attente d’un monde meilleur une profonde parenté entre christianisme et marxisme.
Mais je crois que nous avons changé d’épistémè (au sens de Michel Foucault). La postmodernité naissante est attentive au présent, elle inclut la tradition dans ce présent et d’une certaine manière elle a spatialisé le futur, notamment dans l’attention importante portée au respect de la Nature et du territoire. On peut , dés lors, parler, avec le nouveau cycle qui s’amorce, d’un retour à une forme de “paganisme” : être attaché, tant bien que mal, à ce “monde-ci”. Ce qui induit une “écosophie” : nouvelle sagesse vis à vis de la “maison” commune.
C’est ce qui peut faire dire que nous sommes sortis de l’épistémè judéo-chrétienne dont les divers socialismes et marxismes ont été les derniers , les plus grossiers et les plus violents avatars.
Ne le voit-on pas aussi dans les thématiques politico-économiques comme la lutte contre les inégalités ?
Michel Maffesoli : Il faut se méfier des visions anachroniques de l’histoire. La société médiévale (le long Moyen-Age de Jacques Le Goff) n’était pas une société de classes et dès lors la répartition en trois ordres (paysan, prêtre et guerrier pour reprendre la tripartition de Dumézil) ne doit pas se lire comme une “inégalité”.D’autant que la distance entre nobles et manants, notamment dans le partage des fêtes, des jeux etc. n’était pas telle qu’on l’a imaginé dans l’imagerie révolutionnaire française.
Ce qu’on peut voir par contre, c’est d’une certaine manière le glissement d’une religion d’un seul Dieu à une religion “d’un seul homme”. La revendication d’une homogénéisation des conditions économico-sociales, le refus des inégalités (comme celui des différences de religion et de culture d’ailleurs) ressortit du même procédé de réduction à l’Un.
En dépit de ces persistances, n'a-t-on pas perdu avec la sécularisation l'apport spirituel de cet héritage ? Percevoir le monde sans une certaine notion du sacré et de sa transcendance n'est-il pas handicapant ?
Christophe Geffroy : Oui, c’est handicapant, mais c’est bien plus grave encore en ce sens où une société ne peut se développer harmonieusement sans transcendance. Le rejet de toute transcendance fait de l’homme le maître du sens et, dès lors, il n’y a plus aucune limite à son pouvoir, là est bien le danger majeur. En effet, en étant le maître du sens, c’est-à-dire concrètement celui qui décide du bien et du mal, l’homme s’octroie un pouvoir absolu. Et la démocratie est en l’occurrence une bien faible digue, car c’est en fait la majorité parlementaire qui bénéficie de ce pouvoir absolu. On en vient ainsi à confondre la légalité (les lois votées) et la légitimité (la conformité des lois au bien, mais c’est l’homme qui décide maintenant du bien), dérive dont même les Anciens étaient conscients, il suffit de rappeler le combat d’Antigone contre Créon qui défendait le principe des lois non écrites. Eh bien ! de ce point de vue là, nous sommes revenus près de 3000 ans en arrière, c’est pourquoi nos démocraties purement procédurales recèlent de véritables dangers de dérives totalitaires.
Le grand Jean-Paul II avait très bien vu combien le relativisme moral qui anime nos sociétés occidentales était porteur de germes totalitaires.
Michel Maffesoli : Il est clair qu’une partie de ce qu’actuellement on appelle “crise” est avant tout une crise spirituelle ou plutôt la recherche dans la société actuelle de nouvelles formes de sacré (le numineux de Rudolf Otto) et de nouvelles formes de religion (au sens d’un religieux qui relie les hommes entre eux). C’est pourquoi, vous avez raison dans votre question en parlant d’une recherche de spiritualité, mais tort sans doute en pensant que les manifestations actuelles du sacré et de la religion ont disparu. Je pense qu’ils ont changé ou sont en train de changer et que c’est cette mutation que nous appelons d’une certaine manière, "crise".
Je le dis souvent, “la fin d’un monde n’est pas la fin du monde” et ce n’est pas parce que les formes chrétiennes de la religion s’estompent, en Europe et même dans les autres continents, sous leur forme purement monothéiste, qu’il n’y a plus de formes sociales et collectives du sacré. Au contraire, l’intérêt pour les spiritualités orientales, mais aussi pour toutes les pratiques et savoir faire qui y sont attachés, pour les cultes venant d’Afrique, en même temps que pour divers cultes charismatiques, évangéliques etc. connait un développement important chez les Jeunes. Même leur intérêt pour la Franc-maçonnerie traduit cette quête spirituelle.
L'effondrement de l'Eglise a été en France quasiment proportionnel à la lente disparition des référents identitaires ainsi que des mécanismes de solidarités locales. En quoi cela peut-il avoir un impact sur ce que l'on nomme fréquemment le "malaise contemporain" ?
Michel Maffesoli : Là encore, je ne suis que partiellement d’accord avec votre analyse. Vous avez raison, l’époque moderne a été celle de l’individualisme et de l’assignation des individus à une identité : économico-sociale, religieuse, politique etc. A ces identités stables ont succédé des identifications multiples : "Je" est un autre et l’on peut être bourgeois et banquier de jour, mais pratiquant d’un culte charismatique ou afro-brésilien certains week-ends et en même temps fan d’un groupe de musique ou de football. A chaque fois l’appartenance au groupe, à la communauté (j’ai appelé cela une “tribu”, en 1988) est forte, mais la différence avec les anciennes communautés est que l’on peut appartenir à plusieurs d’entre elles, mélangeant des individus très différents et que d’autre part ces appartenances sont fluctuantes : ni déterminées par la naissance (Ancien Régime), ni par le statut socio-économique (époque moderne).
Donc il est vrai que les identités individuelles se sont estompées (et tant mieux, car elles étaient en quelque sorte enfermantes), mais les identifications à diverses tribus sont fortes.
Et ceci conduit à mon second point : il n’est pas vrai que les solidarités locales disparaissent. Ou plutôt elles ont disparu sous leurs formes traditionnelles, paroisses, partis, syndicats, militantismes divers, mais elles s’expriment différemment : dans les grands élans de générosité qui suivent des catastrophes, dans les innombrables phénomènes de partage : appels de fonds solidaires pour divers projets culturels, partage de véhicules, d’appartements, de savoirs. Il y a un foisonnement de solidarités de proximité, une attention au vivre ensemble local qui ne sont pas prises en compte par les diverses institutions politiques, économiques, ecclésiastiques ; ce qui n’empêche qu’elles existent.
Je pense que nous sommes entrain d’inventer, sur tous les continents d’ailleurs, de nouvelles formes de vivre ensemble et de nouvelles expressions communes du sacré. Non plus un sacré imposé d’en haut, une morale obéissant à la loi du Père, mais un sacré vécu en commun, une éthique obéissant à ce que j’appellerais une “loi des frères”.
Christophe Geffroy : Le recul de l’Eglise n’a pas été propre à la France, il caractérise, avec certes des nuances, l’ensemble du monde jadis chrétien. L’Etat se voulant incompétent pour définir le Bien, sa fausse neutralité le conduit inévitablement vers le relativisme et finalement le matérialisme, donc n’offre comme modèle que la réussite financière quand le rejet de la morale pousse à vivre sans contrainte en ne recherchant que son propre plaisir… De tels objectifs pour la vie sont forcément insatisfaisants et ne peuvent que générer le malaise que vous évoquez car ils sont incapables d’apporter épanouissement et bonheur à la personne humaine qui n’est pas qu’un simple consommateur, mais aussi un être spirituel qui aime à donner et se donner.
C’est pourquoi l’époque actuelle voit un réveil du christianisme dans nos vieux pays européens. Certes, nous partons de bas car le nombre de fidèles chrétiens est numériquement faible, il n’empêche que beaucoup attendent de l’Eglise le message qui est le sien, précisément parce qu’il est exigeant mais non irréalisable, alors que nous avons tout lâché et que cela ne génère que tristesse et malheur. Il y a une jeunesse chrétienne qui se lève aujourd’hui et qui portera des fruits que l’on n’imagine pas encore…
dimanche 20 avril 2014
Le goût du sang
Le goût du sang
La roue tourne et chaque mois, il faut au monde médiatique sa nouvelle victime expiatoire ou gibier de potence à attraper, cerner, jeter par terre et tabasser. Je ne parle pas des faits qui sont reprochés ni de la culpabilité ou non culpabilité, questions qui relèvent de la seule justice. A ma connaissance, sauf dans les régimes totalitaires (marxiste, fasciste ou national-socialiste) tout homme est présumé innocent jusqu’à ce qu’il ne soit jugé et condamné. Foin de la présomption d’innocence quand on inflige le supplice du lynchage médiatique et de l’honneur bafoué à des présumés innocents. En ce moment, c’est Aquilino Morelle qui passe à la casserole, dans un climat de joie expiatoire qui enflamme tous les courants idéologiques ou partisans, d’un extrême à l’autre, sans exception; le mois dernier, Patrick Buisson, avec la même fureur hystérique, mais on oublie si vite; auparavant maître Herzog, l’avocat de Sarkozy; et encore auparavant il y avait eu Depardieu, Finkielkraut, Claude Guéant, Cahuzac, etc. Le même processus se répète inlassablement. On jette une personnalité en pature à la meute et chacun rajoute sa petite anecdote perfide ramassée dans le caniveau pour accabler un peu plus l’animal traqué. Le grand hallali dure trois jours, dans un unanimisme qui fait froid dans le dos, et puis on passe à autre chose. Le monstre médiatique a besoin de chair fraîche à dépecer. Et les leçons, l’expérience, comme le martyre infligé à Dominique Baudis, ne servent à rien, bien au contraire. Le jour où surviendra un suicide, ce sera le grand extase, l’apothéose: ils auront gagné! Mais les médias et la presse ne sont pas les vrais responsables. Au fond, exsangues, prêts à tout pour survivre, ils vendent ce qui intéresse le public. Il faut croire que parler du cirage des chaussures du conseiller politique passionne davantage les foules que les massacres en Syrie, la guerre civile ukrainienne, le génocide dans le sud Soudan. L’âme humaine est sombre. Jadis, les Français adoraient se presser au spectacle des exécutions capitales sur la place publique. Le président Lebrun, en 1934 a mis fin à ce sinistre spectacle auquel les enfants étaient conviés. Mais le même instinct de mort se retrouve sous d’autres formes, et personne n’abolira jamais le goût du sang.
"La maison des morts"
"La maison des morts"
«Si le chômage ne baisse pas d’ici à 2017, je n’ai, ou aucune raison d’être candidat, ou aucune chance d’être réélu», a lancé le chef de l’Etat, lors d’un déjeuner avec des salariés de l’entreprise Michelin, qu’il a visitée hier. Selon moi, cette phrase couperet ne procède en aucun cas d’un calcul politique mais elle est au contraire totalement spontanée, sincère, naturelle, exprimant un trop plein, une lassitude immense, le désir profond d’en finir. Le président de la République subit un véritable calvaire depuis six mois, derrière le masque de l’impassibilité: échec de ses engagements sur l’emploi, "Léonarda", Julie Gayet, débacle aux municipales, rébellion de sa majorité, et cerise sur le gâteau, affaire Aquilino Morelle. On arrive au Palais gonflé d’orgueil et de fierté – "moi président" – et l’on s’y retrouve détesté voire méprisé par l’opinion publique. Raymond Poincaré, ancien chef de l’Etat décrivait déjà l’Elysée comme "une maison des morts" destinée au malheur http://www.amazon.fr/Histoire-pr%C3%A9sidents-R%C3%A9publique-Maxime-TANDONNET/dp/2262036020/ref=la_B004MQBNYA_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1397880350&sr=1-1. Je pense vraiment, du fond du cœur, que pour avoir envie de devenir président dans la France d’aujourd’hui, son impuissance politique radicale, ses haines mesquines, jalouses et viscérales, son goût sanguinaire de la délation et du lynchage de tout ce qui dépasse, il faut être déficient intellectuellement (n’avoir rien vu, rien compris au réel) ou bien relever de l’asile psychiatrique si l’on se croit porté par un "destin" providentiel. Peut-être qu’en 2017 (ou avant) le désir de renouveau se cristallisera sur une personnalité, à la tête d’une équipe, qui devra se porter volontaire par sens du devoir et abnégation, mais là, c’est tout à fait autre chose…
vendredi 18 avril 2014
Libre aberration à Libération
Les journalistes de Libération ,en convalescence, ont, décidément, le sens de l'hospitalité. Après avoir publié dans leurs colonnes un portrait au vitriol pour accueillir leur nouveau directeur Pierre Fraidenraich, certains d'entre eux lui ont trouvé l'élégant sobriquet de « Pierre Troisième Reich ». On savait l'appétence des Libé pour le jeu de mots spirituel et la formule à l'emporte-pièce, mais le calembour précité rejoindra dans les annales de l'esprit post shoatique un brin obsessionnel le fameux « Durafour crématoire » qui ne fit rien de bon pour la promotion de l'image de son sarcastique inventeur.
Circonstance aggravante, au rebours du regretté Michel Durafour, une partie de la famille Fraidenraich a fini dans les fours crématoires du dernier reich, ce qui rend la vilaine plaisanterie encore plus funeste.
Il n'est pas difficile d'imaginer ce qu'aurait été la réaction de la rédaction de Libé si un obscur conseiller municipal du Front National s'était essayé à pratiquer le même et improbable humour.
En réalité, les journalistes insolents de Libération se croient tout permis et ils ont malheureusement raison parce qu'on leur aura tout permis. Et quand j'écris « on », je songe à cette partie de la classe médiatique sur laquelle l'extrême gauche exerce encore largement son emprise-consciente et inconsciente- et qui l’absout de tout racisme tout en le soupçonnant obsessionnellement chez les autres et en toute occasion.
C'est bien ce légitime sentiment d'impunité pour cause d' « insoupçonnabilité » qui aura autorisé tous les excès de langue et de plume. Et qui autorisent encore l'esprit mauvais.
Si je ne le dis pas, alors qui va le dire ?
La radio de service public dont on vante l'esprit de neutralité et de pluralisme au-delà des contrées connues, a voulu la semaine dernière « se payer » comme on dit populairement, le maire UMP d'Orléans, M. Serge Grouard.
C'est ainsi que lundi matin dernier, un 7 avril, à 8h 30 sonnantes, la préposée à la revue de presse, Mme Laetitia Gayet débuta (fichtre !) celle-ci par un article de l'Humanité (s'il vous plaît) dans lequel l'organe du Parti Communiste Français (dont nul ne saurait contester le magistère moral) mettait en cause l’élu du Loiret, dans des termes dénués d'aménité particulière pour avoir osé nommer l'un de ses adjoints pour « lutter contre l'immigration clandestine » !
Pas plus tard que le lendemain, alors que l'antenne d'État recevait matinalement Mme Valérie Pécresse, ses animateurs facétieux avaient décidé de recréer un réflexe pavlovien de honte en faisant bruisser les crécelles antiracistes à propos de la décision audacieuse de l’édile orléanais.
À leur grande déception sans doute, l'ancienne ministre ne se démontait aucunement et osait indiquer qu'un maire avait en charge la sécurité de ses concitoyens, a fortiori lorsque l'État est démissionnaire.
J'aurais ajouté que l'immigration illégale est non seulement un fléau pour la cohésion sociale, l'identité nationale (pardon pour le gros mot), mais encore pour les immigrés respectueux de la souveraineté de la république française.
Il est un maire en Orléans plus courageux que certains pairs dans Paris.
Génération com
Recordman de l’impopularité, François Hollande a nommé à Matignon le seul ministre qui jouit d’un consensus au sein de la population, comme s’il en espérait un effet contagieux. C’est un choix fait sous la contrainte. Le président n’a pas l’intention de laisser le pouvoir traverser la Seine et il a tout verrouillé : la composition du gouvernement baptisé “de combat” porte son immatriculation. Mis à part les deux nouveaux, Ségolène et l’ami Rebsamen, il a repris les mêmes. La feuille de route du premier ministre a été balisée dès dimanche soir : le pacte de responsabilité corrigé du pacte de solidarité.
Manuel Valls arrive pour mettre de l’ordre, faire travailler en équipe ce gouvernement resserré. En organisant des réunions du gouvernement deux fois par mois à Matignon, il espère éliminer les couacs, bloquer les initiatives individuelles intempestives. L’absence des Verts va déjà beaucoup l’y aider. La première sortie de Ségolène sur l’écotaxe prouve que le naturel revient au galop. Sauf que Manuel Valls est un autoritaire. On l’a vu sur TF1, le front serré, le regard noir, le ton empreint de gravité. Ça ne rigolait pas ! Même s’il n’a énoncé que des évidences. Un contraste avec Jean-Marc Ayrault, qui exprimait une volonté carrée avec un verbe trop cotonneux. Et, pour la discipline, il avait un côté prof débordé par ses élèves.
Valls, c’est la génération de la com. On attend de lui qu’il explique, fasse la pédagogie de la politique Hollande. C’est le gros ratage du président : trop avare de paroles, il n’a pas su créer de lien avec les Français. Une absence très anxiogène pour le pays. Le 14 janvier, il leur annonçait le pacte de responsabilité : 30 milliards de baisse des charges pour les entreprises, moyennant des contreparties sous forme d’emplois (pour l’instant, aucun engagement…), auquel s’est ajouté dimanche soir le pacte de solidarité pour diminuer les impôts et les cotisations sociales des Français. François Hollande demande à son premier ministre d’aller vite. Il va lui falloir tordre le bras d’une majorité qui s’annonce très rétive.
Il y a aussi le mystère des 50 milliards d’économies sur trois ans. Un effort sans précédent dont on ne sait rien mais avec lequel François Hollande espère amadouer Bruxelles. « Encore une minute, monsieur le bourreau… » Rendant hommage à Jean-Marc Ayrault, le président a osé dire : « Il a rétabli la situation très dégradée dont nous avons hérité. » Gros mensonge. C’est pire, tous les clignotants sont au rouge : dette, déficit, dépenses publiques, malgré une hausse des impôts sans précédent.
Et l’on s’interroge. Comment cela va-t-il fonctionner entre ce président, qui navigue sur une ligne perpétuellement floue, contradictoire et transactionnelle, et ce premier ministre, qui ne supporte que les ordres clairs et précis ?
Le droit et l’infamie
“Rien ne justifie que l’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme…” Dominique Baudis en fit aussi la cruelle expérience. D’où l’hommage de la République.
On se souvient des mots prononcés par François Mitterrand, le 4 mai 1993, devant la dépouille de son ami Pierre Bérégovoy : « Toutes les explications du monde ne justifieront pas que l’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme, et finalement sa vie, au prix d’un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d’entre nous. » Il y avait dans l’hommage national rendu, par François Hollande, ce mardi, à Dominique Baudis, aux Invalides, comme une volonté de réparation à l’égard d’un homme qui, lui aussi et bien plus encore, fut blessé et meurtri dans sa dignité et sa liberté par un fiasco judiciaire et une curée médiatique, dix ans après la mort volontaire de Pierre Bérégovoy.
« La presse traite mieux les morts que les vivants », observait, samedi dernier, Ivan Levaï, au micro de France Inter, en prenant connaissance des hommages unanimes parus en mémoire de Dominique Baudis, qu’un cancer venait d’emporter. « Les mots peuvent tuer », ajoutait Levaï ; Baudis en avait fait la cruelle expérience. L’expression « curée médiatique » était parue la veille, dans un article du Monde, signé Gérard Davet, en forme d’acte de contrition sur le traitement du “piège diabolique” dont Baudis fut la victime et le Monde la référence. Parmi tant de médias.
L’affaire éclata, à la fin avril 2003, alors que Dominique Baudis avait renoncé à l’action politique ; il avait un successeur à la Mairie de Toulouse et se concentrait sur ses fonctions de président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (lire page 10). Pourquoi lui ? Le fil remontait à un tueur en série, Patrice Alègre, accusé par deux prostituées et un travesti. Ce serait resté un sordide fait divers si les prostituées n’avaient pas trouvé une oreille attentive auprès d’un adjudant de gendarmerie et d’un procureur lorsqu’elles dénoncèrent des « personnalités toulousaines » comme les complices des viols collectifs et autres sévices du tueur en question. Encore fallait-il que le dossier fût ouvert à la presse (et le secret de l’instruction ? ) pour fabriquer l’“affaire Alègre”.
« Une affaire d’État », s’empressa d’imprimer un reporter toulousain, Gilles Souillès, dans son quotidien régional, lorsque les noms de Dominique Baudis et de deux magistrats furent prononcés. Mais ce ne devint vraiment une affaire d’État que lorsque le correspondant local du Monde lui apporta le crédit de son journal. Venu d’une presse très à gauche avant de faire un tour dans les cabinets ministériels socialistes, ce correspondant, Jean-Paul Besset, devait se faire le rapporteur scrupuleux des dépositions des prostituées : « Pourquoi ces filles mentiraient-elles, écrivait-il le 3 juin 2003, elles qui ont dit vrai déjà sur plusieurs parties de l’affaire, elles qui ont fui pour oublier […], elles qui sont encore meurtries et terrorisées. […] Les témoignages, précis, sonnent fort. » Le 17 juin suivant, il alla plus loin, reconstituant « l’histoire de la maison du lac de Noé », la « maison de l’horreur », où, toujours selon les prostituées, s’étaient déroulées les soirées de tortures impliquant les « personnalités ».
Ce fut l’article de trop. Comme le reportage d’une journaliste de France 2 ou l’interpellation de Karl Zéro, sur Canal Plus, quand on sut que l’un et l’autre avaient payé les prostituées pour obtenir leurs confidences. La mystification, dénoncée par Marie-France Etchegoin (du Nouvel Observateur) et le Canard enchaîné, éclata quand les filles avouèrent qu’elles avaient tout inventé. Mais le non-lieu général ne fut prononcé qu’en juillet 2005 et la condamnation des prostituées (pour dénonciation calomnieuse) que le 26 mars 2009.
Était-ce parce qu’il avait été un élu, un maire, une personnalité de Toulouse de droite que Dominique Baudis devait forcément être coupable ? Il y eut, cet été-là, un autre fait divers : dans la nuit du 27 juillet 2003, à Vilnius, Bertrand Cantat frappa à mort sa compagne, Marie Trintignant. Or, Cantat était un « leader charismatique », celui du groupe Noir Désir ; il aimait les immigrés, les clandestins, les Palestiniens et José Bové. Son acte passa pour une « tragédie de l’amour » dans les médias qui avaient accusé Dominique Baudis.
Jean-Paul Besset était aussi un grand admirateur de José Bové. Quand il quitta le Monde, à la fin 2004, quelques mois avant Edwy Plenel, le directeur de la rédaction — et l’affaire Baudis n’y fut pas étrangère —, il alla chez les écologistes. Il se présenta comme tête de liste Europe Écologie dans la région Centre en 2009 et fut élu député européen. Il n’osa pas affronter Dominique Baudis, qui conduisait la liste UMP dans la région voisine. Celui qui, deux ans plus tard, fut appelé par Nicolas Sarkozy à devenir Défenseur des droits. Lui qui avait tant souffert de l’infamie.
La fabrique de “Torquemada”
Le 27 mars, le groupe socialiste à l’Assemblée nationale a déposé une proposition de loi destinée à renforcer le pouvoir des inspecteurs du travail. Ce corps, créé en 1892, est rattaché au ministère du Travail depuis 1906 et son rôle est de veiller au respect du code du travail. Si les députés adoptent cette proposition de loi — ce qui serait pour le moins contradictoire avec le discours proentreprise de Manuel Valls —, les inspecteurs du travail, qui ont la réputation d’être fortement ancrés à gauche, deviendront de véritables petits inquisiteurs.
L’article 2 de ce projet de loi autorisera en effet ces fonctionnaires du ministère du Travail à prononcer eux-mêmes des amendes administratives en cas de manquement à certaines dispositions du code du travail (temps de travail, salaire, conditions d’hygiène sur les lieux de travail et les chantiers). « L’amende maximale est fixée à 2 000 euros pouvant être appliquée autant de fois qu’il y a de travailleurs concernés par le manquement. »Elle pourra même être de 10 000 euros par salarié concerné par l’infraction si « l’employeur ne se conforme pas aux décisions prises par l’agent de contrôle de l’inspection du travail ».
Fini donc la séparation entre les fonctions de contrôle, d’instruction et de jugement ; elle garantit pourtant l’impartialité, qui est un des fondements de la justice. Le pouvoir d’investigation des inspecteurs du travail pourrait être élargi en ayant « accès à tous les documents nécessaires au contrôle et pas seulement aux documents obligatoires prévus par le code du travail ».
Voilà qui rajoutera encore un peu plus de stress aux patrons de PME. Ils n’en manquent pas, comme le remarque une récente étude American Express/Ipsos. Il en ressort que l’état d’esprit des dirigeants d’entreprise est partagé entre stress (37 %), contrainte (29 %), enthousiasme (27 %) et fierté (22 %). Leur désir le plus grand ? « Être déchargés des tâches complexes comme les démarches administratives. » Le législateur devrait l’avoir constamment en tête, et surtout se souvenir de ce que disait Montesquieu : « Une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi ; mais elle doit être loi parce qu’elle est juste. »
La France et le désarroi identitaire
Ceux qui comparent la situation actuelle avec celle des années trente n’ont pas compris à quel point, aujourd’hui, la France souffre d’une profonde crised’identité.
Il y a, sous la Coupole, une petite dizaine de personnalités qui ont fait leur cette phrase terrible de Georges Bernanos : « Quand je n’aurai plus qu’une paire de fesses pour penser, j’irai l’asseoir à l’Académie française. » Ce sont tous ces porte-drapeaux autoproclamés de la bien-pensance qui ont barré d’une croix noire leur bulletin de vote, alors que la majorité des immortels choisissait d’accueillir parmi eux le philosophe Alain Finkielkraut. L’auteur de la Défaite de la pensée ne laisse personne indifférent, par ses écrits, par ses prises de position médiatiques, et surtout par un attachement formidable à la France et à ses valeurs. Lui, le juif d’origine polonaise, pur produit de la méritocratie française, professeur à Berkeley puis à Polytechnique, ne reconnaît plus notre pays tel qu’il était il y a cinquante ans. Il ne fait que dire cela. Et il l’a à nouveau magnifiquement écrit à l’automne dernier dans un ouvrage qui a suscité la polémique : l’Identité malheureuse.
Jean d’Ormesson, qui s’est beaucoup battu pour qu’Alain Finkielkraut puisse entrer Quai de Conti, a écrit dans Au plaisir de Dieu que « la tradition est un progrès qui a réussi ». L’Académie française est un lieu ô combien traditionnel, mais qui se retrouve parfaitement, avec ses quatre siècles d’existence, dans cette jolie formule. C’est un progrès qui a réussi en s’ouvrant successivement aux femmes, aux étrangers, formidables défenseurs de la francophonie, et maintenant à un philosophe français “de sang mêlé” qui, en osant prendre la défense des “Français de souche”, représente davantage l’opinion majoritaire dans le pays que ces quelques habitués du Café de Flore, auteurs, à son encontre, d’une cabale insupportable.
Non, Alain Finkielkraut ne fait pas rentrer « le Front national sous la Coupole » comme ses détracteurs ont pu le déclarer avant de gribouiller des croix noires contre celui dont la famille avait autrefois connu les étoiles jaunes. Il y fait rentrer un attachement impressionnant aux valeurs d’une France qui est en train de disparaître et que l’Académie a pour mission de perpétuer autant que de défendre. Il ne cesse de s’inquiéter d’une école de la République incapable d’enseigner la lecture, en passe de sombrer sous le coup d’un absurde pédagogisme et qui refuse les différences, notamment les signes religieux. Alain Finkielkraut est certainement celui qui a le mieux montré la bêtise des mesures issues de la commission Stasi, privant les gamins de leur kippa ou de leur médaille de baptême, sous prétexte que cela pouvait offenser certains de leurs camarades de classe, voire même fausser leur discernement.
Maintenant, c’est vrai, il s’inquiète haut et fort d’un islam qui se fait trop présent et devant lequel toutes les institutions françaises s’inclinent avec une facilité déconcertante. Et lorsqu’il ressasse l’exemple de Villers-Cotterêts, où la maison du maître d’école a été remplacée par une mosquée et la charcuterie par une boucherie halal, il ne fait que pointer du doigt ce que d’autres appellent « le grand remplacement ». Son but n’est pas d’appeler à une fermeture des frontières, mais d’être l’une des dernières sentinelles de cette France que nous aimons tous, forgée par mille ans d’histoire, décrite par Victor Hugo, chantée par Péguy et défendue par Clemenceau, cette France dont les repères, sacrifiés par l’angélisme béat de certaines élites à l’égard du multiculturalisme, sont en train de disparaître.
C’est cette “trahison des clercs”, à laquelle nous assistons lorsque Manuel Valls déclare que « l’islam est compatible avec la démocratie », qui crée un véritable désarroi identitaire. Bien sûr, vient s’ajouter à cela une crise économique qui affecte bon nombre de Français dans leur vie quotidienne. Mais tous ceux qui s’obstinent à comparer la situation actuelle avec celle des années trente, aveuglés par la seule montée du populisme, n’ont pas compris à quel point, aujourd’hui, les malheurs de la France se résument d’abord à cette incroyable crise d’identité. À ce que des millions et des millions de Français de souche ou qui ont été assimilés ne reconnaissent plus le pays dans lequel ils ont grandi. Le premier ministre ferait bien, tant que sa popularité est au zénith, de relire les livres d’Alain Finkielkraut, lui qui, comme ministre de l’Intérieur, a participé plus que d’autres à l’émergence de ce désarroi identitaire. Comment s’étonner, pourtant, que ce sentiment s’accroisse encore cette semaine pour nos frères juifs qui fêtent leur pâque (Pessah) et pour les catholiques qui vont célébrer la résurrection du Christ. Sans un voeu des autorités républicaines pourtant si promptes à accompagner l’ouverture du ramadan et l’Aïd el-Kébir !
Les mairies FN sous « l’œil de Moscou »
Les mairies FN sous « l’œil de Moscou »
Il y a quelques jours, nous avions déjà eu droit aux lamentations du Bruel expliquant dans Technikartson « refus de cautionner le discours populiste » de Marine Le Pen et son intention de ne plus se produire dans les villes nouvellement acquises par le FN. Qu’un chanteur pour midinettes décide de boycotter ces communes est son droit. Et, en l’occurrence, leurs habitants devraient même plutôt s’en réjouir… Mais quand Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, déclare officiellement qu’il sera « extrêmement attentif » à la politique culturelle menée dans ces villes et se rendra même sur place pour recueillir l’avis des associations, cela tourne au 1984 d’Orwell.
Beaucaire en ligne de mire
Invitée mercredi sur Radio Classique, Filippetti a en effet expliqué : « Il y a des villes, maintenant, qui sont passées au Front national et sur lesquelles il va falloir être extrêmement attentif en ce qui concerne ce qui se passe en matière culturelle. Parce qu’on l’a vu par le passé et on sait très bien qu’en 95, quand les villes sont passées au Front national, eh bien les premières victimes ça a été les associations culturelles. On se rappelle le festival de Châteauvallon, par exemple. On se rappelle la déprogrammation de Marek Halter d’un festival du livre à Toulon. On se rappelle notamment des attaques contre les rayonnages des bibliothèques, enfin avec des formes de censure, dans d’autres villes… »
Se disant notamment « très attentive à ce qui se passe à Beaucaire, où le maire (Julien Sanchez) a d’ores et déjà déclaré qu’il allait donner des subventions aux associations qui le mériteraient, avec tout ce que cela ouvre comme portes à l’interprétation », le ministre de la Culture s’est même déclaré prêt à aller « soutenir sur place » les associations culturelles « s’il y a des menaces ou des attaques contre elles ».
Gabegie socialo-communiste
Et en quoi mettre fin au gaspillage de l’argent des contribuables serait-il si scandaleux ? Quand on sait ce qui se passe dans les communes gérées par les socialo-communistes, la gabegie généralisée qui y règne, les centaines de milliers d’euros distribuées chaque année à une foule d’associations prétendument « culturelles » qui servent avant tout à placer les copains ou à relayer la propagande de la mairie, les bibliothèques municipales où ne sont disponibles que les œuvres d’auteurs marxistes, les MJC dans lesquelles n’a droit de cité que le théâtre de Brecht, toutes choses hautement subventionnées et régulièrement pointées du doigt par les rapports de la Cour des comptes, il y a vraiment de quoi mourir de rire en entendant les propos de celle qui a distribué l’an dernier aux membres de son cabinet quelque 40 000 euros de primes à chacun.
Vers un "big bang" politique?
Vers un "big bang" politique ?
Le plan de rigueur courageux (pourquoi ne pas le dire?), même s’il ne touche pas aux sujets de fond comme le poids de la fonction publique, annoncé hier par le Premier ministre, est ressenti comme une véritable trahison par la frange idéologique du parti socialiste et fustigé avec une égale véhémence et exactement les mêmes termes par le front national et le front de gauche. Le processus qui est en cours ouvre sans doute la perspective d’une crise politique majeure, une partie de la majorité faisant scission, puis une dissolution de l’Assemblée nationale, alors inévitable, en 2015 ou 2016, suivie d’élections générales. Un tel scénario semble de plus en plus crédible.
D’ailleurs, les conditions d’une recomposition politique générale sont aujourd’hui réunies. Le parti socialiste a de bonne chance de se scinder entre sa frange "gouvernementale" dirigée par M. Valls et ses idéologues, majoritaire à l’assemblée et parmi les militants. L’UMP est en train de se déchirer entre la tendance euroréaliste, qu’incarne en ce moment M. Wauquiez, et euroconformiste derrière Alain Juppé.
Nous pourrions voir émerger un modèle multipolaire, autour de 6 ou 7 formations: une droite "antisystème" fortement réduite par la résurgence d’un mouvement gaulliste, issu de la frange euroréaliste de l’UMP, au côté d’un puissant parti centriste rassemblant le reste de l’UMP, l’UDI et le MODEM, un parti social démocrate de gouvernement, un parti socialiste idéologue uni au front de gauche dont les communistes se détacheraient pour revivre une existence autonome et enfin les Verts.
Cet éclatement du système politique me paraît en germe dans les événements de ces derniers mois. Nous irions peut-être alors vers une France encore plus ingouvernable qu’aujourd’hui, dont la politique serait dominée par une coalition centrale plus ou moins instable associant le parti centriste et les sociaux démocrates, sur un modèle Quatrième République; bref, rien qui ne permette de sortir du marécage… Ci-jointe ma dernière tribune publiée par le Figaro Vox, sur un thème voisin.
jeudi 17 avril 2014
Sondage sismique
Sondage sismique
D’après le Figaro de ce matin, "si la présidentielle de 2017 se jouait aujourd’hui, les Français choisiraient de rejouer le 21 avril 2002. Dans le sondage exclusif OpinionWay-Le Figaro-LCI qui refait, avec les mêmes acteurs, le match de l’élection présidentielle de 2012, François Hollande ne recueille que 19 % des intentions de vote. Il ne passe donc pas la barre du premier tour, devancé de six points par Marine Le Pen (25 %) et de dix points par Nicolas Sarkozy (29 %)." Bien entendu, trois ans à l’avance, une telle enquête d’opinion ne permet pas d’anticiper sérieusement sur 2017. En trois ans, tout peut arriver… D’ailleurs, le scénario d’un sondage qui voit le président en exercice virtuellement écarté du second tour de la prochaine élection présidentielle n’a rien de nouveau. Le 8 mars 2011, déja, une enquêteHarris le Parisien donnait Madame le Pen en tête avec 24% des suffrages devant Dominique Strauss Kahn (23%) et Nicolas Sarkozy (21%). Un an plus tard, les résultats du premier tour n’avaient d’ailleurs aucun rapport avec cette enquête d’opinion. Et que dire, trois ans à l’avance, sinon qu’ un sondage de ce genre à valeur de défouloir autant que de prédiction, donnant ainsi la part belle au candidat prétendu "anti-système". Cependant, il aura une vertu évidente. Il montre au parti socialiste et au monde médiatique que leur petit calcul, visant à assurer à tout prix une réélection de FH grâce à la présence face à lui du candidat supposé "anti système" au second tour, est plus qu’aléatoire, tandis que se profile à l’horizon la perspective, même lointaine, d’un nouveau "séisme politique", après celui du 21 avril 2002: le second tour sans candidat socialiste.
Les combines sans intermittence
Les combines sans intermittence
Que la grande purge des économies se soit abattue sur la France n’empêche pas certains de continuer leur petit commerce. On nous le dit : l’effort doit être général, la solidarité sans faille, la transparence obligatoire, c’est une question de morale. Mais, en même temps, la France étant la France, beaucoup règlent leurs affaires sans se préoccuper des autres ; ils poussent leurs pions dans leur coin, en douce. Ainsi Mme Filippetti, ministre, a choisi d’améliorer le sort des intermittents du spectacle quand ils sont au chômage. Et Mme Voynet qui fut maire écologiste d’une grande ville et ne se représenta pas sûre de sa défaite, vient d’être propulsée à un poste important dans l’administration. Bref, les lobbies veillent : il n’y a pas d’intermittence dans les combines.
A tous ceux qui avaient cru François Hollande…
A tous ceux qui avaient cru François Hollande…
Il avait dit à tous les Français : ce sera la même politique.
Il avait assuré à tous ses électeurs perdus : j’ai entendu la demande de justice sociale.
Il avait garanti à tous les parlementaires de sa majorité, à tous les militants : j’ai ajouté un volet solidarité au pacte de responsabilité, afin de renforcer les mesures de gauche.
Il avait promis à tous ceux qui pensent que la France peut encore imposer sa voix en Europe : je demanderai à Bruxelles de tenir compte des réformes déjà accomplies.
A tous ceux qui l’ont cru, François Hollande a répondu, par la voix de Manuel Valls, en assénant un grand coup d’austérité sur le pays.
L’erreur n’est pas d’avoir choisi cette issue, la faute est de l’avoir dissimulée. La purge n’en sera que plus douloureuse à administrer et le résultat plus difficile à atteindre. On l’a vu en effet dans tous les pays qui avaient eu à affronter une période de ce genre, rien ne peut être entrepris sans un soutien minimum de la population. Pour réussir une telle remise en ordre, tous ont longuement évangélisé leur opinion, tenté d’associer des forces politiques opposées, essayé de rallier des partenaires sociaux. Tous ont revendiqué la sueur et les larmes, au lieu de soutenir contre toute évidence qu’il s’agissait de la même politique. Et tous ont indiqué un objectif de sortie des soins intensifs, un mieux prévisible. Une date, un horizon.
C’est peut-être d’ailleurs ce qui manque le plus dans le plan de rigueur annoncé par Manuel Valls. Et pour cause : la plupart des mesures dévoilées portent sur un gel, un report. Ce ne sont donc pas des réformes de fond, de structure, celles qui garantissent l’avenir. Ce sont des mesures d’économie, courageuses, certes, mais provisoires.
Il nous dira que c’est suffisant pour redresser la France, mais il ne faudra pas le croire.
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