TOUT EST DIT

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jeudi 29 mars 2012

L’homme sans divertissement

Un président doit-il être cultivé ? Il n’est pas un discours entendu ces jours-ci sans citation ni hommage dans le style du Lagarde et Michard. Ces discours, les candidats qui les prononcent ne les ont pas écrits, comme la plupart d’entre eux n’ont pas lu les Jaurès, Camus ou Michelet dont cette campagne nous abreuve.
Peut-être en gardent-ils un vague souvenir du lycée. Ils ne s’en croient pas moins obligés de nous jurer qu’ils ne partent jamais en vacances sans l’intégrale de Proust. Qu’on les trouve généralement dans un coin, penchés sur le dernier Spinoza dès qu’ils ont un moment de loisir. C’est une particularité française. En Grande-Bretagne, passer pour intelligent est déjà suspect mais un ministre cultivé, personne ne lui fera confiance. Aux États-Unis, les présidents peuvent aimer l’histoire, mais pour le reste mieux vaut s’en tenir au golf. En Allemagne, la musique de chambre, la lecture et les musées sont considérés comme des activités privées dont il serait outrageant de faire état en public. En Italie, personne n’en parle parce que tout le monde est cultivé. Non, il n’y a qu’en France que les hommes politiques se tuent à faire semblant pour imiter leurs prédécesseurs.

Nous aurons tout de même appris que François Hollande ne lit jamais de romans. 
 On s’en doutait. Qu’il se rassure, ce candidat sans divertissement, son rival non plus. M. Sarkozy a beau disposer sur son bureau les titres les plus accrocheurs et réciter par coeur les Cahiers du cinéma, il restera l’homme qui a renvoyé la princesse de Clèves aux poubelles de l’histoire. Et c’était mieux ainsi. Il y avait quelque chose de sympathique chez cet homme qui ne craignait pas de révéler que lire lui cassait les pieds. J’avoue que je ne l’ai pas vu sans regret s’appliquer, comme Jacques Chirac en son temps, à rejoindre le général de Gaulle et François Mitterrand à l’étage supérieur des présidents nourris de littérature, d’histoire et de géographie. Notez que Chirac avait astucieusement choisi les arts primitifs, qu’il devait rebaptiser arts premiers, parce que l’on pouvait en dire n’importe quoi ; c’était une science neuve qu’il n’y avait qu’à inventer. Son successeur en choisissant les lettres est obligé de reprendre tout le programme du Moyen Âge à nos jours, d’aller en une heure de Christine de Pisan à Michel Houellebecq, puisqu’on l’apprend dans les écoles. Je comprends Hollande qui s’est affranchi du roman et ne cite que des philosophes du XVIIIe siècle. Avec ces grands bavards, on peut affronter n’importe quelle campagne électorale.
Tout de même, aucun roman c’est beaucoup. 
 Le général de Gaulle adorait Henry Bordeaux, Georges Pompidou l’Aurélien d’Aragon, Valéry Giscard d’Estaing les odeurs mouillées de Maupassant. Et Roger Nimier, dont ce sera bientôt le cinquantenaire de la mort, en a fait le Robert de Cheverny des Enfants tristes.
J’ignore quel romancier pourrait faire un personnage de François Hollande. Il décourage le talent.
Et pourtant, qu’il est français ! Je le verrais bien chez un de ces romanciers de la IVe République qui écrivaient des livres solides et documentés. Chez Maurice Druon par exemple. Dans la suite des Grandes Familles : la Chute des corps et Rendez-vous aux enfers. C’était excellent dans le genre. Tandis que Nicolas Sarkozy est nettement plus contemporain. Je ne citerai pas de nom d’auteur. Il n’y a que l’embarras du choix. Vous voyez ce que je veux dire, et j’en ai déjà trop dit. On va bientôt remettre les prix littéraires de printemps et il y a assez de compétition comme ça. N’en rajoutons pas avec de la politique. Quoiqu’il me semble que du côté des écrivains, la réserve est de mise. On voit les cultureux, les fonctionnaires à tempérament, les habitués des postes faire leur cour aux socialistes après avoir lâché les libéraux. C’est bien normal. C’est de jobs qu’il s’agit.
Depuis Chirac, et tant d’exemples me montent aux lèvres de délégués à ceci ou membres de cela, le train passe tous les cinq ans et il faut se dépêcher de monter dedans, surtout qu’avec l’austérité qui vient, les places seront rares. Mais les écrivains, l’avez-vous remarqué, se taisent. Ceux qui sont allés déjeuner chez le président Sarkozy s’empressent de le faire oublier, un peu vite peut-être. Les autres sont ailleurs. Les présidents ne les impressionnent plus. C’est notre première élection sans littérature. 

jeudi 12 janvier 2012

La faillite… du leadership

Comment a-t-il pu se faire que la crise d’une dette souveraine, minuscule à l’échelle du monde, celle de la Grèce, ait pris des dimensions telles qu’elle en soit devenue une menace non seulement pour l’euro mais aussi pour la cohésion de l’UE et même pour la prospérité de la planète ? Du fait de leurs hésitations, de leurs erreurs parfois, les dirigeants européens en sont en grande partie responsables. Pour se défendre, ceux-ci affirment qu’ils ont dû faire face à la crise la plus grave depuis celle qui, débutant en 1929 par le krach de Wall Street, devait mener ensuite à la Grande Dépression des années 30 puis à la Deuxième Guerre mondiale. Il existe une cause commune au déclenchement de ces deux faillites de l’économie : c’est aujourd’hui, comme en 1929, l’aveuglement et l’irresponsabilité des établissements financiers américains libérés de la régulation de leurs activités.
Au XXIe siècle, l’expérience passée a permis, dans un premier temps, de contenir la catastrophe et de reprendre espoir. C’était sans compter avec l’aveuglement des dirigeants des pays européens les plus fragiles qui n’ont pas hésité à s’endetter auprès des banques. Ils avaient imaginé que leur appartenance à l’euro les préserverait de ce qui les eut menés du temps des monnaies nationales à une catastrophe. Leur impéritie s’avéra contagieuse pour toute l’Europe du fait de l’existence de cette monnaie commune. Un autre point commun à ces deux crises dévastatrices explique l’incapacité à en contrôler l’ampleur, c’est l’extrême faiblesse du personnel politique. Aux Etats-Unis, de 1929 à 1932, le président Hoover se révéla incapable de prendre la moindre initiative. En Allemagne, le chancelier Brüning à la tête de la fragile république de Weimar, terrorisé par le souvenir de l’inflation qui avait ravagé son pays dans les années 20, se lança dans une politique déflationniste qui provoqua un chômage de masse et ouvrit la voie à Hitler. En France, Pierre Laval crut bon de suivre son exemple et favorisa ainsi, contre son gré, l’accès au pouvoir du Front populaire. Au XXIe siècle, si, aux Etats-Unis, Obama a su dans un premier temps prendre les mesures d’urgence qui s’imposaient, il est désormais paralysé par une opposition républicaine majoritaire au Congrès, qui entrave ses nouvelles propositions de relance de l’économie.
En Europe, la Commission a été dépassée par les événements. Il serait impossible de citer une initiative significative de MM. Barroso ou Van Rompuy. Les institutions européennes ont abandonné la conduite des opérations au couple franco-allemand qui avance certes vers un renforcement des liens communautaires, indispensable pour sauver l’euro, mais dont la conduite de la politique économique n’est pas loin de rappeler celle de MM. Brüning et Laval. C’est en période de crise qu’un leadership clairvoyant et déterminé se révèle indispensable. Sans aller jusqu’à évoquer ce que nous devons à Roosevelt, Churchill et de Gaulle, on se souviendra que la naissance de l’Europe n’eut pas eu lieu sans Adenauer, Schuman et Alcide de Gasperi et que c’est l’alliance de Reagan, Thatcher, Mitterrand et Kohl, auxquels il faut ajouter Jean-Paul II, qui précipita la fin de l’Union soviétique. La crise actuelle appelle urgemment à l’émergence d’un nouveau leadership sur les deux rives de l’Atlantique. Malheureusement, il n’en existe pas de signe avant-coureur.

lundi 18 avril 2011

Deux solutions très osées pour sauver l'Europe

La crise de la dette souveraine pourrait être résolue en mettant fin à l'indépendance de la BCE qui limite aujourd'hui son rôle à sauver le secteur financier. La conversion de la dette publique en obligations à durée indéterminée (ODI) serait également une solution à explorer.

Les difficultés rencontrées par la zone euro pour le refinancement des dettes dites « souveraines » de certains États, tels la Grèce, l'Irlande ou le Portugal, appellent une réflexion nouvelle sur la question essentielle du financement des systèmes publics en Europe. Le problème de fond réside en fait dans l'attitude partiale de la BCE ; autant elle ouvre un véritable « open bar financier » au secteur bancaire, autant elle rechigne à prêter le moindre argent à l'« économie réelle » (secteur public, entreprises, particuliers) et ce, à la différence de la FED, de la Banque d'Angleterre ou de la Banque du Japon.


Pour régler la question des dettes souveraines en Europe, nous suggérons ainsi à la fois de supprimer le Fonds européen de stabilité financière, qui n'a d'autre effet que d'aggraver l'endettement global des pays de l'Union, d'imposer à la BCE de racheter - si besoin - les obligations d'État, quels que soient les États (pour créer un effet d'annonce et réduire les taux d'intérêt), et de lui ordonner de lutter contre la spéculation (relayée par les agences de notation) organisée contre certaines dettes de la zone, en vendant massivement des CDS (« credit default swaps ») sur ces dettes.



Une telle démarche implique que la BCE cesse d'être indépendante et dépourvue de mandat politique, situation qui la place au seul service des opérateurs financiers ; la réorientation de son action passe évidemment par une modification substantielle de son statut.

Pour compléter cette réflexion, nous proposons en outre l'idée suivante : convertir progressivement, si nécessaire, les dettes publiques en obligations à durée indéterminée (ODI). L'expérience de la double crise - dette privée américaine et dettes publiques européennes - a montré que le refinancement des débiteurs est le moment crucial : Lehman Brothers a sauté faute de trouver de nouveaux prêteurs ; la Grèce ou l'Irlande sont entrées dans l'oeil du cyclone, en butte à des taux d'intérêt prohibitifs, au fil de leurs opérations de refinancement ; et c'est ce qui se passe aujourd'hui pour le Portugal.

Pour échapper au piège du refinancement, nous suggérons ainsi un nouveau régime légal des dettes publiques, tout en protégeant les intérêts légitimes des épargnants, qui ont confié leur argent à des fonds communs de placement, Sicav ou assurance-vie, investis en emprunts publics. En remplaçant les obligations à échéance fixe (de 1 à 30 ans) par des obligations à durée indéterminée, à l'image des TSDI (titres subordonnés à durée indéterminée) popularisés par Rhône-Poulenc, les États emprunteurs fragiles pourront consolider leur crédit à long terme, aujourd'hui mis en péril à chaque échéance critique d'une nouvelle émission

Les titres d'État sensibles, au lieu d'être remboursés à échéance fixe, seront ainsi transformés en rentes perpétuelles, via un taux d'intérêt annuel raisonnable (entre 2 % et 5 %), ou même un taux plus bas assorti d'une indexation sur les prix ou d'un avantage fiscal, sachant que leurs titulaires pourront les revendre à tout moment sur le marché secondaire, de manière à récupérer leur investissement en cas de besoin. Pour les États de la zone euro disposant d'une épargne abondante (France, Allemagne, Italie), l'émission de ces ODI ne devrait pas poser de problème ; l'épargnant serait appelé à les souscrire en direct. Pour les finances publiques, ce changement devrait être positif ou neutre en termes de charge de la dette, avec en plus la possibilité de rembourser ces ODI en période de vaches grasses.

Cela revient en pratique à réaliser une restructuration des dettes les plus sensibles ; les marchés s'y attendent, puisque les emprunts grecs ou irlandais sont déjà largement décotés sur le marché secondaire, et que leurs détenteurs récents les ont acquis avec cette décote. Toutefois, il serait à coup sûr contre-productif de traiter l'encours de la dette grecque ou irlandaise de la même manière que ce qui a été fait dans le passé pour le Mexique ou l'Argentine, avec une forte perte en capital pour leurs détenteurs, car cela ruinerait l'image de ces pays en tant qu'emprunteurs, et cela nuirait également aux investisseurs, qui sont en grande partie de petits épargnants. C'est pourquoi nous proposons une restructuration des dettes sensibles existantes, non pas par réduction du capital, mais par transformation en ODI, avec un taux d'intérêt associé « raisonnable » (i.e. de l'ordre de 2 à 5 % suivant les cas). Cela permettrait ainsi d'alléger très fortement la charge de la dette, de ne plus être à la merci des marchés financiers ou des agences de notation et de conserver aux titulaires existants de la dette leur capital (plus un certain intérêt), tout en ayant la possibilité de la revendre à tout moment sur le marché secondaire. Une telle démarche pourrait être mise en oeuvre très rapidement dans le cadre de l'Eurogroupe, sous l'égide de la BCE en tant que « parrain » de cette transformation.



Cette approche, valable pour les emprunts d'État, pourrait être étendue à d'autres domaines d'intérêt général ; ainsi, pour développer l'investissement en Europe dans les secteurs collectifs, via des fonds d'investissement stratégiques, financés par l'épargne privée européenne (particuliers et entreprises) via des ODI. On mobiliserait de la sorte dans un sens constructif une partie de la gigantesque épargne européenne (de l'ordre de 20.000 milliards d'euros). On pourrait faire d'une pierre deux coups, en remplaçant les fonds de cohésion structurels, coûteux pour les contribuables, au profit de ces fonds, dont l'action serait surveillée avec scrupule dans la continuité. On ferait aussi un pas de géant dans la construction de l'Europe puissance, de l'Europe autonome et porteuse de projets collectifs.