Affichage des articles dont le libellé est Nicolas Madelaine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nicolas Madelaine. Afficher tous les articles
vendredi 4 février 2011
Ce scandale qui ébranle l'empire de Rupert Murdoch
Une bonne histoire, disait Somerset Maugham, doit contenir du mystère, du sexe, des aristocrates et de la religion. Pour un scandale anglais impeccable, il faut remplacer la religion par la presse tabloïd et élargir la notion d'aristocratie aux castes du show-business et de la politique. Cela donne à peu près ceci : « Soupçonné d'avoir couvert des écoutes téléphoniques par ses journalistes, le bras droit de David Cameron et ancien rédacteur en chef de "News of the World" démissionne. »
C'est précisément ce qu'on lit, ces jours-ci, à la une des journaux britanniques. Et pour Rupert Murdoch, propriétaire attitré de « News of the World » (« NoW ») depuis 1969, l'affaire n'a rien d'un exercice littéraire. Elle fragilise son empire, News Corp., à un très mauvais moment : celui qui vient de lancer, avec « The Daily », le premier quotidien sur iPad aux Etats-Unis attend en effet le feu vert du gouvernement anglais pour procéder à sa plus grande acquisition à ce jour : le rachat des 61 % qu'il ne détient pas encore dans le bouquet de télévision payante britannique BSkyB, pour 8 milliards de livres. Une opération qui se présentait bien. « Elle ne semblait pas poser de problème du point de vue de la concurrence en juillet 2010, quand elle a été annoncée. Ce n'est plus le cas depuis que ce scandale a resurgi », constate Chris Goodall, de Enders Analysis.
Retour sur cet imbroglio politicomédiatique. En 2007, un journaliste de « NoW » et un détective privé sont mis en prison pour avoir piraté les messageries téléphoniques de membres de la famille royale. Andy Coulson, alors rédacteur en chef du tabloïd dominical et futur conseiller en communication du Premier ministre David Cameron, nie avoir eu connaissance de ces pratiques, mais présente sa démission pour « assumer » l'affaire. Qui aurait pu en rester là. Mais, en 2009, le dossier rebondit : le « Guardian » commence par révéler l'ampleur réelle des écoutes. Puis, après plusieurs mois d'enquête, le « New York Times » lui donne une dimension nouvelle, en accusant la police d'avoir bâclé ses investigations et News Corp. d'avoir tenté d'étouffer l'affaire.
Des révélations qui ont finalement conduit au limogeage d'un ex-bras droit d'Andy Coulson au « NoW », ainsi qu'à une humiliante réouverture de l'enquête par Scotland Yard. Même si rien n'a encore été prouvé contre lui, la position d'Andy Coulson auprès du Premier ministre était devenue intenable. Et ce, bien qu'il fût considéré comme un élément clef pour la stratégie de communication de David Cameron vis-à-vis du lecteur moyen de tabloïds.
L'affaire est devenue si importante aujourd'hui que Rupert Murdoch a annulé son déplacement à Davos, fin janvier, pour passer une semaine entière à Londres. D'après la presse britannique, le patron de News Corp. considère « que toute l'affaire "NoW" a été gérée d'une façon effrayante ». Il craint surtout qu'elle ne l'empêche de mettre la main sur BSkyB. Depuis ce séjour londonien, « NoW » semble en tout cas vouloir résoudre le problème.
BSkyB, qui a d'abord failli faire couler l'empire de Murdoch, est devenu l'un des plus grands succès de la télévision payante, avec des profits qui ne cessent d'augmenter. Pour News Corp., détenir entièrement ce bouquet serait particulièrement bienvenu, après la dépréciation de 2,8 milliards de dollars de Dow Jones dans ses comptes et les mésaventures du site MySpace. Avec 100 % de BSkyB, la télévision à péage pèserait davantage dans les profits, ce qui pourrait corriger la sous-valorisation de News Corp. par rapport à ses concurrents.
Le problème, pour Murdoch, est que, si le ministre de la Culture, Jeremy Hunt, à qui a échu ce pouvoir, décide de renvoyer cette tentative d'acquisition à la commission de l'antitrust britannique, comme semble le lui recommander le régulateur des médias, le rachat sera retardé de six à huit mois. Or l'action du bouquet ne cesse de grimper. Et les conditions imposées pourraient en outre s'avérer drastiques.
Pour l'instant, Jeremy Hunt vient de faire savoir que cette opération « pourrait affecter la pluralité des médias » en Grande-Bretagne. Mais il est prêt à prendre en considération des « engagements » de la part de News Corp. - les cessions de la chaîne d'infos Sky News ou de journaux sont évoquées -pour éviter de renvoyer l'affaire devant l'antitrust. Cette façon de botter en touche, au lieu de rendre une décision en janvier, est très mal passée. La plupart des médias britanniques, de droite comme de gauche, se sont unis contre l'offre sur BSkyB. Ils craignent que les synergies entre l'empire de presse, qui comprend aussi le « Times » et le « Sun », et la télévision payante de News Corp., ne rendent la concurrence impossible.
La pression est donc extrêmement forte sur le ministre. S'il trouvait un accord avec Murdoch, on lui tomberait immanquablement dessus en l'accusant de donner encore plus de pouvoir à un groupe tout-puissant et n'hésitant pas à recourir aux pires méthodes de la presse à scandale.
La deuxième conséquence néfaste de l'affaire « NoW », pour Rupert Murdoch, est de braquer le projecteur sur un sujet tabou, celui de sa succession. James, son deuxième fils, semble tenir la corde. Mais, en tant que patron des affaires européennes et asiatiques du groupe depuis trois ans, il ne sort pas grandi de l'affaire « NoW ». D'autant que son style très brutal - il s'est rendu dans la rédaction de « The Independent » pour en insulter le rédacteur en chef -lui vaut de nombreux ennemis. Pour être légitime, il doit absolument réussir la transaction BSkyB.
Rupert Murdoch s'est sorti de bien d'autres pièges dans sa longue histoire chahutée en Grande-Bretagne. Mais celui qu'a courtisé Tony Blair et qui a été un des premiers visiteurs de David Cameron après son arrivée à Downing Street doit, à quatre-vingts ans, relever un nouveau défi de taille.
mardi 11 janvier 2011
Le Royaume-Uni et le spectre de l'inflation
Au Royaume-Uni, lorsque l'inflation dépasse de plus de 1 point l'objectif que s'est fixé la Banque d'Angleterre (BoE) - une hausse de 2 % de l'indice des prix à la consommation -, le gouverneur de cette dernière doit se fendre d'une lettre au chancelier de l'Echiquier, pour s'expliquer et décrire comment il compte revenir dans les clous. Pour Mervyn King, le grand argentier outre-Manche, c'est presque devenu la routine. Depuis avril 2007, il a écrit pas moins de 9 courriers à son ministre des Finances, dont 4 pour la seule année 2010. En novembre, dernier mois de statistiques disponible, les prix à la consommation ont grimpé à leur rythme le plus rapide depuis quinze ans : une hausse annuelle de 3,3 %. Et, à l'occasion de leur dernière réunion début décembre, les membres du comité de politique monétaire de la BoE ont estimé que l'inflation pourrait bien toucher les 4 % au printemps prochain.
Alors que les économistes s'attendent presque tous à ce que la correspondance entre Mervyn King et George Osborne s'épaississe cette année, l'inflation, avec ses conséquences néfastes oubliées depuis les années 1980, est brutalement redevenue un sujet d'inquiétude outre-Manche. Le Royaume-Uni est un cas à part parmi les pays riches. Si l'inflation galope chez les émergents, en particulier en Chine, elle reste en effet sous les 2 % dans la zone euro et aux Etats-Unis. C'est généralement par une chute de la livre de près d'un quart de sa valeur depuis le début de la crise financière, et par le retour à 17,5 %, au lieu de 15 %, de la taxe sur la valeur ajoutée en 2010, qu'on explique la poussée des prix en Grande-Bretagne.
Le problème est que beaucoup d'analystes craignent que le mouvement de hausse des prix se poursuive. Sans que la reprise économique soit plus vive en Grande-Bretagne qu'ailleurs. Le Bureau de responsabilité budgétaire (OBR) indépendant mis en place par le nouveau gouvernement n'attend qu'une croissance de 2,1 % en 2011, contre 1,8 % en 2010. C'est beaucoup moins que pendant les précédents cycles économiques à ce stade de la reprise. Les derniers chiffres du chômage ne sont pas non plus très encourageants avec un taux passant de 7,7 % à 7,9 % de la population active, et un retour au pic de 2,5 millions de personnes sans emploi. En outre, après la crise, des surplus de capacités demeurent dans l'appareil de production. Autant d'éléments allant plutôt à l'encontre d'un réveil de l'inflation et qui font dire à la BoE que la situation restera sous contrôle. Pour l'heure, la majorité des économistes lui donne raison. Mais ce ne serait pas la première fois dans l'histoire économique qu'inflation et croissance molle cohabitent et plusieurs facteurs doivent être surveillés.
D'abord, la TVA vient de passer à 20 % le 4 janvier. Cette nouvelle hausse, décidée par la coalition dans le cadre du retour à l'équilibre des finances publiques, sera répercutée par les détaillants. Ensuite, les forces inflationnistes exercées de l'étranger ne risquent pas de s'atténuer dans les prochains mois. Avec une croissance mondiale aux alentours de 5 %, les prix du pétrole et des matières premières ne devraient pas se replier de sitôt.
Ensuite, les anticipations d'inflation dans l'esprit des consommateurs ont commencé à s'accroître, un phénomène inquiétant parce qu'il peut à terme provoquer des pressions salariales alimentant, cette fois, la vraie spirale inflationniste tant redoutée. Selon la BoE, les ménages s'attendent ainsi à une inflation de 3,9 % dans les douze prochains mois, contre une anticipation de 3,4 % en août dernier. Le fait que les mauvais chiffres de novembre aient été tirés à la hausse par des secteurs aussi communs que l'alimentaire et l'habillement n'y est sans doute pas pour rien. Economiste chez Morgan Stanley, Melanie Baker redoute depuis longtemps des risques de dérapage inflationniste au Royaume-Uni. Elle ajoute à tous les facteurs cités plus haut un phénomène de long terme qui concerne tous les pays riches. Lorsque la population vieillit, la pression fiscale augmente sur les actifs et affecte par ricochet leurs revendications salariales.
Pour l'instant, l'inflation n'a guère provoqué de vagues outre-Manche. La hausse des prix réduit la part de la dette dans le PIB. Elle équivaut donc à une forme d'austérité budgétaire qui - beaucoup le reconnaissent discrètement -arrange les dirigeants. Jusqu'à un certain point cependant. Les journaux patrimoniaux commencent ainsi à mettre en garde les emprunteurs immobiliers contre une hausse des taux d'intérêt, une conséquence classique de l'inflation. Le CBI, qui représente le patronat britannique, craint une remontée du taux directeur de la BoE plus rapide que prévu, de 0,5 % aujourd'hui à 2,75 % mi-2012. Or, les deux tiers des ménages ont emprunté à taux variable pour leur maison. Même s'il n'était que passager, le pic inflationniste de 2011 ne pourrait en outre pas tomber à un pire moment. Le gros des coupes budgétaires va commencer à prendre effet à partir d'avril, début du nouvel exercice fiscal. L'OBR reconnaît que le premier semestre va être délicat. Politiquement, la situation pourrait donc être tendue. Le gouvernement pourrait être d'autant plus coincé qu'il a déclaré ouvertement compter sur l'activisme de la BoE pour compenser l'effet des coupes budgétaires. Or, en cas d'inflation persistante, celle-ci verrait ses marges de manoeuvre réduites. Il vaudrait donc mieux pour tout le monde que la BoE ait raison sur le caractère temporaire de la hausse des prix.
Le Royaume-Uni et le spectre de l'inflation
Au Royaume-Uni, lorsque l'inflation dépasse de plus de 1 point l'objectif que s'est fixé la Banque d'Angleterre (BoE) - une hausse de 2 % de l'indice des prix à la consommation -, le gouverneur de cette dernière doit se fendre d'une lettre au chancelier de l'Echiquier, pour s'expliquer et décrire comment il compte revenir dans les clous. Pour Mervyn King, le grand argentier outre-Manche, c'est presque devenu la routine. Depuis avril 2007, il a écrit pas moins de 9 courriers à son ministre des Finances, dont 4 pour la seule année 2010. En novembre, dernier mois de statistiques disponible, les prix à la consommation ont grimpé à leur rythme le plus rapide depuis quinze ans : une hausse annuelle de 3,3 %. Et, à l'occasion de leur dernière réunion début décembre, les membres du comité de politique monétaire de la BoE ont estimé que l'inflation pourrait bien toucher les 4 % au printemps prochain.
Alors que les économistes s'attendent presque tous à ce que la correspondance entre Mervyn King et George Osborne s'épaississe cette année, l'inflation, avec ses conséquences néfastes oubliées depuis les années 1980, est brutalement redevenue un sujet d'inquiétude outre-Manche. Le Royaume-Uni est un cas à part parmi les pays riches. Si l'inflation galope chez les émergents, en particulier en Chine, elle reste en effet sous les 2 % dans la zone euro et aux Etats-Unis. C'est généralement par une chute de la livre de près d'un quart de sa valeur depuis le début de la crise financière, et par le retour à 17,5 %, au lieu de 15 %, de la taxe sur la valeur ajoutée en 2010, qu'on explique la poussée des prix en Grande-Bretagne.
Le problème est que beaucoup d'analystes craignent que le mouvement de hausse des prix se poursuive. Sans que la reprise économique soit plus vive en Grande-Bretagne qu'ailleurs. Le Bureau de responsabilité budgétaire (OBR) indépendant mis en place par le nouveau gouvernement n'attend qu'une croissance de 2,1 % en 2011, contre 1,8 % en 2010. C'est beaucoup moins que pendant les précédents cycles économiques à ce stade de la reprise. Les derniers chiffres du chômage ne sont pas non plus très encourageants avec un taux passant de 7,7 % à 7,9 % de la population active, et un retour au pic de 2,5 millions de personnes sans emploi. En outre, après la crise, des surplus de capacités demeurent dans l'appareil de production. Autant d'éléments allant plutôt à l'encontre d'un réveil de l'inflation et qui font dire à la BoE que la situation restera sous contrôle. Pour l'heure, la majorité des économistes lui donne raison. Mais ce ne serait pas la première fois dans l'histoire économique qu'inflation et croissance molle cohabitent et plusieurs facteurs doivent être surveillés.
D'abord, la TVA vient de passer à 20 % le 4 janvier. Cette nouvelle hausse, décidée par la coalition dans le cadre du retour à l'équilibre des finances publiques, sera répercutée par les détaillants. Ensuite, les forces inflationnistes exercées de l'étranger ne risquent pas de s'atténuer dans les prochains mois. Avec une croissance mondiale aux alentours de 5 %, les prix du pétrole et des matières premières ne devraient pas se replier de sitôt.
Ensuite, les anticipations d'inflation dans l'esprit des consommateurs ont commencé à s'accroître, un phénomène inquiétant parce qu'il peut à terme provoquer des pressions salariales alimentant, cette fois, la vraie spirale inflationniste tant redoutée. Selon la BoE, les ménages s'attendent ainsi à une inflation de 3,9 % dans les douze prochains mois, contre une anticipation de 3,4 % en août dernier. Le fait que les mauvais chiffres de novembre aient été tirés à la hausse par des secteurs aussi communs que l'alimentaire et l'habillement n'y est sans doute pas pour rien. Economiste chez Morgan Stanley, Melanie Baker redoute depuis longtemps des risques de dérapage inflationniste au Royaume-Uni. Elle ajoute à tous les facteurs cités plus haut un phénomène de long terme qui concerne tous les pays riches. Lorsque la population vieillit, la pression fiscale augmente sur les actifs et affecte par ricochet leurs revendications salariales.
Pour l'instant, l'inflation n'a guère provoqué de vagues outre-Manche. La hausse des prix réduit la part de la dette dans le PIB. Elle équivaut donc à une forme d'austérité budgétaire qui - beaucoup le reconnaissent discrètement -arrange les dirigeants. Jusqu'à un certain point cependant. Les journaux patrimoniaux commencent ainsi à mettre en garde les emprunteurs immobiliers contre une hausse des taux d'intérêt, une conséquence classique de l'inflation. Le CBI, qui représente le patronat britannique, craint une remontée du taux directeur de la BoE plus rapide que prévu, de 0,5 % aujourd'hui à 2,75 % mi-2012. Or, les deux tiers des ménages ont emprunté à taux variable pour leur maison. Même s'il n'était que passager, le pic inflationniste de 2011 ne pourrait en outre pas tomber à un pire moment. Le gros des coupes budgétaires va commencer à prendre effet à partir d'avril, début du nouvel exercice fiscal. L'OBR reconnaît que le premier semestre va être délicat. Politiquement, la situation pourrait donc être tendue. Le gouvernement pourrait être d'autant plus coincé qu'il a déclaré ouvertement compter sur l'activisme de la BoE pour compenser l'effet des coupes budgétaires. Or, en cas d'inflation persistante, celle-ci verrait ses marges de manoeuvre réduites. Il vaudrait donc mieux pour tout le monde que la BoE ait raison sur le caractère temporaire de la hausse des prix.
mercredi 20 octobre 2010
Austérité et planche à billets, le cocktail amer de Cameron
C'est parti. En dépit de l'énorme résistance des ministères, des premières menaces de grèves et des violentes critiques d'économistes de tous bords, George Osborne, le chancelier de l'Echiquier britannique, a tenu bon. Comme il l'avait prévu en juin, en annonçant son programme d'austérité, il va bien détailler aujourd'hui les mesures visant à réduire de 83 milliards de livres (près de 95 milliards d'euros) le train de vie de l'Etat, et ce en seulement cinq exercices fiscaux. Le budget britannique atteignant un peu moins de 700 milliards de livres, cette économie, qui va ramener le poids de l'Etat dans l'économie à son niveau de 1999, est considérable. Elle va concrètement affecter la vie de millions de personnes : les quelque 600.000 d'entre elles qui vont perdre leur travail de fonctionnaire ; les familles nombreuses de chômeurs, puisque les prestations sociales d'un foyer ne pourront désormais jamais dépasser 26.000 livres par an, soit le salaire moyen des familles ayant un travail en Grande-Bretagne. Les classes moyennes, qui forment la base de l'électorat conservateur, seront elles aussi touchées, car les plus riches d'entre elles ne recevront plus d'allocations familiales. Et ce n'est pas tout : pour que le budget soit à l'équilibre à la fin du quinquennat du Premier ministre, David Cameron, des hausses d'impôts de quelque 29 milliards sont également prévues. Mais pour George Osborne, qui est apparu étonnamment serein à la télévision ce week-end, pas question de reculer. Pour lui, un plan B serait même illégitime, puisqu'en cas de dégradation de l'économie, la première raison de s'inquiéter pour le Royaume-Uni serait de savoir comment il va réduire son déficit, le plus élevé des pays riches, et rassurer les investisseurs internationaux.
Il est vrai que les grands patrons sont sortis lundi de leur réserve pour le soutenir. George Osborne a par ailleurs devant lui une nation disciplinée, qui soutient l'effort de rigueur. On ne prend pas beaucoup de risques en disant qu'un tel programme d'austérité aurait paralysé la France. D'autant qu'il s'accompagne d'une réorganisation drastique de pans entiers de l'administration britannique : le système de santé sera géré par les médecins généralistes, l'université risque d'être libéralisée, le « welfare state » est chamboulé pour inciter au travail…
Pourtant la pression est énorme sur le chancelier. Maintenant que l'heure de vérité approche, les économistes, qui craignent moins un retour à la récession qu'une croissance molle, sont de plus en plus nombreux à penser qu'il ne servait à rien d'aller si vite dans le rééquilibrage des comptes publics pendant une période aussi atone pour le commerce mondial. Agacés de voir leurs arguments taxés du terme péjoratif de « néokeynésianisme », certains économistes n'ont pas de mots assez durs contre le parti pris du gouvernement, convaincu que le secteur privé supplantera le secteur public à mesure que ce dernier perdra du poids. Le fameux « crowding out » -c'est-à-dire le phénomène d'étouffement de l'initiative privée par le secteur public -n'existe que quand la croissance de l'économie est proche de son potentiel maximal et lorsque le chômage est bas, explique le professeur Robert Skidelsky. Chroniqueur au « Financial Times », Martin Wolf estime de son côté qu'il n'y a pas plus de légitimité à transmettre aux générations qui viennent une économie atrophiée qu'une économie surendettée. Pas de doute : en cas d'échec, la réaction contre le gouvernement sera violente.
Même si George Osborne assure publiquement refuser d'envisager un plan B, il a néanmoins des raisons de penser que la cure d'austérité peut être diluée si nécessaire. Un ministre libéral-démocrate déclarait récemment que le plan de rigueur n'était pas « attaché au mât ». Ce fut la première ouverture publique en faveur de plus de flexibilité. « Le rythme de réduction des déficits espéré par le précédent gouvernement satisfaisait déjà les marchés, explique Simon Hayes, économiste chez Barclays. Le gouvernement dispose donc d'une marge de manoeuvre pour le ralentir. » Pour beaucoup d'économistes, réduire le rythme de diminution des dépenses en cas de problème n'est pas la solution alternative préférée de ce gouvernement, car il a mis sa crédibilité en jeu sur le « redimensionnement » de l'Etat, une approche typiquement conservatrice. En revanche, baisser les impôts ou retarder les hausses programmées pourrait le satisfaire davantage. Rachel Lomax, ancienne numéro deux de la Banque d'Angleterre, estime ce scénario tout à fait possible. Retarder le relèvement de la TVA à 20 %, ou baisser l'impôt sur le revenu sont des options envisageables, selon elle.
Mais la solution de secours la plus souvent envisagée est une remise en marche de la planche à billets. Pour Rachel Lomax, le recours à la Banque d'Angleterre pour stimuler la demande en cas de problème est « implicite » ces temps-ci. D'ailleurs, David Cameron ne s'est-il pas présenté lors de sa dernière conférence de presse comme « un conservateur fiscal et un activiste monétaire » ? On ne peut pas parler de perte d'indépendance de la Banque d'Angleterre puisque son gouverneur Mervyn King, a obtenu la rigueur qu'il appelle de ses voeux, mais on voit s'esquisser une certaine répartition des tâches entre l'institut d'émission et le gouvernement. Ce dernier diminue le poids de l'Etat quand le premier assouplit la politique monétaire pour compenser. Au risque de créer de l'inflation. Celle-ci, supérieure à 3 %, est déjà plus élevée en Grande-Bretagne que dans le reste de l'Europe.
Beaucoup de décideurs économiques du Vieux Continent rêveraient de ce partage des rôles, dont les prive, estiment-ils, la Banque centrale européenne. Cela dit, si l'« assouplissement quantitatif » est un instrument qu'il est rassurant d'avoir, il n'est pas la panacée, encore moins en période de croissance molle qu'en période de vraie crise. On ne sait pas exactement en quoi cela aide à relancer l'économie, met en garde Rachel Lomax. On sait en revanche que cela fait gonfler les bulles.
Inscription à :
Commentaires (Atom)












