TOUT EST DIT

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mercredi 14 novembre 2012

Pourquoi l'Allemagne trouve la politique française préoccupante

Selon plusieurs sources, l'Allemagne voit d'un mauvais oeil le dérapage budgétaire français et l'absence de réforme du marché du travail dans notre pays.
Sept mois après la dénonciation du "déni français" par The Economist, le débat sur la France et les réformes resurgit. Mais cette-fois ci, ce sont les Allemands qui s'inquiètent, pas les Anglais. Selon l'agence Reuters, le ministre des finances W. Schäuble aurait demandé aux experts allemands de plancher sur un rapport contenant des pistes de réformes pour la France. L'hebdomadaire allemand Die Zeit, à l'origine de l'information, expliquait que les "sages" devaient trouver des solutions pour aider la France à retrouver le chemin de la croissance et à réduire ses déficits. Côté allemand, l'information a été démentie. Côté français, Moscovici a tenu à dissiper tout malentendu. Selon lui, "les choses vont bien entre la France et l'Allemagne". Mais le journal Libération confirmait lundi le malaise créé en Allemagne par la dégradation de la situation économique de la France.
Alors info ou intox ? A regarder de près, la situation de France n'est pas si catastrophique. Certes, la croissance reste désespérément nulle de ce côté-ci du Rhin. Cependant, c'est toujours mieux que la récession traversée par les pays d'Europe du Sud. En 2013, celle-ci devrait encore frapper l'Espagne, l'Italie, le Portugal et la Grèce, au risque d'alimenter une grogne sociale déjà importante. La France, elle, limitera les dégâts et verra son PIB stagner. Notre pays bénéficie, en outre, de la bienveillance des marchés et des agences de notations, au même titre que l'Allemagne et les Etats-Unis. Preuve, elle emprunte, pour certaines maturités courtes, à des taux d'intérêt négatifs!
Dans ces conditions, pourquoi les Allemands s'inquièteraient-ils ? Il y a sans doute deux raisons à cela. La première est purement économique. Nous sommes le premier partenaire commercial de l'Allemagne. Du coup, si notre demande stagne, les exportations de notre voisin souffrent. Mais la deuxième raison est idéologique. Depuis l'élection de François Hollande, notre pays s'éloigne, l'air de rien, des standards allemands et notamment de la voie tracée par le chancelier Gerhard Schröder. Celui-ci a d'ailleurs été le premier à allumer les feux de la défiance en affirmant, la semaine dernière, que "les promesses de campagne du président français vont se briser sur la réalité économique". "La France va vraiment avoir des problèmes si le refinancement de sa dette se complique", avait ajouté l'ancien leader social-démocrate.
Lars Feld, l'un des membres du comité des sages allemands le confirme : "les inquiétudes s'accumulent en raison du manque d'action du gouvernement français sur la réforme du marché du travail". "Il faut à la France une réforme du marché du travail, c'est le pays de la zone euro qui travaille moins d'année en année". Et l'expert d'en rajouter : le principal problème en ce moment, ce n'est plus la Grèce, l'Espagne ou la l'Italie, c'est devenu la France parce qu'elle n'a rien entrepris de nature à rétablir sa compétitivité, au contraire, elle va dans l'autre direction.
N'est pas Gerhard Schröder qui veutCe n'est pas la première fois que ce constat cinglant surgit en Allemagne. En avril dernier, juste avant les élections présidentielles françaises, les économistes de la banque Berenberg écrivaient : les deux questions clé pour l'Europe restent les mêmes : "La France va-t-elle enfin se réformer?" et "La crise va-t-elle contaminer l'Espagne et l'Italie ?". "Grâce à une démographie plus favorable (un taux de fécondité de 2 contre 1,3 en Allemagne), la France pourrait dépasser aisément l'Allemagne à condition qu'elle réforme son marché du travail, sa fiscalité et son système éducatif ", assuraient-ils.
Sauf que, sur ce dossier, la France freine des quatre fers. Et pour cause. Les réformes de l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, même si elles ont fini par payer, ont été extrêmement douloureuses. Certes, la réforme en profondeur du marché du travail a contribué à remettre sur pied l'économie allemande, considérée au début des années 2000, comme le pays malade de l'Europe. Mais le renouveau de l'économie allemande s'était aussi traduit par une stagnation sans précédent des salaires et une remontée de la précarité, incarnée par les fameux jobs à 1 euro. François Hollande ne prendra pas le risque de s'engager dans cette voie, même si cela finit par rendre les marchés nerveux.
Des choix budgétaires discutables Deuxième pomme de discorde entre les deux pays, les finances publiques. Officiellement, "le gouvernement allemand est confiant sur le fait que la France respectera les exigences du Pacte de stabilité et de croissance". Mais officieusement, les allemands s'inquiètent de plus en plus du dérapage français. Selon les prévisions d'automne de la Commission européenne, notre pays ne sera pas en mesure de tenir son objectif de réduction du déficit budgétaire à 3% du PIB en 2013. Bruxelles prévoit un dérapage à 3,5% l'année prochaine. Dérapage qui devrait se reproduire en 2014 malgré une accélération de la croissance à 1,2%.
Au-delà de ce dérapage, qui nécessitera de renégocier avec Bruxelles les objectifs français sous l'oeil méfiant des marchés, l'Allemagne s'interroge aussi sur la méthode choisie par Bercy pour réduire le déficit. Alors que le rapport Gallois conseillait un choc de compétitivité d'au moins 30 milliards basé sur des allègements de charges importants, Bercy a finalement choisi un crédit d'impôt de 20 milliard étalé sur cinq ans. De fait, le gouvernement français ne s'attaque pas de manière directe au rétablissement des marges des entreprises, qui sont tombées à leur plus bas niveau des 25 dernières années, et au redressement de la compétitivité. En matière de coût du travail et de capacité à exporter, l'Allemagne garde clairement l'avantage. Le problème, c'est qu'elle ne peut pas tirer, à elle seule, l'ensemble de la zone euro.

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