TOUT EST DIT

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dimanche 28 octobre 2012

Des reconnaissances bien tardives

Des reconnaissances bien tardives 

  La repentance. Rien que le mot ! Il faut la refuser comme il faut repousser la mauvaise conscience, mais sans sombrer dans la négation. Les Français n'étant pas des anges, ils ont commis, au long de leur histoire, des crimes qu'il faut assumer. Mais pas que des crimes.
C'est ce que fit le président Chirac, le 16 juillet 1995, à propos de la rafle du Vél' d'Hiv. Contre Charles de Gaulle et François Mitterrand, il reconnaît alors la responsabilité de la France : «Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français.»
Prenait fin ce jour-là la très utile fiction qui voulait que le régime de Vichy ne fût pas la continuation de l'État français, puisque la France légitime était à Londres et dans les maquis. Si ce n'était la France, c'était pourtant bien des Français. Et si vraiment, ce n'était plus la France, pourquoi avoir conservé tant de traces de ce régime ?
Dans un ouvrage qui vient de paraître,L'Héritage de Vichy de Cécile Desprairies, on trouve le recensement de ses créations : l'ordre des médecins, l'ordre des architectes, la médecine du travail, le code de la route, la police nationale, la carte d'identité nationale, les comités d'entreprises, etc. La France de la Libération a gardé de cette époque ce qui l'arrangeait, pour mieux rejeter les horreurs de la collaboration dans une parenthèse constitutionnelle censée absoudre les Français.
Notre pays a tant de mal à regarder ce sombre épisode de son histoire que le meilleur spécialiste de Vichy fut très longtemps un Américain, Robert Paxton.
La guerre d'Algérie suscite le même type d'amnésie partielle et sélective. Il aura fallu attendre cinquante et un ans pour qu'un président de la République reconnaisse la responsabilité de l'État dans la répression brutale d'une manifestation d'Algériens qui fit des dizaines de morts, le 17 octobre 1961. On n'en parlait pas. Cela n'avait pas existé. Il ne s'était, ce jour-là, rien passé. Or, des historiens avaient mis au jour les faits, et de façon irréfutable.
François Hollande ne bat pas sa coulpe. Sans pathos et sans effets de manche, il fait dire à la République qu'elle «reconnaît les faits avec lucidité ».
On est loin de la repentance. Il ne dit fort heureusement pas que les fils sont coupables au nom de leurs pères. Mais il affirme que la responsabilité de notre pays n'est pas intermittente. La France survit à ses régimes et à ses dirigeants. Son histoire est donc à prendre en bloc et à assumer entièrement.
Chercher la vérité historique et la dire, qu'elle soit glorieuse ou piteuse, est le meilleur remède contre cette repentance qui est une forme de ressentiment collectif et de haine de soi.
On est loin de la repentance. Il ne dit fort heureusement pas que les fils sont coupables au nom de leurs pères.

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