TOUT EST DIT

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mercredi 12 septembre 2012

Tarifs énergétiques : appauvrissons le peuple, mais progressivement

En Socialie Française, il n'est pas de problème qu'une solution ridicule et contre-productive n'arrivera à empirer dans des proportions absurdes au point d'entraîner ensuite la création de toute une clique de commissions et un bataillon de lois afin de corriger les effets délétères constatés. Pour les aggraver. Dernièrement, c'est au-dessus du berceau des problèmes énergétiques des Français que les fées gouvernementales se sont penchées vigoureusement au point de tomber dedans avec fracas.

La nouvelle lubie du moment consiste donc à proposer un tarif progressif de l'énergie.
Derrière cette périphrase un peu longue se cache, comme d'habitude pour résoudre un problème complexe, une idée simple et parfaitement idiote : rendons les tarifs de l'énergie (ici le gaz et l'électricité) progressifs en fonction des revenus de la personne ou du foyer qui les consomme pour atténuer l'indigne écart entre les riches, qui bénéficient d'une énergie abondante puisqu'ils sont riches, et les pauvres, qui ont bien du mal à se tenir chaud en hiver et froid en été. Ou l'inverse, y'a plus de saisons.
Introduisant donc dans la plus grande décontraction une inégalité flagrante entre les citoyens devant l'accès à une ressource, le gouvernement entend proposer une nouvelle tarification de l'énergie avec trois paliers, qui distingueraient les consommations de base, facturées à un niveau inférieur au tarif de base actuel, un second palier appelé "de confort", et enfin le palier dit "de gaspillage", qui coûteraient plus cher, parce qu'il y a des choses avec lesquelles on ne rigole pas, bande d'épicuriens éhontés.
Pour arriver à cette proposition finement polie au contact abrasif de nombreuses commissions et autres institutions républicaines de réflexion, c'est François Brottes, fier député de l'Isère (que vous pouvez
injuriercontacter sur le mail fbrottes@assemblee-nationale.fr), qui a coordonné les
méfaitstravaux du groupe socialiste. Il explique l'introduction de ces trois paliers avec la phrase suivante :

"Puisque les tarifs sont dans une logique d'augmentation, pour diminuer la facture des ménages, il faut fixer un objectif de diminution de consommation sans forcément perdre en confort."
Dans un siècle, des hordes de linguistes chevronnés, aidés par des supercalculateurs et la version thermonucléaire de Google, plancheront sans relâche pour comprendre ce que le député a bien voulu dire par cette saillie dont tout indique qu'elle fut prononcée en présence de stupéfiants : selon ce petit gars payé par vos impôts, pour diminuer la facture des ménages, il faut fixer des objectifs de consommation. Arbitrairement. Au niveau gouvernemental. Par des députés qui savent mieux que ces ménages ce qui est bon pour eux.
Et si on dépasse ces objectifs de consommation ?
Matraquage, pardi. C'est comme ça qu'un pays fonctionne, surtout lorsqu'il est en déficit chronique depuis quarante ans et qu'il lui faut trouver des thunes très vite alors que les échéances s'amoncellent et les réserves de trésorerie s'épuisent. Et lorsqu'on lit les détails de ces paliers et de ces nouveaux tarifs, on est tout de suite rassuré.
Ainsi, le premier tarif, qui sera "3 à 10% moins cher" que le tarif de base actuel, correspondra au volume de consommation de base de chaque ménage, minutieusement calculé par une cohorte de ronds-de-cuir dans des centaines de bureaux (chauffés à vos frais), en fonction de mesures et de grilles bureaucratiques choisies par décret. Budgétairement parlant, on en salive d'avance : le nombre de kilowattheures ou de mètres cubes sera défini selon trois critères: le nombre de personnes occupant le logement, la région parce que, comprenez-vous, on ne se chauffe pas de la même façon en montagne et à Cannes, et enfin le mode de chauffage. Bien évidemment, on tiendra aussi compte du revenu du foyer, de l'isolation de la maison, des impôts locaux ou que sais-je encore. On cherchera à savoir, avant de décider si la consommation est "de base" ou "de gaspillage", si la famille considérée est une électrice potentielle des barons locaux ou si, au contraire, on se trouve avec un nid de conspirationnistes un tantinet libres-penseurs, voire, abomination, des libéraux pur sucre qu'une bonne surfacturation fera réfléchir un peu.
Évidemment, devant telle certitude, certains naïfs s'écrieront que j'exagère : bien sûr que les fonctionnaires en charge de déterminer de quel tarif vous allez bénéficier seront impartiaux et d'une justesse d'airain. Bien sûr ! Ceux-là, soyez-en sûrs, seront heureux de payer la nouvelle facture une fois le système mis en place et le sourire
crispéqu'on pourra voir sur leur visage dans quelques mois sera la marque indélébile que oui, ils payent effectivement ce qu'ils doivent payer.
Il apparaît très clairement, même aux débiles légers qui ont voté socialiste en y croyant plus d'une minute, que tout ce système va très vite se transformer en usine à gaz pré-victorienne, surtout qu'on apprend que les bonus-malus seront gérés par la CDC (oui, cette caisse des dépôts et consignations qui a été de tous les bons coups fumeux de l’État sur le demi-siècle écoulé). On sait déjà toute la finesse et la précision qu'on peut attendre d'un appareil d'état qui devra à la fois se mêler d'aller fouiller dans votre casier fiscal, dans le cadastre (pour l'implantation géographique) et les petits papiers des politiciens locaux, régionaux et nationaux pour tenir compte de tous les barèmes qui seront en vigueur pour votre "tarif". On connaît le but officiel de tout cet énorme bousin : donner l'accès au tarif social de l'énergie à quatre millions de ménages, et éviter simplement de distribuer ce tarif social sans aucune vérification ahem. Et pour ça, nos amis socialoïdes avaient un besoin pressant d'usine à gaz.
On sait que les vérifications seront effectuées par sondage, de façon complètement pifométrique, avec la belle part de grosse louche qui sied à ce genre d'opérations. On sait aussi que les lois, nombreuses, qui s'agglutineront autour du projet initial essaieront de couvrir des cas particuliers toujours plus nombreux. On sait aussi que ce sera voué à un échec cuisant précisément parce que d'un côté, les élus et ceux qui rédigent les lois voudront pouvoir passer au travers des mailles d'un filet républicain un peu trop serré, et qu'ils laisseront donc de petits trous sympathiques pour bénéficier eux-mêmes du tarif social, et de l'autre, comme chacun voudra tirer son petit morceau de privilège sur cette nouvelle usine à gaz monstrueuse, créatrice d'une nouvelle brouettée d'inégalités, il n'y aura bientôt que les gens honnêtes à découvrir que chauffer leurs chambres à 18°C en hiver, c'est "Tarif De Gaspillage". Les autres, d'une honnêteté adaptée aux temps modernes, sauront où aller pleurer pour bénéficier de l'autre tarif (pas de confort, le troisième).
Enfin, pour la bonne bouche, le projet en cours prévoit que l'interdiction des coupures de gaz, d'électricité et de chaleur en hiver sera "généralisée". La France est un pays de cocagne où la moindre facture peut et doit immédiatement être répartie sur les 65 millions d'habitants, pardon les 36 millions de ménages imposables, pardon, les 26 millions d'imposés, pardon les 10 millions qui seront dans les bonnes tranches, pardon les 5 millions qui ont les moyens, ... heu finalement non, ce sera toi, toi et toi qui paierez. Pas de doute : comme d'habitude, c'est bien la classe moyenne, celle-là même qui fait vivre l’État et permet, in fine, à la France d'enregistrer une (de plus en plus rare) croissance, qui va s'en prendre plein la figure ; les riches échappent aux impôts soit par la fuite, soit par l'optimisation fiscale, soit par le copinage permanent avec le pouvoir. Les pauvres y échappent par copinage électoral ou clientélisme. Reste le coeur de cible, les moyens, les ni vraiment pauvres, ni vraiment riches sur qui tous les autres vont passer, avec délectation.
Maintenant, quelques remarques s'imposent tout de même à l'honnête homme avant qu'il n'aille, le pas léger, à la tonte.
D'une part, on peut regretter le manque évident de courage du gouvernement.
Bien timoré fut-il lorsqu'il se contenta de proposer cette salvatrice progressivité seulement sur le gaz et l'électricité. Je pense (et tout le monde en conviendra aisément) qu'on doit pouvoir, avec exactement la même usine à gaz et moyennant l'introduction d'un petit paramètre ici, d'un petit taux différentiel ici ou là sur la quotité algébrique forfaitaire prévisible et autre intérêt de rattrapage pour indemnité à contribution sociale qui fait pouic, on doit pouvoir, dis-je, étendre le procédé sur le fuel et l'eau, non ?
Bingo ! C'est aussi prévu, un peu plus tard dans le débat parlementaire ! Magnifique, non ? Mais ne vous inquiétez pas : on sent qu'on n'est qu'à une foulée ou deux du tarif progressif de l'essence, puis de la nourriture et enfin des biens secondaires (alcool, clopes, et encadrement médical de qualitaÿ pour les salles de shoot). L'étape ultime sera atteinte lorsqu'on appliquera la progressivité au sexe tarifé. On imagine déjà, bonheur humide de tout socialiste qui sommeille en chaque parasite, devoir se munir d'un triplet de feuilles de paye avant d'aller faire le plein ou culbuter une escort. On voit déjà cette belle société où chaque personne trimballera avec elle, sur fichier électronique (ou sur une puce implantée dans le cou, encore mieux !) son dossier médical, son casier juridique, fiscal et écologique pour pouvoir faire un achat dont le prix sera calculé en fonction de tout un tas de paramètres obscurs.
 D'autre part, tout ceci sent bon le big brother, non ?

On ne peut en effet s'empêcher de noter que cette brillante initiative va permettre, enfin, le grand rassemblement de toutes les données personnelles du cheptel français en une seule grosse base de données (peu ou prou) pour pouvoir, enfin, étalonner comme il faut chaque
misérablepetit individu, atome vibrant et parfois salement autonome de cette belle société solidaire. Plus personne ne sera à l'abri d'aucune société privée sous contrat d'état et en monopole de droit. Plus aucune donnée ne sera à l'abri d'être englobée dans les analyses et recoupements informatiques de l'hydre étatique.

Et ça, rien que ça, franchement, c'est du bonheur en barre, non ?

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