TOUT EST DIT

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mercredi 25 juillet 2012

Arnaud Montebourg : cause toujours !

Le ministre du Redressement productif ne manque ni d’énergie ni de volonté. Mais face à l’avalanche des plans sociaux, ses rodomontades tombent à l’eau.

Ce lundi 25 juin, dans la Citroën C5 de fonction qui vient de quitter Chalon-sur-Saône pour le ramener à Paris, Arnaud Montebourg tente de raisonner son chef de cabinet, conscient des consignes édictées par le nouveau chef de l’Etat : «Christophe, respectez les limites de vitesse s’il vous plaît.» Au volant, son chauffeur occasionnel acquiesce poliment, ralentit quelques secondes, puis repart de plus belle, à 160 kilomètres-heure. A trois reprises, le ministre du Redressement productif renouvellera ses ordres, sans plus de succès.
Si même dans sa voiture il n’arrive pas à se faire entendre ! Lors de son -investiture le 17 mai dernier, le flamboyant candidat aux primaires socialistes avait annoncé la couleur : «Mon ministère sera celui de la reconquête des emplois perdus.» L’industrie, promis juré, serait au cœur de la stratégie gouvernementale et lui, Montebourg, au cœur du réacteur. Bref, pas un sous-ministre comme ses prédécesseurs, Christian Estrosi et Eric Besson. Deux mois après sa prise de fonctions, notre don Quichotte se heurte déjà aux dures réalités du business.
Il cavale de plans sociaux (la CGT a identifié 75 000 postes menacés) en fermetures d’usines. Installe ses casernes de pompiers, pardon, ses commissaires régionaux. Apostrophe les patrons pour leur demander de jouer la carte du made in France. Mais ils n’en font, peu ou prou, qu’à leur tête.
Bien sûr, Arnaud Montebourg connaissait la difficulté du job. Et il a su s’entourer d’une équipe de choc qui connaît les entreprises. Stéphane Israël, son directeur de cabinet, est un ancien d’EADS. Il est épaulé aussi par Fanny Letier, qui a sauvé des dizaines de sociétés au sein du Ciri (Comité interministériel de restructuration industrielle), ou encore Christophe Béjach, cofondateur de la compagnie aérienne L’Avion.
Et puis le fougueux camarade a potassé ses dossiers. «C’est du 7 heures-minuit, raconte le ministre à Capital, tandis que nous dépassons Beaune. Il faut en absorber jusqu’à l’indigestion. Il n’y a plus aucune place pour la vie privée.» Même les patrons qui l’ont rencontré saluent sa bonne volonté. «On croyait affronter le chantre de la démondiali-sation, on a vu un ministre à l’écoute», fait savoir un constructeur automobile. «Il maîtrise à fond ses dossiers», confirme un brin flagorneur Olivier Duha, le président de l’association patronale CroissancePlus. «En deux mois, il a fait des progrès impressionnants», ajoute l’ex-président d’un fleuron du CAC 40 et visiteur du soir régulier.

Voilà pour les compliments de -salon. Mais sur le terrain, les patrons français lui font plutôt mordre la poussière, que ce soit chez Doux, Fralib ou Petroplus. «Nous avons ramené direction et syndicats à la table des négociations», se félicite Arnaud Montebourg, alors que sa Citroën vient de dépasser Dijon. Sauf que sur ces trois dossiers les discussions n’ont abouti à aucun compromis.
Sa plus grosse déconvenue, le ministre l’a subie avec le patron de PSA Peugeot Citroën, Philippe Varin. Le 29 juin, alors que toute la presse annonçait la fermeture du site d’Aulnay- sous-Bois, le ministre a pris sa plus belle plume pour lui demander de «clarifier ses intentions». Une semaine plus tard, le P-DG de PSA ne lui avait apporté aucune réponse officielle.
Et le 12 juillet, le groupe annonçait crânement qu'il allait supprimer 8000 emplois et fermer l'usine d'Aulnay-sous-Bois. A Chartres-de- Bretagne, où le constructeur emploie 5800 salariés, le maire PS Philippe Bonnin s’inquiète de la méthode. «L’industrie automobile française n’a pas besoin de pompes à incendie mais de stratégies de long terme», estime l’élu qui a cosigné un rapport sur l’avenir du secteur avec... Pierre Moscovici. Dans ce flot de mauvaises nouvelles, le redresseur en chef tient à faire connaître les bonnes : lors de notre rencontre, il venait de célébrer le projet du nouveau centre logistique d’Amazon à Chalon. «C’était bien, Christophe, hein ?, se rassurait-il auprès de son chef de cabinet. On avait toutlemonde:TF1,Europe1,RTL...»
Le volontarisme d’Arnaud Montebourg ne se heurte pas qu’à la mauvaise volonté des patrons. Déjà maigrelet en 2012 (2 milliards d’euros), son budget «développement des entreprises et de l’emploi» n’a pas été épargné par le rabotage général des dépenses publiques. «Nous avons aussi les 8 milliards d’euros du grand emprunt», assure le ministre, à l’approche d’Auxerre. Un peu rapide : c’est le Premier ministre en direct qui ventilera cette somme. L’ancien député n’a pas non plus réussi à décrocher la tutelle de la Banque publique d’investissement, dévolue pour l’essentiel à Pierre Moscovici, le tout-puissant ministre de l’Economie. «Mais nous l’associerons évidemment aux décisions», consent-on poliment au cabinet de «Mosco». Idem pour l’Agence des participations de l’Etat, le bras de l’actionnaire public dans les entreprises. Officiellement, Arnaud Montebourg en partage le pilotage avec Bercy. Début juin, le cas de France Télécom (l’Etat en possède 27%) a démontré que son avis ne pesait guère.
En cohérence avec son discours, l’ex-avocat d’affaires réclamait une baisse du dividende à 1 euro par action pour favoriser l’emploi et l’investissement chez Orange, quitte à réduire les recettes de l’Etat de 285 millions d’euros. «Mais Moscovici n’a pas lâché et a obtenu le maintien à 1,40 euro par action», regrette Sébastien Crozier, président du syndicat CFE-CGC/Unsa de l’opérateur.
«Je mène un combat au long cours, se défend le ministre. Vous venez trop tôt, je demande à être jugé dans cinq ans.» Aura-t-il réussi alors à faire avancer sa doctrine antimondialiste ? Arnaud Montebourg espère évangéliser ses homologues européens quant aux bienfaits du protectionnisme. «Je veux que l’Europe se mette au niveau des Etats-Unis, qui défendent leurs intérêts souverains, maintient-t-il, aux alentours de Souppes-sur-Loing. Je vais commencer une tournée des ministres européens de l’Industrie en ce sens.» On imagine pourtant mal l’Allemagne, gavée d’excédents commerciaux, prendre le risque d’une brouille avec la Chine.
Plus près de nous, ce petit-fils d’Algérien (le père de sa mère est né en Oranie) prône le rapatriement des centres d’appels en France. «Ce n’est ni réaliste ni souhaitable, lui répond Olivier Duha, le patron de la société de call--center Webhelp. Cela nuirait considérablement à nos relations avec la Tunisie et le Maroc qui, je le rappelle, nous achètent des TGV et des centrales électriques.» Par ailleurs, le surcoût d’une relocalisation, que les opérateurs ne manqueraient pas de répercuter sur la facture, s’élèverait à environ 5 euros par abonné et par mois. Et la compétitivité de la France ? Et le coût du travail ? Arnaud Montebourg botte en touche, et renvoie vers les discussions entre les partenaires sociaux. Quand on lui fait remarquer que les syndicats patronaux et ceux des salariés ont des visions diamétralement opposées, il répond : «Ce ne serait pas mieux, un accord CGT-Medef ?» Ce serait mieux, en effet.
En attendant que l’Europe et les entreprises exécutent son programme, Arnaud Montebourg tente de mettre au pas ses hauts fonctionnaires. En l’occurrence ceux de la Direction générale de la compétitivité, de l’industrie et des services (DGCIS). «C’est exaspérant, ils ne font que de la gestion bureaucratique sans aucune vision politique, expliquait-il sous nos yeux auprès d’un conseiller, après lecture d’un rapport de la DGCIS. Vous les ferez venir deux heures dans mon bureau. J’ai des questions à leur poser.» A cet instant, la voiture du ministre approche de la porte de Bercy. Nous avons rejoint la capitale à 140 kilomètres-heure en moyenne.




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