TOUT EST DIT

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vendredi 8 juin 2012

Merkel brise un tabou

Angela Merkel a brisé un tabou, hier, en relevant que certains pays pourraient avancer plus vite que d’autres afin de renforcer l’Europe politique, ce qu’elle juge indispensable pour sortir de la crise.
Le pas en avant est double : la chancelière admet d’abord explicitement que le Pacte de stabilité budgétaire, qui est pourtant son « bébé », ne suffira pas à endiguer la tempête qui met à mal l’euro, et qu’il faudra une intégration politique plus poussée. Elle jette ensuite à la poubelle une chimère qui paralyse le continent, en admettant (sans le dire de cette façon) que le Nord et le Sud ne peuvent pas marcher au même rythme. Depuis le début de la crise tout le monde le constate, mais personne n’ose en tirer la conclusion qui s’impose : l’Europe qui s’agrandit sans cesse dans le but premier – voire unique – d’élargir encore et encore un grand marché sans barrières douanières ne peut être viable. En remettant l’union politique au cœur de ses ambitions pour le continent, Merkel commence à tourner timidement le dos, sous la pression de la crise, à la vision purement marchande de l’Union. Il est piquant de voir qu’elle le fait au moment où elle reçoit son homologue anglais Cameron, qui n’a même pas signé le Pacte de stabilité.
Certes, les profondes réformes que réclame la chancelière ne permettent ni d’éteindre le feu grec ni d’empêcher l’incendie de s’étendre à l’Espagne. Elle refuse toujours de mettre la main au portefeuille et certains – notamment en France – ne manquent pas de l’accuser de vouloir gagner du temps. Erreur : ce sont les coûteux sparadraps appliqués depuis le début de la crise sur les jambes de bois grecque, portugaise et irlandaise qui ont permis de grappiller quelques années de répit. Sans succès, puisque le mal n’a pas été endigué et qu’il est même en passe de s’étendre à l’Espagne. Pourtant, il y en a eu, des milliards versés !
Sans doute en faudra-t-il encore, mais l’Europe ne peut pas alimenter indéfiniment un tonneau sans fond. Angela Merkel dit, en somme, à ses partenaires : avant de payer, je veux savoir où vous voulez aller… et qui est prêt à marcher avec moi. Dix ans après l’introduction de l’euro dans les porte-monnaie, il serait temps, en effet, de se poser ce genre de question.

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