TOUT EST DIT

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dimanche 9 octobre 2011

Quand Mitterrand refusait les Mac de Steve Jobs... et autres symboles d'une France qui peine à innover

La scène se passe quelque part au milieu des années 1980. A l’initiative de Jean-Jacques Servan Schreiber, Steve Jobs rencontre François Mitterrand. JJSS est persuadé qu’il faut à la France valoriser la filière informatique et construire des Macintosch. Le choix est à l’opposé, la stratégie industrielle nationale consacre Thomson. Mitterand ne croque pas la pomme, la fierté industrielle française croise la trajectoire de ce qui n’était encore qu’un petit rat de l’Opéra de l’innovation et dont les intuitions géniales sont aujourd’hui unanimement saluées.
Cette scènette n’a rien de symbolique et recouvre exactement ce qui allait être le début du décrochage de l’économie française, elle préfigure largement les insuccès des choix économiques aberrants qui s’enchaîneront avec une précision technocratique. Exemple emblématique, le Minitel, la lada du web, censément l’entrée en lice en grande pompe, et finalement gros sabots, de la France dans l’ère numérique, au total pas davantage qu’une amulette opposée à Apple, un flagrant déni d’innovation, et dont d’ailleurs le même Steve Jobs avait averti François Mitterand du caractère inopérant. Rétrospectivement, c’est depuis les années 1980 que les courbes de notre investissement dans la recherche et le développement commencent à piquer du nez, ce qu’aucun gouvernement n’aura réussi à conjurer, fallait-il encore que cette situation en émût certains. Au total, il n’existe plus aujourd’hui un seul constructeur informatique sur notre territoire.

L'innovation : grand absent du discours politique français

La rencontre, l’affiche Jobs-Mitterand serait un bon point de départ de film, n’était-ce le fait que toute allusion à des personnages ayant existé serait tragiquement réaliste, correspondant à des visions du monde difficilement conciliables qui au-delà des hommes qui pensent les déterminer, expriment largement des choix de société. Le charme de l’évocation contemplative du monde face à la volonté de sa transformation organique. L’homme de l’État, sa toilette de cour, son verbe élégant, le cocon d’une culture apprise à peine reformulée, face à la créativité tous azimuts, l’imagination dans tous ses modes, la reformulation permanente d’un monde à-venir
Nous aimerions que l’anecdote rapportée ci-dessus fût un fait divers, mais notre incapacité à construire une économie réellement innovante est une tendance de fond. En témoigne, les projets présentés par les candidats de tous bords. Pas un instant, nous ne les sentons travaillés par l’urgence de rejoindre le cours d’une économie nouvelle, sous l’ impulsion de laquelle notre économie aura engranger ces siècles derniers de formidables gains de productivité et créer une croissance soutenue, riches d’emplois et d’améliorations substantielles des conditions de vie. Or, non content de rouler à contre-sens de l’histoire, on accélère. Ainsi, dans le nuage de mots bien fumeux du dit-débat public, les références à l’innovation sont d’une pauvreté saisissante, en lieu et place de quoi sont évoqués et invoqués la démondialisation et ses avatars de relocalisation. 

Apple : quand la créativité crée des emplois

Or, Apple, première capitalisation boursière au monde, est la preuve s’il en fût qu’il est possible de créer des dizaines de milliers d’emplois pour peu que l’on forme le choix de la sur-créativité. En l’espèce, Apple aura complétement reformulé la convergence des supports et des services, aura frappé de son innovation chacune des étapes de sa production, depuis la conception, le design, jusqu’au service après vente d’une redoutable efficacité. Les consommateurs consentent à payer davantage des produits dont la qualité est irréprochable. (Pour mémoire, une étude récente d’OC&C montrent qu’en France les achats en ligne ne s’orientent pas nécessairement vers les produits les moins coûteux). Plus généralement, les Français acceptent de consentir les efforts dont ils savent et conçoivent l’utilité.
Bien entendu, Apple dont on loue aujourd’hui le succès exceptionnel, ne fait pas figure d’exception. Facebook, Google, Twitter qui n’existaient pas encore il y a quelques années, sont valorisés aujourd’hui à plusieurs dizaines de milliards d’euros. Ce sont là des gisements remarquables de croissance et d’emplois. Dans le prolongement, rappelons ici qu’en France le seul poste économique qui affiche une croissance à deux chiffres est le e-commerce.

Seule issue à la crise : l'innovation

Le point est ici crucial. Tous les pays qui aujourd’hui démontre une formidable capacité de résilience à la crise sont précisément ceux qui ont fait le choix résolu de braquer leur économie vers l’innovation.
Ainsi, les pays Scandinaves figurent dans le top ten de tous les classements mondiaux de l’économie numérique. La Suède arbore une croissance à 3.5% et est attendue cette année à 4.5%, Stockholm a été la place boursière qui aura connu la plus forte croissance en 2010, le degré d’appropriation des technologies numériques par la population confère une profondeur de marché telle que le pays est en train de devenir une des places fortes mondiales pour le lancement des start-ups. En prime, la Suède ne connaît pas de déficit de la Sécurité Sociale.
De la même façon, ne nous y trompons pas, la santé de l’économie allemande ne tient pas à un climat fiscal particulièrement propice, mais à l’investissement massif dans ce qu’il est convenu d’appeler la compétitivité hors-prix au travers de la recherche d’une valeur ajoutée essentiellement technologique. Le principe en est simple, dans un contexte de concurrence fiscal et de dumping social particulièrement féroce, il s’agit de vendre de la qualité plutôt que du prix.
Il semble donc que la fracture Nord-Sud traverse aujourd’hui l’Europe.

Cette économie française vieillissante...

Cependant en France, une économie vieillissante, assise sur une base industrielle datée, est maintenue sous respiration artificielle du fait de visions politiques peu enclines à revoir leurs fondamentaux et où la subvention tient lieu d’acharnement thérapeutique. Attitude typique, la consécration du modèle de la grande entreprise souveraine et ses dépendances de petites entreprises, consiste à consolider le risque systémique, la déroute de l’une défaisant toutes les autres.
A l’inverse, l’exemple d’Apple devrait figurer dans les fournitures idéologiques de l’ensemble de ceux de nos responsables politiques qui trouvent dans la mondialisation l’ennemi commode autant qu’il témoigne du dénuement intellectuel face à un phénomène où peu font l’effort d’en deviner les formidables opportunités. Les solutions de repli identitaire ont trouvé leur exact symétrique, aujourd’hui connu sous le nom de démondialisation et sa formulation atténuée mais tout aussi menaçante, la relocalisation. La peur de l‘immigré laisse place à celle du Chinois, que l’on avait déjà crû reconnaitre dans les traits du plombier polonais. Le réflexe est ici tout à la désertion face à une transformation radicale du monde, où les révolutions technologiques se succèdent et se dépassent les unes les autres à une cadence jamais égalée.

Un repli national dangereux

Certes, le crédit impôt recherche, les investissements récents du grand emprunt, le e-G8,  témoignent d’une prise de conscience certaine,  mais l’absence total dans le débat des nouvelles technologies et plus généralement des sciences dont la crainte culmine dans le principe de précaution, devraient interpeller et tenir lieu pour une inculture intolérable. plus grave, la contre-lecture de l’extraordinaire mouvement où les économies, les cultures, les sociétés échangent est coupable. Le repli petitement national est dangereux et lorsqu’il consiste à apaiser la crainte des Français à l’endroit d’un mouvement dont ils ne sont les perdants que dans la mesure où nous n’en sommes pas. Alors le repli est violent.
Lorsque l’on prétend pouvoir asseoir des emplois sur la base de produits protégés, alors l’on ment aux Français. En effet, on soutient l’économie, mais comme la corde le pendu.

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