TOUT EST DIT

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samedi 8 octobre 2011

Méfions-nous des sauveurs de l’euro

Si l'on veut sauver le projet européen, il faut se lever contre les projets de la chancelière Merkel et du Président Sarkozy qui font la promotion d'une union faiblement démocratique, axée sur la compétitivité fiscale et le dumping social, écrit un journaliste allemand. 
Les grandes crises qui ont frappé le capitalisme, le grand historien des sociétés Jürgen Kocka l’a rappelé récemment, ont souvent servi de catalyseurs pour des réformes profondes du capitalisme. Ce qui suscite à la fois l’espoir et l’inquiétude : si nous avons la chance de faire de la crise de l’euro une crise "constructive", nous devons la saisir maintenant.
Les crises du passé ont permis – ou tout au moins favorisé – la mise en œuvre de changements structurels. Les crises ont ainsi rendu possible l’institutionnalisation des règles nationales, l’apparition de la protection sociale et surtout l’installation du paradigme longtemps dominant de la pensée keynésienne. Cela s’inscrivait dans un contexte général. Il arrivait toujours un moment, toutefois, où les "aspects positifs" de la crise retombaient sous le joug d’intérêts privés supérieurs. Le fait qu’ils aient été malmenés dans l’Allemagne rouge-verte, la dérégulation et l’abandon de la redistribution des richesses participent à la confusion ambiante.
Tirera-t-on les enseignements de la crise de la dette européenne ? Manifestement pas. Car ce que l’on vend à l’opinion publique angoissée comme la "gestion de la crise" ne comporte aucun des "aspects constructifs" au sens où les entend Jürgen Kocka. Dans la concurrence pour sauver l’euro face aux "marchés", les gouvernements montrent simplement qui tient véritablement les rênes du pouvoir. Au lieu d’agir sur les causes économiques et politiques de la crise, celles-ci sont érigées en solutions. Et depuis 2008, l’Etat doit supporter le poids social d’une crise financière du secteur privé. A peine avait-on transféré le coût de l’enrichissement du secteur privé sur les comptes publics que l’on prescrivait un nouveau régime destiné à résoudre une crise devenue "publique".

Une discussion réduite au sauvetage de l'argent

Pendant la crise, le principe allemand de plafonnement de la dette a été étendu au reste de l’Union européenne. Cette décision découle-t-elle de la parcimonie proverbiale de la chancelière allemande ? Nenni. "Ce que nous devons nous garder de faire", a mis en garde Angela Merkel, "c’est de saper au passage la confiance des investisseurs". Voilà qui montre à qui va sa loyauté et à quoi se réduit le débat européen : à une discussion sur le sauvetage de l’argent, des prétentions d’ordre patrimonial, de la compétitivité. Les appels à davantage d’"enthousiasme pour l’Europe" finissent toujours par des sanctions sur la mise en œuvre de la discipline budgétaire, par des règlements sur l’insolvabilité des Etats, etc. Les querelles partisanes au sein de la coalition sur la politique européenne à mener ne suffisent pas à la cacher. Le fait que le parlement soit bientôt davantage impliqué dans les décisions relatives au sauvetage de l’euro n’est pas une réponse à la question de savoir ce que les députés contribueront à "sauver".
"L’échec de l’euro serait aussi l’échec de l’Europe", a déclaré la chancelière, propageant ainsi une menace qui devrait avoir autant d’effet sur les députés des groupes parlementaires de la majorité que sur les petits épargnants, les bénéficiaires d’allocations, les salariés et les écoliers, les médecins et les artistes, les retraités et les femmes au foyer. Cette phrase ne dit toutefois qu’une partie de la vérité. Car les fondements d’une meilleure Europe seraient aussi détruits : une Europe qui était encore au cœur du débat dans les querelles qui ont émaillé la signature du Traité de Lisbonne – une Europe la protection sociale, des droits fondamentaux applicables. Les gens qui ont envie de sauver l’Europe, qui aspirent à autre chose qu’un projet élitiste fondé sur de seuls intérêts économiques et marqué par le recul de la démocratie, la concurrence fiscale et le dumping social, doivent désormais se retourner contre les "sauveurs" que sont les Merkel, Sarkozy et consorts.
C’est nécessaire, parce que les décisions prises dans le cadre de la gestion de la crise préfigurent ce que sera la future constitution européenne. Mais ce ne sera pas aussi simple, car un "non" social et solidaire à la politique de sauvetage du gouvernement est bien trop facilement confondu avec ce populisme eurosceptique qui fait actuellement tache d’huile dans la société. Ces faux détracteurs de l’Europe ont trouvé dans le journal Bild leur organe officiel – reste à leur trouver un mouvement politique.

Des conditions de travail dégradées

D’après un sondage, les deux-tiers des Européens estiment que le marché unique n’a profité qu’aux grandes entreprises ; la moitié d’entre eux ont le sentiment que le statu quo européen a dégradé les conditions de travail et que l’intégration politique n’a pour l’heure rien apporté aux couches défavorisées. Voilà qui en dit long sur le tempérament de cette Europe qu’Angela Merkel et d’autres entendent sauver.
Et pourtant, ce serait une erreur d’abandonner l’idée d’Europe et de laisser le champ libre à ceux qui voient l’issue dans le retour du mark, la désolidarisation et le repli national.
L’enjeu est de taille : ou bien l’on sort de la crise de l’euro "par le haut", avec un régime européen menant une politique d’austérité autoritaire, ce qui supprimerait immédiatement toute marge de manœuvre pour la construction politique de l’Union et conforterait les mouvements sociaux dans leur orientation eurosceptique. Ou bien une pression exercée "par le bas" contraint les gouvernements à revoir leur action.
Une campagne publicitaire orchestrée par les syndicats n’y suffira pas. Les appels seuls n’ont jamais suffi à rendre une crise constructive. Pour que ce soit le cas, Jürgen Kocka l’a également rappelé, deux choses ont toujours été nécessaires : la critique du capitalisme et l’engagement politique assorti d’une mobilisation sociale. La critique est largement répandue dans les colonnes des journaux. Mais on ne lit pas encore que ce n’est pas suffisant.

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