TOUT EST DIT

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mardi 12 juillet 2011

Prolonger l'opération en Libye, jusqu'où ?

Ainsi que le veut la Constitution, quatre mois après le début de l'intervention militaire en Libye, le Parlement français est appelé, aujourd'hui, à autoriser ou non la poursuite de l'engagement des forces armées. Aucune surprise n'est à attendre. Un assez large consensus devrait se dégager pour la poursuite d'une opération devenue, pourtant, de plus en plus singulière au fil des mois.

Officiellement, il est interdit de parler de guerre même si, depuis le 19 mars, le territoire libyen est un champ de bataille sur lequel nos avions larguent des munitions. Officiellement, cette opération est menée sous l'égide de l'Otan, même si une large majorité de ses pays membres n'y participent pas et si les États-Unis se sont placés, pour la première fois, en retrait. Officiellement, le colonel Kadhafi n'est pas un objectif militaire en tant que tel. Enfin... il l'a été sans l'être explicitement et, apparemment, ne le serait même plus. Plus tout à fait.

Les raisons de ces ambiguïtés étaient campées dès le 19 mars et parfaitement délimitées par le texte, autant que par les non-dits, des deux résolutions (1970 et 1973) du Conseil de sécurité de l'Onu légitimant l'intervention. La première posait un veto préalable à toute intervention terrestre, la seconde autorisait le recours à tous les moyens pour protéger les populations civiles.

On savait que les États-Unis ne voulaient pas ouvrir un nouveau front. Ils ont donc adopté une attitude de retrait alors que, durant la première guerre du Golfe, les opérations en Bosnie et au Kosovo, les interventions en Afghanistan et en Irak, ce sont eux qui dirigeaient les opérations. Cette fois, l'Europe est mise face à ses responsabilités et, dans cette affaire, seuls Londres et Paris ont assumé le rôle d'ordinaire tenu par les Américains.

En ont-ils les moyens ? Jusqu'à quand ? Dans quel but ? Toutes ces questions seront en toile de fond du débat parlementaire d'aujourd'hui. L'intervention a déjà coûté à Paris plus d'un million par jour qui vient s'ajouter à l'autre million déjà dépensé pour l'Afghanistan. Les enquêtes d'opinion commencent à montrer que le soutien initial des Français s'effrite de semaine en semaine.

Car si, en quatre mois, la rébellion a progressé au Nord-Ouest (grâce notamment au récent parachutage d'armes acheminées par la France) et si le front s'est stabilisé à l'est de Tripoli, rien pour l'heure ne permet de présenter comme imminente la chute de Kadhafi. Tripoli reste à prendre.

Or, à la veille d'une année électorale, le temps presse pour Paris. Pour des raisons budgétaires, mais aussi d'opportunité politique. La France a eu un rôle moteur dans l'intervention, elle ne voudrait pas le garder dans l'enlisement. Cet enlisement porte un nom : Mouammar Kadhafi, dont le maintien au pouvoir au-delà de l'été résonnerait comme une insolence de plus en plus embarrassante.

Cela explique la politique des deux fers au feu pratiquée depuis quelques semaines. D'un côté, Paris accentue la pression militaire au point de livrer des armes au Conseil national de transition ; de l'autre, on multiplie les contacts, on négocie en coulisse une sortie de scène de l'imprévisible Guide libyen. Il y a quatre mois, il fallait sauver Benghazi. Ce fut fait. La question posée aujourd'hui aux parlementaires est d'autant moins simple que le départ de Kadhafi, souhaité par tous, ne peut pas venir du ciel.

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