TOUT EST DIT

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mardi 11 mai 2010

Ouf ! Et maintenant ?


À la clôture des marchés, vendredi, un cauchemar hantait l'Europe. Le risque de contagion de la crise grecque était tel qu'il menaçait d'implosion la monnaie unique. Au plongeon des Bourses, les dirigeants européens ont su répondre par une mobilisation sans précédent avec un plan massif de 750 milliards d'euros. L'Europe a opté pour l'arme lourde dans son duel avec les marchés.

Le verdict, hier matin, avec le rebond spectaculaire de l'euro et l'euphorie des Bourses, était clair et net. Dans le court terme, c'est une victoire politique incontestable. Elle confirme, si besoin était, que le manque d'initiatives politiques communes contribuait à rendre la monnaie unique plus vulnérable.

Deux nouveautés de taille ont été décidées ce week-end. Contrairement à un dogme indûment invoqué, depuis des mois, pour justifier le manque de réponse communautaire, l'Union, par le bras de la Commission, peut apporter une aide financière à un État de la zone euro. Et elle le fera. Ensuite, la Banque centrale européenne, malgré les réticences allemandes, va racheter des obligations souveraines. Cela peut la fragiliser, mais ces deux innovations marquent un tournant. Sous la pression sans précédent des marchés, la position allemande, qui était farouchement hostile à ces choix et qui a longtemps prévalu, était minoritaire ce week-end.

C'est un revers pour Berlin. Après trois mois d'opposition, la chancelière a dû céder, le jour-même où, dans les urnes, elle perdait sa majorité au Bundesrat. Il est encore trop tôt pour mesurer les répercussions sur la politique allemande de ce dimanche noir pour la chancelière. En perdant sa majorité à la chambre haute du Parlement, son gouvernement est plus faible. Mais elle est aussi moins tributaire de son impopulaire allié libéral. Elle n'a d'ailleurs pas manqué, dès hier, de scier la principale promesse électorale de son allié en excluant toute baisse des impôts dans les années à venir.

Au niveau européen, les difficultés de la chancelière viennent s'ajouter à une faiblesse des exécutifs rarement enregistrée ces dernières années. La Grande-Bretagne est sans gouvernement. L'Italie sur la liste des suspects dans les carnets des places boursières. L'Espagne, le Portugal et l'Irlande ont déjà les pieds et les poings liés. Les Pays-Bas votent début juin. La Belgique est au bord du divorce. L'Europe centrale en pleine crise populiste et nationaliste. Seule la Pologne de Donald Tusk, même si le sort vient de s'acharner sur sa classe dirigeante, sort la tête haute de la crise financière.

La France a joué un rôle crucial dans la gestion de la crise. Nicolas Sarkozy fait bien de ne pas souligner les tensions avec Berlin ni les faiblesses passagères de la première puissance européenne. Car le contexte et l'avenir sont encore trop lourds d'incertitudes. La rigueur budgétaire, élevée au rang de dogme outre-Rhin, reste un passage obligé pour tous les gouvernements. Car, derrière le champignon atomique du plan de 750 milliards d'euros, les comptes parlent. Et ils sont dans le rouge à Paris, Rome, Londres ou Vienne.

C'est à des États lourdement endettés que l'on promet de nouveaux prêts. Ce n'est pas un détail rassurant en soi, et il n'échappe pas au réalisme, souvent cynique, des marchés. La flambée d'hier ne doit pas faire oublier que l'horizon de ce problème de solvabilité porte un nom : la discipline budgétaire. Une autre bataille à venir et, cette fois, pas seulement avec les marchés.

Laurent Marchand

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