TOUT EST DIT

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samedi 24 octobre 2009

C'est le slogan de la Ve République : « Votez, éliminez ! »


Depuis plus de deux siècles, la démocratie a fait ses preuves en substituant des présidents sortis du rang à des monarques nés avec un sceptre entre leurs menottes. Si la tentation dynastique s'est manifestée aux Etats-Unis avec les Kennedy et les Bush, les Gandhi en Inde, les Papandréou en Grèce, en Afrique avec les Bongo, chez nous, un corps électoral volage ne se laisse pas souvent caresser longtemps par le même cacique et a fortiori par la même famille. Sans pour autant satisfaire à la fameuse égalité des chances dont se gargarisent tous les tribuns dès qu'ils sont parvenus à s'élever au-dessus du commun. Car d'un bout à l'autre de notre société, ce ne sont qu'examens et votes éliminatoires. Certes, chacun peut prétendre y participer mais à condition d'avoir des parrainages, un réseau, un CV. Le jour où un cancre dépourvu de tout diplôme sera élu à la magistrature suprême, la République se sera enfin affranchie d'une méritocratie forcément discriminatoire. Car le cursus politique est comparable au parcours du combattant : semé d'obstacles, truffé d'embûches et disputé sous des tirs à balles réelles. La route se rétrécit au fur et à mesure qu'elle monte vers le sommet, laissant sur les bas-côtés comme des épaves les gentils, les timides, les bien élevés. Tandis qu'excités par des rivalités dont ils tireront rarement avantage, les citoyens consacrent leurs loisirs à mettre hors jeu des candidats à coups de sondages et de scrutins. Dans les établissements d'enseignement, la lutte pour les premières places culmine à l'entrée des grandes écoles. Alors qu'on évite désormais le stress du classement aux enfants, on multiplie à l'usage des adultes les audimats, les box-offices, les hit-parades qui font rimer émulation avec éviction. Chez les sportifs, c'est pire. Au point que certaines nageuses, lassées des cruautés de la compétition, prennent leur retraite peu après leur majorité. Mais, alors que la Halde lutte contre le favoritisme, notre système ne cesse de hisser sur le pavois des jeunes gens qu'il déboulonnera le lendemain et tandis que, dans chaque média, une liste noire proscrit ceux dont, parce qu'on ne les aime pas ou parce qu'on en aime d'autres plus qu'eux, on a décidé de ne jamais parler.

- La polémique à propos des responsabilités confiées à Jean Sarkozy fait d'autant plus rage qu'elle permet d'atteindre le chef de l'Etat dans ce qu'il a de plus cher et sans le viser nommément. Or, c'est, je crois, Beaumarchais qui, à la fin du Mariage de Figaro faisait dire au juge Brid'oison : «On est toujours le fils de quelqu'un.» Mais si les parrains remplacent souvent les parents, si les protecteurs et les mécènes agrémentent un parcours comme, par exemple, celui de Rachida Dati, ils n'excluent pas le mérite personnel, le courage et l'assiduité. Le piston permet d'entrer dans la place. Il n'assure jamais d'y rester.

- Tous ces romanciers incapables de raconter une autre histoire que la leur. Tous ces pseudo-écrivains qui ne peuvent publier un livre que si un journaliste leur tient le stylo.

- Voilà un demi-siècle, alors préposé aux soirées parisiennes, je maraude dans la salle de rédaction du Figaro. Il est tard. Une dépêche tombe : le barrage de Malpasset vient de céder sous la pression des eaux. Les victimes se comptent déjà par centaines. Les grands reporters sont à l'autre bout du monde ou chez eux. Je n'ai d'autre compétence que ma disponibilité. Un avion de presse vient d'être affrété. On m'y enfourne. Je débarque à Fréjus en pleine apocalypse. La catastrophe - pas naturelle car la responsabilité en revient au gigantisme vaniteux des hommes - préfigure les horreurs des actuels tsunamis : un fleuve de boue charrie les corps, on fouille les décombres, les survivants sont anéantis. Je vivrai deux jours d'enfer jusqu'à ce qu'on me remplace par quelqu'un de plus qualifié.

- Les traitements médicaux dont les essais cliniques ont déjà guéri des primates doivent-ils exclure de leurs bienfaits les bipèdes ayant eu accès à l'enseignement supérieur ?

- Comment l'Etat qui régit tout - de la longueur des bananes commercialisables à l'âge auquel le fœtus devient embryon - a-t-il pu faire cadeau de 15 % de TVA aux restaurateurs sans exiger de ces derniers une contrepartie précise et profitant aux consommateurs ?

- La retraite est-elle la récompense d'une vie de travail ou la sanction d'un manquement professionnel ? Difficile de distinguer l'une de l'autre. Sauf que dans le second cas, il n'y a pas de vin d'honneur. Les premiers bénéficiaires ont plusieurs décennies pour se préparer à l'échéance, les seconds disposent de deux heures pour vider les tiroirs de leur bureau.

- Si le téléphone avait existé à l'époque de Molière, l'ensemble de son théâtre en eût été modifié : les personnages qui auraient, comme dans les films d'aujourd'hui, conversé sans jamais se rencontrer se seraient abstenus de tout mot d'auteur de peur de dépasser leur forfait.

- Retour du serpent de mer fiscal : la retenue à la source permettrait aux contribuables de n'avoir dans leurs poches qu'un argent qui leur appartient. Mais elle transformerait les employeurs en percepteurs et condamnerait à l'oisiveté des milliers de braves fonctionnaires qu'on ne peut licencier sous le seul prétexte qu'ils ne servent plus à rien. Inconcevable.

- Et s'il y avait un rapport entre l'augmentation d'une paresse générale et la taxation de toutes les énergies ?

- Il paraît que, grâce à internet, on va pouvoir vendre ses pronostics. Dans tous les domaines : sport, Bourse, politique. Je suis prêt à parier gros que les miens n'intéresseront personne...


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