TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

jeudi 21 avril 2011

L’ensablement

Qui connaît M. Abdeljalil? C’est pourtant l’interlocuteur officiel de la France en Libye puisque notre gouvernement a très officiellement reconnu le comité de transition qu’il préside comme une autorité de substitution à celle de Mouammar Kadhafi. En recevant, hier midi, ce chef de la rébellion à l’Élysée, le président de la République a mis en évidence l’embarras, pour ne pas dire plus, de la stratégie française dans un conflit qui s’éternise.

En convaincant le conseil de sécurité de l’ONU de lancer des frappes aériennes sur Tripoli, Paris et Londres envisageaient une intervention relativement rapide qui permettrait de faire tomber le régime de l’imprévisible colonel. Mais l’histoire a été plus capricieuse que prévu. Le scénario heureux du printemps arabe de la Tunisie et de l’Égypte ne s’est pas réalisé. Quand on commence une guerre, on la prévoit toujours courte. Et voilà que celle-ci s’annonce longue, confuse et incertaine. Tout est aujourd’hui à revoir, à commencer par l’engagement français qui n’a d’autre choix que d’être plus durable et forcément plus coûteux.

La France n’a évidemment pas à regretter d’avoir voulu porter secours à des populations rebelles qui étaient promises au massacre pur et simple. Mais l’empressement à considérer l’affaire réglée d’avance en nommant un ambassadeur à Benghazi, a imposé à notre politique libyenne une obligation de réussir, sans en avoir vraiment les moyens. Le commandement des opérations a été placé sous la responsabilité d’une OTAN divisée à la fois sur les objectifs et, plus grave, sur le degré de détermination des Occidentaux. Circonstance aggravante, les États-Unis d’Obama se sont assez rapidement retirés du jeu dont la Maison Blanche a très vite perçu les dangers.

Ils sont là aujourd’hui. Le spectre de l’enlisement qui avait refroidi des Américains échaudés par leur aventure irakienne est désormais une réalité. Les rebelles s’avèrent dans l’incapacité de vaincre tout seuls les troupes kadhafistes et ils ne bénéficient pas d’un soutien populaire suffisant dans la zone contrôlée par le colonel pour changer la donne. Une dotation supplémentaire en armement n’y changerait rien, faute d’une technique suffisante pour le manier. C’est bien un casse-tête à plusieurs millions de dollars par jour que Nicolas Sarkozy et David Cameron doivent résoudre. Sans pouvoir mettre davantage les mains dans le cambouis.

L’opposition libyenne réclame désormais à ses alliés une intervention terrestre. Paris a dit clairement non et cette option ne figure d’ailleurs pas dans la mission que lui ont confiée les Nations Unies. Mais en envisageant l’envoi de «conseillers» sur le terrain, la France s’exposerait tout de même directement de façon périlleuse. Au Sud-Vietnam aussi, Kennedy avait commencé par envoyer des «conseillers».

Au FN, la saison des purges

Le grand nettoyage de printemps, à ne pas confondre avec “la semaine du blanc”, bat son plein au Front national. Avant d’engager la bataille élyséenne, on dédiabolise tous azimuts. Délaissant treillis et rangers, le parti se présentera à la présidentielle en habits du dimanche. Net sur lui, débarrassé des vieilles moisissures.

Au 1 er mai, pour le traditionnel défilé de Jeanne d’Arc, on invite ainsi les “crânes rasés” à aller manifester ailleurs. “Tout ce qui ressemble de près ou de loin à un skinhead sera écarté manu militari !” a prévenu la direction. Les purs et durs du mouvement grognent un peu. Si même l’extrême droite verse dans le politiquement correct, où va-t-on ?

Hier, la sanction frappant Alexandre Gabriac n’a fait que raviver ces tensions internes. Le jeune conseiller régional de Rhône-Alpes se trouve exclu du FN. On lui reproche une fâcheuse tendance, dont témoignent plusieurs photographies, à pratiquer le salut nazi. Viré ! Les membres de l’Œuvre française, groupuscule un tantinet vichyste, attendent leur tour qui ne saurait tarder…

Face à la “purge” en cours, les amis de Bruno Gollnisch protestent. Au prétexte d’une opération “mains propres”, Marine Le Pen chercherait à réduire ses derniers rivaux. “Elle veut éliminer tout le monde, pétainistes et catholiques traditionalistes !” s’indigne Jean-Loup de Lacheisserie, militant lyonnais d’ancienne souche.

Et voici comment, du nettoyage, on passe à la liquidation de printemps.

Quel avenir pour les révolutions arabes ?


Qui aurait pu prédire que l'immolation par le feu de Mohammed Bouazizi, un jeune Tunisien de 26 ans, en signe de protestation contre la confiscation de sa charrette par la police de Sidi Bouzid, dans le centre du pays, serait l'étincelle qui allait aboutir à un bouleversement majeur dans le monde arabe ? Que de Marrakech à Bahreïn, en passant par la Tunisie, l'Égypte, la Libye, le Yémen, la Jordanie, la Syrie, Oman et même le « démocratique » Irak, se verraient emportés par la tourmente ?

Le défi est maintenant de construire des États de droit et de réussir la révolution économique.

La chute du régime de Ben Ali en Tunisie, suivie de celle de Moubarak en Égypte, le coeur du monde arabe, sonne la fin imminente d'un ordre qui remonte aux années 1960. C'est surtout la forme du mouvement qui a surpris : un mouvement de jeunes, qu'aucun parti, aucune association ne peut se targuer d'avoir préparé et encore moins dirigé.

La vague s'est formée sans dirigeant (une première dans le monde arabe) et, pourtant, elle témoigne d'une unité incroyable dans les mots d'ordre : liberté, dignité, fin de l'autocratie, refus de la corruption, du népotisme, refus de la misère sociale, du chômage. Incroyable aussi, le degré de responsabilité : sans organisation, les immenses manifestations de la place Tahrir au Caire ont été pacifiques, sans débordements, avec des mots d'ordre consensuels.

Sécularisation des sociétés, généralisation de l'enseignement, flambée des prix des denrées alimentaires : ces ingrédients ont trouvé un catalyseur commun dans les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et certains médias dont Al-Jazeera, chaîne satellitaire dirigée depuis le Qatar par un proche des Frères musulmans.

Il faudra une traduction politique à cette société civile inorganisée. Et là, la présence en force des armées arabes, avec un rôle traditionnellement central, semble bien le principal défi. État dans l'État, elles ont acquis des privilèges qu'elles abandonneront difficilement. L'intégration de la mouvance religieuse (islamiste) en est un autre : de sa réalisation ou non dépend le caractère réellement démocratique du changement.

Un autre défi réside dans le renouvellement des élites capables de remplacer celles des régimes autoritaires et de constituer de nouveaux gouvernements : elles sont souvent peu nombreuses et difficiles à identifier, au-delà de quelques porte-parole autoproclamés.

C'est le propre des régimes autoritaires que de ne préparer aucune relève. Leur stratégie du vide a des conséquences pratiques sur le renouvellement du personnel politique. Enfin, derrière la belle unanimité autour de mots d'ordre en apparence consensuels, les différences entre les pays ne tarderont pas à se manifester. Poids des tribus et différences régionales en Libye et au Yémen ; rapports sunnites/chiites à Bahreïn ; relations sunnites/Alaouites en Syrie. En devenant plurielles, les sociétés arabes pourront connaître des logiques d'affrontement que l'on espère pacifiques. Il serait présomptueux de croire que ce vent de liberté va aboutir à l'établissement généralisé de régimes démocratiques.



Pierre-Jean Luizard est Chercheur au GroupeSociétés, Religions, Laïcités (CNRS/EPHE). Auteur de Les sociétés civiles dans le monde musulman (La Découverte) à paraître.

 Un parfum de faillite

"Restructurer, pas restructurer, restructurer, pas restructurer, restructurer..."

"Nous avons encore du chemin à parcourir"

Officiellement, le Premier ministre grec Georges Papandréou et son ministre des Finances Georges Papaconstantinou démentent les rumeurs de restructuration de la dette de leur pays. Mais alors qu'ils viennent d'annoncer un nouveau plan de rigueur, une telle perspective paraît chaque jour plus probable.

mercredi 20 avril 2011

Le risque de la fracture sociale

Incantation ne vaut pas décision. Le volontarisme présidentiel réitéré en terre ardennaise, sans mode d'emploi précis, n'y changera rien. Président affiché du pouvoir d'achat, Nicolas Sarkozy a mis la revalorisation des salaires sur les rails de la précipitation et de la confusion. Il est à craindre, dans un contexte économique et financier peu favorable, que le terminus soit aussi chaotique, quand la seule majorité qui se dégage, hétéroclite mais absolue, est celle des mécontents. Avec en prime, aujourd'hui, les fonctionnaires, condamnés désormais à une cure de rigueur côté salaires, après s'être vu imposer une cure de minceur, côté effectifs.

L'histoire repasse curieusement certains plats. Souvenez-vous : en 2009 le Président pensait déjà avoir trouvé la bonne martingale pour résoudre l'équation du pouvoir d'achat. Il fallait couper la poire des bénéfices en trois. Un tiers pour l'investissement, un tiers pour les actionnaires, un tiers pour les salariés. L'irréalisme de la proposition autant que l'irrésolution à la mettre en oeuvre avait eu raison de son existence. La configuration a-t-elle vraiment changé avec la nouvelle recette miracle de plus ou moins 1 000 € ? Qu'en reste-t-il une fois dissipé l'effet d'annonce ? Quatre évidences.

1. La garantie d'une usine à gaz. Les indications floues et contradictoires augurent d'un dispositif complexe, avec des exonérations à géométrie variable, des effets de seuil toujours redoutables. Bref, un nouveau maquis où les grandes entreprises sont mieux équipées que les autres pour se frayer un chemin. Comme toujours en France.

2. Le sentiment d'une inconséquence politique. Face à une réalité des prix de plus en plus douloureusement subie à la pompe par des millions de ménages, comment peut-on mitonner à ce point une recette improbable et incertaine, jusqu'à créer la cacophonie jusque dans sa propre majorité ? Jusqu'à rallier dans le même camp du refus, patrons et syndicats, salariés et exclus, employés du privé et fonctionnaires ?

3. L'assurance d'une injustice, comme l'ont noté le Medef et les syndicats dans une confondante unanimité. Seule une minorité d'employés de grandes entreprises profitera sans doute du coup de pouce passager du gouvernement. La très grande majorité des salariés, elle, devra se contenter du simple réajustement mécanique du Smic sur l'inflation. Autant dire pas grand-chose.

4. La certitude d'un accroissement dangereux des inégalités. À l'heure où le devoir de cohésion national s'avère plus que jamais vital, le gouvernement prend le risque de diviser au lieu de rassembler, d'élargir les fractures sociales au lieu de chercher à les réduire. Vrai entre grandes entreprises et PME, entre service public et privé, vrai surtout entre les salariés, seuls concernés par la prime du moment et les exclus, encore une fois encore laissés pour compte.

mardi 19 avril 2011

La mondialisation… quand ça m'arrange

Maintes philosophies plaident pour une abolition des frontières. Les libéraux, sur le plan économique, appellent ça la mondialisation. Peu importe de fabriquer mon produit en France ou en Chine, du moment que ça me coûte le moins cher possible. L'universalité se retrouve chez certaines grandes religions, qui prônent la paix et l'égalité entre les Hommes ; et également chez les plus anarchistes des utopistes comme Fourier ou Proudhon, en quête d'une harmonie universelle. Quand on passe de la théorie à la pratique, il n'y a plus personne. Se lamenter sur le sort des pauvres Tunisiens opprimés, c'est facile sur le papier. Mais les accueillir et leur offrir le gîte, le couvert et un peu d'espoir, c'est une autre paire de manches. C'est vrai que déraciner des peuples entiers n'est pas une solution durable et que l'intégration de grands flux migratoires a toujours posé problème. C'est aussi pour y remédier que l'Europe avait imaginé les accords de Schengen sur la libre circulation des biens et des personnes. Si l'Italie a accordé des visas en bonne et due forme à des dizaines de milliers de Tunisiens, la France se doit de les accueillir. Sauf si elle décrète qu'il y a risque de troubles à l'ordre public. Sauf si elle juge qu'il est « trop facile d'être généreux avec le territoire des autres », selon Christian Estrosi, député-maire de Nice qui a, pour le moment, échappé au « train de la dignité ». Avec l'assentiment de Bruxelles. Et quitte à créer l'incident diplomatique avec l'Italie - dont la presse parle du choc de deux populismes - car dans le train de Vintimille, il y avait aussi des citoyens européens d'Italie. Une belle démonstration du passage de la théorie des bras ouverts à la pratique du repli sur soi identitaire et sécuritaire. Et si on partait en vacances en Tunisie ?

Alain Juppé "tout à fait hostile" à l'envoi de forces sur le terrain en Libye

Le président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale, Axel Poniatowski, a réclamé lundi à l'OTAN l'envoi de forces spéciales au sol pour éviter "l'enlisement", mais le chef de la diplomatie, Alain Juppé, s'est de nouveau déclaré mardi 19 avril "tout à fait hostile" à un tel déploiement sur le terrain.

Le ministre estime qu'il revient à la rébellion d'assurer le guidage des chasseurs-bombardiers de l'OTAN. "Il appartient au Conseil national de transition (CNT) et ses troupes de faire ce travail. (...) Ils peuvent jouer ce rôle sans qu'il soit nécessaire de déployer des forces au sol", a-t-il insisté.

La Grande-Bretagne a, quant à elle, décidé de dépêcher une équipe de "militaires expérimentés" auprès du CNT. Selon le Foreign Office, elle devra "conseiller le CNT sur la façon d'améliorer ses structures d'organisation militaires, ses communications et sa logistique, ainsi que sur les meilleurs moyens de distribuer l'aide humanitaire et l'assistance médicale". Les militaires britanniques, poursuit-il, "ne seront pas impliqués dans l'entraînement ou l'armement des forces d'opposition" et "ne participeront pas à la préparation ou à l'exécution d'opérations du CNT".
FRAPPES SUR TRIPOLI, AZIZIYE ET SYRTE
L'OTAN a annoncé avoir effectué des frappes "multiples" contre des centres de commandement des forces kadhafistes, y compris dans la région de Tripoli, dans la nuit de lundi 18 à mardi 19 avril. Les cibles visées comprennent notamment "des infrastructures de communication utilisées pour coordonner des attaques contre des civils et le quartier général de la 32e brigade (de l'armée libyenne), situé à 10 kilomètres au sud de Tripoli", a précisé l'Alliance atlantique dans un communiqué.

"L'OTAN continuera sa campagne visant à affaiblir les forces du régime de Kadhafi qui sont impliquées dans les attaques en cours contre des civils", a déclaré le commandant en chef de l'opération protecteur unifié, le général Charles Bouchard, cité dans le communiqué. L'agence officielle libyenne Jana avait indiqué, peu avant, que l'Alliance avait mené des frappes mardi matin sur Tripoli, Aziziye et Syrte, ville natale du dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi.

Le point d'indice des fonctionnaires encore gelé en 2012

Le point d'indice sur lequel est calculé le salaire des fonctionnaires français sera gelé en 2012 comme en 2011, au nom de la nécessaire réduction des déficits, a annoncé mardi le gouvernement.
Le ministre du Budget et la Fonction publique, François Baroin, a toutefois assuré que le pouvoir d'achat des fonctionnaires continuerait de progresser de manière "raisonnée" grâce à des augmentations individuelles.
"La situation des finances publiques ne permet pas d'avoir du grain à moudre pour l'année prochaine", a-t-il dit à des journalistes après une rencontre avec les syndicats. "Nous avons réduit nos déficits mais ils sont encore importants."
Le point d'indice représente moins d'un quart de l'évolution du pouvoir d'achat des fonctionnaires, qui a progressé de plus de 10% depuis 2007, a ajouté François Baroin.
Selon le ministère, la rémunération moyenne dans la fonction publique d'Etat devrait augmenter cette année de 3,2% en euros courants, après +3,7% en 2009 et +3,5% en 2010.
En tenant compte de l'inflation, le pouvoir d'achat moyen a progressé de 3,6% en 2009 et 2,0% en 2010, estime-t-il.
"On voit bien que toutes les mesures qui sont hors point d'indice comptent maintenant beaucoup plus que le point d'indice", a dit le secrétaire d'Etat à la Fonction publique, Georges Tron.
Déçus par le gel du point, les syndicats se réuniront le 28 avril pour décider de leur réponse.

"Nous savons que les personnels sont très déçus et nous ne pourrons pas ne pas être à la hauteur de la déception", a prévenu Brigitte Jumel, responsable CFDT. "Il n'y a pas eu ce matin l'ombre d'une négociation."
Pour Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, "ce qu'on nous propose, c'est une politique salariale au mérite".
"Aujourd'hui, c'est travailler plus pour gagner moins", a-t-elle ajouté, en parodiant un slogan utilisé par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne présidentielle en 2007.
François Baroin a évoqué devant la presse les sacrifices imposés aux agents publics en Espagne, en Italie, au Portugal et en Grande-Bretagne pour montrer que la France traitait bien ses fonctionnaires malgré les fortes tensions sur les dettes publiques et Europe et dans le monde.
"Regardez les menaces qui pèsent actuellement sur l'économie américaine", a-t-il dit, en citant la révision de stable à négative de la perspective sur la dette américaine par Standard & Poor's.
Le gouvernement français réduit depuis 2007 le nombre des fonctionnaires, qui dépasse cinq millions, en ne remplaçant qu'un départ en retraite sur deux.
Le programme de stabilité de la France pour 2011-2014 prévoit la suppression d'environ 30.000 emplois (en équivalents temps plein) supplémentaires l'an prochain, pour atteindre le total de 150.000 en moins sur la période 2007-2012.

Le commentaire politique de Christophe Barbier




Lentement, le pays s’effiloche

Nouvelles mesures d'austérité annoncées d'un côté, rumeurs persistantes de restructuration de la dette - et donc de faillite du pays – de l'autre : le choix qui s'offre aux Grecs accompagne une sorte de déliquescence de l'Etat, s'inquiète un éditorialiste. 

Pour le citoyen moyen, le pullover a commencé à s'effilocher. Les signes sont partout. A Corinthe, où 20 chauffards ont investi sans aucune difficulté un commissariat pour faire sauter leurs amendes. A Pérama, où des syndicalistes ont retourné une voiture de police avec des policiers à l’intérieur. A Kératéa où, depuis des mois, se tient une guérilla contre la police, où l’Etat se montre incapable de réagir [les habitants s'opposent à la construction d'une décharge d'enfouissement des déchets].
Aux péages et sur la place de la Constitution [au cœur d’Athènes], où le collectif "Je ne paie pas" agit en toute impunité et prend en otage ceux qui ne veulent pas violer la loi. A Patras, où des encagoulés s’en prennent à un prix Nobel de 80 ans [James D. Watson, prix Nobel de médecine en 1962].
Mais il ne s’agit pas là seulement de violence et d’anarchie. A DEI, [la compagnie nationale d'électricité], la découverte de dons de millions d’euros à une filiale a révolté les syndicats. Dans l’enseignement supérieur, la notification par un "comité des sages" nous indiquant que nous dépensons plus pour un étudiant que le reste de l’Europe, a été accueillie avec des menaces de fermetures d’universités par les professeurs.

Un climat de confusion incroyable

Et dans la santé, où nous dépensons autant que les Etats-Unis, les médecins ferment les hôpitaux aux patients en prétextant un manque de lit et de matériel pour les soigner. Heureusement, dans ce cas-ci, le ministre a immédiatement engagé une procédure disciplinaire. Quant au secteur public, les salariés les mieux payés font des grèves perlées.
Le résultat est que la troïka [FMI-BCE-UE] réalise que le mécanisme de perception d’impôt est pire que celui qui était en place avec les élections de 2009 ! Et tout ceci dans un climat de confusion incroyable dont la plupart du temps les acteurs sont les ministres.
Par exemple, le ministre de la Protection du citoyen qui, après quelques succès comme l’arrestation de membres d’organisation terroristes, a décidé de suivre la méthode de son prédécesseur et refuse de prendre ses responsabilité. De même pour la ministre de l’Environnement qui, jusqu’à présent, n’a rien trouvé à nous dire sur ce que signifie pour l'absence de décharge publique à Kératéa.

Les hôpitaux pourraient bel et bien fermer

Cette même confusion existe dans l’économie, avec des cadres du PASOK [le Parti socialiste au pouvoir] qui flirtent avec la restructuration de la dette, et montrent ainsi qu’ils ne comprennent pas la non concordance de notre problème et de la réalité face à laquelle nous sommes confrontés en Europe et aux marchés.
Parce que, bien évidement, les technocrates de la troïka nous menacent de livrer un avis négatif sur le versement de la quatrième tranche du prêt de 110 milliards d’euros – et si cela ce produisait, la question de la restructuration n’aurait plus aucun sens. Ce dilemme, le Premier ministre George Papandréou l’a encore posé dans son discours en Conseil des ministres [le 15 avril, quand il a annoncé de nouvelles mesures d'austérité].
Ces derniers jours, nous entendons donc les scénarios évoquant l’avenir proche si nous acceptions la restructuration pour le bien du peuple : les administrations n’auraient pas d’argent pour payer les salaires, les hôpitaux fermeraient bel et bien par manque de médecins et de matériel.
Le sondage de To Vima d'aujourd'hui montre qu’une grande partie de l’opinion publique, malgré les problèmes, malgré la déception envers gouvernement, continue de partager ces préoccupations. Il est donc temps que le PASOK, les ministres et les députés comprennent. Il n’y a pas de retour en arrière possible, seulement en avant…




Rumeurs

Démentie, la restructuration de la dette se prépare

Démentie, la restructuration de la dette se prépare Le gouvernement grec a "demandé au FMI et à l’UE la restructuration de l’ensemble de la dette publique grecque", assure Eleftherotypia. Selon le quotidien athénien, "la procédure devrait être discutée en juin pour être appliquée en 2012". La demande aurait été formulée par le ministre des Finances Georges Papaconstantinou lors de la réunion informelle des ministres des Finances de l'UE début avril, et lors de la visite des experts de la troïka FMI-BCE-UE, début avril. "Les démentis autour de la restructuration de la dette sont justifiés, explique le quotidien, car ce genre d’information ne s’annonce pas en amont. Un haut représentant du FMI, se confiant à Eleftherotypia, a affirmé que les démentis continueront jusqu’au dernier moment", précise le journal.

L'Europe des populistes


C'est désormais une tendance lourde. Elle se confirme à presque chaque élection depuis deux ans. La vague populiste grandit en Europe au rythme de la crise. Après les Pays-Bas, la Hongrie, la Suède, le Danemark, la Suisse... c'est au tour de la Finlande d'être touchée. En multipliant son score électoral par cinq, le parti des « vrais Finlandais » rejoint un club de moins en moins fermé et de plus en plus bruyant.

De pays à pays, des distinctions seraient nécessaires pour décrire ce phénomène qui mêle tout à la fois sanction de la classe politique, rejet de la mondialisation, peur des conséquences sociales de la crise. Mais ces mouvements ont tous en commun au moins deux ennemis : l'Europe et l'étranger. Le premier, l'Europe, étant bien sûr, aux yeux de ces « vrais populistes », responsable de la prétendue invasion du second, l'étranger.

En période de crise économique, ces mécanismes de réaction n'ont rien de très surprenant. Les exemples fourmillent dans le passé. À tel point que l'esprit court aisément au souvenir des années 1930, avec la peur, aussi mal dissimulée que sans doute exagérée, de voir le film se répéter.

Il est vrai que cet échafaudage en perpétuelle construction qu'est l'Union européenne y met du sien, beaucoup même, pour s'attirer les foudres des nouveaux tribuns nationalistes. Sur trois sujets majeurs, à savoir la défense de la monnaie unique, l'intervention en Libye et la gestion de la question migratoire, l'Europe est divisée.

La partie de ping-pong que Paris et Rome jouent depuis quelques jours sur le dos des migrants tunisiens en fournit un nouvel exemple. S'il ne s'agissait pas d'êtres humains, il y aurait quelque chose de cocasse. Les deux pays ne discutent pas, ensemble, des moyens de gérer les répercussions de la révolution tunisienne et du conflit libyen, mais tentent de se « refiler » le problème.

Pour quelles raisons ? Essentiellement, des motifs électoralistes. Cantonale, régionale, législative ou présidentielle, qu'importe le scrutin. À Londres, Rome, Paris ou Berlin, il s'agit, surtout, de ne pas froisser l'électeur dont dépend la survie politique du gouvernement. Non pas celle de Catherine Ashton, mais des gouvernements qui l'ont nommée. Même la Belgique, incapable de former un gouvernement, retrouve du nerf pour menacer de fermer ses frontières.

Si la peur a changé de camp à Tunis ou au Caire, en Europe, elle gagne du terrain. En dépit de son PIB, le premier au monde. De son système de protection sociale, si enviable. De son cadre juridique, si riche en garanties pour les droits de la personne. Ces évidences sont devenues presque invisibles dans le débat public, et c'est là un premier succès du populisme. On a plus peur à Helsinki qu'à Carthage.

Or, la question migratoire est un enjeu considérable. International par nature. Aucun pays européen ne peut régler seul un phénomène d'une telle dimension. En matière d'immigration, l'angélisme et le populisme sont les meilleurs moyens de ne pas résoudre la question. Résoudre, c'est-à-dire réguler, ce qui impose des contrôles mais exige aussi d'investir politiquement, économiquement, sur l'autre rive de la Méditerranée. Le plan Marshall ne fut pas une oeuvre de charité, mais un investissement économique pour les États-Unis, alliant pacification et développement. Un projet, en somme. Pas un repli.

Le droit, l’impuissance et la honte

D’un point de vue juridique, en appliquant les accords de Schengen à la lettre, en invoquant des troubles à l’ordre public, la France était dans son droit en bloquant, dimanche, les trains de Vintimille. Cependant, quelle situation ridicule dictée par une de ces décisions intempestives devenue une spécialité du gouvernement français !

Une situation d’autant plus ridicule qu’hier, avec une soixantaine d’euros en poche, des migrants tunisiens ont pu passer la frontière munis de leur visa Schengen délivré par l’Italie... tandis que d’autres moins nantis étaient refoulés, quelquefois menottés comme des criminels. Une image qui fait honte quand on sait comment Paris avait réagi à la révolution tunisienne en soutenant trop longtemps le régime Ben Ali. En oubliant qu’au Maghreb, le Maroc et la Tunisie sont de loin les pays les plus francophiles et les plus francophones. Pour combien de temps encore ?

Certes, l’attitude de l’Italie en accordant 22 000 visas pour « désengorger » ses camps de réfugiés n’est pas « européenne », dans le sens de Schengen. Et le torchon brûle depuis des semaines entre Paris et Rome, ce qui n’arrange rien. Le journal «La Repubblica» résume ce climat malsain en dénonçant «deux populismes qui s’affrontent», un exécutif français qui se «droitise» à un an de la présidentielle en voyant s’envoler le Front National... et un gouvernement Berlusconi soutenu par un parti ouvertement xénophobe (la Ligue du Nord) projetant des écrans de fumée pour fuir un scandale après l’autre. Toutefois, à la décharge de l’Italie, il est aberrant de ne pas tenir compte de sa position géographique avec Lampedusa face à l’Afrique du Nord. Que les «boat people» débarquent sur cet îlot, du moins ceux qui n’ont pas péri noyés, est évident. L’Europe ne veut pas le savoir, détourne les yeux, brandit le traité de Schengen précisant que c’est au «pays d’accueil» de régler le problème. La plus égoïste des politiques de l’autruche !

Alors, quelle solution ? C’est vrai, l’Europe ne peut accueillir tout le monde. La France compte 4 millions de demandeurs d’emploi dont presque un million ne sont pas originaires de l’UE. En même temps, entre 150 000 emplois proposés (selon les syndicats) et 500 000 (selon le Medef) ne trouvent pas acquéreurs. Aussi, paraît-il, parce qu’ils ne sont pas ouverts à l’immigration légale. Chez nos voisins, la situation n’est guère différente. Pourtant, et quel paradoxe, toute l’Europe s’accorde à dire que l’immigration est nécessaire, ne serait-ce que pour faire face au vieillissement des populations. Mais... chut. Le sujet est tabou en période préélectorale. Reste la meilleure des solutions, du moins sur le papier : aider les pays d’émigration pour que leurs habitants puissent se construire un avenir économique sur place. Avec toutefois un nouveau risque à la clé : celui de la délocalisation d’entreprises.

La question de l’immigration sous ses multiples facettes mérite une vraie politique européenne, une politique commune aux 27. Encore faut-il la définir, avoir une vision à long terme, faire preuve de volonté... L’Europe en est-elle capable ? Elle ne sait même pas parer au plus pressé en revoyant Schengen de fond en comble. Un traité qui comme tant d’autres (les textes définissant la «gouvernance» de l’euro, par exemple) ne vaut que par beau temps. Pas quand souffle la tempête...

Les plans de sauvetage, un jeu dangereux

Après la Grèce et l’Irlande, c’est au tour du Portugal de demander une aide à l’UE et au FMI. Mais ne finira-t-on pas par tuer l'euro en soutenant un pays endetté avec l’argent d'autres pays endettés ? Un éditorialiste slovaque ne comprend pas à quel jeu joue l’UE. 

En apprenant que le Portugal a demandé l’aide [du FMI et de l’UE], trois points m’ont littéralement coupé le souffle.
Le premier, c’est l’insoutenable légèreté avec laquelle certains hommes politiques européens quémandent et celle avec laquelle d’autres hommes politiques accordent des sommes astronomiques puisées dans des fonds publics.
A titre d'exemple, le montant demandé par le petit Portugal couvrirait en une seule fois  les coûts de fabrication de 2400 nouveaux kilomètres d’autoroute (pour mémoire, nos dirigeants se couvrent eux-mêmes d’éloges lorsqu’ils parviennent à annoncer 50 ou 100 nouveaux km en quatre ans).

Le gaspillage a continué, tirant l'Europe entière vers le fond

D’autre part, le Portugal demande ces dizaines de milliards d’euros précisément aux autres pays européens, eux-mêmes tous endettés. Et croyez-vous que cela les gêne le moins du monde ?  Pensez-vous ! Ils préconisent même un renforcement du Fonds européen de stabilité financière (FESF) afin de répondre à d’autres éventuelles demandes de pays en faillite. Les dettes se voient allègrement couvertes par de nouvelles dettes. Vous comprenez cela ? Moi pas.
Le deuxième, c’est cette insupportable tendance qu’ont les pays européens à avoir bien conscience de leurs problèmes sans chercher à les résoudre depuis des décennies, mais au contraire en les amplifiant. Le Portugal, pour revenir à lui, a été le premier à enfreindre le Pacte de stabilité dès 2001.
Que s’est-il passé ? Des sanctions découlant naturellement du Pacte de stabilité ont-elles contraint le Portugal à un retour à la raison ? Absolument pas. Le gaspillage a continué, si bien que, dix ans plus tard, Lisbonne n’a en rien assaini ses finances, mais, de fait, elle a fait faillite. La violation d’une règle n’est donc pas punie, mais bien tolérée, même si cela tire l’Europe entière vers le fond. Vous comprenez cela ? Moi pas.

La planification communiste revient par le fenêtre de l'UE

Le troisième, ce sont les conséquences isoutenables que ces dettes colossales en Europe sont en train de provoquer. Les pays européens ne s’endettent pas pour investir dans l’éducation, dans la recherche ou encore dans d’ambitieux projets promettant de futurs retours sur investissement : le gros des dettes européennes provient d’un excès de consommation, de prestations sociales disproportionnées, de retraites non provisionnées, d’un secteur public hypertrophié et surtout d’un niveau de vie bien au-dessus des moyens de millions de personnes.
Les dettes ne sont donc pas contractées au nom d’un avenir meilleur, mais elles hypothèquent cet avenir. Pourtant, loin de susciter une quelconque hostilité, elles sont plutôt approuvées. Vous comprenez cela ? Moi pas.
Le Portugal ne discute pas de l'adoption des réformes, il vient justement de les rejeter. Il réclame 80 milliards d’euros. Il les aura. Sa dette, comme c’est le cas de la Grèce, ne fera qu’augmenter. Il ne la remboursera jamais et la dette de tous les autres pays européens qui financent ce sauvetage va augmenter simultanément.
Telle est l’Europe d’aujourd’hui — autrefois au premier rang mondial — persuadée qu’elle est que sueur et larmes appartiennent au passé, et qu’il suffit de déplacer d’en haut des milliards fictifs d’un FESF à l’autre pour garantir sa prospérité. Je n’ai pas l’habitude de comparer Bruxelles à Moscou. Elles ne correspondent à rien. Mais je crains néanmoins que la planification centrale chère aux communistes, expulsée par la porte de Novembre [1989], nous revienne en pleine figure par la fenêtre de l’UE.

Le vrai danger : ceux qui imposent leur rêve d'un Euro-Etat

Je sais que ce qui est en jeu en Europe, c’est bien plus que l’euro. Je suis conscient du fait que l’Europe sans solidarité a souvent été une Europe belliqueuse. Je sais aussi que le Fonds européen de stabilité financière et ses prêts astronomiques ont pour but de sauver non seulement les trois pays endettés de la zone euro, mais aussi, sans doute, le projet européen tout entier.
Et là réside précisément le cœur du conflit : peut-on sauver la coopération européenne en s’appuyant sur une idée qui semble erronée ? Autrement dit, la paix et la prospérité en Europe ne sont-elles pas davantage menacés par ceux-là même qui, souvent contre la volonté de nations entières, imposent leur rêve de l’Euro-Etat, plutôt que par d’autres qui, depuis le début, affirment qu’une coopération raisonnable au sein de l’Europe ne repose pas nécessairement  sur une monnaie commune, sur des impôts communs, ni sur un grand ministère des Finances omnipotent, mais plutôt sur des règles de fair-play et une compétition dans la diversité ?
Après le petit Portugal, ce sera au tour de la grande Espagne et de la grande Italie. On sera alors au bord de la désintégration de la zone euro. Derrière elle se profilera un le scénario du retour, aujourd’hui inimaginable, à la couronne slovaque. Ce ne sont pas de bonnes nouvelles. Sauf une : avec la fin des euro-illusions s’achèvera aussi la fuite en avant, couronnée de succès, de la Slovaquie devant son propre vide.

Que peuvent vraiment les Vrais Finlandais ?

Les 19% obtenus par le parti populiste de Timo Soini, le 17 avril, sont un séisme politique national et un souci pour les Européens. Mais il va devoir négocier pour imposer ses idées, et rester uni. Ce qui ne va pas de soi, observe le quotidien Aamulehti. 

Le paysage politique finlandais a complètement changé en un instant quand le parti de Timo Soini, les Vrais Finlandais, sont sortis grands vainqueurs des élections, obtenant 19% des voix contre à peine 4% en 2007. La Coalition nationale, qui obtient 20,4% des voix, est le plus grand parti depuis des années, mais que peut fait son président et actuel ministre des Finances, Jyrki Katainen?
 
Si l'on regarde seulement le résultat du scrutin, la Finlande devrait avoir avant mi-juin un gouvernement avec Katainen, Soini et Jutta Urpilainen, la présidente du Parti social-démocrate, qui rassemble 19,1% des suffrages. Mais Katainen, qui dirige les négociations, se trouve devant une affaire difficile. Les différences de pourcentages entre les partis sont minimales, et le grand champion Soini va rester ferme sur ses objectifs.
Beaucoup de négociations serrées vont se dérouler avant que Katainen, Urpilainen et Soini ne puissent signer le programme du futur gouvernement. Le paquet de sauvetage du Portugal est au centre de la bataille. Les opinions du SDP et des Vrais Finlandais sont connues: les deux partis s'opposent à une aide financière européenne, mais que va faire la Coalition nationale?

La défaite du centre est aussi un évènement historique

Si Bruxelles ne bouge pas et que Katainen ne change pas d’avis, Soini et Urpilainen vont-ils former le gouvernement à deux ? La situation est compliquée, car Soini doit faire partie du jeu, et le parti du Centre doit aller dans l’opposition. La défaite du Centre – le parti du Premier ministre sortant n'obtient que 15,8% – est un évènement historiquement aussi important que la victoire des Vrais Finlandais.
 
L’analyse du résultat de l’élection va prendre encore du temps. Il est trop tôt pour dire si la politique en Finlande va vraiment changer, ou si la route de Soini sera identique à celle de son prédécesseur Veikko Vennamo. Car quand Vennamo était le président du parti, il avait obtenu un bon score aux élections, mais le parti s'est très vite usé.
Après leur victoire, les Vrais Finlandais ont des espoirs énormes. Si le parti ne reste pas uni, la mission de Soini sera très difficile. La coopération entre partis peut réussir si les nouveaux députés des Vrais Finlandais restent disciplinés et ont un sens de la realpolitik.
Le résultat du scrutin indique un désir de changement. Le risque est que si Soini n’arrive pas à tenir son parti et que si la coopération ne réussit pas, cela sera aussi mépriser le désir du peuple. La victoire est énorme, mais avec la bataille post-électorale, elle va perdre ses fruits.

Vu de Berlin

L'UE sous pression

"Le triomphe des populistes de droite finlandais pourrait créer un problème pour  l’UE", s'inquiète Die Welt, qui rappelle que le chef des Vrais Finlandais, Timo Soini a déclaré que "nous avons été trop doux face à l’Europe. Cela doit changer". Alors que son parti pourrait participer au gouvernement, le quotidien allemand note que "le fonds de sauvetage financier ne peut être efficace que si tous les membres de l’UE le soutiennent à unanimité". Or les Vrais Finlandais ont exclu catégoriquement de soutenir les "gaspilleurs de l’UE". Evoquant les discussions sur l'aide au Portugal en crise, Jyrki Katainen, actuel ministre des Finances finlandais et chef de la Coalition nationale, le parti arrivé en tête du scrutin, a annoncé que "s’il y a des gens raisonnables autour de la table et que l'on discute des intérêts de la Finlande, on trouve toujours des solutions."

Le tube et le dentifrice


Avec la déclaration conjointe des présidents américains et français, et du premier ministre britannique, les opérations militaires  en Libye semblent,  sans que les Parlements de ces trois  pays  en aient débattu,  entrer dans une nouvelle phase : il ne s’agit plus de protéger la vie de civils menacés,  comme le demandait   la résolution numéro 1973 du Conseil de Sécurité de l’ONU, mais de se débarrasser de Kadhafi. Cette stratégie, réaffirmée à Doha par les chefs d’Etat de la coalition,  ne semble pourtant pas faire l’unanimité : les dirigeants de l’Inde, du Brésil, de Chine,  de Russie et d’Afrique du Sud, réunis à Sanya  en Chine,  (dans une réunion historique, parce qu’elle constitue  la première manifestation  d’une  volonté stratégique   cohérente de ces cinq pays représentant la moitié de la population de la planète) s’y sont fermement opposés.  Et même les ministres des Affaires étrangères des pays de l’Otan, réunis à Berlin,  sont restés réticents.  Les Américains eux-mêmes ne sont semblent pas enthousiastes et  ont retiré la cinquantaine de chasseurs-bombardiers qui étaient en opération ; peu de pays se précipitent pour les remplacer.  Seuls Paris et Londres  prônent vraiment  l’intensification des opérations aériennes.  
 A supposer même qu’on arrive à les poursuivre, elles  ne suffiront  pas : sans une action au sol, il est peu vraisemblable que les révoltés  puissent renverser Kadhafi, ni même sauvegarder la fragile indépendance de la région de Bengazi. De fait, le Conseil national de transition, organe de commandement des révoltés, demande que la coalition lui fournisse des armes, pour mener leurs combats  au sol ;  certains Etats, plus ou moins discrètement, s’y sont déjà engagés. On peut le comprendre : c’est dans la logique de l’action engagée, au grand dam des responsables des budgets, sous  les pressions conjuguées de journalistes, de  diplomates, de militaires et de marchands d’armes.
  C’est oublier les leçons du passé   : en Afghanistan, les armes  fournies  par Washington  aux talibans pour les aider dans leur combat contre  Moscou ont été retournées contre les Américains dès   les troupes soviétiques vaincues. Déjà, on voit accourir en Libye, des deux cotés, des combattants volontaires, dont le seul intérêt est justement de se procurer des armes et de s’aguerrir   pour d’autres luttes.
Cet engrenage n’est pas propre à la Libye. On retrouve cela dans d’autres pays.  Par exemple, en Cote d’Ivoire, où les armes  distribuées aux combattants des deux camps vont maintenant se perdre dans la nature et se retrouver dans les mains les plus diverses, en particulier dans celles des groupes de l’AQMI, en Mauritanie, au Mali, au Tchad, ou ailleurs. On  le retrouvera aussi   partout  où des peuples ne réussiront pas à se libérer seuls d’un dictateur.
Plus généralement, quand le dentifrice est sorti du tube, il est impossible de l’y faire rentrer. Il ne faut donc surtout pas armer des groupes incertains. Mais comme on ne peut évidemment pas espérer gagner cette guerre   simplement avec des frappes aériennes, ni   s’arrêter de le faire pour  se résoudre à revenir ultérieurement bombarder les forces de Kadhafi dès qu’elles reprendront du terrain, il faudrait, en toute logique,  envoyer  des troupes  occidentales au sol, pour  gagner  cette bataille. Impossible ? Evidemment ! Il n’y a pas de solution ? Non, il n’y en a pas. Et on aurait du y penser avant.
j@attali.com

"Printemps arabe" : réussir la révolution économique

Syrie, Libye, Yémen... : suivant l'exemple de la Tunisie et de l'Egypte, les peuples du monde arabe se battent jour après jour pour plus de liberté et de justice.
Des centaines de milliers de jeunes diplômés et des régions entières n'en peuvent plus d'être tenus à l'écart du développement, et d'assister à la prospérité insolente des bénéficiaires des systèmes de rente créés dans les activités de matières premières, d'importation ou de services, et de subir les conséquences du positionnement low cost - à bas coûts - social comme fiscal de leurs pays dans l'économie mondiale.
"Les révolutions cassent le modèle économique dominant actuellement : libéralisation économique faciale, avec déclin du rôle de l'Etat, mais fermeture sociale et politique, sans liberté d'expression et sans redevabilité des gouvernants. Les pays arabes ont ainsi connu le pire des modèles économiques, qualifié de "crony capitalism", le capitalisme des copains", explique Samir Aita, président du Cercle des économistes arabes et rédacteur en chef de l'édition arabe du Monde diplomatique.
Les peuples arabes demandent d'accéder à un modèle économique équitable et viable, porteur de perspectives.
URGENCE SOCIALE EN TUNISIE
Or, l'urgence sociale s'impose déjà, par exemple en Tunisie, où la chute de l'activité touristique se conjugue aux tensions dans les entreprises autrefois détenues par les membres des clans déchus, aux revendications d'un meilleur traitement maintenant que le couvercle de la dictature a sauté...
Etat de droit, dialogue social, investissements massifs, intégration régionale : les clefs du succès économique du "printemps arabe" nécessiteront des actions résolues mais aussi un soutien de tous les pays attachés au succès des révolutions démocratiques.
Bouleversées par la révolution, les économies tunisienne ou égyptienne font face à des urgences : récupérer et gérer les avoirs de l'ancien régime, affronter des mouvements de grève et d'insatisfaction. "Dès que les révolutions ont, d'un côté enlevé la chape du sommet du pouvoir et les privilèges de ses hommes de main, et qu'elles ont libéré de l'autre côté l'expression sociale, tous les mécanismes de fond du modèle dominant sont devenus caducs. On peut alors être surpris des évolutions et des mouvements sociaux en cours ; mais ils ne représentent que la recherche d'un nouvel équilibre, d'un nouveau modèle socio-économique. Et cela va prendre du temps", analyse M. Aita.
Pendant la transition, les finances publiques sont aussi soumises à de fortes contraintes, avec la baisse des entrées de devises et des recettes fiscales.
M. Aita recommande aux gouvernements d'instaurer des formes de contrôle des changes, et de s'endetter auprès du système bancaire - compte tenu de l'importance de l'épargne locale - plutôt que sur des marchés de capitaux toujours méfiants pendant les périodes de changement politique.
Mais là aussi, les perturbations devraient déboucher sur un nouvel équilibre : "Le produit de l'impôt indirect est supérieur à l'impôt direct : les entreprises et les hauts revenus échappent à la fiscalité parce qu'ils sont liés aux pouvoirs politiques. Cela veut dire qu'il y a une base fiscale à exploiter pour des Etats de droit et démocratiques", signale Lahcen Achy, économiste au Carnegie Middle East à Beyrouth.
Le nouvel environnement qui se dessine ainsi appelle une stratégie à plus long terme dans le but de satisfaire les besoins économiques et sociaux laissés en friche : sortir d'une approche favorisant les zones franches et le travail à bas coût - qui a notamment souffert de la concurrence chinoise -, développer le marché intérieur, améliorer les infrastructures, aménager le territoire...
FAIRE SAUTER LES BARRIÈRES
"Le vrai problème des économies arabes est la transition vers une industrie - jusqu'ici dominée par les activités exigeant une main-d'oeuvre importante -, vers des produits de haute technologie. Il y a bien eu des tentatives de montée en gamme dans la "supply chain" (chaîne d'approvisionnement) occidentale : usine Renault au Maroc, sous-traitants aéronautiques en Tunisie, centres d'appels... Mais elles n'ont pas suffisamment pris le relais d'une industrie textile où dominent les bas salaires, ou d'un tourisme en difficulté à cause de la crise mondiale", estime l'économiste Hakim Ben Hammouda.
Cent mille emplois par an ont été créés par les investissements directs étrangers depuis 2003, et 200 000 à 300 000 en comptant les emplois indirects, selon Anima, agence de promotion des investissements dans la zone méditerranéenne. Mais ces chiffres restent plus de dix fois inférieurs aux besoins...
"La Corée du Sud était dans le textile dans les années 1960, mais elle a commencé la transition technologique par des investissements massifs dès les années 1970, et il lui a fallu dix ans pour en arriver là où elle en est. Il faudra plus de dix ans aux pays arabes pour mener cette montée en gamme", ajoute M. Ben Hammouda.
Une stratégie d'investissements locaux massifs - notamment en infrastructures et en formation - permettrait de développer à la fois l'offre de produits et de services, mais aussi le marché intérieur. Elle semble donc indispensable pour réaliser le potentiel économique de ces pays.
Ces investissements pourraient être soutenus, dans une sorte de "plan Marshall" (lancé par les Etats-Unis après la seconde guerre mondiale, celui-ci avait financé la reconstruction de l'Europe de l'Ouest), par les pays soucieux de conforter l'avènement de la démocratie.
Mais les économies arabes ont aussi un énorme gisement de croissance enfoui à développer. Les évolutions et les révolutions démocratiques, si elles prospèrent dans la région, pourraient faire sauter les barrières que les nationalismes ou les différences de régimes ont dressées jusqu'ici.
RESSOURCES PROPICES À UNE CROISSANCE FORTE
Le Golfe, le Maghreb et le pourtour méditerranéen sont dotés, globalement, des ressources humaines, entrepreneuriales, financières et en matières premières propices à un régime de croissance très fort : "Les pays du Maghreb, l'Egypte et la Turquie ont beaucoup à gagner s'ils s'ouvrent ensemble et s'intègrent économiquement : beaucoup plus qu'à une intégration vers le Nord, laquelle ne peut d'ailleurs être relancée efficacement qu'à cette condition d'une intégration préalable sud-sud et sud-est", souligne El Mouhoub Mouhoud, professeur d'économie à Paris-Dauphine.
"Les accords de libre-échange avec l'Union européenne de 1995 - le processus de Barcelone - n'ont en rien permis de développer les économies maghrébines. Déséquilibrés, ils étaient surtout une légitimation politique des régimes en place, en échange d'une police de l'immigration. Et le projet d'Union pour la Méditerranée (UPM) reste un mythe", ajoute-t-il.
Des investissements massifs, une stratégie de montée en gamme, une intégration régionale : le vent de la liberté qui souffle aujourd'hui pourrait rendre ces pistes possibles.
Aujourd'hui, souligne Bénédict de Saint-Laurent, conseiller économique d'Anima, "Les grands groupes privés locaux, quand ils existent (Egypte, Maroc, Tunisie), ont un actionnariat familial et une structure verticale : ils sous-traitent à l'intérieur du groupe, ce qui étouffe l'innovation technologique ou de marché. "
Ces blocages peuvent sauter : "Les "révolutions" arabes libèrent des énergies économiques nouvelles", souligne Samir Aita. Comme après les indépendances, rappelle-t-il, où la croissance a été très soutenue pendant une à deux décennie : bien plus que ces dernières années.

Pour en savoir plus

- "Printemps arabe": réussir la révolution économique, par Antoine Reverchon et Adrien de Tricornot.
- Le Moyen-Orient, nouvelle terre de conquête d'une Turquie en forte croissance, par Guillaume Perrier.
- Questions-réponses: le printemps arabe, les revenus pétroliers et la flambée des prix alimentaires.
- L'économie tunisienne suspendue à la reprise du secteur du tourisme, par François Bostnavaron.
- Entretien avec Elyès Jouini, vice-président de l'université Paris-Dauphine: "démontrer à tous que le choix de la démocratie est un choix gagnant", propos recueillis par Adrien de Tricornot.

lundi 18 avril 2011

Tester le maintien d'un soutif sur un trampoline




Laurence Parisot s'oppose à la prime de 1.000 euros et à Claude Guéant

Réagissant aux propos de Claude Guéant, le ministre de l'Intérieur, qui estime l'intégration en panne, Laurence Parisot souhaite, dans un entretien accordé au "Monde", que la France reste un pays "ouvert" face à l'immigration légale. La présidente du Medef réaffirme son opposition à la proposition de François Baroin, le ministre du Budget de lier dividendes et primes aux salariés.
Le gouvernement n’a pas la cote au Medef. Dans un entretien accordé au "Monde" daté de samedi, Laurence Parisot, la présidente de l’organisation patronale a plaidé pour que la France reste un pays « ouvert » face à l'immigration légale. Elle réagissait aux propos tenus par Claude Guéant, le ministre de l'Intérieur, qui a indiqué vendredi sur TF1 vouloir réduire l'immigration légale, au motif que l'intégration était « en panne » en France. Le ministre compte faire passer dans « un premier temps » de 200.000 à 180.000 par an le nombre d'étrangers admis en France, mais il n'a pas indiqué de quelle façon.
« Restons un pays ouvert, qui accueille de nouvelles cultures et profite du métissage », a déclaré Laurence Parisot, expliquant avec force que l'immigration légale liée au travail ne devait pas constituer un « problème ». Une immigration légale qui représente 20.000 à 30.000 personnes par an selon elle. « S’il y a des enjeux d'intégration dans notre pays, c'est notamment à l'école et avec les enseignants qu'il faut les aborder », a-t-elle poursuivi.
Dans cet entretien, la présidente du Mouvement a également réaffirmé son opposition à la proposition du gouvernement de lier dividendes et prime aux salariés, via une prime de 1.000 euros, formulée mercredi 13 avril par François Baroin, le ministre du Budget. « Nous sommes un peu stupéfaits. Comment accepter que l'Etat décide de la politique salariale de chaque entreprise au risque de tuer l'envie d'entreprendre et d'étouffer la liberté créatrice? Comment imaginer que cela ne pèse pas immédiatement sur la masse salariale des entreprises au risque d'empêcher les recrutements à venir ? Une telle proposition, qui entrave la liberté contractuelle et la liberté d'entreprendre, est-elle vraiment compatible avec la Constitution? », s’interroge-t-elle. Le feuilleton ne fait que commencer.

Prime aux salariés: "la réflexion n'est pas terminée", dit Lagarde





Deux solutions très osées pour sauver l'Europe

La crise de la dette souveraine pourrait être résolue en mettant fin à l'indépendance de la BCE qui limite aujourd'hui son rôle à sauver le secteur financier. La conversion de la dette publique en obligations à durée indéterminée (ODI) serait également une solution à explorer.

Les difficultés rencontrées par la zone euro pour le refinancement des dettes dites « souveraines » de certains États, tels la Grèce, l'Irlande ou le Portugal, appellent une réflexion nouvelle sur la question essentielle du financement des systèmes publics en Europe. Le problème de fond réside en fait dans l'attitude partiale de la BCE ; autant elle ouvre un véritable « open bar financier » au secteur bancaire, autant elle rechigne à prêter le moindre argent à l'« économie réelle » (secteur public, entreprises, particuliers) et ce, à la différence de la FED, de la Banque d'Angleterre ou de la Banque du Japon.


Pour régler la question des dettes souveraines en Europe, nous suggérons ainsi à la fois de supprimer le Fonds européen de stabilité financière, qui n'a d'autre effet que d'aggraver l'endettement global des pays de l'Union, d'imposer à la BCE de racheter - si besoin - les obligations d'État, quels que soient les États (pour créer un effet d'annonce et réduire les taux d'intérêt), et de lui ordonner de lutter contre la spéculation (relayée par les agences de notation) organisée contre certaines dettes de la zone, en vendant massivement des CDS (« credit default swaps ») sur ces dettes.



Une telle démarche implique que la BCE cesse d'être indépendante et dépourvue de mandat politique, situation qui la place au seul service des opérateurs financiers ; la réorientation de son action passe évidemment par une modification substantielle de son statut.

Pour compléter cette réflexion, nous proposons en outre l'idée suivante : convertir progressivement, si nécessaire, les dettes publiques en obligations à durée indéterminée (ODI). L'expérience de la double crise - dette privée américaine et dettes publiques européennes - a montré que le refinancement des débiteurs est le moment crucial : Lehman Brothers a sauté faute de trouver de nouveaux prêteurs ; la Grèce ou l'Irlande sont entrées dans l'oeil du cyclone, en butte à des taux d'intérêt prohibitifs, au fil de leurs opérations de refinancement ; et c'est ce qui se passe aujourd'hui pour le Portugal.

Pour échapper au piège du refinancement, nous suggérons ainsi un nouveau régime légal des dettes publiques, tout en protégeant les intérêts légitimes des épargnants, qui ont confié leur argent à des fonds communs de placement, Sicav ou assurance-vie, investis en emprunts publics. En remplaçant les obligations à échéance fixe (de 1 à 30 ans) par des obligations à durée indéterminée, à l'image des TSDI (titres subordonnés à durée indéterminée) popularisés par Rhône-Poulenc, les États emprunteurs fragiles pourront consolider leur crédit à long terme, aujourd'hui mis en péril à chaque échéance critique d'une nouvelle émission

Les titres d'État sensibles, au lieu d'être remboursés à échéance fixe, seront ainsi transformés en rentes perpétuelles, via un taux d'intérêt annuel raisonnable (entre 2 % et 5 %), ou même un taux plus bas assorti d'une indexation sur les prix ou d'un avantage fiscal, sachant que leurs titulaires pourront les revendre à tout moment sur le marché secondaire, de manière à récupérer leur investissement en cas de besoin. Pour les États de la zone euro disposant d'une épargne abondante (France, Allemagne, Italie), l'émission de ces ODI ne devrait pas poser de problème ; l'épargnant serait appelé à les souscrire en direct. Pour les finances publiques, ce changement devrait être positif ou neutre en termes de charge de la dette, avec en plus la possibilité de rembourser ces ODI en période de vaches grasses.

Cela revient en pratique à réaliser une restructuration des dettes les plus sensibles ; les marchés s'y attendent, puisque les emprunts grecs ou irlandais sont déjà largement décotés sur le marché secondaire, et que leurs détenteurs récents les ont acquis avec cette décote. Toutefois, il serait à coup sûr contre-productif de traiter l'encours de la dette grecque ou irlandaise de la même manière que ce qui a été fait dans le passé pour le Mexique ou l'Argentine, avec une forte perte en capital pour leurs détenteurs, car cela ruinerait l'image de ces pays en tant qu'emprunteurs, et cela nuirait également aux investisseurs, qui sont en grande partie de petits épargnants. C'est pourquoi nous proposons une restructuration des dettes sensibles existantes, non pas par réduction du capital, mais par transformation en ODI, avec un taux d'intérêt associé « raisonnable » (i.e. de l'ordre de 2 à 5 % suivant les cas). Cela permettrait ainsi d'alléger très fortement la charge de la dette, de ne plus être à la merci des marchés financiers ou des agences de notation et de conserver aux titulaires existants de la dette leur capital (plus un certain intérêt), tout en ayant la possibilité de la revendre à tout moment sur le marché secondaire. Une telle démarche pourrait être mise en oeuvre très rapidement dans le cadre de l'Eurogroupe, sous l'égide de la BCE en tant que « parrain » de cette transformation.



Cette approche, valable pour les emprunts d'État, pourrait être étendue à d'autres domaines d'intérêt général ; ainsi, pour développer l'investissement en Europe dans les secteurs collectifs, via des fonds d'investissement stratégiques, financés par l'épargne privée européenne (particuliers et entreprises) via des ODI. On mobiliserait de la sorte dans un sens constructif une partie de la gigantesque épargne européenne (de l'ordre de 20.000 milliards d'euros). On pourrait faire d'une pierre deux coups, en remplaçant les fonds de cohésion structurels, coûteux pour les contribuables, au profit de ces fonds, dont l'action serait surveillée avec scrupule dans la continuité. On ferait aussi un pas de géant dans la construction de l'Europe puissance, de l'Europe autonome et porteuse de projets collectifs.

Le commentaire politique de Christophe Barbier


Katyn, l'un des pires massacres de Staline

Les communistes soviétiques éliminent, en avril 1940, l'élite de la Pologne. Ils feront porter le chapeau aux Allemands durant cinquante ans.
C'est pire qu'un massacre, c'est un abattoir, tant les gestes sont calculés, méthodiques, froids, précis, et surtout répétés en une procédure implacable, des dizaines et des dizaines de fois. Sans un tremblement, sans l'ombre d'une hésitation, sans une pause. Un homme à la fois, d'abord un noeud coulant passé autour du cou, puis les mains garrottées derrière le dos, trois pas à peine, le temps d'ébaucher une prière, il est saisi aux épaules par deux aides, une seule balle dans la tête tirée par un troisième. Le corps est déjà poussé sur un plan incliné et la flaque de son sang lavée d'un coup de seau.

4 404 officiers polonais au moins sont morts ainsi, ou plus expéditivement encore, exécutés au bord de la fosse commune qui allait les ensevelir, en avril 1940, dans la forêt de Katyn, près de Smolensk, en Russie. À l'occasion de l'anniversaire de ce qui fut une tragédie pour la Pologne et pour le genre humain, Arte a eu la bonne idée de diffuser, le 14 avril, le sombre et magnifique film d'Andrzej Wajda, dont le père, capitaine au 72e régiment d'infanterie, fut parmi les victimes. Wajda, ardent patriote polonais, a toute sa vie voulu reconstituer l'histoire et, surtout, rétablir la vérité sur Katyn. Car à l'atrocité des faits s'est ajoutée la honte de leur négation pendant plus de 50 ans par les Soviétiques. Et leur travestissement pour accuser le coupable idéal, le Troisième Reich, responsable, il est vrai, de tant d'horreurs dans cette région d'Europe, et dans d'autres.

Épuration de classe

Lorsque les Allemands envahissent la Pologne, le 1er septembre 1939, ils sont suivis, quinze jours plus tard, par l'Armée rouge. En vertu de leur pacte d'août 1939, Hitler et Staline avaient décidé de se partager les dépouilles du pays. Tout de suite, les Soviétiques font prisonniers 250 000 soldats et officiers polonais. Les agents du NKVD, à qui Staline a demandé de s'occuper spécialement de ce dossier, libèrent une partie des soldats et livrent les autres aux Allemands. Mais ils gardent les officiers, pas seulement ceux de carrière, mais tous les réservistes, étudiants, médecins, ingénieurs, chefs d'entreprise, qui représentent l'élite de la Pologne. Afin de supprimer une menace potentielle pour le nouveau régime qu'il veut imposer à Varsovie, Staline décide de procéder à une véritable épuration de classe. Le 5 mars 1940, il donne l'ordre d'exécution des officiers polonais "nationalistes et contre-révolutionnaires". Le massacre de Katyn est acté.

Tout le monde l'ignorera, jusqu'à ce que l'armée allemande, qui s'est retournée contre l'URSS et a dénoncé le pacte germano-soviétique, envahisse la Russie occidentale et tombe sur les charniers. Dès avril 1941, des identifications sont faites, et de rares objets personnels rendus aux familles. Commence alors une monstrueuse polémique qui prend d'abord la forme, pendant toute la guerre, d'une campagne de propagande organisée par les nazis, accusant les officiers juifs de l'Armée rouge du forfait.

Des revolvers de marque allemande

À cette accusation répondra, pendant 50 ans, un déni total de responsabilité de la part de Moscou. Les communistes non seulement nient toute implication, mais appliquent leur tactique habituelle de l'amalgame, un terrorisme intellectuel très efficace, surtout à la fin de la guerre : ceux qui mettent en doute la thèse soviétique sont des pro-nazis. Au point qu'en 1944, Roosevelt refusera les conclusions d'une commission d'enquête défavorable aux Russes. Les Anglais feront de même après un rapport de leur ambassadeur auprès des Polonais qui aboutissait à la même conclusion. Même la Croix-Rouge refusera de rendre publique l'enquête qui lui a été remise par ses services précisant les responsabilités soviétiques du massacre. En dépit des protestations des Polonais libres - les autres sont devenus un satellite de l'URSS -, Katyn va être catalogué pendant toute la guerre froide comme "une tentative sans importance (sic) des Allemands pour retarder leur défaite".

Il faudra attendre Gorbatchev et la glasnost, vraie déstalinisation, pour qu'à la suite des travaux d'une historienne soviétique, l'URSS reconnaisse, en 1990, la responsabilité de sa police secrète dans la tuerie organisée par le chef du NKVD, Lavrenti Beria. Deux ans plus tard, Boris Eltsine, nouveau président russe, remet à Lech Walesa, président de la République polonaise, plusieurs documents émanant du comité central, dont l'ordre d'exécution des officiers polonais.

Dans ces archives, une note montre à elle seule le cynisme et la duplicité des communistes soviétiques : elle indique que les exécutions doivent être accomplies avec des revolvers Walther, de marque allemande, et des munitions allemandes, elles aussi, saisies en Estonie que l'URSS vient d'annexer. Dès 1940, alors qu'il était encore son allié, Staline avait donc monté une opération destinée à faire croire à la responsabilité de son compère Hitler dans les atrocités de Katyn.

Les étranges affirmations du Washington Post sur la guerre en Libye

Le Washington Post livre samedi de bien curieuses "révélations" sur la conduite de la guerre en Libye. Selon le quotidien américain, les opérations aériennes du Royaume-Uni, de la France et d'autres pays européens seraient limitées par le manque de munitions de précision. De quoi laisser dubitatifs :
1) Des frappes limitées ? Faux
S'il est vrai que la Royal Air Force britannique, l'armée de l'air et la marine nationale françaises procèdent actuellement à la majorité des frappes, elles ne manquent aucunement d'avions pour conduire ces missions. Plusieurs dizaines d'appareils sont mis en oeuvre par la France, qui procède aux frappes en vertu des règles émises par l'Otan. Celles-ci sont extrêmement sévères en ce qui concerne la protection des populations civiles, et beaucoup plus strictes qu'en Afghanistan. De ce fait, elles sont limitées, et la France a procédé à une vingtaine de frappes entre le 7 et le 14 avril. Le chiffre précis des tirs contre les cibles au sol depuis le 19 mars, date du début de la guerre, n'est pas encore disponible, mais il est supérieur à la centaine, uniquement avec des munitions de précision de divers types, dont des SCALP-EG (au moins une douzaine de tirs), des AASM (armement air-sol modulaire) et des GBU de divers types.
À l'heure actuelle, six des vingt-huit membres de l'Otan participent aux bombardements en Libye, France, Grande-Bretagne, Danemark, Norvège, Belgique et Canada, Paris et Londres assurant à eux seuls plus de la moitié des sorties. Les États-Unis ont retiré leurs avions des plans de frappe. Les pays non engagés dans les tirs contre des cibles au sol participent à la surveillance de la zone d'interdiction aérienne, alors que les avions et hélicoptères libyens ne décollent plus depuis des semaines. Les États-Unis fournissent des moyens logistiques (ravitailleurs, transports tactiques) ou encore des moyens de surveillance et de contrôle (AWACS).
Les chiffres du Post sont d'ailleurs faux en ce qui concerne les Américains. Leurs avions n'ont pas seulement procédé à "trois frappes contre des installations statiques de défense aérienne". Pour ne citer que les seuls missiles Tomahawk, tirés depuis des navires, ils ont effectué, pour la seule journée du 20 mars, plus de cent frappes de précision...
2) Un manque de munitions ? Faux
L'autre assertion très curieuse du Washington Post concerne la consommation des stocks de munitions de précision, qui se seraient "rapidement réduits". Le journal affirme que les États-Unis seraient en mesure de recompléter à partir de leurs propres magasins, mais que les avions français et britanniques sont incompatibles avec les armes fabriquées aux États-Unis. Contrairement aux autres pays européens "frappeurs", dont "tous les avions ont été fabriqués aux États-Unis et sont compatibles avec l'armement américain". De fait, les avions français (Rafale, Mirage 2000, Super-Étendard et Mirage F-1) de même que les avions britanniques (Tornado et Typhoon) sont de conception et de fabrication européennes, quand d'autres armées sont équipées de F-16 et de F-18 américains. Mais alors, où est le rapport avec un prétendu "manque de munitions", et le fait que les Européens "ne prévoyaient sans doute de n'utiliser leurs armes de l'air que durant les salons aéronautiques", comme avance, ironiquement, le Washington Post ? Il n'y en a aucun !
Pour les avions français, les choses sont simples. Les munitions qu'ils ont tirées sont dans une large mesure fabriquées nationalement. Et les stocks, certes moins impressionnants que ceux des États-Unis, sont tout de même importants, sans être illimités. Il s'agit, pour l'armée de l'air et la marine françaises, de faire face à des conflits importants. Les stocks actuels permettraient donc de faire deux ou trois ans de guerres intenses, étant entendu que des commandes complémentaires seraient rapidement envoyées aux industriels. L'arme air-sol de précision tirée par le Rafale, fabriquée par l'industriel Sagem, est l'armement air-sol modulaire (AASM). Elle a été commandée à 744 exemplaires en 2000, et les dernières livraisons de ce premier marché sont prévues en 2011. Le député François Cornut-Gentille précise dans un rapport en date du 14 octobre 2010 : "En 2009, la cible de dotation en AASM est passée de 3 000 à 2 348 unités, dont 1 200 avec le kit laser." La France en achètera donc moins que prévu, mais ses stocks lui permettent de poursuivre ses opérations en Libye sans difficulté. Selon le rapport, le coût de ce programme est de 846 millions d'euros, ce qui mettrait le kit AASM à plus de 350 000 euros. Cela fait cher pour détruire un pick-up kadhafiste qui en vaut 15 fois moins...
Les Français ont aussi tiré des missiles de croisière SCALP-EG, en nombre limité (une douzaine). Selon des informations de source parlementaire, ils disposent actuellement de 500 de ces engins, dont 400 doivent être rénovés. Là encore, aucun problème de stocks pour ces armes de précision.
Enfin, la France a acquis aux États-Unis, pour ces Super-Étendard et ses Mirage 2000, plusieurs dizaines de kits Paveway, de différents modèles. Montés sur des bombes lisses à gravité, ils permettent de les transformer en armes de précision, et la France dispose, depuis plusieurs années, de cet équipement. Le Point.fr a précisé que les avions français avaient tiré des bombes à guidage laser GBU-12 de 250 kilos, des bombes GBU-24 de 500 kilos, et que les Mirage 2000-D de l'armée de l'air avaient tiré des GBU-49. Ce modèle le plus récent est équipé du kit de guidage Enhanced Paveway II et la France en a acheté 200 exemplaires en février 2008 pour son Mirage 2000D.
Qu'en conclure ?
L'article du Washington Post considère, sans l'écrire explicitement, que les Européens feraient bien d'acheter davantage d'armements aux États-Unis s'ils veulent faire la guerre sérieusement. Rien de neuf...