TOUT EST DIT

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lundi 26 mai 2014

Les élections européennes 2014 en direct (SYNTHESE)


Européennes/France: le Front national (extrême droite) très largement en tête avec 25% (estimations)
L'extrême droite est arrivée largement en tête du scrutin européen en France, avec un score historique de 25% selon les premières estimations des sondeurs, devant l'opposition de droite UMP (20%), alors que le parti socialiste au pouvoir subit une nouvelle déroute avec moins de 15%.
Le Front national de Marine Le Pen a bénéficié de l'impopularité record du pouvoir socialiste ainsi que de la division de la droite, et bénéficie aussi de la montée de l'euroscepticisme chez les Français.


Européennes/Allemagne: Conservateurs de Merkel en tête malgré une poussée des anti-euro et du SPD
Les conservateurs (CDU/CSU) de la chancelière Angela Merkel sont arrivés en tête des élections européennes en Allemagne dimanche, malgré une percée du parti anti-euro AFD et des sociaux démocrates du SPD, d'après des sondages sortie des urnes.
Les conservateurs de la CDU/CSU étaient crédités de 36% des voix (contre 37,9% en 2009), devant le SPD à 27,5%, contre 20,8% en 2009. Le nouveau parti anti-euro AFD, créé au printemps 2013, réalise un score de 6,5% qui lui permettrait de faire son entrée au parlement européen, d'après de premiers chiffres diffusés par les télévisions publiques allemandes.

Européennes/Autriche : poussée de l'extrême droite, le centre-droit 1er (estimations)
Le parti de centre-droit ÖVP arrive en tête des élections européennes dimanche en Autriche, également marquées par une nette poussée de l'extrême droite, selon les sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote, indique l'AFP.
Le FPÖ, qui espère constituer un groupe commun avec notamment le Front national de Marine Le Pen dans le prochain Parlement européen, obtiendrait la troisième place avec 19,9% des suffrages, contre 12,7% en 2009.
Les chrétiens-démocrates ÖVP sont toutefois largement en tête avec 27,9% des suffrages, devant les sociaux-démocrates du SPÖ, qui atteindraient 23,9%, d'après les estimations effectuées par l'agence de presse APA.
Le SPÖ et l'ÖVP gouvernent ensemble l'Autriche dans une coalition dominée par le SPÖ.
En termes de sièges, l'ÖVP devrait pourvoir 5 ou 6 des 18 mandats de députés européens attribués à l'Autriche. Le SPÖ aurait également 5 sièges, contre 4 au FPÖ.
Les Verts progresseraient de plus de 4 points par rapport à 2009 pour obtenir 14,2% des voix et 2 ou 3 sièges. Un dernier siège serait accordé au parti libéral NEOS, une nouvelle formation qui obtiendrait 8,5% des voix.
Enfin le BZÖ, parti fondé par l'ancien dirigeant d'extrême droite Jörg Haider - décédé en 2008 - après une scission du FPÖ, disparaît quasiment de la scène politique avec 0,5 % des voix.

France : l'extrême droite accuse le gouvernement « de truquer le vote » aux européennes
Le Front national (extrême droite) a dénoncé dimanche « de très nombreux dysfonctionnements » dans le déroulement du scrutin des européennes et accusé le gouvernement « de truquer par les moyens les plus odieux le vote des Français ».
« Le ministère de l'Intérieur a choisi d'empêcher la victoire du Front national en lui interdisant simplement de concourir en certains endroits du territoire », a écrit le FN dans un communiqué.
Le parti de Marine Le Pen dénonce notamment « l'absence de bulletins de vote du Front national », ou « la présence de bulletins de vote FN ne correspondant pas à la circonscription électorale du bureau concerné » dans plusieurs départements.
« La multiplicité des remontées nous laisse penser que la fraude est massive », écrit-il. « Cette manipulation industrielle du vote des Français doit être immédiatement interrompue, et les préfets doivent tout mettre en œuvre (…) pour apporter dans toutes les communes de France les bulletins de vote du Front national », poursuit le FN.
Le parti affirme qu'il demandera à l'issue du scrutin « de faire la lumière sur les manipulations auxquelles s'est livré le pouvoir ».
Le Front national est donné en tête, au coude à coude avec le parti de droite UMP dans les sondages pour les élections européennes.
Interrogé dimanche dernier dans la presse autrichienne sur les entorses à la démocratie en Russie, Mme Le Pen avait affirmé « qu'en matière de bourrage d'urnes, on a pas pu faire mieux que la France au deuxième tour de l'élection présidentielle de 2002 ». Son père Jean-Marie Le Pen n'avait alors réuni que 17% des suffrages, contre 83% pour le président Jacques Chirac.

Élection européenne en Lettonie : un taux de participation faible
Seulement 30,08 des électeurs lettons (442.928 personnes) se sont rendues aux urnes à l'occasion des élections européennes, a indiqué samedi la Commission électorale centrale, alors qu'en 2009, le taux de participation était de 53,69%, selonITAR-TASS.
Les experts expliquent ce manque d'engagement par la canicule qui s'est abattue ces derniers jours sur la Lettonie.
D'ailleurs, les Lettons ont toujours négligé les élections européennes par rapport aux municipales ou aux législatives nationales. Ils sont sceptiques quant aux candidats au Parlement européen et leur capacité d'influer sur les décisions à adopter, a expliqué aux journalistes la présidente de la Saeima (parlement letton), Solvita Aboltina.
« Ce n'est pas de la politique extérieure. C'est de la politique à l'intérieur de notre Etat. Les électeurs doutent que les députés qu'ils éliront puissent défendre les intérêts de la Lettonie au Parlement européen », dit-elle.
La Lettonie doit dépêcher huit députés au Parlement européen. Au total, 14 partis et associations politiques participent aux élections en avançant 170 candidats. Cette république balte est actuellement peuplée d'environ 2 millions d'habitants, dont presque 1,5 million a le droit de vote. Presque 320.000 personnes ont été éliminées du vote, une fois de plus : ce sont des « non-citoyens » russophones qui ont été déchus de la citoyenneté lettonne après l'accession de l'ancienne république soviétique à l'indépendance en 1991.

Barroso vote à Lisbonne et appelle à une large participation
Le président de la Commission européenne, le Portugais José Manuel Barroso, a voté dimanche à Lisbonne et a appelé à une large participation aux élections européennes, « très importantes pour le quotidien des citoyens », rapporte l'AFP.
« Les élections sont très importantes car une grande partie des lois qui influent sur le quotidien de nos citoyens sont approuvées à Bruxelles et à Strasbourg », a déclaré M. Barroso à la presse après avoir déposé son bulletin dans l'urne, dans une école de la capitale portugaise.
« La Commission européenne fait des propositions, mais elles sont adoptées seulement si elles sont approuvées par les gouvernements ou le Parlement européen », a-t-il souligné.
« Pour la première fois, grâce au traité de Lisbonne, le résultat de ces élections sera pris en considération lors du choix du futur président de la Commission européenne », a fait valoir M. Barroso qui doit quitter ses fonctions en octobre.
Après les Britanniques et les Néerlandais jeudi, les Tchèques et les Irlandais vendredi, les Slovaques, les Lettons et les Maltais samedi, les citoyens des 21 autres pays de l'UE étaient appelés dimanche aux urnes pour désigner près de 600 eurodéputés sur un total de 751.
M. Barroso figure parmi les participants du forum de la Banque centrale européenne (BCE) qui réunira à partir de dimanche soir le gotha de l'économie mondiale à Sintra, à 25 km de Lisbonne.

Les Belges aux urnes pour des élections cruciales
Les Belges ont commencé à voter dimanche matin pour des élections législatives cruciales pour l'avenir du pays, annonce l'AFP.
Les bureaux de vote ont ouvert à 08H00 locales (06H00 GMT), quelques heures après l'attaque meurtrière contre le Musée Juif de Bruxelles qui a fait trois morts et un blessé grave, et provoqué un immense choc dans le royaume.
Près de huit millions d'électeurs sont appelés aux urnes. Les bureaux de vote fermeront entre 14H00 (12H00 GMT) et 16H00 (14H00 GMT). Le vote étant obligatoire en Belgique, la participation, bien qu'en baisse depuis plusieurs années, devrait frôler les 90%.
Les premières projections sont attendues en milieu d'après-midi.
La principale crainte est que la Belgique revive à partir de lundi une crise comparable, voire pire, à celle née au lendemain des précédentes législatives, en 2010, lorsqu'il avait fallu 541 jours pour former un gouvernement.
Une fois de plus, tous les regards se tourneront vers la Flandre, la région néerlandophone du Nord du pays, et en particulier vers le score du parti nationaliste N-VA du maire d'Anvers, Bart De Wever, qui avait été considéré comme à l'origine de ce blocage.
La Nouvelle alliance flamande devrait sortir de nouveau en tête côté néerlandophone, selon tous les sondages.
M. De Wever a fait de l'éviction des socialistes du Premier ministre sortant, le francophone Elio Di Rupo, son principal objectif. Pour tenter d'y parvenir, la N-VA devra dépasser le seuil symbolique des 30% dimanche, estiment les analystes. Or un dernier sondage lui donnait 29,8% des intentions de vote.

UE : début du vote en Grèce, Roumanie et Lituanie
Les électeurs grecs, roumains et lituaniens ont commencé à voter à 04H00 GMT dimanche pour élire leurs députés européens, un scrutin qui se déroule ce jour dans 21 pays, Allemagne et France notamment, pour s'achever à 21H00 GMT à la fermeture des bureaux italiens, informe l'AFP.
Les sept autres pays de l'Union européenne ont déjà voté : jeudi, le Royaume-Uni et les Pays-Bas, vendredi l'Irlande et la République Tchèque (qui votait aussi samedi), samedi la Slovaquie, la Lettonie et Malte.

Elections UE : la Lettonie, Malte et la Slovaquie votent
Les électeurs de trois Etats ayant rejoint l'UE en 2004, la Lettonie, Malte et la Slovaquie, ont voté samedi pour choisir leurs députés au Parlement européen, où l'on prévoit une percée des partis europhobes, indique l'AFP.
C'étaient les avant-derniers électeurs à le faire avant la grande journée de dimanche, quand les électeurs de 21 Etats de l'Union, dont les Français, les Allemands, les Espagnols et les Italiens, iront à leur tour voter.
La Lettonie envoie huit députés au Parlement européen, Malte, six, et la Slovaquie 13.
Les Tchèques, qui votaient quant à eux sur deux jours pour élire leurs 21 députés, pouvaient encore se rendre aux urnes samedi jusqu'à 12H00 GMT. Ils n'ont été qu'environ 20% à le faire, d'après l'agence de presse CTK.
Selon un sondage réalisé à la sortie des bureaux de vote, trois formations pro-européennes arrivent en tête : fort de 18% des voix, le parti d'opposition TOP 09 devance légèrement le Parti social-démocrate CSSD du Premier ministre Bohuslav Sobotka (17%) et le mouvement centriste et populiste ANO (15,5%). Le mouvement anti-immigration Usvit (Aube) a connu un revers (2%).
En 2009, date du précédent scrutin européen, moins de 20% des électeurs slovaques avaient voté, faisant de leur pays le champion de l'abstention dans l'UE. Le taux de participation devait être un des éléments-clés de cette élection.
En Lettonie, selon un sondage à la sortie des bureaux de vote, le parti conservateur de la Première ministre Laimdota Straujuma a obtenu 31% des suffrages et aurait ainsi quatre sièges. Le parti pro-russe Centre de l'Harmonie (social-démocrate) est crédité de 13% des voix (un siège), le parti d'extrême droite Alliance nationale arrive 3e avec 11% des suffrages (un siège) et devance les populistes de l'Union des Verts et paysans (6% et un siège) et l'Union des Russes de Lettonie, favorable au Kremlin (5% et un siège). La participation dépasse légèrement les 30%.
A Malte, où la participation est traditionnellement élevée, certains électeurs ne cachent pas leur lassitude. Ainsi, Martin Bugeja a décidé de ne pas voter. «L'élection des parlementaires européens n'est pas importante puisque nous n'avons que six sièges dans un parlement formé de centaines d'élus», explique-t-il.
Malte est, avec l'Italie, la Grèce et l'Espagne, l'une des principales portes d'entrée des réfugiés et des migrants en Europe et la question de l'immigration a été l'un des sujets de la campagne.
Quelque 400 millions de citoyens européens sont invités depuis jeudi à voter pour renouveler les 751 députés du Parlement européen.
Les élections européennes, les huitièmes depuis 1979, se termineront dimanche avec un scrutin ouvert simultanément dans 21 Etats de l'UE.
Les résultats officiels ne seront connus que dimanche après 21H00 GMT, heure de fermeture des derniers bureaux de vote en Italie.
La reprise économique restant fragile en Europe et le chômage demeurant élevé, tous les sondages prévoient une percée des partis europhobes et d'extrême droite, mais pas au point de pouvoir modifier les équilibres politiques. Le centre droit et les sociaux-démocrates devraient rassembler à eux seuls plus de 400 députés et les libéraux au moins 50. N

Elections européennes : le ras le bol de l’oligarchie !


Toutefois, la victoire réelle est celle des abstentionnistes et pas qu’en France : plus de la moitié des électeurs ne se sont pas déplacés. 70 % des jeunes de 18à 25 ans n’ont pas voté ! Les partis politiques, tous les partis politiques sont entrés en défaveur. Les gens savent que leur vote européen ne sert à rien : ce sont les commissaires (qui ne sont pas du peuple !) qui décident de tout et qui font avaliser au conseil des ministres leurs propositions dont ils ont le monopole. Le parlement européen dominé par le cartel du PPE (droite molle) et du PSE (socialistes) soutient toujours les fonctionnaires de la commission (soviet) de Bruxelles. Beaucoup sont payés secrètement par des lobbies économiques. Belle démocratie que tout cela : les Ukrainiens de l’ouest devraient s’informer un peu : ils rêveraient moins à cette Europe là !
La réalité en France est que le FN n’a eu que 12 % des électeurs inscrits, l’UMP 10 %, le PS 7 % ; Les électeurs n’ont plus confiance ! Il est temps de passer à la démocratie directe comme en Suisse en pratiquant des référendums fréquent où le peuple peut se prononcer sur des sujets concrets !
Les votants, soit une petite moitié du peuple, ont montré aussi leur lassitude envers cette Europe là !
Il faut compter dans les Eurosceptiques les 25 % du FN mais aussi au moins la moitié de l’UMP soit 11 % plus les électeurs « gaullistes » de Dupont Aignan soit 4 % et ceux du Front de gauche soit 6 % Cela fait un total de 46 % des voix et c’est un record !
Il est urgent de réformer l’Europe et de retirer à la fameuse commission de hauts fonctionnaires de Bruxelles les pouvoirs législatifs qu’on lui a donné dans un accès d’ivresse idéologique : en démocratie, ce sont les députés et les ministres qui ont l’initiative des lois et pas les fonctionnaires.
Et quand on pense que c’est ce système monstrueux qui se permet de donner des leçons à la Russie, on rêve !

L'onde de choc d'un 21 avril européen


Ce n'était, paraît-il, qu'un mauvais moment à passer. Une formalité pénible qu'on allait prestement «enjamber» avant de revenir aux affaires courantes. Tout avait été prévu, annoncé, anticipé: l'abstention forte ; la percée, chez nous, du Front national et, partout, celle des partis europhobes ou eurosceptiques; la déculottée des socialistes français et l'humiliation de l'UMP. Mais voici que les résultats tombent, et c'est le choc! L'orage est là; le ruisseau qu'on croyait pouvoir sauter à pieds joints se révèle un torrent furieux, qui charrie, pêle-mêle, l'indifférence, l'inquiétude et la colère. Tout à coup, on prend conscience qu'en France comme en Europe, l'onde de choc de ce «21 avril européen» n'a pas fini de produire ses effets.
Bien sûr, pour se rassurer, on invoquera la faiblesse de la participation qui relativise la portée de l'élection. On parlera de «vote défouloir». On maudira la crise économique. On dressera la liste de tous ces partis qui, triomphateurs aux européennes, se sont brutalement dégonflés au scrutin suivant. Tout cela n'est pas faux: en politique, rien n'est écrit, et surtout pas qu'une victoire en entraîne automatiquement une autre. Mais le contraire n'est pas écrit non plus...
Car le fait est là, qui il y a deux ans aurait paru à peine croyable. Trente années après ses premiers succès électoraux sous François Mitterrand, le FN s'impose, lors d'un scrutin national, comme le premier parti de France. Dans une élection boudée par les jeunes et les catégories populaires, qui objectivement le dessert et où il n'a jamais fait des étincelles, le parti de Marine Le Pen l'emporte - et largement! Bruyant mais marginal, il campait aux portes du système - dont il n'avait forcé les défenses que par effraction le 21 avril 2002. Hier, pour la première fois, il l'a dominé.
Pour Marine Le Pen, c'est une victoire personnelle. Elle avait réussi, en incarnant un nouveau style, à faire tomber le premier obstacle à la progression du Front national - redoutablement efficace, quoi qu'on en dise aujourd'hui - sa diabolisation.
Les électeurs viennent de faire tomber le second: l'incapacité qu'on lui prêtait de remporter une élection nationale, et donc d'accéder un jour au pouvoir. Certes, la mécanique proportionnelle du scrutin européen n'a rien à voir avec le principe majoritaire des législatives ou d'une présidentielle, mais symboliquement le cap est franchi. À ceux qui voudront à l'avenir l'enfermer dans son rôle de leader protestataire, Marine Le Pen pourra rétorquer que le FN, «premier parti de France», a conquis dans les urnes le statut de parti de gouvernement. Ébranlée aux municipales, la bipolarisation, pour un temps au moins, a vécu. C'est tout notresystème politique, façonné par la logique du scrutin présidentiel à deux tours, qui va s'en trouver durablement déstabilisé.
Pour François Hollande, dont l'Histoire retiendra que c'est sous son principat que le Front national (après ses succès sous Mitterrand et Jospin, cela devient une habitude...) a accompli ce progrès décisif, c'est un désastre de plus. Depuis hier soir, le roi est nu. Plombé par le discrédit présidentiel, son parti a coulé à pic. Il fait, aux européennes, le plus mauvais score de son histoire. Bis repetita: ni la nomination de Manuel Valls, ni le changement de gouvernement, ni les cadeaux fiscaux généreusement distribués à son électorat n'ont permis d'inverser la tendance des municipales. Quant à l'absurde campagne du PS en faveur de Martin Schulz, cet illustre inconnu dont le parti gouverne en Allemagne avec Angela Merkel, elle n'a rien arrangé. Et maintenant? Impopulaire, deux ans à peine après son élection, comme aucun président avant lui, François Hollande est l'objet d'un rejet personnel, général, brutal et absolu, auprès de quoi la détestation qui visa en leur temps François Mitterrand ou Nicolas Sarkozy fait figure d'aimable bouderie. Confronté à l'hostilité de la droite et du centre, et à l'exaspération des mutins de la gauche, dont cette nouvelle humiliation ne peut que grossir les rangs, le président est seul. Ayant abattu la carte du changement de premier ministre, il se retrouve sans arme politique au moment d'entrer dans le dur des économies trop longtemps repoussées. Concurrencé dans son propre camp par le premier ministre qu'il a été contraint de nommer, il risque fort (une première sous la Ve République) d'être pris au mot par ses amis à qui il a fait entendre qu'en 2017 il pourrait ne pas se représenter. D'ici là, les institutions lui permettent bien sûr de tenir, mais la question est: peut-il encore gouverner?
En face, la droite, qui ne sait trop s'il lui faut craindre ou espérer une dissolution, n'a, il est vrai, guère de raisons de pavoiser. Parles temps qui courent, elle devrait voler de victoire en victoire ; elle fait nettement moins bien dans l'opposition (même en tenant compte du cavalier seul de l'UDI) que lorsqu'elle était au pouvoir! Aux municipales, l'enracinement de son tissu d'élus locaux avait pu faire illusion. Privée de cet atout aux européennes, l'UMP est confrontée à l'évidence de son discrédit.
Il faut dire que l'électeur devait avoir la foi chevillée au corps pour porter son vote sur les listes du «grand parti de la droite»! Sans leader incontesté ni programme européen partagé par tous, l'UMP, dans cette campagne, n'aura réussi à faire parler d'elle qu'à l'occasion de ses dissonances ou, surtout, de ses «affaires» peu reluisantes qui renvoient l'électeur à tout ce qu'il déteste dans la politique. La droite sait maintenant que le seul effet du balancier démocratique ne suffira pas à la ramener mécaniquement au pouvoir. Si elle veut résister à la pression redoublée que le FN va désormais faire peser sur elle, l'UMP doit au plus vite se choisir un chef incontesté et se doter d'un vrai projet (à droite, les choses se passent dans cet ordre) - ce qui suppose que Nicolas Sarkozy ne laisse pas indéfiniment planer le mystère sur ses intentions. Elle doit surtout s'atteler à l'essentiel: la (re)conquête des catégories populaires, sans lesquelles rien n'est ni ne sera possible. Cela implique, pour commencer, que l'UMP daigne entendre le message des électeurs, qui ne vaut pas, loin s'en faut, pour la seule question européenne.
Certes, l'idée européenne, telle qu'elle se construit depuis Maastricht, est la grande blessée du scrutin de dimanche. Si l'on ajoute aux abstentionnistes les électeurs qui, dans toute l'Europe, ont voté pour un parti europhobe ou eurosceptique, on constate qu'environ un tiers seulement des citoyens de l'Union ont soutenu positivement par leur bulletin de vote le projet européen. À l'évidence, l'Europe actuelle, qui se fait sans les peuples et parfois contre eux (qu'on se souvienne, en France du référendum de 2005, tenu pour nul et non avenu), ne fait plus recette. Cette Europe qui crée l'euro sans se donner les moyens de le gérer, qui supprime les frontières intérieures sans se doter de la politique ni de l'instrument qui permettront de protéger les frontières extérieures, cette Europe-là non seulement ne fait pas rêver, mais elle est victime, partout ou presque, d'une hostilité grandissante. Si elle veut retrouver le cœur des Européens, un simple rapetassage ne suffira pas: c'est de fond en comble qu'elle doit se réformer.
Ne nous y trompons pas, cependant. Ce qui monte en France comme en Europe - mais en France davantage que dans le reste de l'Europe -, ce n'est pas principalement le rejet de la construction européenne. Ce n'est pas non plus, comme certains voudraient nous le faire croire, la tentation d'on ne sait quel fascisme. Ce n'est pas - en tout cas pas uniquement - un mécontentement matériel causé par les difficultés économiques et le chômage. C'est une angoisse sourde, profonde, collective et personnelle, causée par ce qui est perçu comme l'évidence du déclin historique du continent européen. C'est le sentiment de dépossession culturelle et morale des nations qui craignent d'être passées au laminoir de la mondialisation. C'est le pressentiment que l'avenir des enfants d'Europe sera moins prospère et moins heureux. C'est une colère froide contre toutes les «élites» institutionnelles - dont les eurocrates ne sont qu'un avatar particulièrement caricatural - accusées d'impuissance et, plus grave, d'indifférence aux malheurs des peuples.
Gare! Si elles n'entendent pas l'avertissement des électeurs et des abstentionnistes, si elles ne tirent pas les leçons politiques du séisme de dimanche, si elles reviennent à leurs petites affaires comme si de rien n'était, ces «élites», nationales et européennes, s'exposent à une «réplique» qui pourrait bien ne laisser derrière elle qu'un champ de ruines.

«Monsieur Hollande, vous êtes le meilleur recruteur du FN»


Marine Le Pen a gagné son pari. Avec près de 25% des voix aux élections européennes ce dimanche soir, le FN peut sabrer le champagne. Dans les commentaires du Figaro, ses supporters s'en réjouissent. Et ses adversaires s'inquiètent.
«Vive la France! Vive les patriotes!», triomphe Michel D. «Bientôt 2017», glisse Cyril F. «Le blabla UMPS, c'est fini!», se réjouit Jean Rouge, reprenant les éléments de langage du parti d'extrême-droite. Pour Aouassi Nadia, ce vote est surtout un moyen d'«exprimer la voix verrouillée du peuple». Beaucoup d'internautes cependant comprennent ce résultat comme un rejet: «Face à la mondialisation et à une Europe appauvrie parce qu'élargie, les Français ont exprimé leur crainte.», écrit BaboulinetPasContent.
«Merci monsieur Hollande, grâce à vous, le FN devient le premier parti de France! Vous êtes leur meilleur agent recruteur», applaudit Raymond2b. «À force de faire monter le FN, le PS a eu ce qu'il méritait», assure Totolamatrice. De quoi motiver François Hollande pour une dissolution de l'Assemblée nationale? C'est ce que souhaitent les leaders du FN. «C'est ridicule, tempère Tnrv. Hollande ne mettra pas en danger le PS au cours d'un vote - et la droite ne va pas prendre le risque de mettre en cause la responsabilité du gouvernement, risquant ainsi un suicide...» Si Hervé Morin est l'un des rares politiques à souhaiter publiquement la démission du président, il trouve quelques soutiens parmi les commentateurs du Figaro. «Plus de 50% des Français se sont abstenus de voter, compte de son côté Larmailleul. Ce sont donc les plus motivés et les plus mécontents qui se sont exprimés.»

«Seule l'UMP pourrait battre le FN»

«25%? Ce n'est pas vraiment une révolution...», leur répondArticle. «25 % de 35 % ou 40 % de votants, ça représente quoi par rapport à l'électorat potentiel total?», renchérit Matt1968. «L'UMP seule pourrait battre le FN, mais cela nécessiterait une reconstruction - qui commencerait par la démission de Copé», assure de son côté Nissard.06. «J'écoute les réactions de l'UMP, notamment Juppé et NKM, et leur souhait d'un rapprochement avec le centre et je vois que je ne pourrai plus jamais voter pour eux, lui réplique Nofuture78. Comment peut-on se moquer autant des électeurs?»
Jlot1, de son côté, s'interroge sur les difficultés que devrait rencontrer le parti de Marine Le Pen: «Les partis extrêmes qui voulaient une alliance avec le FN ne sont pas les grands gagnants de ces élections. Impossible de former un groupe...» Superloïc est plus dur encore, et voit les frontistes comme des «extrémistes incompétents, qui ne connaissent rien à l'Europe. Et on les envoie à Bruxelles pour représenter la France? Génial...»
La percée du Front national sera-t-elle pour autant durable? C'est la question posée aux internautes du Figaro. La plupart des votants y croient, mais SL.3 a des doute: «Les Français votent FN pour se protéger de l'Europe, mais ne voteront pas pour eux en France.» Et carton rouge de conclure: «La démocratie a parlé. Maintenant, pour le FN, le plus dur commence.»

Élections européennes : les éditorialistes sous le "choc"


Un "choc", un "séisme", voire "un champ de ruines".... Lundi matin, au lendemain des élections européennes remportées par le FN, lapresse quotidienne française est unanime. Pour Éric Decouty (Libération), "la victoire du Front national reste un choc qui va ébranler la France et l'Europe entière", car "l'onde de choc créée par le parti de Marine Le Pen dépasse largement les frontières nationales". C'est "une menace réelle pour l'idée européenne", écrit-il. 
Dans France-Antilles, Patrick Planchenault analyse bien l'enjeu raté de ces élections : "Il appartenait aux partis de gouvernement de donner de la perspective à cette consultation électorale, avec le fol espoir de réenchanter le rêve européen. Au lieu de cela, PS et UMP réunis, mais chacun divisé, ont laissé aux Le Pen, père et fille, le soin d'occuper l'espace politique avec leurs thèmes brumeux qui font, pourtant, de plus en plus écho chez les Français, eurosceptiques, sinon europhobes : l'identité nationale, l'immigration galopante, l'hégémonie de Bruxelles, les carences de l'euro." Sur le même sujet, Nicolas Barré, dans Les Échos, s'interroge : "Comment les Français pourraient-ils aimer l'Europe quand toute la campagne fut une course à qui dirait le plus fort tout ce qu'elle fait mal : l'euro trop fort, les frontières mal gardées, la capitulation face aux Chinois, la soumission aux ultralibéraux américains et l'on en passe..."

Dégâts semés par la politique d'austérité 

La Dépêche du Midi, sous la plume de Jean-Claude Souléry, estime que "faire du Front national le premier parti de la République, c'est assurément un effet pervers de la démocratie, c'est surtout unchoc politique et psychologique dont on se souviendra longtemps". Moyennant quoi, pour Le Maine libre, Jérôme Glaize le constate sans ambages: ce qu'il reste au lendemain de ces scrutins, "c'est un véritable champ de ruines". Patrice Chabanet (Le Journal de la Haute-Marne) estime que "la classe politique française a été littéralement dynamitée par les électeurs". L'Est républicain (Alain Dusart) pense que "ce séisme redouté renvoie les formations de gouvernement à leur vacuité (et) jette l'opprobre sur l'idée que les démocrates du monde entier se faisaient de la France". Dans Presse Océan, Marc Dejean souligne que "les deux partis de gouvernement, PS et UMP, sortent l'un laminé l'autre miné par ce scrutin".
"Le FN s'impose (...) comme le premier parti de France", constate Alexis Brézet, du Figaro. "Pour Marine Le Pen, c'est une victoire personnelle", car elle a "réussi, en incarnant un nouveau style, à faire tomber le premier obstacle à la progression du Front national, sa diabolisation", analyse-t-il. DansL'Humanité, Patrick Apel-Muller écrit que ce sont "les dégâts semés par une politique d'austérité qui renie toute référence aux valeurs de gauche" qui ont provoqué une "sanction sans appel".

Moins de voix qu'à la présidentielle 

Guillaume Goubert, qui prend "toute la mesure du choc, du séisme", ne veut toutefois pas désespérer. "Le principal, écrit-il dans La Croix, c'est de constater que les formations modérées remportent les deux tiers des suffrages... l'extrémisme est loin d'être majoritaire dans les urnes." Même analyse dansOuest-France, où Michel Urvoy estime que les résultats "ne traduisent pas une adhésion massive aux thèses de Marine Le Pen, qui recueille beaucoup moins de voix qu'à la présidentielle".
Ce qui fait écrire à Raymond Courraud (L'Alsace) que "les partis politiques traditionnels ont tout intérêt à faire leur autocritique. Ils doivent avant tout se rapprocher de leurs électeurs. Il en va de même pour l'Europe, sous peine de voir cette grande idée se transformer en une machine à produire de la paperasse". Philippe Waucampt (L'Est républicain) estime que, concrètement, la "dernière carte" de François Hollande est "la dissolution". "Au bout de trois années de cohabitation, il serait quasiment assuré de jouer la finale contre Marine Le Pen", prévoit-il. "Il y a désormais un problème français qui s'impose à tous à l'intérieur comme au-delà des frontières où nos voisins regardent avec effroi la France tourner le dos aux valeurs qu'elle a portées", écrit Jean-Louis Hervois, de La Charente libre

Séisme politique ou claque méritée?

Séisme politique ou claque méritée?
Depuis ce soir, beaucoup de mots grandiloquents se font entendre: "séisme", "honte planétaire", "drame absolu", "événement majeur", "crise effroyable". La panique des uns comme la jubilation des autres ne m’inspirent qu’un sentiment de profond ridicule. Le fuite en avant dans l’exagération me semble bien être (comme prévu), une manière commode de fuir les vraies questions et les responsabilités… Il serait utile de rappeler quelques vérités:
  • 25% des suffrages en faveur du fn, avec un taux de participation dérisoire de 43%, cela représente à peine 10% du corps électoral ce qui ne marque évidemment pas un phénomène massif d’adhésion populaire, mais plutôt un effet d’optique lié à l’effondrement des autres.
  • Le monde politique fait face à une contradiction évidente: droite comme gauche crient à la catastrophe, au désastre, à l’apocalypse mais n’envisagent pas un instant de bouger d’un iota et tout continue comme avant. Le président de l’UMP ne semble pas concevoir une seconde d’engager sa responsabilité et de laisser la place; le Premier ministre glorifie sans vergogne l’action du gouvernement; et le seul véritable problème de l’Europe, c’est que le peuple n’a pas compris ses bienfaits… Ils donnent le sentiment de n’avoir rien entendu, rien compris, comme enfermés dans une bulle. Aveuglement ou mépris?
  • Il est plus facile de crier au loup que de se remettre en question et d’en tirer des conséquences en assumant ses responsabilités. Le corps électoral, par son abstention gigantesque et la poussée (toute relative) du vote protestataire a pourtant fait passer un double message, d’indifférence, de désespoir et de colère mélangés,  que nul ne semble avoir entendu:
* une terrible sanction envers les partis dits de gouvernement: nullité et cynisme des socialistes au pouvoir; naufrage sans fin de l’UMP marqué par un vide idéologique abyssal et une certaine tendance au népotisme qui s’est incarnée dans le choix des têtes de liste, destiné à recaser des politiciens au rancard parfois même précédemment battus aux élections nationales! Les Français ont aussi sanctionné ce détournement d’une élection à des fins privatives et exprimé leur dégoût face à ces pratiques.
*Un profond désarroi du corps électoral déboussolé par la décomposition de la vie politique, la disparition des grandes figures républicaines, de voix de la raison – à l’image d’un Philippe Séguin qui manque cruellement – et l’absence criante d’alternative politique aujourd’hui crédible.
Le vote d’aujourd’hui exprime sur le plan électoral le dépit populaire dont le fameux sondage CEVIPOF de janvier dernier portait déjà la trace: 88% des Français pensent que les politiques n’attachent pas d’importance à ce que pensent les gens comme eux. Si l’on en croit les commentaires indigents de ce soir, ils ne sont pas près de changer…

Européennes 2014 : le PS a la gueule de bois

Au lendemain du 21 avril 2002, ils avaient dit "Plus jamais ça". Douze ans plus tard, les résultats catastrophiques des européennes sont vécus comme "une catastrophe".


"C'est la soirée où il faut être à Paris", ironise Matthias Fekl, député du Lot-et-Garonne. En réalité, l'ambiance est bien morne Rue de Solférino dimanche soir. Les chiffres qui circulent depuis 19 heures confirment ce que prédisaient les sondages : le parti de la majorité arrive en troisième position des élections européennes, derrière l'UMP et le FN, qui caracole en tête. 
La cour intérieure du siège du PS se remplit peu à peu. Plus que la colère, c'est l'abattement qui prédomine chez les rares dirigeants qui s'aventurent parmi les journalistes. "C'est la catastrophe", "c'est terrifiant", "eh bien, c'est beau...", lâche François Kalfon, l'un des secrétaires nationaux. Hasard ou pas, ce sont les leaders de la fronde contre le gouvernement qui viennent majoritairement délivrer leur parole aux journalistes, à l'exception de Luc Carvounas, sénateur très proche de Manuel Valls. Le patron de l'Assemblée Claude Bartolone et l'ancien ministre de la Ville François Lamy se montreront. L'ancien député de l'Essonne Jérôme Guedj fume une cigarette sur les marches du perron et souffle : "Après le 21 avril 2002, on avait dit plus jamais ça... Et voilà le FN en tête. On ne peut pas faire comme si ça n'existait pas." 


"Il ne suffit pas de changer de gouvernement"

Ce que réclament les fameux 41, qui se sont abstenus le 29 avril lors du vote à l'Assemblée sur le pacte de stabilité budgétaire, c'est un changement de cap. "Il ne suffit pas de changer d'équipe, d'avoir un Premier ministre populaire, mais de changer de politique économique", martèle le député des Hauts-de-Seine Jean-Marc Germain.
Avant même le résultat, le porte-parole du groupe, Thierry Mandon, espérait, lui, que la défaite puisse "consolider l'inflexion sociale [entamer avec les annonces de Manuel Valls en matière de fiscalité, NDLR], intensifier les débats dans le groupe et consolider le nouveau rôle du parti".
Jean-Marc Germain prévient que les 41 - dont une majorité de socialistes concèdent qu'ils seront sans doute plus dorénavant - vont continuer dans la même direction. "On a obtenu deux pas en avant pour les retraités modestes et les contribuables modestes. Il faut une politique de la demande qui accompagne la politique de l'offre", dit-il. À ses côtés, son camarade de la Nièvre Christian Paul, autre leader de la fronde.
"Le redressement va porter ses fruits"
Mais Manuel Valls, dont l'allocution est diffusée sur les écrans installés dans la cour, ne va pas dans ce sens. Constatant que le résultat est "un choc, un séisme", Manuel Valls assure que les Français "ont crié la même urgence qu'aux municipales". De fait, depuis plusieurs jours, Matignon martèle que le résultat fait partie "de la même séquence" que les municipales et qu'il n'y a donc aucune raison de redistribuer les cartes à la tête de l'État. "On ne va pas changer de gouvernement toutes les deux minutes", balaie Pervenche Berès, la tête de liste du PS en Ile-de-France aux européennes. Un peu effondré, un dirigeant PS, qui pressent que rien ne va changer, souffle : "Comme je ne suis pas très chrétien, je n'aime pas tendre l'autre joue. Une gifle, deux gifles, ça fait beaucoup..."
À 20 h 45, Jean-Christophe Cambadélis, visage grave, monte sur la petite scène prévue pour son allocution. Le patron du PS prend sa respiration, reboutonne sa veste et entame : "Ce jour restera dans nos mémoires comme un jour sombre pour la démocratie, pour l'Europe et pour la France." S'il se montre optimiste concernant la réussite des réformes entamées ("Le redressement va porter ses fruits"), le patron du PS fustige "une campagne trop courte, pas assez européenne et trop superficielle".

Avril en mai

Avril en mai

Le pire n'est jamais sûr mais à force d'erreurs, il finit toujours par arriver. Le « 21 avril européen » que l'on redoutait a eu lieu… ce 25 mai. Le Front national est arrivé, selon des estimations concordantes rendant inopérantes les mesures officielles d'embargo, en tête des partis pour ces élections européennes. Et, apparemment, avec netteté. Du coup, la soirée électorale, sur les grandes chaînes de télévision, a pris des allures de veillée funèbre pour les responsables politiques. Manuel Valls, tout de noir costumé et cravaté, en aura été le symbole avec une allocution qui ressemblait à une sinistre épitaphe.
En affirmant que le pays vivait un moment très grave, le Premier ministre en a rajouté dans la dramaturgie. Ce qui ne suffira pas toujours à compenser l'absence de résultats. Manuel Valls n'a d'ailleurs pas été le seul responsable politique à sombrer dans le catastrophisme. Mais si les mots utilisés hier soir sur les plateaux télé ont souvent été très forts, c'est aussi parce qu'ils avaient été beaucoup trop faibles dans les semaines précédant le scrutin pour défendre l'Europe.
Méfions-nous de ces appels d'un soir à tout changer et à faire le ménage, venant de politiciens qui retombent très vite dans leurs travers. On sait ce qu'il advint après le 21 avril 2002 et l'éphémère sursaut républicain. Alors, oui, la victoire du FN est symboliquement désastreuse au pays des pères fondateurs de l'Europe. Mais elle reste toujours (et peut-être plus que jamais) un vote défouloir plus que d'adhésion. Les Français, déboussolés, ont voté Marine Le Pen sans voter "oui" à son programme dévastateur puisqu'ils sont majoritairement contre la sortie de l'euro.
Certes, les Français veulent une autre Europe, plus proche, moins tatillonne, plus simple dans sa gouvernance, mais ils ne veulent pas forcément jeter le bébé avec l'eau du bain. Bien évidemment, une « lecture européenne » du scrutin d'hier ne suffit pas. Il a aussi sa lourde signification intérieure puisque, en dehors du FN, tout le monde a perdu. Même si François Hollande et le PS ont perdu plus que d'autres.