vendredi 18 avril 2014
Le droit et l’infamie
“Rien ne justifie que l’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme…” Dominique Baudis en fit aussi la cruelle expérience. D’où l’hommage de la République.
On se souvient des mots prononcés par François Mitterrand, le 4 mai 1993, devant la dépouille de son ami Pierre Bérégovoy : « Toutes les explications du monde ne justifieront pas que l’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme, et finalement sa vie, au prix d’un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d’entre nous. » Il y avait dans l’hommage national rendu, par François Hollande, ce mardi, à Dominique Baudis, aux Invalides, comme une volonté de réparation à l’égard d’un homme qui, lui aussi et bien plus encore, fut blessé et meurtri dans sa dignité et sa liberté par un fiasco judiciaire et une curée médiatique, dix ans après la mort volontaire de Pierre Bérégovoy.
« La presse traite mieux les morts que les vivants », observait, samedi dernier, Ivan Levaï, au micro de France Inter, en prenant connaissance des hommages unanimes parus en mémoire de Dominique Baudis, qu’un cancer venait d’emporter. « Les mots peuvent tuer », ajoutait Levaï ; Baudis en avait fait la cruelle expérience. L’expression « curée médiatique » était parue la veille, dans un article du Monde, signé Gérard Davet, en forme d’acte de contrition sur le traitement du “piège diabolique” dont Baudis fut la victime et le Monde la référence. Parmi tant de médias.
L’affaire éclata, à la fin avril 2003, alors que Dominique Baudis avait renoncé à l’action politique ; il avait un successeur à la Mairie de Toulouse et se concentrait sur ses fonctions de président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (lire page 10). Pourquoi lui ? Le fil remontait à un tueur en série, Patrice Alègre, accusé par deux prostituées et un travesti. Ce serait resté un sordide fait divers si les prostituées n’avaient pas trouvé une oreille attentive auprès d’un adjudant de gendarmerie et d’un procureur lorsqu’elles dénoncèrent des « personnalités toulousaines » comme les complices des viols collectifs et autres sévices du tueur en question. Encore fallait-il que le dossier fût ouvert à la presse (et le secret de l’instruction ? ) pour fabriquer l’“affaire Alègre”.
« Une affaire d’État », s’empressa d’imprimer un reporter toulousain, Gilles Souillès, dans son quotidien régional, lorsque les noms de Dominique Baudis et de deux magistrats furent prononcés. Mais ce ne devint vraiment une affaire d’État que lorsque le correspondant local du Monde lui apporta le crédit de son journal. Venu d’une presse très à gauche avant de faire un tour dans les cabinets ministériels socialistes, ce correspondant, Jean-Paul Besset, devait se faire le rapporteur scrupuleux des dépositions des prostituées : « Pourquoi ces filles mentiraient-elles, écrivait-il le 3 juin 2003, elles qui ont dit vrai déjà sur plusieurs parties de l’affaire, elles qui ont fui pour oublier […], elles qui sont encore meurtries et terrorisées. […] Les témoignages, précis, sonnent fort. » Le 17 juin suivant, il alla plus loin, reconstituant « l’histoire de la maison du lac de Noé », la « maison de l’horreur », où, toujours selon les prostituées, s’étaient déroulées les soirées de tortures impliquant les « personnalités ».
Ce fut l’article de trop. Comme le reportage d’une journaliste de France 2 ou l’interpellation de Karl Zéro, sur Canal Plus, quand on sut que l’un et l’autre avaient payé les prostituées pour obtenir leurs confidences. La mystification, dénoncée par Marie-France Etchegoin (du Nouvel Observateur) et le Canard enchaîné, éclata quand les filles avouèrent qu’elles avaient tout inventé. Mais le non-lieu général ne fut prononcé qu’en juillet 2005 et la condamnation des prostituées (pour dénonciation calomnieuse) que le 26 mars 2009.
Était-ce parce qu’il avait été un élu, un maire, une personnalité de Toulouse de droite que Dominique Baudis devait forcément être coupable ? Il y eut, cet été-là, un autre fait divers : dans la nuit du 27 juillet 2003, à Vilnius, Bertrand Cantat frappa à mort sa compagne, Marie Trintignant. Or, Cantat était un « leader charismatique », celui du groupe Noir Désir ; il aimait les immigrés, les clandestins, les Palestiniens et José Bové. Son acte passa pour une « tragédie de l’amour » dans les médias qui avaient accusé Dominique Baudis.
Jean-Paul Besset était aussi un grand admirateur de José Bové. Quand il quitta le Monde, à la fin 2004, quelques mois avant Edwy Plenel, le directeur de la rédaction — et l’affaire Baudis n’y fut pas étrangère —, il alla chez les écologistes. Il se présenta comme tête de liste Europe Écologie dans la région Centre en 2009 et fut élu député européen. Il n’osa pas affronter Dominique Baudis, qui conduisait la liste UMP dans la région voisine. Celui qui, deux ans plus tard, fut appelé par Nicolas Sarkozy à devenir Défenseur des droits. Lui qui avait tant souffert de l’infamie.
La fabrique de “Torquemada”
Le 27 mars, le groupe socialiste à l’Assemblée nationale a déposé une proposition de loi destinée à renforcer le pouvoir des inspecteurs du travail. Ce corps, créé en 1892, est rattaché au ministère du Travail depuis 1906 et son rôle est de veiller au respect du code du travail. Si les députés adoptent cette proposition de loi — ce qui serait pour le moins contradictoire avec le discours proentreprise de Manuel Valls —, les inspecteurs du travail, qui ont la réputation d’être fortement ancrés à gauche, deviendront de véritables petits inquisiteurs.
L’article 2 de ce projet de loi autorisera en effet ces fonctionnaires du ministère du Travail à prononcer eux-mêmes des amendes administratives en cas de manquement à certaines dispositions du code du travail (temps de travail, salaire, conditions d’hygiène sur les lieux de travail et les chantiers). « L’amende maximale est fixée à 2 000 euros pouvant être appliquée autant de fois qu’il y a de travailleurs concernés par le manquement. »Elle pourra même être de 10 000 euros par salarié concerné par l’infraction si « l’employeur ne se conforme pas aux décisions prises par l’agent de contrôle de l’inspection du travail ».
Fini donc la séparation entre les fonctions de contrôle, d’instruction et de jugement ; elle garantit pourtant l’impartialité, qui est un des fondements de la justice. Le pouvoir d’investigation des inspecteurs du travail pourrait être élargi en ayant « accès à tous les documents nécessaires au contrôle et pas seulement aux documents obligatoires prévus par le code du travail ».
Voilà qui rajoutera encore un peu plus de stress aux patrons de PME. Ils n’en manquent pas, comme le remarque une récente étude American Express/Ipsos. Il en ressort que l’état d’esprit des dirigeants d’entreprise est partagé entre stress (37 %), contrainte (29 %), enthousiasme (27 %) et fierté (22 %). Leur désir le plus grand ? « Être déchargés des tâches complexes comme les démarches administratives. » Le législateur devrait l’avoir constamment en tête, et surtout se souvenir de ce que disait Montesquieu : « Une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi ; mais elle doit être loi parce qu’elle est juste. »
La France et le désarroi identitaire
Ceux qui comparent la situation actuelle avec celle des années trente n’ont pas compris à quel point, aujourd’hui, la France souffre d’une profonde crised’identité.
Il y a, sous la Coupole, une petite dizaine de personnalités qui ont fait leur cette phrase terrible de Georges Bernanos : « Quand je n’aurai plus qu’une paire de fesses pour penser, j’irai l’asseoir à l’Académie française. » Ce sont tous ces porte-drapeaux autoproclamés de la bien-pensance qui ont barré d’une croix noire leur bulletin de vote, alors que la majorité des immortels choisissait d’accueillir parmi eux le philosophe Alain Finkielkraut. L’auteur de la Défaite de la pensée ne laisse personne indifférent, par ses écrits, par ses prises de position médiatiques, et surtout par un attachement formidable à la France et à ses valeurs. Lui, le juif d’origine polonaise, pur produit de la méritocratie française, professeur à Berkeley puis à Polytechnique, ne reconnaît plus notre pays tel qu’il était il y a cinquante ans. Il ne fait que dire cela. Et il l’a à nouveau magnifiquement écrit à l’automne dernier dans un ouvrage qui a suscité la polémique : l’Identité malheureuse.
Jean d’Ormesson, qui s’est beaucoup battu pour qu’Alain Finkielkraut puisse entrer Quai de Conti, a écrit dans Au plaisir de Dieu que « la tradition est un progrès qui a réussi ». L’Académie française est un lieu ô combien traditionnel, mais qui se retrouve parfaitement, avec ses quatre siècles d’existence, dans cette jolie formule. C’est un progrès qui a réussi en s’ouvrant successivement aux femmes, aux étrangers, formidables défenseurs de la francophonie, et maintenant à un philosophe français “de sang mêlé” qui, en osant prendre la défense des “Français de souche”, représente davantage l’opinion majoritaire dans le pays que ces quelques habitués du Café de Flore, auteurs, à son encontre, d’une cabale insupportable.
Non, Alain Finkielkraut ne fait pas rentrer « le Front national sous la Coupole » comme ses détracteurs ont pu le déclarer avant de gribouiller des croix noires contre celui dont la famille avait autrefois connu les étoiles jaunes. Il y fait rentrer un attachement impressionnant aux valeurs d’une France qui est en train de disparaître et que l’Académie a pour mission de perpétuer autant que de défendre. Il ne cesse de s’inquiéter d’une école de la République incapable d’enseigner la lecture, en passe de sombrer sous le coup d’un absurde pédagogisme et qui refuse les différences, notamment les signes religieux. Alain Finkielkraut est certainement celui qui a le mieux montré la bêtise des mesures issues de la commission Stasi, privant les gamins de leur kippa ou de leur médaille de baptême, sous prétexte que cela pouvait offenser certains de leurs camarades de classe, voire même fausser leur discernement.
Maintenant, c’est vrai, il s’inquiète haut et fort d’un islam qui se fait trop présent et devant lequel toutes les institutions françaises s’inclinent avec une facilité déconcertante. Et lorsqu’il ressasse l’exemple de Villers-Cotterêts, où la maison du maître d’école a été remplacée par une mosquée et la charcuterie par une boucherie halal, il ne fait que pointer du doigt ce que d’autres appellent « le grand remplacement ». Son but n’est pas d’appeler à une fermeture des frontières, mais d’être l’une des dernières sentinelles de cette France que nous aimons tous, forgée par mille ans d’histoire, décrite par Victor Hugo, chantée par Péguy et défendue par Clemenceau, cette France dont les repères, sacrifiés par l’angélisme béat de certaines élites à l’égard du multiculturalisme, sont en train de disparaître.
C’est cette “trahison des clercs”, à laquelle nous assistons lorsque Manuel Valls déclare que « l’islam est compatible avec la démocratie », qui crée un véritable désarroi identitaire. Bien sûr, vient s’ajouter à cela une crise économique qui affecte bon nombre de Français dans leur vie quotidienne. Mais tous ceux qui s’obstinent à comparer la situation actuelle avec celle des années trente, aveuglés par la seule montée du populisme, n’ont pas compris à quel point, aujourd’hui, les malheurs de la France se résument d’abord à cette incroyable crise d’identité. À ce que des millions et des millions de Français de souche ou qui ont été assimilés ne reconnaissent plus le pays dans lequel ils ont grandi. Le premier ministre ferait bien, tant que sa popularité est au zénith, de relire les livres d’Alain Finkielkraut, lui qui, comme ministre de l’Intérieur, a participé plus que d’autres à l’émergence de ce désarroi identitaire. Comment s’étonner, pourtant, que ce sentiment s’accroisse encore cette semaine pour nos frères juifs qui fêtent leur pâque (Pessah) et pour les catholiques qui vont célébrer la résurrection du Christ. Sans un voeu des autorités républicaines pourtant si promptes à accompagner l’ouverture du ramadan et l’Aïd el-Kébir !
Les mairies FN sous « l’œil de Moscou »
Les mairies FN sous « l’œil de Moscou »
Il y a quelques jours, nous avions déjà eu droit aux lamentations du Bruel expliquant dans Technikartson « refus de cautionner le discours populiste » de Marine Le Pen et son intention de ne plus se produire dans les villes nouvellement acquises par le FN. Qu’un chanteur pour midinettes décide de boycotter ces communes est son droit. Et, en l’occurrence, leurs habitants devraient même plutôt s’en réjouir… Mais quand Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, déclare officiellement qu’il sera « extrêmement attentif » à la politique culturelle menée dans ces villes et se rendra même sur place pour recueillir l’avis des associations, cela tourne au 1984 d’Orwell.
Beaucaire en ligne de mire
Invitée mercredi sur Radio Classique, Filippetti a en effet expliqué : « Il y a des villes, maintenant, qui sont passées au Front national et sur lesquelles il va falloir être extrêmement attentif en ce qui concerne ce qui se passe en matière culturelle. Parce qu’on l’a vu par le passé et on sait très bien qu’en 95, quand les villes sont passées au Front national, eh bien les premières victimes ça a été les associations culturelles. On se rappelle le festival de Châteauvallon, par exemple. On se rappelle la déprogrammation de Marek Halter d’un festival du livre à Toulon. On se rappelle notamment des attaques contre les rayonnages des bibliothèques, enfin avec des formes de censure, dans d’autres villes… »
Se disant notamment « très attentive à ce qui se passe à Beaucaire, où le maire (Julien Sanchez) a d’ores et déjà déclaré qu’il allait donner des subventions aux associations qui le mériteraient, avec tout ce que cela ouvre comme portes à l’interprétation », le ministre de la Culture s’est même déclaré prêt à aller « soutenir sur place » les associations culturelles « s’il y a des menaces ou des attaques contre elles ».
Gabegie socialo-communiste
Et en quoi mettre fin au gaspillage de l’argent des contribuables serait-il si scandaleux ? Quand on sait ce qui se passe dans les communes gérées par les socialo-communistes, la gabegie généralisée qui y règne, les centaines de milliers d’euros distribuées chaque année à une foule d’associations prétendument « culturelles » qui servent avant tout à placer les copains ou à relayer la propagande de la mairie, les bibliothèques municipales où ne sont disponibles que les œuvres d’auteurs marxistes, les MJC dans lesquelles n’a droit de cité que le théâtre de Brecht, toutes choses hautement subventionnées et régulièrement pointées du doigt par les rapports de la Cour des comptes, il y a vraiment de quoi mourir de rire en entendant les propos de celle qui a distribué l’an dernier aux membres de son cabinet quelque 40 000 euros de primes à chacun.
Vers un "big bang" politique?
Vers un "big bang" politique ?
Le plan de rigueur courageux (pourquoi ne pas le dire?), même s’il ne touche pas aux sujets de fond comme le poids de la fonction publique, annoncé hier par le Premier ministre, est ressenti comme une véritable trahison par la frange idéologique du parti socialiste et fustigé avec une égale véhémence et exactement les mêmes termes par le front national et le front de gauche. Le processus qui est en cours ouvre sans doute la perspective d’une crise politique majeure, une partie de la majorité faisant scission, puis une dissolution de l’Assemblée nationale, alors inévitable, en 2015 ou 2016, suivie d’élections générales. Un tel scénario semble de plus en plus crédible.
D’ailleurs, les conditions d’une recomposition politique générale sont aujourd’hui réunies. Le parti socialiste a de bonne chance de se scinder entre sa frange "gouvernementale" dirigée par M. Valls et ses idéologues, majoritaire à l’assemblée et parmi les militants. L’UMP est en train de se déchirer entre la tendance euroréaliste, qu’incarne en ce moment M. Wauquiez, et euroconformiste derrière Alain Juppé.
Nous pourrions voir émerger un modèle multipolaire, autour de 6 ou 7 formations: une droite "antisystème" fortement réduite par la résurgence d’un mouvement gaulliste, issu de la frange euroréaliste de l’UMP, au côté d’un puissant parti centriste rassemblant le reste de l’UMP, l’UDI et le MODEM, un parti social démocrate de gouvernement, un parti socialiste idéologue uni au front de gauche dont les communistes se détacheraient pour revivre une existence autonome et enfin les Verts.
Cet éclatement du système politique me paraît en germe dans les événements de ces derniers mois. Nous irions peut-être alors vers une France encore plus ingouvernable qu’aujourd’hui, dont la politique serait dominée par une coalition centrale plus ou moins instable associant le parti centriste et les sociaux démocrates, sur un modèle Quatrième République; bref, rien qui ne permette de sortir du marécage… Ci-jointe ma dernière tribune publiée par le Figaro Vox, sur un thème voisin.
jeudi 17 avril 2014
Sondage sismique
Sondage sismique
D’après le Figaro de ce matin, "si la présidentielle de 2017 se jouait aujourd’hui, les Français choisiraient de rejouer le 21 avril 2002. Dans le sondage exclusif OpinionWay-Le Figaro-LCI qui refait, avec les mêmes acteurs, le match de l’élection présidentielle de 2012, François Hollande ne recueille que 19 % des intentions de vote. Il ne passe donc pas la barre du premier tour, devancé de six points par Marine Le Pen (25 %) et de dix points par Nicolas Sarkozy (29 %)." Bien entendu, trois ans à l’avance, une telle enquête d’opinion ne permet pas d’anticiper sérieusement sur 2017. En trois ans, tout peut arriver… D’ailleurs, le scénario d’un sondage qui voit le président en exercice virtuellement écarté du second tour de la prochaine élection présidentielle n’a rien de nouveau. Le 8 mars 2011, déja, une enquêteHarris le Parisien donnait Madame le Pen en tête avec 24% des suffrages devant Dominique Strauss Kahn (23%) et Nicolas Sarkozy (21%). Un an plus tard, les résultats du premier tour n’avaient d’ailleurs aucun rapport avec cette enquête d’opinion. Et que dire, trois ans à l’avance, sinon qu’ un sondage de ce genre à valeur de défouloir autant que de prédiction, donnant ainsi la part belle au candidat prétendu "anti-système". Cependant, il aura une vertu évidente. Il montre au parti socialiste et au monde médiatique que leur petit calcul, visant à assurer à tout prix une réélection de FH grâce à la présence face à lui du candidat supposé "anti système" au second tour, est plus qu’aléatoire, tandis que se profile à l’horizon la perspective, même lointaine, d’un nouveau "séisme politique", après celui du 21 avril 2002: le second tour sans candidat socialiste.
Les combines sans intermittence
Les combines sans intermittence
Que la grande purge des économies se soit abattue sur la France n’empêche pas certains de continuer leur petit commerce. On nous le dit : l’effort doit être général, la solidarité sans faille, la transparence obligatoire, c’est une question de morale. Mais, en même temps, la France étant la France, beaucoup règlent leurs affaires sans se préoccuper des autres ; ils poussent leurs pions dans leur coin, en douce. Ainsi Mme Filippetti, ministre, a choisi d’améliorer le sort des intermittents du spectacle quand ils sont au chômage. Et Mme Voynet qui fut maire écologiste d’une grande ville et ne se représenta pas sûre de sa défaite, vient d’être propulsée à un poste important dans l’administration. Bref, les lobbies veillent : il n’y a pas d’intermittence dans les combines.
A tous ceux qui avaient cru François Hollande…
A tous ceux qui avaient cru François Hollande…
Il avait dit à tous les Français : ce sera la même politique.
Il avait assuré à tous ses électeurs perdus : j’ai entendu la demande de justice sociale.
Il avait garanti à tous les parlementaires de sa majorité, à tous les militants : j’ai ajouté un volet solidarité au pacte de responsabilité, afin de renforcer les mesures de gauche.
Il avait promis à tous ceux qui pensent que la France peut encore imposer sa voix en Europe : je demanderai à Bruxelles de tenir compte des réformes déjà accomplies.
A tous ceux qui l’ont cru, François Hollande a répondu, par la voix de Manuel Valls, en assénant un grand coup d’austérité sur le pays.
L’erreur n’est pas d’avoir choisi cette issue, la faute est de l’avoir dissimulée. La purge n’en sera que plus douloureuse à administrer et le résultat plus difficile à atteindre. On l’a vu en effet dans tous les pays qui avaient eu à affronter une période de ce genre, rien ne peut être entrepris sans un soutien minimum de la population. Pour réussir une telle remise en ordre, tous ont longuement évangélisé leur opinion, tenté d’associer des forces politiques opposées, essayé de rallier des partenaires sociaux. Tous ont revendiqué la sueur et les larmes, au lieu de soutenir contre toute évidence qu’il s’agissait de la même politique. Et tous ont indiqué un objectif de sortie des soins intensifs, un mieux prévisible. Une date, un horizon.
C’est peut-être d’ailleurs ce qui manque le plus dans le plan de rigueur annoncé par Manuel Valls. Et pour cause : la plupart des mesures dévoilées portent sur un gel, un report. Ce ne sont donc pas des réformes de fond, de structure, celles qui garantissent l’avenir. Ce sont des mesures d’économie, courageuses, certes, mais provisoires.
Il nous dira que c’est suffisant pour redresser la France, mais il ne faudra pas le croire.
mercredi 16 avril 2014
How French are you, le test américain qui tue… mais à quel point méritons nous les stéréotypes que les Américains véhiculent sur nous ?
Un quizz humoristique du site américain Buzzfeed (ici) propose un test afin de déterminer à quel point vous êtes français. Comment faire la part des choses entre stéréotypes abusifs et travers avérés ?
Nicholas Marks : Pour moi, le stéréotype "abusif" est soit non justifié, soit tellement usé qu'il ne devrait pas avoir lieu d'être. Quelques exemples : les Français et la baguette. D'accord, il est beaucoup plus probable de voir quelqu'un avec une baguette sous le bras dans une rue en France qu'aux Etats-Unis ou une file d'attente (surtout le dimanche) devant une boulangerie à Paris qu'à Los Angeles. Mais cela prouve quoi ? (Il n'est pas rare d’apercevoir une grosse Américaine avec un flacon de Coca deux litres à Atlanta, mais TOUTES les femmes américaines ne sont pas de grandes consommatrices de Coca Cola - mais cela "colle à l'image d’Épinal".)
Par contre, toujours pour moi, un travers avéré est un "constat". Exemples : les affaires Cahuzac ou DSK ou Zidane : un français peut se permettre de mentir d'une manière éhontée au public alors que cela se paie très cher aux Etats-Unis (et au Royaume-Uni aussi). Autre exemple : la peur du courant d'air chez les Français : je n'ai jamais connu un seul ressortissant de France qui n'ait pas peur du chaud-froid et de se trouver en "plein courant d'air". D'accord, ce n'est pas un "travers"... mais une phobie avérée. J'ai constaté des crottes de chien... avenue Foch à Paris. Vu le prix du mètre carré on peut se demander si l'étiquette "les Français sont sales" n'est pas quelque peu justifié.
Pourriez-vous commenter ces dix stéréotypes en précisant si ceux-ci sont avérés ou non ?
Les Français font tout le temps grève et manifestent tout le temps.
Oui, avéré. Le plus énervant c'est que cela sert la plupart du temps à rien et n'est souvent absolument pas justifié (changement à l'horaire d'hiver pour les cheminots, mis à pied d'un journaliste à France Inter...). Toutefois, comme une grève française ne dure pas longtemps en règle générale et n'est efficace que peu souvent, dans l'ensemble ça ne me gêne pas. (Et, à l'époque où j'étais salarié, une grève de transport fournissait toujours une bonne excuse pour un bon retard de l'arrivée au travail.)
Les Français se plaignent vraiment tout le temps.
Oui, certain. Le verre n'est pas seulement à moité vide, on n'arrive même pas à le trouver et de plus il est sale !
Les Français mangent des baguettes à outrance, aiment les fromages qui puent, mangent des huîtres, des grenouilles, des escargots et du foie gras.
Faux. Bien qu'on ait un problème lors d'une réunion de famille (couscous, mais pas de pain ! mon dieu ...), je pense que c'est surtout les générations plus âgées qui consomment la baguette à outrance. Je connais beaucoup de français qui n'achètent pas de pain tous les jours et qui - pire ! - n'aiment pas le fromage, surtout ceux qui puent, qui ne mangent jamais des huîtres, grenouilles, ou foie gras.
Les Français fument trop.
Oh oui ! Et surtout dans les endroits où c'est formellement interdit. (J'ai le souvenir d'avoir passé un quai de gare du RER A en train en voyant quatre contrôleurs dont trois fumaient... Mieux, une maman d'un petit en bandoulière sur le ventre, le mégot au bec).
Les Français aiment le vin et l’alcool en général. Ils commencent même à en boire très tôt.
Oui, et non. Je trouve que les Français aiment le vin en général (bien que les nouvelles générations, moins) et l'alcool (surtout le whisky) mais pas qu'ils commencent à boire tôt, à l'exception des alcooliques, bien entendu.
Les Français sont pessimistes.
Sûr. Il suffit de regarder la tête des gens dans les transports, et pas que le matin ! Dans mon entourage/belle famille et chez les collègues, français, force est de constater que l'avenir n'est pas rose (et ne l'a jamais été !).
Les Français n’aiment pas les riches, ni les gens qui réussissent.
Pas vraiment. Je trouve qu'ils ne leur vouent pas une admiration particulière, mais qu'ils ne les détestent pas non plus.
Les Français sont superficiels et pédants.
Non, pas particulièrement "superficiels" (cela dit, je suis Américain...). Mais "pédants", oh que oui ! Pire, tout bon français DOIT avoir une opinion sur tout sujet, même s'il n'y connait rien. (Et, le Français n'hésite pas à corriger le français, parlé par un étranger ; je connais une Québécoise qui s'est fait corriger un mot car ce n'était "pas du français !")
Les Français n’aiment personne.
Je pense que les Français aiment beaucoup et sincèrement leur proches. Mais n'aiment pas du tout l'étranger, dans le sens de quelqu'un qu'ils ne connaissent pas. ("Les Italiens, cela passe et encore. TOUS les autres sont des cons.")
Les Français sont fans des films et séries américaines mais aiment pourtant critiquer les Américains.
Je trouve qu'il y a là aussi une question de génération. Je ne trouve pas qu'ils aiment particulièrement les films et séries s'ils ont plus de quarante ans, par contre, plus quand ils sont jeunes. Critiquer les Américains ? Oui, les Français adorent cela. Là aussi, plus généralement, ceux qui ont un certain âge aiment faire cela, mais il y a aussi tous ceux qui "adorent les Etats-Unis".
Les Américains ont-ils une vision particulièrement négative et biaisée des Français ? Pourquoi ?
Je le pense. Surtout chez les Américains qui n'ont jamais mis les pieds ici. Par contre, ceux qui y ont voyagé généralement aiment la France (peut-être moins les Français...). Je suis convaincu que les médias américains maintiennent cela, comme une sorte de blague récurrente facile. (Il n'y a pas si longtemps une de mes tantes aux Etats-Unis avait demandé à une de mes filles s'il y avait des McDonald's en France... comme si c'était la marque d'un pays civilisé).
Je pense qu'il s'agit :
1) de notoriété : si on demande à un Américain lambda ce qu'il pense d'un Slovaque ou d'un Belge il n'y aura aucune réponse. Mais les Français ont une réputation (justifiée ou pas) et une abondance de clichés autour d'eux.
2) Les Français, tels qu'on les décrit dans les livres, au cinéma et à la télévision, sont bardés de stéréotypes (dont quelques travers justifiés) - un peu comme les Chinois dans "Benny Hill" - on reconnait tout de suite et on rit, ou sourit, mais c'est de la facilité.
3) Dans les médias américains, surtout de droite (Fox News) il y a un agenda anti-français qui s'explique par :
- votre non-acceptation aveugle de la politique étrangère américaine (guerre d'Irak),
- l'indépendance de celle de la France (Syrie, Mali) qui va parfois contre les intérêts américains
- et (sans que cela soit dit) le refus par les conservateurs du "modèle français" comprenant le chômage bien indemnisé, de longues vacances ou congés maternités payés, des systèmes d'éducation ET de santé de qualité souvent gratuits, des TGV, des Airbus et (il ne faut pas le dire !) des femmes belles qui fument et qui boivent !
Ces travers concernent-ils l'ensemble des Français ou davantage les Parisiens ?
J'ai passé pas mal de temps en province et je trouve que certains travers ou traits (pessimisme, baguette, vin) sont plus exacerbés ou forts en province alors que d'autres (égoïsme, pédanterie, anti-américanisme primaire ...) le sont plus à Paris.
Mais je pense qu'un Américain "normal" ne pourrait pas faire la différence entre le Parisien et le provincial. Il aura déjà du mal à la faire entre un Français et un Italien ou un Allemand... ce sont tous des Européens pour nous.
Certains de ces travers ne sont-ils pas finalement caractéristiques de tous ceux que l'on considère comme étrangers ?
Je dirais que non. Il y a vraiment une image particulière des Français, chez les Américains, et vice versa.
Il y a une réelle "identité française". Aucun Américain ne traiterait un Hongrois d'arrogant, un Portugais de pédant, un Suisse de sale, un Suédois de menteur, ou un Irlandais de chiant. Non, les travers des Français, s'ils sont dans certains cas partagés avec d'autres nationalités, forment néanmoins un faisceau de torts - réels ou perçus comme tels - qui distinguent bien le Français de tout autre étranger.
Un PS de « Camba »
Un PS de « Camba »
Après le « gouvernement de combat », voici donc « le PS de Camba ». Hier soir, comme prévu, pour ne pas dire comme imposé par l'exécutif, Jean-Christophe Cambadélis a été élu (mais non plébiscité) premier secrétaire par le conseil national du PS. Voici donc cet ancien trotskiste devenu, en quelque sorte, le Valls du Parti socialiste. Car on n'en finirait pas de souligner les similitudes ayant caractérisé l'accession de ces deux ambitieux aux postes qu'ils guignaient ouvertement. Même s'il a été adoubé par François Hollande, au mépris des règles de démocratie interne, Jean-Christophe Cambadélis n'était pas davantage le candidat de c'ur du chef de l'État pour diriger le PS, que Manuel Valls ne l'était pour diriger le gouvernement.
L'un et l'autre ont plus imposé leur présence qu'ils n'ont été sollicités. Et cela par la grâce d'une déroute électorale. Tout comme Valls est un anti-Ayrault, « Camba » est un anti-Désir, chargé de remettre de l'ordre dans la maison socialiste ébranlée. Le nouveau premier secrétaire, fin politique et habile man'uvrier, incarne ce professionnalisme désormais revendiqué. Comme Manuel Valls, il entend travailler collégialement à l'unité avec un secrétariat national « resserré et paritaire ».
Tout comme Manuel Valls encore, qui a obtenu une confiance vigilante au Parlement, « Camba » a dû compter hier soir avec la contestation de l'aile gauche du parti réclamant une direction collégiale et un congrès extraordinaire. Pour calmer cette impatience, il a proposé des « États généraux socialistes » et une conférence militante où sera discutée l'orientation politique du parti.
Parce qu'enfin, Cambadélis devra, comme Valls, jouer loyalement la synthèse sans être un béni-oui-oui. Porter la parole militante, en désaccord grandissant avec le discours élyséen, constituera une tâche funambulesque s'il veut être un premier secrétaire provisoire… qui dure. Surtout que se profilent des élections européennes que le PS abordera dans l'ambiguïté. Cambadélis va jouer gros. Décidément, Valls et « Camba », même combat !
Salaire inférieur au Smic : comment Pierre Gattaz va tuer cette bonne idée
Pierre Gattaz, a suggéré de créer un salaire d’entrée dans l’entreprise à un niveau inférieur au Smic. L’idée est bonne mais l’enthousiasme du président du Medef risque de la tuer.
Cette affaire de coût du travail va constituer le vrai test de la capacité du gouvernement à assouplir le droit du travail pour rendre le marché de l’emploi fluide. Le système français souffre d’un coût du travail excessif mais aussi d’un manque de souplesse. C’est d’une évidence biblique, l’existence du Smic a accéléré la délocalisation industrielle et a provoqué du chômage. Le coût du travail s’est retrouvé depuis une dizaine d’années trop élevé par rapport aux conditions d’équilibre de l’entreprise. Les entreprises ont fermé et les syndicats ont préféré se battre pour améliorer l’indemnisation chômage. Le pays tout entier a fait le choix du chômage plutôt que du travail.
Les entreprises ont été dissuadées d’embaucher et les demandeurs d’emplois n’ont pas été franchement encouragés à trouver un job. Résultat, la France compte désormais 10% de chômeurs.
De l’avis de la majorité des experts, la solution passerait par un déblocage du marché de l’emploi. C’est-à-dire par une simplification des procédures, un déverrouillage des seuils qui bloquent le développement des entreprises, une flexibilité plus grande y compris sur les salaires… avec, pourquoi pas, des Smic différents selon les régions et comme vient de le dire Pierre Gattaz, l’instauration d’un Smic inférieur au niveau légal pour inciter les jeunes à mettre un pied dans l’entreprise plutôt que de commencer par la case "Pôle Emploi" !
Le problème, c’est que tout cela n’appartient pas au logiciel de la gauche. Les militants du Front de gauche, du Parti communiste et les adhérents syndicaux sont en général vent debout contre ce type de réformes. Ces dernières sont donc restées de tout temps dans les cartons pour des raisons strictement idéologiques.
Manuel Valls est arrivé à Matignon sans trop d'a priori. Il a d’emblée parlé de réformer le droit du travail, d’introduire plus de flexibilité... François Hollande lui-même s’est laissé convaincre, par quelques-uns de ses amis économistes, dont Elie Cohen, de réfléchir à un salaire minimum moins élevé et pourquoi pas un salaire régionalisé pour tenir compte des différentiels de pouvoir d’achat. Manuel Valls a soulevé quelques inquiétudes dans les rangs de ses amis politiques mais pas de levées de boucliers. La gauche est dans un tel état qu'elle n’a pas d’autre choix que d’accepter les prescriptions de l’un des leurs, même si ces prescriptions ne paraissent pas dans la ligne du parti.
Dans les coulisses, tout était donc possible pour Manuel Valls qui veut absolument faire repartir la machine économique. Mais à une condition : de ne pas faire de provocation à l’adresse des militants de gauche.
Or, si Pierre Gattaz s’empare de cette idée pour la défendre avant même que le gouvernement l’ait formalisée, il provoque immédiatement une réaction de rejet de la part des syndicats. Ça n’a pas manqué. Tous les syndicats sont plus ou moins montés au créneau contre cette idée du Medef redevenu pour le coup le repère des "affreux-capitalistes-prêts-à-tout-pour-optimiser-leurs-dividendes".
Reste à savoir comment vont réagir les politiques, non ceux de droite (Ils n’ont guère travaillé à trouver des idées nouvelles), mais les politiques de gauche brûlés vifs… On aurait voulu tuer dans l’œuf une mesure intelligente et pragmatique qu'on n’aurait pas fait les choses différemment. Les pires adversaires de Manuel Valls sont tapis au sein même de sa famille. Pour l’instant, ils grognent un peu mais attendent de voir. Maintenant, si on agite le chiffon rouge, ses adversaires vont se réveiller et obliger François Hollande à calmer le jeu.
Et si vous débranchiez (un peu) votre portable ?
Trop, c'est trop ! On consulte son portable à tout moment, même en pleine discussion. Des voix s'élèvent pour inviter à une utilisation plus modérée du téléphone.
Au point qu'on commence à faire la chasse à ces impolitesses. Depuis la semaine dernière, les membres du gouvernement ont ordre de ne plus allumer leur portable durant leur réunion hebdomadaire à l'Elysée.
« Pour être concentré sur ce que nous avons à faire, le président de la République a décidé qu'il n'y aurait plus de portable au Conseil des ministres. Chacun aura à discuter et à écouter ce qui se dit », a déclaré sans rire Stéphane Le Foll, le nouveau porte-parole du gouvernement. Une instruction qu'ils suivront sans doute à la lettre aujourd'hui pour la Journée nationale de la conversation, qui tente de remettre au goût du jour l'art de se parler... et de s'écouter.
Avec le développement des smartphones, les mauvaises habitudes ont gagné du terrain. D'après le cabinet d'étude Millward Brown, les Français passent en moyenne soixante-dix-neuf minutes devant leur écran de téléphone chaque jour. Ils l'utilisent surtout pour prendre des photos ou des vidéos, consulter leurs e-mails et rechercher des informations sur le Web, a établi de son côté le cabinet Deloitte. « Quand je travaille, je ne regarde pas trop mon portable. Mais, quand je suis en repos, je le consulte environ tous les quarts d'heure, même si je suis avec du monde », avoue Adélaïde, une infirmière de 27 ans. « J'essaie de faire des efforts parce que ça m'agace dans le sens inverse », reconnaît cette accro à Facebook.
Sur le réseau social, justement, de nombreux groupes antiphubbing se sont créés pour encourager les internautes à consulter leur smartphone avec modération et à contrer le développement de la Fomo (fear of missing out), un syndrome qui touche ceux qui se connectent par peur de manquer un événement important.
Aujourd'hui, ces anti sont surtout actifs dans les pays anglo-saxons, où le terme s'est popularisé. Aux Etats-Unis, plusieurs restaurants proposent ainsi des réductions aux clients qui laissent leur téléphone aux vestiaires. En Allemagne, des chercheurs ont lancé Menthal, une application disponible sur Android (en anglais) qui permet de calculer le temps qu'on passe sur son téléphone durant la journée. Elle a été téléchargée plus de cent mille fois.
En France, le problème commence à être pris en compte. « A cause des smartphones, les gens sont connectés en permanence, mais ils ne se parlent plus », regrette Guillaume Villemot, créateur de la Journée de la conversation et de son festival qui se déroule jusqu'à dimanche*. « Avec l'arrivée des réseaux sociaux, il faut trouver de nouveaux codes de conversation pour recréer du lien social », ajoute ce spécialiste de la communication. C'est le moment de partager vos idées, en vrai.
Visualisez la scène. Vous participez à un dîner entre amis, vous recevez un SMS. Que faites-vous ? Réponse A : vous le lisez. Réponse B : vous l'ignorez. Dans le premier cas, vous êtes un phubber, dans le second... un menteur ! Vous ne connaissez peut-être pas encore ce terme, mais le phubbing -- action de snober son interlocuteur en consultant son téléphone -- touche tout le monde, jusqu'aux ministres.
« Pour être concentré sur ce que nous avons à faire, le président de la République a décidé qu'il n'y aurait plus de portable au Conseil des ministres. Chacun aura à discuter et à écouter ce qui se dit », a déclaré sans rire Stéphane Le Foll, le nouveau porte-parole du gouvernement. Une instruction qu'ils suivront sans doute à la lettre aujourd'hui pour la Journée nationale de la conversation, qui tente de remettre au goût du jour l'art de se parler... et de s'écouter.
Avec le développement des smartphones, les mauvaises habitudes ont gagné du terrain. D'après le cabinet d'étude Millward Brown, les Français passent en moyenne soixante-dix-neuf minutes devant leur écran de téléphone chaque jour. Ils l'utilisent surtout pour prendre des photos ou des vidéos, consulter leurs e-mails et rechercher des informations sur le Web, a établi de son côté le cabinet Deloitte. « Quand je travaille, je ne regarde pas trop mon portable. Mais, quand je suis en repos, je le consulte environ tous les quarts d'heure, même si je suis avec du monde », avoue Adélaïde, une infirmière de 27 ans. « J'essaie de faire des efforts parce que ça m'agace dans le sens inverse », reconnaît cette accro à Facebook.
Sur le réseau social, justement, de nombreux groupes antiphubbing se sont créés pour encourager les internautes à consulter leur smartphone avec modération et à contrer le développement de la Fomo (fear of missing out), un syndrome qui touche ceux qui se connectent par peur de manquer un événement important.
Aujourd'hui, ces anti sont surtout actifs dans les pays anglo-saxons, où le terme s'est popularisé. Aux Etats-Unis, plusieurs restaurants proposent ainsi des réductions aux clients qui laissent leur téléphone aux vestiaires. En Allemagne, des chercheurs ont lancé Menthal, une application disponible sur Android (en anglais) qui permet de calculer le temps qu'on passe sur son téléphone durant la journée. Elle a été téléchargée plus de cent mille fois.
En France, le problème commence à être pris en compte. « A cause des smartphones, les gens sont connectés en permanence, mais ils ne se parlent plus », regrette Guillaume Villemot, créateur de la Journée de la conversation et de son festival qui se déroule jusqu'à dimanche*. « Avec l'arrivée des réseaux sociaux, il faut trouver de nouveaux codes de conversation pour recréer du lien social », ajoute ce spécialiste de la communication. C'est le moment de partager vos idées, en vrai.
Un vote de confiance déjà caduc
Un vote de confiance déjà caduc
Il n’a pas fallu plus de quelques jours au nouveau gouvernement pour comprendre à quel point il était sous surveillance : contrairement à ce que François Hollande avait espéré, la France n’obtiendra de l’Europe aucun délai de grâce pour ramener ses déficits publics à 3 %. Ce sera en l’an 2015. Le chef de l’Etat avait pourtant lui-même tenté de repousser cette contrainte. C’était au lendemain de la raclée électorale : le gouvernement, disait-il, devait « convaincre l’Europe » que le pacte de responsabilité et les efforts d’économies « devaient être pris en compte dans le respect de nos engagements » de remise en ordre de nos finances publiques. Cela pouvait permettre de relâcher un peu la pression gestionnaire, de distribuer quelques milliards sous forme d’aides ou de baisses d’impôts, manière de « tenir compte de la demande de justice sociale exprimée dans les urnes », selon la terminologie propre aux grands blessés électoraux de la gauche. C’est sur cette ligne d’assouplissement des contraintes que Manuel Valls a bâti son discours de politique générale ; c’est sur cette ligne qu’il a obtenu la confiance de la majorité.
Mais voilà, en une semaine, tout a changé : les Européens ne se sont pas laissé fléchir. Ils ne se sont pas non plus laissé intimider par le bras de fer promis par Paris. C’est par conséquent avec sa majorité que le chef de l’Etat devra mener ce bras de fer.
Nous voilà donc face à la réalité, dans toute sa brutalité. Avec, pour le gouvernement, une équation redoutable à résoudre : la mise en place d’un plan d’austérité sans précédent, avec remise en cause de quelques monuments du modèle social à la française et baisse du nombre des fonctionnaires. Une équation à une inconnue : un président au plus haut de l’impopularité peut-il conduire un programme politique aussi naturellement impopulaire ?
Valls vu des marchés

Qu’attendent donc les marchés ? Des preuves que la France évolue
Les marchés ont totalement ignoré le discours de politique générale du nouveau Premier ministre. Ils sont beaucoup plus préoccupés de savoir si la Banque centrale européenne va se décider à faire du QE (quantitative easing, assouplissement quantitatif), quand et comment, que du discours de politique économique de la France, qui s’inscrit dans la lignée des deux premières années de la mandature. La bonne nouvelle est que la France n’est pas un sujet ; la mauvaise est qu’elle ne fait pas rêver.
Les marchés ont ignoré ce discours parce qu’il s’inscrit dans une longue lignée d’annonces du même genre, séduisantes en théorie, décevantes en pratique. Le pacte de compétitivité s’est résumé a une petite baisse des coûts du travail, bien trop faible pour combler en tendance l’écart des coûts du travail avec l’Allemagne ou les pays du sud. Le pacte de responsabilité annoncé en janvier se traduira par une autre baisse, mais encore plus faible. Les grands mouvements de baisse de l’impôt sur les sociétés sont prévus après la mandature en cours, tout comme l’abandon de la clause de compétence généralisée, courageuse et importante, mais prévue pour 2021. Quant aux 50 milliards d’euros de dépenses publiques économisées, auxquels il faut ajouter plus de 10 milliards d’euros de nouvelles baisses d’impôt, les détails sont toujours maigres.
Bref, les marchés n’ont pas été impressionnés, ni en bien ni en mal : injuste ? Peut-être, mais cela reflète le manque de crédibilité de la France en comparaison des quatre grands pays de l’Union européenne quand il s’agit de réformes. Ce n’est pas la capacité de la France à produire des richesses qui est mise en cause, c’est sa capacité à évoluer. La confiance dans la richesse productive du pays est reflétée par la note souveraine, mais les doutes par le tassement des investissements directs. On reproche à la France de ne pas évoluer en comparaison des autres pays européens. Le Royaume-Uni a renoué avec 3 % de croissance en dépit de l’austérité. L’Espagne a reformé son marché du travail, sa compétitivité, et semble sortir de la crise tirée par des exportations dynamiques. Le discours de l’Italien Matteo Renzi, lancé vigoureusement sur le respect de l’objectif de finances publiques, assorti de quelques réformes structurelles, et avec une réforme électorale importante à la clé, a semblé beaucoup plus volontariste.
Mais qu’attendent donc les marchés ? Des preuves que la France évolue. Plutôt qu’un plan dont le premier objectif serait d’arriver à faire taire les complaintes bruxelloises, ils espèrent un plan d’ajustement budgétaire qui viserait à corriger les travers de notre système social, son inefficacité. Les transferts sont plus coûteux en France qu’ailleurs en proportion des montants redistribués, les multiples niveaux de gouvernance locale laissent dériver les dépenses publiques. Les investisseurs attendent aussi une réforme du marché du travail qui viserait à accroître l’employabilité plutôt qu’à protéger à l’extrême ceux qui ont déjà un emploi ; du leadership en Europe plutôt que « basher » la Banque centrale européenne. En bref, un mot d’ordre : moderniser.
Laurence Boone est membre du Cercle des économistes et directrices des études économiques pour l’Europe à Bank of America Merrill Lynch.
Une bouffée d’espoir
Une bouffée d’espoir
"Europe, il faut tout changer". Tel est le titre du livre que Laurent Wauquiez vient de publier sur l’Europe aux éditions Odile Jacob. L’ancien ministre de Nicolas Sarkozy et François Fillon écrit: "Oui, nous avons besoin d’Europe, mais pas de cette Europe-là. Encore faut-il ouvrir le débat. Cela suppose de l’audace et du courage, juste ce minimum de volonté pour secouer les tabous solidement établis, depuis Schengen jusqu’à l’Europe à 28, en passant par le protectionnisme et la liberté de circulation. Aujourd’hui, soit on est pro-européen et sommé de défendre tout ce que fait Bruxelles, soit on est anti-européen, et l’Europe devient porteuse de tous les vices.Au fond, on a renoncé à toute forme de liberté de pensée. Je réclame ce sursaut de lucidité qui doit permettre à des pro-européens de dire que ce n’est plus possible. Europe, oui, tout doit changer." Cet ouvrage marque une prise de conscience, de la part d’un homme politique important du camp des Républicains modéré, d’une réalité essentielle pour l’avenir. Il ne comporte pas une once d’idéologie anti-européenne. Il est tout en pragmatisme, en rejet des tabous et des dogmes, fondé sur la simple observation des faits et la dénonciation des échecs. Ce qu’il dit sur Schengen et la politique européenne de l’immigration est frappé au sceau du bon sens. Ses observations ne sont pas contre l’Europe mais bien au contraire, dans son intérêt à long terme… D’ailleurs, quitte à manquer à la modestie, il faut dire que j’écrivais à peu près la même chose, 13 ans auparavant, dans mon livre "Le grand bazar ou l’Europe face à l’immigration" (L’Harmattan, 2001), mais à l’époque dans l’indifférence ou l’ironie de mes rares lecteurs… Les temps changent, et parfois en bien. Bravo à Laurent Wauquiez donc, en espérant que sa clairvoyance ne sera pas perdue, que l’intelligence de son livre fera des émules et débouchera sur des suites dans le sphère du réel, de la politique!
Prix public 19,90€
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