TOUT EST DIT

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dimanche 1 mai 2011

L’invasion venue de l’Est n’aura pas lieu

On y est : le 1er mai, l'Allemagne ouvre son marché du travail aux ressortissants de huit pays d'Europe centrale et orientale. Mais l’afflux massif de travailleurs étrangers craint par certains n’aura pas lieu. Au contraire, les entreprises allemandes pourraient se battre pour attirer cette nouvelle main d’œuvre. 

Depuis quelques semaines, Andreas Röhm est submergé de demandes. Cela fait des années que son agence, Sirius Consulting, propose à des familles allemandes les services de personnel soignant venant d’Europe de l’Est. Il est toutefois confronté à une toute nouvelle forme de clientèle. "Aujourd’hui, ce sont des petites et moyennes entreprises qui m’appellent, explique-t-il. Ils recherchent des ouvriers dans le bâtiment, dans la sidérurgie ou du personnel qualifié dans l’hôtellerie". Ces entreprises voudraient que Röhm utilise ses contacts en Europe de l’Est pour faire venir des gens en Allemagne.
A partir du 1er mai, le marché du travail allemand sera entièrement ouvert aux ressortissants des Etats qui ont rejoint l’Union européenne en 2004. Les Polonais, les Tchèques, les Slovaques, les Hongrois et les Baltes pourront désormais travailler librement en Allemagne sans que l’agence pour l’emploi n’étudie auparavant leur profil pour vérifier qu’ils n’occupent pas un poste auquel pourrait prétendre un travailleur allemand.
Les ressortissants d’Europe de l’Est ont donc désormais le droit de venir en Allemagne. Mais le veulent-ils ? Pas tant que ça, répondent les économistes. "Le 1er mai ne marquera pas le début d’une immigration massive", affirme Christoph Schmidt, responsable de l’Institut de recherche économique de Rhénanie-Westphalie (WRI), à Essen. Selon ses estimations, l’Allemagne devrait accueillir au maximum 100 000 travailleurs est-européens supplémentaires chaque année, ce qui n’est pas une grande augmentation quand on sait qu’ils sont déjà 600 000 dans le pays. "Ce n’est pas comme s’il suffisait d’ouvrir la porte pour voir débarquer les spécialistes", résume-t-il.

Les jeunes de l'Est n'ont pas forcément envie de venir en Allemagne

Qui l’eût cru ? Pendant des années, nous avons craint que les Tchèques et les Polonais ne viennent inonder notre marché du travail et prendre nos emplois dès l’instant où les frontières seraient ouvertes. A présent, c’est exactement l’inverse qui se produit: les entreprises allemandes pourraient bien avoir urgemment besoin de travailleurs qualifiés venus de Pologne, de République tchèque et de Slovénie. L’Allemagne manque de bras. Et pourtant, certains indices montrent déjà que les jeunes travailleurs d’Europe de l’Est ne meurent pas forcément d’envie de venir en Allemagne.
La principale explication est que bon nombre de médecins, infirmiers, ingénieurs et autres artisans sont déjà partis depuis longtemps et sont aujourd’hui au Royaume-Uni, en Irlande ou en Suède. Ces pays ont en effet ouvert leurs frontières dès 2004 et des centaines de milliers de travailleurs ont effectivement migré vers l’ouest à l’époque.Deux ans plus tard, ce fut au tour de l’Espagne, du Portugal, de la Finlande, de la Grèce et de l’Italie de leur ouvrir leur marché du travail. D’autres pays ont également accepté un minimum de travailleurs immigrés dans les professions déficitaires.
Seules l’Allemagne et l’Autriche ont fermement campé sur leurs positions. "Il y a eu un effet de dispersion, explique Herbert Brücker, chercheur à l’Institut allemand pour la recherche sur le marché du travail (IAB). Avant 2004, 60% des émigrants venus d’Europe de l’Est voulaient venir en Allemagne. Aujourd’hui, ils ne sont plus 23%."
Pour s’assurer les services de travailleurs de l’Est, les entreprises doivent avoir quelque chose à leur offrir. C’est ce que fait Alexander Wittker, dont l’agence intérimaire, Job Impulse, emploie 4000 personnes et possède 14 succursales dans les nouveaux pays membres de l’Union. Wittker propose aux entreprises allemandes d’employer des électriciens, des ouvriers outilleurs, des programmateurs ou des développeurs venant d’Europe de l’Est. A ces travailleurs, il offre en échange des bourses et des cours d’allemand et s’occupe de tout l’aspect administratif avec les autorités allemandes. Ses représentants vont jusque dans les écoles pour recruter de futurs employés. Ils vont naturellement aussi dans les universités et les écoles professionnelles, comme à Koscisze dans l’est de la Slovaquie.

Un programme national pour attirer les travailleurs étrangers

Les entreprises allemandes commencent lentement à comprendre que le personnel qualifié qu’elles recherchent ne viendra pas à elles de lui-même. L’Allemagne aurait besoin d’un vaste programme national – comme celui des années 60 – afin d’attirer les travailleurs étrangers. Qu’il s’agisse du syndicat national de l’Industrie (BDI), de la Fédération des employeurs allemands (BDA) ou de l’Association des chambres de l’industrie et du commerce (DIHK), aucune grande organisation ne prend d’initiative au niveau national, sans parler d’accord de recrutement soutenu par l’Etat.
Dans les années 50 et 60, le gouvernement allemand s’était d’abord tourné vers l’Italie, puis l’Espagne, la Grèce, la Turquie et la Yougoslavie. A l’époque, c’était l’Agence fédérale pour l’emploi qui envoyait ses représentants sur place pour examiner les candidatures et fournir directement un contrat de travail à ceux qui avaient le bon profil.
Aujourd’hui, ce sont les petits qui font tout le travail : les PME, les associations régionales, les petits intermédiaires. En avril, la chambre d’industrie et de commerce de Cottbus a mis en place un programme de formation pour une centaine de stagiaires polonais. Le syndicat patronal des métiers de la santé voudrait s’associer avec la municipalité de Neuendettelsau, en Bavière, pour parrainer des stagiaires polonais en Allemagne. Personne ne se fait toutefois d’illusion sur l’efficacité de ces initiatives face au manque de personnel dont souffre tout le pays. Cela fait longtemps qu’on pense à aller chercher les infirmières jusqu’en Inde.

Pourquoi ils détestent Hollande

Son premier meeting, mercredi soir, a agacé le camp DSK. En forme dans les sondages, le Corrézien s’attire depuis de longues années les foudres d’Aubry et Fabius. 

"C’est le petit stagiaire, ils lui faisaient porter le café et là il veut devenir patron, ça les rend fous!" Voilà, résumée de manière imagée, la situation par un des rares amis communs de François Hollande, DSK et Martine Aubry. Laurent Fabius l’a dit ouvertement aux étudiants de Sciences-Po Bordeaux qu’il rencontrait la semaine dernière: "Franchement, vous imaginez Hollande président de la République? On rêve." Hollande n’a jamais été ministre, il a dirigé le PS pendant dix ans, mais Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry et Laurent Fabius ne l’ont jamais pris pour leur égal, alors d’ici à l’imaginer à la tête de l’État, non vraiment, ils ne peuvent pas. Pour eux, Hollande est resté "ce type qui ne travaille pas, qui tape dans le dos des journalistes et qui n’a jamais été ministre", comme le résume un ancien des cabinets ministériels. Arnaud Montebourg avait surnommé François Hollande "Flanby" et même avec des kilos en moins, l’image lui colle à la peau chez de nombreux dirigeants socialistes. Revue de détail.

DSK le prend de haut
Les attaques notamment de Jean-Marie Le Guen et Jean-Christophe Cambadélis avant le meeting d’Hollande, DSK ne les a pas approuvées. Depuis, tous les strauss-kahniens à l’unisson les regrettent. En off, bien sûr, tant ils ne veulent pas énerver le patron, qui était à Paris toute la semaine, "c’était une connerie", "une faute de carre". "Ils sont violents parce qu’ils veulent qu’Hollande arrive en slip à la primaire ou qu’il se retire avant" décrypte un ami du Corrézien. Mais avant, que s’est-il passé entre DSK et Hollande? "Il n’y a pas de cadavre dans le placard avec François, moins qu’avec Martine ou Fabius", s’amuse un strauss-kahnien qui poursuit "François a toujours été un peu ironique avec Dominique, et Dominique a toujours estimé qu’ils ne boxaient pas dans la même catégorie". "Pas de lézard entre eux" , se souvient Jean Glavany. "Quand Dominique était ministre et François premier secrétaire et même avant à la fin des années 1990, il y a toujours eu de très bonnes relations publiques et privées entre eux" , raconte Jean-Pierre Jouyet, ami d’Hollande et ex-directeur de cabinet adjoint de Lionel Jospin à Matignon. Hollande adore le Parti, DSK ne s’est jamais intéressé aux fêtes de la rose. DSK se passionne pour les idées, Hollande nettement moins. Hollande qu’as-tu fait de ton intelligence? Voilà la question strauss- kahnienne par excellence. Pendant dix ans, Hollande dirige le PS avec DSK et ses amis. "Sa méthode, c’était à la va-comme-je-t’embrouille" , résume l’un deux. DSK et ses amis gardent en travers de la gorge la primaire de 2006, où Ségolène Royal a battu à plate couture DSK et Fabius. "DSK rentre alors dans le club de ceux qu’Hollande a roulés dans la farine" , estime un ancien ministre.

Aubry le juge "fainéant"
Ils ne s’aiment pas depuis des années. "C’est une menteuse, on ne peut pas lui faire confiance" , dit Hollande d’Aubry. "Arrêtez de dire qu’il travaille, François n’a jamais travaillé, il ne fout rien" , répète en écho Martine Aubry, fière d’avoir "remis le PS au travail" . Ils se côtoient depuis vingt ans, Hollande était à l’époque le premier des deloristes. Martine Aubry était une étoile montante de la politique. Mais ils n’ont jamais eu d’atomes crochus. Il adore les journalistes, elle ne les aime pas, elle se passionne pour la culture, lui s’en désintéresse. Entre eux plane aussi l’histoire de la législative de 2007. Aubry voulait changer de circonscription lilloise, elle pensait qu’Hollande la soutenait, lui dit qu’elle a échoué toute seule. Une première embrouille. La cristallisation de la détestation a lieu en 2008. Martine Aubry succède à François Hollande à la tête du PS. Elle est sidérée par l’état du Parti. Y compris les toilettes bouchées. "Je dois les réparer moi-même" , dira-t-elle. Et lui meurtri par les critiques. Hollande se tait, puis mène une guerre larvée contre Aubry, sur les listes aux européennes de 2009, le cumul des mandats, le calendrier des primaires, etc. Aujourd’hui, Aubry et Hollande se contrôlent et ne disent plus de mal l’un sur l’autre. En public.

Fabius le "prend pour un imbécile"
"Monsieur petites blagues", "fraise des bois", "opposition caoutchouc"… Laurent Fabius assume ses critiques à l’encontre de François Hollande. Leur inimitié culmine au moment du référendum européen (TCE) en 2004 et 2005. Hollande laissait croire aux fabiusiens qu’il soutiendrait leur champion à la présidentielle, puis se prononce pour le oui et organise un référendum interne sur le TCE. Fabius incarne le non, Hollande se bat pour le oui et finit par sortir l’ancien Premier ministre de la direction à l’été 2005 alors que les Français ont voté non à 55%. En juin 2002, Fabius souhaite prendre la tête du groupe PS à l’Assemblée, il pense avoir le soutien d’Hollande, qui soutient Ayrault, et dément avoir promis le poste à l’ex-Premier ministre. Explication côté Fabius: "Ce que n’aime pas Fabius chez Hollande, c’est le côté ficelle du mec, un homme de coups, la SFIO quoi." Ce "monsieur ni ni", ce "Guimauve le conquérant" moqué à l’époque du référendum par Guillaume Bachelay. Côté Hollande: "Fabius le prend pour un imbécile, François ne l’aime pas, ne fait aucun effort."

La France visée

Mohammed VI a-t-il libéré trop vite des prisonniers salafistes, accusés d’attentats au début des années 2000 et les retrouve-t-il aujourd’hui contre lui ? Ou, au contraire, l’attentat de jeudi dernier est-il destiné à décrédibiliser la libéralisation du Maroc ?

Le roi a accéléré, depuis les révolutions arabes, un processus de réformes engagé dès son avènement. On disait le pays à l’abri des soulèvements de ses voisins grâce à un monarque éclairé et une économie prospère. C’était oublier que l’empire devenu libéral est toujours plus fragile que l’empire autoritaire.

Voilà le Maroc touché en plein coeur d’une des villes royales, Marrakech. C’est aussi la destination touristique la plus connue des Français. Tout indique que la France, avec ses sept morts, est visée par cet attentat de Marrakech. Elle est déjà la cible d’Al-Qaida du Maghreb islamique. En première ligne pour faire partir Kadhafi, elle paie des engagements qui sont à son honneur.

Cette bombe vise les opinions des pays qui soutiennent les révolutions arabes. Cet attentat cherche à conforter ceux qui s’effraient, depuis le début du "printemps arabe", du risque de chaos dans le monde islamique. Ceux qui considèrent les extrémistes comme les vrais inspirateurs des révolutions arabes. Et pour qui la démocratie et ses valeurs sont incompatibles avec un Islam qui s’est radicalisé.

La démocratie sera toujours plus vulnérable que les régimes autoritaires. Elle ne doit pas être naïve et trouver les moyens de se défendre. Mais elle tirera, toujours, sa force de ce que ses ennemis appellent sa "faiblesse".

Petits joueurs

Voilà donc nos Ku Klux Klan bleu-blanc-rouge, des assemblées de techniciens du football où l’on discute sérieusement de la taille des joueurs noirs comparée au dribble des joueurs blancs?
Où l’on vitupère ces anciennes colonies qui se vengent en piquant pour leurs sélections des joueurs formés chez nous monsieur, chez nous? L’affaire révélée par Mediapart balaiera peut-être le foot français, elle peut déjà lui faire honte, moins pour racisme que pour beauferie soviétiforme. Il y a, dans les explications, même de Laurent Blanc, quelque chose de dérangeant. Cette idée d’un pouvoir (sportif) central qui pourrait fixer des normes à la société, sur le gabarit des joueurs, leur recrutement, leur rapport à la nationalité, et même leurs habitudes alimentaires, puisque Blanc a supprimé le halal de la cantine bleue! Même la formation, assurée par les clubs au mieux de leurs intérêts, devrait s’inscrire dans un grand projet de renaissance nationale inventé par des Déroulède en survêtement. On peut le contester.

En réalité, le problème des joueurs binationaux, qui passionne Laurent Blanc, relève d’un faux patriotisme: parcimonieux, patrimonial, malthusien, à l’image de l’identité qu’on nous assaisonne depuis un moment. Si tu joues demain pour le Sénégal, jeune footeux de Bourg-la-Reine, nous ne te formerons pas! Mais si l’excellence de la formation française profite en retour au tiers-monde, où est le sujet?

Et si la double nationalité, de cœur ou de sport, n’était pas une tare mais un gage d’ouverture, le prix d’une féconde diversité? Et si le libre choix des individus était essentiel à la nation française tout autant que le coq tatoué sur des gamins de 16 ans? Quant à la défense des petits joueurs au nom de la technique – autre croisade des gardiens du foot bleu –, elle n’a rien de mésestimable, même si elle paraît simplissime: on peut être grand et technique, Van Basten, ou petit et viril, Billy Bremner (références de vétéran)…

Mais si Blanc prétend que nos centres de formation privilégient le mastard au détriment des Messi de nos terroirs, admettons, c’est son métier. Mais le glissement vers l’ethnique – les Noirs sont grands et musclés, les Blancs petits et malins – est d’un raccourci consternant, de l’anthropologie Mickey Mouse… ou un prétexte au blanchiment. Pour mémoire, Pelé était petit et noir, Tigana noir et malingre, tellement malingre d’ailleurs que le foot français faillit le rater, avant notre gloire. On se foutait alors bien des couleurs de chacun, et Platini était rital, et Zidane kabyle, et on admirait sans penser, et nul, hormis Le Pen, n’aurait osé suggérer qu’il y avait trop d’épices sur nos pelouses. C’est arrivé, ça se pense et se dit depuis des années, et aucun débat stupide ne vient au hasard. On peut se désoler de vivre aujourd’hui.

Docteur House en terrasse dans la capitale alsacienne

Tout le monde l'a reconnu, ce samedi midi place du Marché-Gayot à Strasbourg. Docteur House, alias Hugh Laurie, a déjeuné au Bistrot du Gayot, accompagné de deux gardes du corps et de trois autres personnes (ses musiciens?). Bien entendu, l'acteur de la célèbre série a dû se résoudre à signer quelques autographes, mais il n'a pas été importuné plus que cela.


Né en 1959 à Oxford, Hugh Laurie n'est pas seulement l'acteur vedette de "Docteur House", il est aussi écrivain, scénariste, chanteur, musicien et compositeur. Son premier album, "Let them Talk", est sorti le 18 avril dernier en France. Il y reprend des standards du blues. Hugh laurie était en concert à Berlin le 28 avril. Lundi 2 mai, il sera en concert à Cheltenham en Grande-Bretagne, après avoir effectué une belle tournée des plateaux télé. Ce soir, il doit assister à un concert dans la région, dit-on. Lequel? Mystère. En tout cas, il loge au Sofitel.

L'extravagant retour de l'économie administrée

Au moment où tous les pays développés, sous la pression de l'impératif du désendettement, revoient à la baisse le rôle de la puissance publique et ses dépenses, la classe politique française rivalise dans l'étatisme. Avec, pour dernier avatar, l'obligation, pour toutes les entreprises de plus de 50 salariés qui affichent des dividendes en hausse, de verser à leurs salariés une prime exonérée de charges pouvant atteindre 1 000 euros. Cette résurrection de la politique des revenus, qui voit l'Etat se substituer aux entreprises pour décider des rémunérations, est aberrante. D'un point de vue économique, elle constitue une prime contre l'investissement et l'emploi, en incitant les grandes entreprises à figer les dividendes, ce qui ne manquera pas d'assécher à terme leurs fonds propres, et surtout à bloquer toute création d'emplois sur le territoire national. D'un point de vue social, elle accroît les discriminations entre les salariés des grandes et des petites entreprises, seules 16 % des PME distribuant des dividendes. Du point de vue des finances publiques, elle s'inscrit en parfaite contradiction tant avec la volonté d'éliminer les niches fiscales et sociales qu'avec la stratégie de compétitivité arrêtée dans le cadre européen, qui repose sur la réorientation de la croissance vers la production et l'investissement.

Cette prime, qui cible moins les actionnaires que les entreprises, est exemplaire de la calamiteuse réhabilitation de l'économie administrée et de la pseudo-exception française. Après le patriotisme économique, l'Etat s'est engagé dans la remise en place larvée d'un contrôle des prix et des salaires. Avec des conséquences désastreuses pour les entreprises et les consommateurs. Ainsi la loi Nome sur l'électricité réussit-elle le prodige de supprimer toute concurrence effective à EDF, érigé en monopole privé, et de prévoir une hausse de 30 % des prix d'ici à 2015, en plus de l'augmentation annuelle de 3 % instituée par le Grenelle de l'environnement au titre de la promotion des énergies renouvelables. Dans la même veine, l'Etat, à grand renfort de subventions atteignant plus de 10 fois les prix de marché et de crédits d'impôt, a fabriqué une bulle spéculative de 56 milliards d'euros sur l'énergie solaire, encourageant quelque 80 000 projets pour une puissance de 4 800 mégawatts. Puis il a brutalement décidé un moratoire qui a dévasté la filière industrielle, non sans donner la priorité aux micro-installations sur les projets rentables - notamment pour subventionner de manière indirecte les agriculteurs - et non sans autoriser ERDF et RTE à donner la priorité aux dossiers d'EDF Energies nouvelles au détriment de ceux de leurs concurrents. Enfin, le pilotage des prix du gaz par l'administration permet aux Français de payer toujours plus cher une énergie dont les prix de marché s'effondrent partout dans le monde, il est vrai grâce aux gaz non conventionnels dont l'exploration est en passe d'être interdite en France au nom du principe de précaution.

Les dirigeants français prétendent plus que jamais distribuer plus en produisant moins, traquant vainement le pseudo-trésor caché de l'économie française. Or, loin de regorger de richesses enfouies, la France est un pays appauvri par trente années de croissance molle, de chômage structurel et de dérive de la dette publique. Le partage de la valeur ajoutée est resté stable tout au long de cette période et demeure largement favorable aux salaires (67 %). A l'inverse, le taux de marge des entreprises a chuté de 33 à 29 % et les profits de 8,5 à 5,5 % du PIB depuis 2000, soit leur niveau le plus faible depuis 1985. Les fantasmes qu'alimentent les bénéfices et les dividendes du CAC 40, qui s'élèvent respectivement à 83 et 40 milliards d'euros, ne peuvent masquer ni le fait qu'ils sont principalement générés hors du territoire national ni la paupérisation de l'immense majorité des entreprises. La faiblesse de l'évolution des salaires en France n'est pas à mettre au compte des entreprises, mais bien de l'Etat. D'un côté, il a accaparé en totalité les faibles gains de productivité (0,7 %) pour alimenter l'inflation sans fin de ses dépenses (56 % du PIB). De l'autre, il a sanctuarisé un modèle d'économie corporatiste et administrée incompatible avec la mondialisation, le grand marché et la monnaie unique. Avec le consentement d'un patronat qui, alors que la compétitivité des entreprises s'effondre, concentre ses efforts sur la création d'un congé paternité obligatoire, qui ferait supporter à des entreprises exsangues une nouvelle charge de 750 millions d'euros tout en s'ingérant de manière insupportable dans la vie des couples.

L'Etat et ses satellites entendent reprendre en main l'économie et la société, au mépris de l'entreprise et de la famille, du marché et des citoyens. La seule prime authentique de la gestion publique est à chercher dans l'obsession du très court terme. En guise de sortie de crise, la France s'installe ainsi dans la régression, réhabilitant les mécanismes de l'économie administrée dont elle s'était affranchie avec retard au cours des années 80. Elle diverge du monde et de l'Europe. Et, par là même, elle remet à l'honneur la conception nihiliste du pouvoir partagée par François Mitterrand et Jacques Chirac, selon laquelle il n'existe aucune limite aux moyens employés pour sa conquête et sa conservation, ni aucune responsabilité dans son exercice. La campagne pour l'élection présidentielle de 2012 est bien mal partie, qui s'ouvre sous le signe du mensonge et de la démagogie. Mais, à trop tromper les Français, on s'expose à être trompé par eux. Souvenez-vous du 21 avril 2002.

Symboles fragiles

Après la grande frayeur autour de la survie de l'euro, il y a un an, c'est un autre acquis majeur de l'intégration européenne qui est menacé, celui de la libre circulation des personnes. Face à l'arrivée de près de 30 000 migrants en provenance d'Afrique du Nord, Rome et Paris n'ont en effet rien trouvé de mieux que de demander une révision de la convention de Schengen, afin de rétablir les contrôles aux frontières intérieures et d'empêcher que des hordes d'immigrés non choisis ne viennent menacer leur prospérité.

Depuis que les Européens peuvent se déplacer librement d'un pays à l'autre, les frontières ont cessé d'incarner l'aspect le plus visible de la souveraineté des Etats. Mais aujourd'hui, celle-ci a le vent en poupe et les Etats membres ont repris la main dans plusieurs domaines dans lesquels ils s'estiment, essentiellement pour des raisons de politique intérieure, plus à même de gérer les problèmes, à commencer par la politique étrangère, et à présent, par la sécurité. Sauf à invoquer, comme l'a fait Rome, la solidarité de leurs partenaires quand les choses leur échappent.

Si la demande d'une répartition plus équitable des tâches et des charges entre les 25 pays membres de l'espace Schengen est légitime — actuellement, les Etats aux frontières externes de la zone de libre circulation sont responsables des contrôles à celles-ci — le symbole n'en n'est pas moins fort. D'autant plus fort que ce repli coïncide avec une ouverture, symboliquement tout aussi forte : celle des marchés du travail allemand et autrichien au travailleurs provenant des anciens pays communistes.

Depuis que les Européens peuvent se déplacer librement d'un pays à l'autre, l'UE a symboliquement cessé pour eux d'être un marché commun, pour devenir une véritable communauté. Une avancée de fait qui a contribué bien davantage que les traités, règlements ou autres directives à la construction de l'Europe des citoyens. La remettre en cause, c'est menacer une des raisons d'être même de l'Union.

Champions des ordures

Chaque année, un Lituanien jette 500 kilos de déchets ménagers et "oublie" de trier les produits recyclables. Mais peu à peu, les comportements commencent à changer. 

De manière générale, nos concitoyens font preuve d’une incroyable capacité à polluer. Les chiffres publiés tout récemment par Eurobaromètre le prouvent. Il ressort de l’étude que chaque Lituanien jette annuellement environ 500 kilos de déchets ménagers, ce qui représente 1,5 million de tonnes par an à l'échelle du pays. Deux tiers de nos concitoyens interrogés par des sociologues estiment pourtant que nous ne polluons pas trop. Nous ne sommes donc pas uniquement une nation de pollueurs, nous ne nous soucions pas du tout du problème.
En termes de quantité de déchets, certains pays continuent toujours de nous dépasser, comme la Roumanie ou la Bulgarie. Mais en ce qui concerne notre retard pour le tri des déchets, personne ne nous arrive à la cheville. Nous atteignons même un record: 33% des personnes interrogées, ni ne trient, ni ne font du compost, alors que neuf Européens sur dix ont adopté ce comportement.
Pourtant, les possibilités de trier et recycler existent en Lituanie. Depuis 2006, le ministère de l’Environnement a acheté environ 20 000 poubelles pour collecter le verre, le plastique et le papier. De plus, le tri des déchets est un service public et peut être accessible à tous. La directrice du département de la gestion de déchets au ministère de l’Environnement affirme que l’implantation d’un système de tri des déchets est totalement gratuit. Il suffit que les habitants en expriment le souhait et s’adressent aux institutions compétentes.

Payer une amende revient souvent moins cher que recycler

Les spécialistes reconnaissent que les Lituaniens ne sont pas enclins à trier. Pourquoi le faire, alors qu'ils ne sont pas disposés à acheter des biens fabriqués à partir de produits recyclés, au contraire d’autres Européens. Par exemple, en Suède, l’inscription "fabriqué à partir de papier recyclé" serait un avantage. En Lituanie, c’est le contraire. 49% de nos concitoyens ne choisiraient pas un tel produit.
Le métal, le papier ou les contenants en verre sont les produits les plus recyclés, car les habitants peuvent recevoir de l’argent. La situation est plus préoccupante en ce qui concerne le plastique. Les habitants considèrent qu'il n'a pas de valeur et personne ne le sépare des déchets ménagers. Ce n’est pas pour rien que les hommes politiques évoquent la possibilité d’introduire une consigne pour les récipients en plastique. Cela diminuerait considérablement la quantité d'ordures en plastique qui jonchent le bord des rivières ou les parcs. Elles seraient ramassées par les personnes qui cherchent à gagner quelques centimes.
Les amendes sont souvent inadaptées dans notre pays. Etre verbalisé revient souvent moins "cher" que recycler les déchets. Ainsi, explique Almontas Kybartas, le directeur de l'entreprise EMP Recycling, traiter une tonne de piles galvaniques coûte 8 000 litas (2318 euros), et le prix de l’amende pour cette même tonne non traitée coûte tout juste 500 litas (145 euros). 

samedi 30 avril 2011

L'ombre de la pieuvre terroriste

Le retour de la « bombe humaine » en plein cœur de Marrakech marque celui d'un terrorisme aveugle que le Printemps arabe semblait avoir sinon repoussé, du moins désorienté. L'attentat-suicide, s'il est confirmé, a frappé un haut lieu touristique, carte postale quasi mythique, symbole d'une perméabilité aux idées de l'Occident. L'enquête est encore réduite aux hypothèses. Les soupçons mènent pourtant sur la piste des réseaux djihadistes dans un pays, adepte d'un islam modéré, où ils n'ont jusqu'à présent pas trouvé de relais. Le Maroc est un peu l'exception tranquille des révoltes arabes. Il a certes connu la fièvre des manifestations et les slogans d'un peuple en quête d'émancipation politique. Mais il n'a pas subi l'ébullition révolutionnaire, ni la remise en cause de la légitimité du pouvoir. La tragédie de la place Jamâa El-Fna peut être interprétée comme un acte destiné à entraver les réformes lancées par Mohammed VI. Comme une tentative de déstabilisation du royaume chérifien qui s'oriente - doucement, la transition démocratique est encore loin - vers une monarchie parlementaire. Quand bien même les mesures pour assouplir le régime visaient aussi à apaiser la colère citoyenne, à prévenir un effet de contagion. Cet attentat ressemble à un chantage exercé contre les sociétés arabo-musulmanes qui s'ouvrent et aspirent aux libertés, et contre les pays occidentaux qui les soutiennent. Le message est explicite : que les consciences qui s'éveillent se taisent ! Car là où la « rue arabe » a fait tomber pacifiquement des dictateurs, la main fanatique d'Al-Qaida, elle, a échoué. En ce sens, l'ignominie de Marrakech est l'aveu d'une impuissance mais malheureusement pas le signe d'une résignation.

Buckingham plus fort que Disney

Les gardes portant le bonnet à poil d’ours, à peine rentrés de Waterloo, défilèrent sans encombre jusqu’au palais de Buckingham. Il y avait, là-bas, du beau monde au balcon et le baiser réglementaire fut exécuté à l’heure dite. Un peu mécaniquement, d’accord, mais le protocole n’en réclame pas davantage. Et pour la nuit de noces ? “Ferme les yeux et pense à l’Angleterre” recommandaient jadis les ladies de la haute à leurs filles apeurées. Gageons que Kate, princesse moderne, saura garder les siens ouverts.

Sinon, quel impeccable show historico-people ! Le cérémonial, rôdé depuis des siècles, n’a connu aucune anicroche. Pas un anarchiste à l’horizon, ni le moindre chômeur en colère. “Parenthèse enchantée” oblige, l’organisation a glissé la misère sous les tapis. Le carrosse d’or a fendu, en majesté, une foule béate et conquise.

L’aristocratique équipage n’est pas allé au fossé. Roule Britannia ! La Royal Windsor Company règle ses animations au millimètre, la concurrence en pâlit. Chez Eurodisney, par exemple, où les trains touristiques s’abîment parfois dans des décors de carton-pâte.

Le monde peut bien s’écrouler, la Couronne britannique continue de dérouler ses fastes millénaires. En France, au contraire, la course au trône élyséen réclame une débauche d’humilité.

François Hollande vient de se produire au théâtre Rutebeuf de Clichy-la-Garenne. Sarkozy retourne à l’usine et DSK, demain, ira visiter les cités ouvrières. De quoi danser la Carmagnole…

Quotas


La Fédération française de foot encourage des quotas de blancs dans les équipes de jeunes, accuse le site Mediapart… Odieux, scandaleux, pas de ça chez nous, s’indigne le monde du football. Qui reconnaît cependant un problème avec les jeunes binationaux, formés en France avant d’aller jouer pour leur pays d’origine — entendez, l’histoire de la France étant ce qu’elle est, au Maghreb et en Afrique. La Fédération admet aussi vouloir diversifier le recrutement : moins de grands baraqués, plus de petits techniciens. Ce qui ne voudrait pas dire : moins de Blacks, plus de blancs… Dans le tumulte et la confusion, une certitude : cette querelle des quotas trahit un pays en mal d’égalité. Piégé par la logique de la discrimination positive, pour les blacks et leurs beurs dans les grandes écoles, pour les blancs dans les écoles de foot. Si au moins, ça faisait deux réussites…

God save William and Kate !

Il y a cent ans, le soleil ne se couchait jamais sur l’Empire britannique, avant que les orages du XXe siècle ne ramènent la première puissance mondiale à un rang très ordinaire. Hier, pour un jour, la Grande-Bretagne a rayonné de nouveau sur l’ensemble de la planète par la grâce d’un mariage princier qui a tenu toutes ses promesses. Et au-delà.

Même le monde du Web 2.0, très ironique à la veille de la célébration, n’a pas été insensible, finalement, à l’émotion irrationnelle dégagée par l’événement. Il faut bien le reconnaître : la magie a opéré. L’assemblage réussi de l’apparat d’une autre époque et de la fraîcheur du couple star a su créer un de ces instants de communion dont les Britanniques, mieux que n’importe quel autre peuple, ont le secret.

Les acteurs du spectacle hollywoodien qui a transcendé Londres sont parvenus à donner une touche d’humanité et de rêve à ce qui aurait pu n’être qu’une mascarade costumée. La monarchie britannique en sort revigorée.

Elle qui était apparue à bout de souffle lors des funérailles de Lady Di, en 1997, littéralement épuisée par les frasques des enfants Windsor, le vieillissement de la souveraine, et l’inconséquence d’une famille royale déconnectée de la réalité, a peut-être reconquis sa légitimité évanouie.

La voilà redevenue très nettement majoritaire dans le cœur des sujets de sa majesté. Même un quotidien républicain « par principe » comme le Guardian admet volontiers son utilité et le rôle irremplaçable qu’elle joue dans l’unité aux ressorts complexes de cet État des quatre nations (Anglais, Gallois, Écossais et Irlandais du Nord).

Le symbole de continuité, sécurisant, qu’elle représente — 1 000 ans d’histoire, tout de même — ne peut se passer d’un supplément d’âme qui s’éteignait doucement. C’est précisément lui que William et Kate ont su ressusciter dans une cérémonie ultra-codifiée dont ils ont dépassé, avec autant de simplicité que possible, le protocole de fer et l’inévitable côté compassé.

Malgré le carrosse, les landaus, les Bentley, les toilettes plus ou moins réussies des invitées, les chapeaux extravagants et la présence de Victoria Beckham à Westminster Abbey, ce rendez-vous irréel a évité le pathétique du bling-bling. Ce n’était pas gagné d’avance…

Hormis les dépenses de sécurité, la parenthèse enluminée de ce vendredi qui a offert aux Britanniques une dernière évasion hors du temps avant d’affronter l’austérité programmée par le gouvernement Cameron, n’a presque pas coûté une livre au contribuable. Pas cher, donc, au regard du bénéfice net considérable qu’il rapporte à l’image de la Grande-Bretagne, à ses produits et à son tourisme. God save William and Kate ! L’avenir du mariage-consécration, dans l’air du temps, entre ces deux amants de dix ans — conditionne désormais celui d’une très vieille monarchie. Sauront-ils être ses héros modernes ?


En regardant passer la Reine


Qui donc, en ce jour de réjouissances, voyait dans la Reine passant dans son carrosse la frêle jeune fille qu'elle fut durant la dernière guerre ?

À peu près au même âge que la jeune mariée d'aujourd'hui, elle se dévouait sans relâche au sein des équipes de sauvetage qui volaient au secours des victimes de la ville de Londres cruellement attaquée. Elle était restée dans la capitale avec toute la famille royale et avec les siens qui subissaient stoïquement les pires bombardements.

C'est sur cette force tranquille et sur cette résistance opiniâtre de la famille royale que put s'appuyer l'indomptable Churchill qui, dans la nuit noire de l'Occupation désespérante, faisait briller malgré tout l'espoir. Sans lui, sans eux, la guerre contre le nazisme eût été perdue et l'on sait trop ce qu'il serait advenu alors de nos deux pays et du reste de l'Europe.

C'est dans ce courage tranquille et indomptable que réside la noblesse de cette famille. C'est ce qui enracine et fortifie cette monarchie dont on a vu combien elle a pu aujourd'hui séduire les foules.

Certes, ce faste peut paraître désuet, mais il est apprécié malgré les critiques, et les nouveaux mariés ont séduit par leur jeunesse, leur sourire, leur charme et leur spontanéité. Certes, la monarchie en question a vu diminuer sa puissance et son rayonnement dans le monde, mais ce qu'elle fut durant ce conflit restera dans l'Histoire et doit demeurer dans le souvenir de tous, car notre vie en fut marquée.

Nul ne connaît l'avenir, mais, dans ce présent lui aussi tourmenté, face à l'évolution incertaine d'un monde en plein changement, cette grande Dame apparaît encore aujourd'hui comme le symbole de la liberté que proposent, promeuvent, défendent et donnent en exemple à l'univers les démocraties.

En ce jour heureux, il fallait rendre hommage à la Reine, lui dire, ainsi qu'à tout son peuple, notre reconnaissance.

vendredi 29 avril 2011

Les Windsor sont éternels

Un lien irrationnel, sentimental, absurde - et naturel. Non seulement la monarchie britannique a survécu au 20ème siècle, mais elle demeure le ciment de la nation, s'émerveille le très traditionnel Daily Telegraph, à la veille du mariage du futur roi. 

Il y a à peine plus de cent ans, le 6 mai 1910, les têtes couronnées d’Europe se réunissaient à Londres pour assister au couronnement de George V, grand-père de la reine. En dépit de la magnificence de la cérémonie, de nombreux observateurs étaient convaincus que le régime ainsi mis en vedette n’avait aucune chance de tenir jusqu’à la fin du XXe siècle.
Le dramaturge George Bernard Shaw voyait dans la monarchie une "hallucination universelle" des peuples qui ne tarderait pas à disparaître. H. G. Wells, romancier progressiste, estimait que la monarchie avait autant de chances de survie que "le Lama du Tibet a de chances de devenir l’empereur de la Terre".
Ces prédictions paraissaient parfaitement raisonnables. A l’aube du XXe siècle, les vieilles monarchies d’Europe étaient féodales, absurdes et totalement coupées de l’esprit démocratique de leur époque. En outre, la suite des événements n’allait pas tarder à confirmer la clairvoyance de ces détracteurs de la monarchie. Quelques années après le couronnement de George V, une bonne partie des grandes dynasties furent balayées. Trois ans plus tard, l’archiduc François-Ferdinand, héritier présomptif de la couronne d’Autriche, était assassiné avec sa femme Sophie à Sarajevo. Le cousin de George V, le Kaiser Guillaume II, fut contraint de s’exiler à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. En Russie, les Romanov furent massacrés.

Une institution qui paraît anachronique

Cependant, la famille royale britannique a survécu au carnage. Il y a certes eu des moments délicats, notamment la crise de l’abdication en 1936 et les convulsions populaires qui ont suivi la mort de Diana, la princesse de Galles, en 1997. Mais la monarchie s’en est sortie — et elle a rarement paru aussi forte que cette semaine, à l’approche du mariage du prince William et de Catherine Middleton. Alors comment expliquer la survie d’une institution qui paraît à première vue si anachronique ? La question mérite d’être posée.
Tout d’abord, cette survie est le fruit d’un pragmatisme hautement intelligent. La sagesse populaire tient les Windsor pour des idiots. En fait, ils ont toujours eu un sens très sûr de l’adaptation. Les monarques britanniques modernes ont accepté des compromis: la Reine, cédant aux pressions, a accepté de payer l’impôt sur le revenu à partir de 1993; la semaine dernière, elle a donné son accord à une modification des lois de succession dans le sens d’une plus grande parité (même si une mesure visant à autoriser des catholiques à épouser des membres de la famille royale a été abandonnée, l’Eglise d’Angleterre ayant soulevé des objections).
Toutefois, ces tactiques politiques, si astucieuses soient-elles, ne suffisent pas à expliquer la profonde affection des Britanniques pour la monarchie. Nous sommes un pays attaché au cérémonial, aux coutumes, aux traditions. Nous sommes profondément conscients de notre passé tantôt glorieux, tantôt tragique, parfois honteux. La monarchie est l’expression nationale de notre vénération commune de l’expérience.

L'affection pour la reine enracinée dans l'inconscient collectif

Mais la relation entre la reine et ses sujets va plus loin encore. Car la monarchie ne nous définit pas seulement comme nation, elle nous définit comme individus. Notre respect et notre affection pour la reine s’enracinent dans notre inconscient collectif.
C’est irrationnel, c’est sentimental, c’est absurde. Et parfois complètement dingue. Et pourtant, la monarchie fonctionne: elle humanise un Etat qui sans elle pourrait sembler distant et impersonnel. Les gens qui ont beaucoup de mal à se sentir concernés par un loi du parlement, une directive de Bruxelles, un law lord [juge siégeant à la Chambre des Lords] ou un secrétaire permanent [chargé de la bonne marche d’un ministère], tous rouages essentiels de l’Etat, voient très bien quel est le rôle de la famille royale. Nous partageons leurs tragédies, leurs joies et leurs drames familiaux.
Seul un groupe se sent exclu : les intellectuels. Qu’ils soient de gauche ou de droite, ceux-ci ont toujours méprisé l’institution monarchique. Comment pourrait-elle cadrer avec leurs projets grandioses et abstraits de transformation de la société? Tony Benn, le républicain le plus distingué de Grande-Bretagne, se plaît à demander si nous accorderions notre confiance à un pilote de ligne ou à un médecin héréditaires. Il n’y a pas de réponse à cette question. L’institution est illogique.
Mais pour autant, cela ne signifie pas que la monarchie n’ait aucune utilité. Bien au contraire: elle occupe un espace public qui autrement serait capté par les partis politiques. Si le chef d’Etat n’était pas la reine, ce serait une Thatcher ou un Blair, qui l’un comme l’autre diviseraient le pays.
La présence de la famille royale au cœur des affaires nationales est l’une des principales raisons de l’extraordinaire stabilité politique de la Grande-Bretagne depuis deux cents ans. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’écrivain socialiste George Orwell a reconnu cet état de fait, observant que la présence de la famille royale avait contribué à sauver la Grande-Bretagne du fascisme pendant la crise des années 30.

La presse anglaise se moque de la famille royale

Les intellectuels de gauche (et d’extrême droite) ne veulent pas entendre ces vérités élémentaires. C’est pourquoi, ces dernières semaines, à l’approche du mariage princier, une partie de la presse — The Guardian et The Independent en tête — a multiplié les insultes et les moqueries à l’encontre de la famille royale.
Dans le lot, il y a beaucoup de propos choquants que nous ne nous abaisserons pas à répéter. D’autres étaient d’une suffisance ridicule — je pense en particulier à un article déplaisant, plein de mépris et d’invectives, où Joan Smith de The Independent se plaint amèrement qu’un jour "alors que je venais de lui dire un simple ‘bonjour’ sans lui faire la révérence, la reine a fait comme si elle ne me voyait pas".
Mais certains articles sont carrément sinistres. The Guardian a présenté un projet de cours sur la monarchie à l’intention des enseignants, qui comporte des slides [diapositives] PowerPoint, à utiliser en classe en prévision du grand jour. Il s’agit d’une propagande anti-royaliste éhontée, et l’auteur déclare son objectif sans vergogne : "La présentation PowerPoint donne aux élèves le vocabulaire et l’information, tous les éléments dont ils ont besoin pour se faire leur propre idée sur la question et se préparer au défi final : faut-il abolir la monarchie?"
Le mariage de cette semaine sera un grand jour : le prince William et Catherine Middleton laissent présager une ère nouvelle, plus détendue, pour la famille royale. Mais si la bienveillance nationale a de quoi réjouir, le couple princier ne doit pas pécher par excès de confiance. Ses ennemis les plus intelligents ont compris que la cause républicaine restait sans espoir tant que la reine était en vie. Mais quand elle se sera éteinte, ils vont revenir à la charge. La famille royale va alors devoir puiser dans toutes ses réserves de pragmatisme et de sagesse tranquille si elle veut traverser le XXIe siècle.



Reactions

Une opinion publique confuse

Malgré le drapeau royal qui flotte et les plaintes des républicains, les britanniques ne savent que faire du mariage royal, affirme le sociologue Frank Furedi dans Spiked. "Il y a peu de magie dans l'air. Aujourd'hui, l'opinion britannique semble confuse et peu capable d'exprimer ses appartenances culturelle et nationale", écrit-il. "A l'approche du mariage, cette attitude de 'nous ne savons pas quoi faire' se généralise. C'est l'une des raisons qui explique, contrairement à des occasions précédentes, la baisse remarquable de demandes d'autorisation pour organiser des fêtes dans la rue". Un tiers des conseils locaux disent ne pas avoir reçu de demandes; d'autres affirment en avoir reçu seulement quatre ou cinq. Frank Furedi note que la discussion sur les aspects négatifs de la monarchie a été autorisée dans les médias, alors qu'elle brillait par son absence lors du mariage du Prince Charles et de la Princesse Diana en 1981. Mais cela ne signifie pas non plus que la Grande-Bretagne est sur le chemin de la république. "Aucun argument ne trouve un écho dans l'imagination du public. Et l'absence d'enthousiasme public pour les fêtes de rue ne se traduit pas non plus par le soutien de la campagne républicaine."

Réformer Schengen, un geste dérisoire

La France et l'Italie demandent une réforme de la convention sur la libre circulation. Elles ne devraient pas avoir de mal à obtenir ce qu'elles veulent, mais cela ne réglera par le problème de l'accueil des immigrés, estime la Berliner Zeitung. 

Un geste de substitution est un acte effectué à la place d’un autre, non-réalisable. Ce phénomène s’observe dans tous les domaines de l’existence, notamment en politique : on fait n’importe quoi pour ne pas faire ce qui est nécessaire.
La récente offensive menée contre la convention de Schengen en est un bon exemple. Les gouvernements français et italien veulent temporairement rétablir des contrôles à la frontière entre pays européens au cas où l'Europe serait confrontée à un afflux massif de réfugiés. L’Allemagne approuve.
A la Commission européenne, Rome et Paris – sur le principe – jouent sur du velours. Leur proposition ne soulève concrètement aucune objection. Rien ne laisse penser que cette idée met sérieusement en péril le principe de la liberté de circulation en Europe. Seulement voilà: cette initiative n’a strictement rien à voir avec le véritable problème à propos duquel l’Europe fuit systématiquement ses responsabilités.
La vraie question est la suivante : comment l’Union européenne peut-elle mettre en place une politique d’immigration commune et solidaire ? Il est nécessaire pour les Etats membres de se répartir équitablement le travail entre l’accueil et l’intégration des demandeurs d’asile, ce indépendamment d’évènements ponctuels comme le récent afflux de dizaines de milliers de réfugiés en provenance de Tunisie.
L’Europe échoue toujours lamentablement à répondre à cette question importante. Les principaux obstacles sont l’Allemagne et l’Autriche. Ils ne veulent pas des réfugiés qui traversent la Méditerranée pour fuir la misère. Politiquement, la position de l’Europe est complètement au point mort. Alors l’Europe s’agite. Par principe.

Cible des islamistes marocains : les sites touristiques

Pour ces terroristes, les étrangers qui visitent le pays le “pervertissent”.

Depuis toujours, la stratégie des islamistes marocains (mais aussi tunisiens, égyptiens, etc.) liés à la mouvance « salafiste jihadiste », dont al-Qaida est l’avant-garde, consiste à frapper les zones touristiques, afin de déstabiliser les dirigeants « impies » ou apostats liés aux pays occidentaux, d’où viennent la majorité des touristes qui « pervertissent » les pays musulmans, selon les islamistes.

Rappelons que, le 16 mai 2003, une série d’attaques terroristes visant également des touristes fut perpétrée à Casablanca, la plus grande ville du Maroc. Les attentats, qui firent 45 morts (dont 12 kamikazes) et 100 blessés, visaient un hôtel, des restaurants fréquentés par des étrangers et des établissements juifs de la ville. Entre 2001 et 2011, les autorités marocaines ont régulièrement démantelé des cellules terroristes et arrêté des terroristes plus ou moins liés à la mouvance al-Qaida. Ainsi, le 11 mars 2007, un kamikaze marocain trouva la mort en actionnant une bombe dissimulée sous ses vêtements dans un cybercafé de Sidi Moumen, à Casablanca, et, le 13 août 2007, un autre kamikaze marocain se fit exploser avec une bonbonne de gaz, à Meknès, manquant de peu le bus de touristes qu’il visait.

Parmi les terroristes arrêtés par les services marocains, figure Saad Houssaini, soupçonné de liens avec al-Qaida et d’implication dans les attentats de Casablanca en 2003 et de Madrid en 2004.

Saad Houssaini était le chef de la commission militaire du GICM (Groupe islamique combattant marocain). Depuis août 2006, suite au démantèlement de l’organisation terroriste marocaine Ansar al-Mahdi, les autorités marocaines ont multiplié les mesures de sécurité dans les ports, sur les routes et dans les aéroports. Il est clair que le Maroc est l’un des pays musulmans les plus visés par le terrorisme salafiste djihadiste, en raison de ses liens avec les Etats-Unis et l’Occident, de son islam modéré, du fait qu’il abrite une communauté juive importante liée au pouvoir monarchique, et du fait que ce pays mène une lutte sans merci contre les réseaux islamistes maghrébins liés à al-Qaida, notamment à AQMI (al-Qaida au Maghreb islamique). Dans ce contexte, les autorités marocaines n’ont pas seulement procédé à des arrestations de terroristes, mais elles ont également interdit plusieurs partis politiques islamistes qui se disent opposés au terrorisme mais qui entretiendraient des liens avec certains groupes violents. C’est ainsi que le parti islamiste al-Badil al-Hadari fut interdit en raison de l’implication de ses dirigeants dans l’affaire du réseau terroriste Belliraj : un réseau dirigé par un islamiste marocain résidant en Belgique, dont l’argent provenait des braquages, recels et de contributions diverses. Les arrestations visèrent même des membres du respectable Parti islamiste de la justice et du développement, le PJD, du mouvement al-Badil al-Hadari, ou du Hizb al-Oumma.

En fait, l’islamisme marocain est éclaté en trois grandes mouvances. La composante salafiste violente (« djihadiste »), considère le Maroc comme une société « impie » dont il faut se dissocier en s’exilant ou combattre par le terrorisme. D’où le fait que nombre de salafistes quittent les villes touristiques marocaines « terres du péché » pour s’installer dans le Sahel, le Sahara ou les périphéries marginales, comme les banlieues de Sidi Moumen, dont sont originaires les auteurs des attentats de Casablanca. Ainsi, le Groupe islamique des combattants marocains (GICM), fondé en 1997 par des anciens d’Afghanistan, est affilié à al-Qaida, a pris le Sahara, le sud désertique de l’Algérie et la Mauritanie comme bases arrière. Lié aux mouvements terroristes algériens (GSPC) et à AQMI, qui en est l’émanation, le GICM veut créer un Etat islamique au Maroc. L’un de ses fondateurs, Saad Houssaini, encourt la peine de mort pour sa participation aux attentats de Casablanca et de Madrid.

Lady Di, princesse for ever

Près de quatorze ans après sa mort tragique, la princesse Diana reste irremplaçable dans le cœur des Anglais. Un modèle à suivre pour Kate.

Diana fait partie de ces princesses qui ont marqué leur temps. Trente ans après son mariage avec le prince Charles, celle que la presse anglaise surnommait « Shy Di » (« Di la Timide ») garde une place de choix dans le cœur des Anglais. « Diana reste une icône pour nous. Quatorze ans après sa mort, elle est encore régulièrement citée dans les tabloïds et à la télévision. Elle a vraiment marqué de nombreuses générations d’Anglais. On n’est pas près de l’oublier », explique Judith, une étudiante londonienne de 25 ans. N’en déplaise aux mauvaises langues. Telle cette chroniqueuse de la maison royale qui déclarait récemment : « La vérité, c’est que Diana ne fait plus partie de la vie des gens, ici en Angleterre. Allez-les voir, parlez-leur d’elle. Là, bien sûr, ils vous expliqueront combien elle était formidable. Mais en réalité son souvenir a commencé à s’effacer des esprits. Ils n’y pensent plus, c’est tout. » Alors que la fontaine érigée en sa mémoire au milieu de Hyde Park, à Londres, fait débat (fermetures à répétition pour mauvais entretien et négligences) et que le Diana, Princess of Wales Memorial, créé en 1997 afin de soutenir des associations caritatives, fermera définitivement ses portes dans un an, William et Harry apparaissent comme les deux derniers garants de la mémoire de leur mère. « Une mère formidable que je ne remplacerai jamais », confiait le cute and kind (« mignon et gentil ») William en 2010, lors d’un entretien télévisé en présence de Kate.
Pour celle qui souhaitait offrir à ses enfants la vie le plus normale possible, le mariage de William avec une jeune femme issue de la classe moyenne pourrait symboliser une victoire posthume. « Kate et William ont une vie normale, des amis normaux, William cuisine et fait le ménage, c’est un homme moderne, raconte Simone Simonns, une amie proche de Diana. Diana a réussi à lui faire comprendre combien il était important de garder les pieds sur terre. » Quelques mois avant sa mort, la « princesse de cœur » confessait que toutes ses espérances se portaient sur son fils aîné : « Il sera le seul capable d’inventer une nouvelle façon d’être roi au IIIe millénaire. »

Avant… Après…

Evénement royal : Mariage prince Charles et Diana Spencer / Mariage prince William et Kate Middleton

Date : 29 juillet 1981 et 29 avril 2011
Lieu : Cathédrale St Paul / Abbaye de Westminster
Nombre d’invités : 3.500 / 1.900
Age de la mariée : 20 ans / 29 ans
Durée de la relation avant le mariage : Brève / Huit ans
Surnom donné par les Anglais : Shy Di (« Di la timide ») / Waity Katie (« Katie qu’attend »)
Mouton noir exclu du mariage : Barbara Cartland / Sarah Fergusson
Chef d’Etat libyen exclu du mariage : Mouammar Kadhafi / Mouammar Kadhafi
Arrivée de la mariée à l’église : En carrosse / En Rolls-Royce IV
Lieu de la demande en mariage : Buckingham Palace / Un lodge au Kenya
Soirée de veille du mariage : En compagnie de la reine mère / Avec sa famille

Les chiffres

13 C’est le nombre de fois où Lady Di et le prince Charles se sont vus avant leur mariage.
2,3 milliards C’est le montant des recettes engrangées par la vente de produits dérivés lors du mariage de Charles et Diana. Les dépenses en cadeaux souvenirs sont estimées à 181 millions d’euros à l’occasion du mariage de Kate et William.
Destin tragique Lady Di est morte dans un accident de voiture sous le tunnel du pont de l’Alma, à Paris, le 31 août 1997. Elle était âgée de 36 ans.
750 millions C’est le nombre de téléspectateurs qui avaient suivi le mariage de Diana et de Charles, en 1981. Trente ans plus tard, quelque 2 milliards de téléspectateurs devraient suivre le mariage de William et de Kate.
15 ans Diana et Charles se sont mariés le 29 juillet 1981 à la cathédrale St Paul, à Londres. Leur divorce est prononcé le 28 août 1996. Leur mariage aura duré quinze ans.

D.S.KANDIDAT

Depuis plusieurs mois, je l’ai affirmé sans restrictions, Dominique Strauss-Kahn sera candidat aux primaires du Parti socialiste parce qu’il entend être candidat à l’élection présidentielle. Beaucoup en doutaient, à l’extérieur du PS et même à l’intérieur de la famille, pour diverses raisons : choix de confort avec la possibilité ouverte pour lui de faire un deuxième mandat au FMI ou manque d’envie de se battre et de se colleter avec ses concurrents au sein du PS. On lui reprochait volontiers de vouloir être désigné comme candidat par un congrès d’acclamations et de ratification. S’il reste encore aujourd’hui des sceptiques, ils sont de moins en moins nombreux. En fait DSK, qui a envie de l’Elysée, n’aurait déserté la bataille de 2012 que pour deux raisons, un président sortant candidat en grande forme et favori, ou un score médiocre face à ses rivaux dans les sondages et enquêtes de popularité.

C’est tout le contraire et c’est pour cela que M. Strauss-Kahn a entamé le processus de sa candidature avec la stratégie des petits cailloux et l’aide conjuguée d’Anne Sinclair et de son équipe de communication. Il a déjà dépassé la date où il aurait dû annoncer son renoncement et prépare désormais les conditions de son atterrissage. Comme prévu, Martine Aubry, respectueuse du pacte signé, se prépare à un autre rôle en cas de victoire, peut-être Matignon.

Le seul gros obstacle à franchir sur la route des primaires reste François Hollande. Déterminé et compétent, coriace dans la manœuvre, M. Hollande irrite les lieutenants de DSK au point de leur faire perdre leur sang-froid. Le duel DSK-Hollande ne sera pas une partie de plaisir.

Les coucous de l’horloge socialiste

Qu’elles seront longues les saisons, les heures et les minutes qui séparent encore le PS de la désignation de son candidat à l’élection présidentielle.

Elles comptent double dans la durée politique et l’histoire politique mesurera combien elles auront pesé lourd sur le chemin du retour au pouvoir que la gauche a tracé à l’avance : nous ne sommes qu’au printemps 2011 et les germes de rivalités internes, essaimés par les uns et par les autres dans le vent des ambitions individuelles, commencent déjà à donner des pousses qui pourraient s’avérer empoisonnées pour la moisson 2012.

Le grand Léo — Ferré — n’était pas si prosaïque, mais oui, décidément, avec le temps, va, tout s’en va, et avec lui les promesses d’une primaire apaisée et loyale qui auraient pavé la voie vers une victoire facile.

La montée en puissance de François Hollande dérange manifestement le scénario écrit à l’avance d’un retour triomphal de Dominique Strauss-Kahn. Quel effet de teasing restera-t-il au directeur du Fonds monétaire international quand il finira enfin par se déclarer, sans doute en mai ? Que restera-t-il du désir d’avenir qu’auront attisé, des mois durant, son absence et le mystère sur ses intentions présidentielles ?

La stratégie de la rareté montre toutes ses limites avant même que le champion des sondages revienne en France. Lucide, DSK s’attendait lui-même à perdre des points dès lors que son retour le banaliserait. Mais pas si tôt.

Le concept séduisant du candidat virtuel, sorte de héros providentiel des socialistes, est aujourd’hui doublement battu en brèche. L’appétit vient naturellement en mangeant à la première secrétaire du PS : sa fonction fait d’elle une candidate. L’opiniâtre maire de Lille n’est peut-être plus si sûre de vouloir s’effacer devant l’exilé de Washington.

Quant à son prédécesseur, rue de Solférino, il a privilégié une campagne de terrain de longue haleine et elle a entamé officiellement sa course hier soir à Clichy-la-Garenne. L’éternelle histoire de la tortue qui avance, avance, sans se retourner et finit par battre le lièvre ?

Dans une version optimiste, la division du parti dans ce match à 3, 4, 5 ou 6 — puisque Ségolène Royal ne détellera pas — ne sera qu’un épisode. Et les compétiteurs, quelles que soient les amabilités qu’ils s’échangeront, pourraient tous finir par se retrouver derrière le vainqueur à la manière d’un Obama rassembleur des démocrates américains et des supporters d’Hillary Clinton.

Mais le précédent socialiste français de 2007 n’augure pas forcément du dénouement à l’américaine de 2008.

En faisant bouillonner les exaspérations, le faux suspense DSK ne peut que recuire les jalousies, mitonner les petites phrases assassines et provoquer l’indigestion du grand public devant des recettes de communication aussi pesantes.


La monarchie britannique résiste bien

Si l'on en croit les sondages, 70 % des Britanniques se déclarent indifférents au mariage royal de William et Kate. Or la cérémonie devrait être regardée par deux milliards de téléspectateurs dans le monde. Comment ce qui passionne la planète peut-il laisser de marbre les Anglais eux-mêmes ? Ou la réalité est-elle autre ?

Une majorité de Britanniques a beau prendre ses distances avec les festivités d'aujourd'hui, elle n'en déclare pas moins - à plus de 60 % - son adhésion à l'institution monarchique. La reine elle-même n'a jamais été plus populaire auprès de ses sujets.

La monarchie est, pour la Grande-Bretagne, l'équivalent de ce qu'est la République pour la France et la Constitution pour les États-Unis : l'incarnation de l'identité nationale. Et, à l'heure de la mondialisation, l'institution fait mieux que résister. Ce ne sont pas seulement les « vieux Britanniques » qui se reconnaissent en elle. Plus le monde est transparent et interdépendant, plus la volonté de se sentir membre d'une grande famille collective peut apparaître comme une forme de protection.

Les traditions créent un sentiment de continuité rassurante. Elles donnent aussi, parfois, une force plus grande. En 1940, Winston Churchill a pu mobiliser toutes les énergies britanniques pour résister à l'Allemagne d'Hitler parce qu'il bénéficiait du soutien d'une famille royale qui, sous les bombes, avait choisi de rester à Londres. Le protocole et ses rituels d'une autre époque réaffirment à leur façon un lien entre passé et présent, qui reste une des clés de la « démocratie à l'anglaise ».

Rêve ou sagesse ?

Sur le plan démocratique, la monarchie constitutionnelle, parce qu'elle distingue entre le symbole du pouvoir - le souverain - et la réalité du pouvoir - le Premier ministre -, peut apparaître comme un système plus équilibré que la « monarchie républicaine » à la française où tous les pouvoirs sont concentrés sur la présidence de la République.

En l'espace de dix -huit mois, les Britanniques auront ainsi un mariage royal et les Jeux olympiques. L'état de leur économie n'est pas meilleur que celui de la France et pourtant, en dépit des tensions sociales, les Britanniques sont infiniment moins moroses que peuvent l'être les Français. Il serait certes exagéré de considérer que la monarchie, que l'on peut voir comme une « machine à fabriquer du rêve », suffit à expliquer la différence entre les deux nations. Mais la mariée, Kate Middleton, parce qu'elle n'appartient pas à la noblesse et plus encore parce que sa famille, en l'espace de quatre générations, est passée de la mine à la couronne, est l'exemple rêvé de l'ascension sociale dans une société peut-être plus ouverte que la nôtre.

Les Français peuvent regarder avec un mélange d'amusement, de fascination et de nostalgie les rituels monarchiques de leurs voisins. Les Américains, dont le Président est entouré d'une pompe toute monarchique, regardent, eux aussi, avec révérence la couronne britannique. Les deux films anglais qui ont eu le plus de succès aux États-Unis récemment - The Queen et Le Discours du Roi - ne sont-ils pas deux célébrations du système monarchique ?

Aujourd'hui, à Londres, ce n'est pas seulement le rêve romantique ou une romance médiatisée à outrance qui sont célébrés, mais une certaine forme de sagesse politique ancestrale. Moderne d'une certaine façon.



jeudi 28 avril 2011

Populisme, nationalisme et égoïsme


Le succès des « Vrais Finlandais », le seul parti qui progresse aux législatives du 17 avril, marque une nouvelle avancée des populistes. Cette tendance concerne désormais presque tous les pays européens. La crise économique la nourrit ; l'immigration, dont l'Europe est devenue le premier continent d'accueil, l'entretient.

Mais ses racines sont ailleurs. Ce repli identitaire est d'abord un refus de la globalisation, de la liberté de circulation, une angoisse face à une compétition économique internationale plus rude, une peur du déclin. Le vieillissement de la population européenne l'amplifie.

Depuis le tournant du siècle, les partis extrémistes ne cessent d'enregistrer des succès en accusant les élites d'être les artisans d'une mondialisation qui détruit les emplois traditionnels. Ils magnifient l'État-nation comme le seul véritable rempart contre un prétendu « complot mondialiste » qui enrichirait quelques-uns sur le dos des peuples au mépris de leurs racines et de leurs spécificités.

L'immigration est accusée d'être la cause du chômage. Or, l'effondrement démographique de l'Europe n'est même pas compensé par l'immigration nette d'un million de personnes par an, de moins en moins acceptée faute d'une intégration, aujourd'hui en panne. Le discours populiste est aussi un discours anti-immigrés et d'exclusion. Moralement condamnable, il est surtout totalement contraire aux intérêts nationaux et européens. Une étude américaine de Daniel Hamilton explique ainsi que, pour garder la même force de travail, l'Union européenne (moins de 20 millions d'étrangers pour 501 millions d'habitants) devrait tripler le rythme actuel de son immigration.

Parler aux peuples

Le populisme, c'est enfin un euroscepticisme sans nuances, qui accuse la construction européenne d'être le « cheval de Troie » de la mondialisation et l'élément le plus destructeur des identités nationales. Il plaide pour une fermeture des frontières, l'instauration de droits de douane et souvent la fin de l'euro. Autant de contre-vérités que les responsables politiques européens ont du mal à combattre.

Les institutions de l'Union, pour leur part, ne sauraient se contenter de gérer l'ouverture du continent, sans corriger, ou plus exactement sans mieux assumer, leur rôle de promotion et de défense de l'Europe dans le monde. Elles doivent parler aux peuples et pas seulement aux États. La question migratoire doit être abordée franchement et pas seulement sous l'angle technique d'accords de Schengen dont l'application n'est trop souvent contrôlée que sur le seul papier.

En outre, on ne peut sans danger continuer à n'envoyer aux Européens qu'un seul message « punitif », celui de la rigueur, des économies, de la baisse des salaires et des garanties sociales, avec des arguments techniques définitifs. Pour que les disciplines soient acceptées, elles doivent s'inscrire dans des solidarités plus effectives et des objectifs politiques crédibles de redressement économique. Ce message d'espoir fait défaut. Il serait pourtant justifié par les atouts d'une Europe qui garde de puissants leviers d'action sur la scène mondiale, une économie forte, un niveau et une qualité de vie sans équivalent dans le monde développé. Et, surtout, une certaine conception de l'homme et de la société où les libertés, les solidarités et la générosité ont encore leur place.





Deux poids, deux mesures

Au moins 400 morts depuis le début de la répression des manifestations à Deraa, en Syrie, des blindés contre une population désarmée... « C'est inacceptable », comme l'a déclaré Nicolas Sarkozy à Rome, et c'est une situation qui ressemble comme deux gouttes d'eau à celle de l'Egypte au début de la révolution et à celle de la Libye avant l'intervention de la communauté internationale à l'ONU.

Dans ces conditions, peut-on envisager un processus analogue, à moins que le mort syrien ne pèse moins lourd que le mort libyen ? C'est malheureusement la seconde attitude, celle du deux poids, deux mesures, qui risque de prévaloir, et pour plusieurs raisons.

– Ecartons d'abord un argument facile et démagogique : on n'interviendrait pas en Syrie parce que ce pays n'a pas, lui, les immenses ressources pétrolières de la Libye.
– On n'interviendra pas en Syrie parce que le vote de l'ONU obtenu à l'arraché par MM. Sarkozy et Juppé n'est pas renouvelable en raison des liens étroits entre la Russie et la Syrie. La Russie, la Chine et même les Etats-Unis n'ont aucune intention de se laisser embarquer dans un nouveau conflit à caractère militaire au Proche-Orient.
– Mais la raison de fond tient à la géopolitique : depuis près d'un demi-siècle, la Syrie est la garante d'un équilibre régional, elle est proche de l'Iran, du Hezbollah libanais et même de la Turquie. Les grandes puissances redoutent un coup de torchon à Damas et ménagent Bachar al-Assad comme elles ont ménagé son dictateur de père, qui fit pourtant assassiner un ambassadeur de France, 241 militaires américains et 58 parachutistes français à Beyrouth en 1983.

Ames sensibles, tournez la tête, car la realpolitik sent souvent mauvais.

Le commentaire politique de Christophe Barbier