TOUT EST DIT

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samedi 17 novembre 2012

Carla Bruni-Sarkozy : « Il est naturel de redistribuer un peu de ce qu’on a eu »

L’ancienne première dame de France préside ce week-end la vente des vins des Hospices de Beaune, la plus grande vente de charité au monde. À la tête de sa fondation, elle continue d’œuvrer pour l’accès à la culture et à l’éducation et à mettre en place des programmes contre l’illettrisme.

Avez-vous hésité avant d’accepter de présider la vente des vins des hospices de Beaune ?
Cette invitation est un grand honneur pour moi et pour la fondation, je n’ai pas du tout hésité.
Qu’attendez-vous de cette vente ? A quoi vont servir les recettes qui vont aller à votre fondation ?
J’espère qu’elle sera un succès pour les Hospices de Beaune qui accomplissent un travail remarquable. Les fonds qui seront levés au profit de la fondation seront utilisés en priorité pour nos programmes de lutte contre l’illettrisme et de lutte contre la grande exclusion.
Vous militez pour l’accès à la culture et à l’éducation pour tous. Ce droit est-il menacé en temps de crise ?
Je crains que certaines aides, en particulier au milieu associatif, se voient réduites et c’est bien dommage car ce droit est encore plus fondamental en période de crise. La crise crée de la précarité, qui elle-même fait naître le sentiment d’exclusion. La culture et l’éducation peuvent justement y remédier car elles tissent du lien social, du lien à l’autre. J’ai la conviction que ce lien, si fragile, est essentiel à l’être humain. C’est pourquoi notre travail, en apportant ce qui peut sembler superficiel, touche en réalité à ce qui est indispensable.
Que vous a apporté le fait de vous occuper des autres à travers votre fondation ?
Créer la fondation était pour moi la meilleure façon de donner du sens et de l’utilité à ma position. Rediriger l’attention parfois démesurée dont je faisais l’objet vers les autres était essentiel à mes yeux. Ne pas le faire m’aurait paru absurde. Et quand on a eu de la chance dans la vie, il me semble naturel de redistribuer un peu de ce qu’on a eu. Avoir la possibilité de le faire réellement est une grande satisfaction.
Quelle est votre plus grande fierté ?
Le travail accompli ! En trois ans, la petite équipe de la fondation a réalisé un travail formidable. Quatre services pédiatriques pour enfants atteints de polyhandicap ont été équipés en matériel ludo-éducatif, plus de 2 000 lycéens issus de milieux défavorisés ont été accompagnés dans la préparation d’études supérieures et plus de 200 ont reçu une bourse d’études, plusieurs centaines d’adultes réapprennent à lire et écrire grâce aux ateliers que nous finançons… Tous ces résultats concrets, l’impact positif de nos actions dans la vie des personnes que nous accompagnons, voilà ma plus grande fierté.
Vous avez contribué à mettre en lumière le problème de l’illettrisme en France. Est-il désormais moins tabou ?
Il y a des progrès, le tabou est un peu levé et les gens commencent à réaliser que ce sont plus de trois millions de Français qui ont des difficultés pour lire, écrire et compter. Mais le chemin est encore long… Ce problème est encore douloureusement vécu par ceux qui en souffrent et très mal compris par les autres. C’est pourquoi en plus de l’aide que nous voulons continuer à apporter sur le terrain, nous espérons trouver les moyens d’informer et communiquer le plus possible sur le sujet.
Le fait que vous ne soyez plus Première dame est-il un avantage pour votre fondation ?
Mon implication reste identique. La seule chose qui diffère c’est que maintenant je vais pouvoir utiliser plus librement mon image au profit de la fondation.
Comptez-vous acheter du vin ce week-end ? Êtes-vous une amatrice de grands vins de Bourgogne ?
J’apprécie beaucoup de boire un verre de bon vin, un Puligny-Montrachet par exemple. Mais je bois peu et je ne m’y connais pas assez, je le regrette, pour savoir acheter et choisir parmi ces grands vins.

dimanche 24 octobre 2010

Christian Jacq: «Je regrette le prix Goncourt»

Le plus célèbre des égyptologues, et l'un des auteurs français les plus lus, revient en librairie avec une trilogie intitulée « Et l'Egypte s'éveilla ». La naissance de l'Egypte, comme vous en avez rêvé

Pourquoi l'Egypte fascine-t-elle encore aujourd'hui ?
C'est une large question qui méritera un livre ! Je travaille à la réponse depuis des années. L'Egypte fascine toutes les générations, tous les pays, quel que soit le niveau de culture ou les croyances. C'est sans doute parce que cette civilisation avait trouvé une clé d'ordre universel qu'il faut définir, avec les valeurs qu'elle véhicule. J'écrirai un jour un essai sur cette fascination car les Egyptiens ont pensé leur éternité. Ils savaient qu'ils allaient disparaître et ils ont formulé leur civilisation pour la porter au-delà de leur propre existence.
Depuis le temps que l'on étudie l'Égypte, reste-t-il des choses à découvrir ?
En fait, l'égyptologie est une science jeune. Après la conquête arabe du VIIe siècle, le pays s'est fermé aux visiteurs et il n'y a plus eu de fouilles. Il s'est rouvert peu à peu à partir du XVIe siècle. Il reste donc beaucoup à découvrir. Il y a d'abord les objets que l'on a trouvés et ceux que l'on a perdus car ils n'ont pas été inventoriés et étudiés par les musées. Il y a même des pyramides que l'on a découvertes et qui ont été recouvertes par les vents de sable. Ceux qui connaissent l'Egypte savent qu'en deux ans, un paysage peut changer complètement. Une des plus grandes pyramides du Moyen Empire a été découverte dans les années vingt, donc avant le GPS, puis recouverte. Il ne reste d'elle qu'une petite photo en noir et blanc. A Saqqarah, des hectares entiers regorgent de trésors que l'on trouverait si on fouillait. Mais, actuellement, la doctrine du service des antiquités est de préserver ce qui a été découvert. En cas de découverte, on note, on recouvre et on s'en occupe plus tard.
Votre dernier roman traite de la naissance de l'Egypte. Avec le temps, votre méthode de travail a-t-elle changé ?
Je ne peux écrire sur ce que l'on ne connaît pas. Nous n'avions jusqu'à peu, pas de documents sur la naissance de l'Egypte et je ne voulais pas écrire n'importe quoi. Les récentes découvertes en Moyenne Egypte le permettent : les hiéroglyphes datent d'avant la première dynastie et donnent une liste des clans.
Je travaille en partant d'une énorme masse de documents rangés dans des boîtes à chaussures. Ensuite, j'établis un casting avec une fiche détaillée par personnage et je déroule le scénario. Je connais toujours la dernière phrase avant d'écrire la première. Ecrire un livre est aussi épuisant pour moi que courir le 10 000 mètres olympique. Et j'écris encore à la main !
Comment vous définissez-vous ? Scientifique, écrivain, vulgarisateur ?
Je suis un scientifique et je continue à publier des articles dans les revues spécialisées. Je suis aussi écrivain. Je suis également un vulgarisateur, bien que je n'aime pas le terme. Mes collègues allemands sont dans l'obligation, en parallèle à leurs travaux de recherche, d'écrire des livres pour le grand public. Umberto Eco en Italie peut être à la fois romancier et universitaire et cela ne pose de problème à personne contrairement à la France.
En France, on oppose aussi littérature populaire et dite savante. Qu'en pensez-vous ?
(Rires) Je regrette de ne pas avoir le Prix Goncourt ! Je ne le regrette pas pour moi mais pour mes lecteurs. Je ne vois pas pourquoi cela poserait un problème à part que je n'ai pas la bonne étiquette…Ecrire difficile, c'est facile. Quand on écrit pour une revue d'égyptologie, on écrit pour des spécialistes et on ne fait aucun effort de lisibilité. Ce n'est pas si facile de faire un best-seller. J'y mets ma chair, mon sang. Les lecteurs le sentent sans doute car j'ai eu beaucoup d'imitateurs depuis vingt ans et ils n'ont pas obtenu le même succès. Ce n'est pas au lecteur de faire l'effort mais à l'auteur. Lire doit être un bonheur. Le livre est un compagnon. J'ai peu le temps de lire autre chose que des ouvrages scientifiques. Mon modèle est Gérard de Nerval. Son « Voyage en Orient » me fascine et je le relis fréquemment. J'aime aussi Chateaubriand.
Ecrire douze heures par jour sur une autre époque vous coupe de la réalité ?
Non, je m'intéresse beaucoup à mon époque. Je regarde les infos, je lis les journaux. Je suis solitaire. Mais, quand je crée des personnages et que je les fais vivre, je suis dans le monde. J'écris sur une civilisation qui a disparu et qui est très ancienne mais qui est pour moi un modèle de valeurs. J'estime que j'écris des romans contemporains et non pas historiques car on a beaucoup à apprendre de l'Egypte ancienne. Notre grand gain par rapport à elle est technologique. Nous avons, en revanche, perdu au niveau spiritualité et rapports humains. Nous sommes dans des schémas de fanatisme grave, d'intolérance. Le dialogue est difficile. L'Egypte ancienne est un modèle de vie. Quand ils parlent d'équilibre et de rectitude, ce n'est pas en vain. Chez les Anciens Egyptiens, celui qui ment ne renaît pas.