TOUT EST DIT

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mardi 1 novembre 2011

Le président et le candidat


La Constitution de la Ve République et ses conséquences sur la vie politique française peuvent conduire à d’étonnants paradoxes. Entre un candidat qui ne l’est pas encore et un autre qui l’est beaucoup, la joute du second tour a commencé. Rappelons que, pour l’instant, la France se trouve encore à six mois… du premier et que rien n’est joué.


Cette situation étrange offre pourtant quelques avantages. Certes, elle prive de tribune tous ceux qui, à droite, à gauche ou au centre, voudraient faire entendre leurs différences. Mais elle réduit les termes du choix à l’essentiel : comment contenir la dette publique et repartir sur des bases plus saines ? Pour être élu en 2012, il sera périlleux de distiller des rêves. Partout la rigueur s’impose. Restera alors un argument majeur : des projets crédibles, sérieusement chiffrés, où les efforts seront équitablement partagés.


Dans cette bataille, Nicolas Sarkozy, président sortant, propose de poursuivre l’action engagée depuis le début de la crise. Il l’a décrite, jeudi 27 octobre, devant près de 12 millions de téléspectateurs. Il s’est posé en « président protecteur » face à un monde agité. Être le plus longtemps possible habité par sa fonction, se montrer le moins nettement possible en candidat, c’est bien sûr le choix. Ce fut aussi celui de François Mitterrand en 1988, celui de Jacques Chirac en 2002. Et ils furent réélus, malgré la cohabitation.


L’habileté consistera à garder ce cap, meilleur rempart pour compenser l’usure fatale du pouvoir. Mais Nicolas Sarkozy saura-t-il résister longtemps à ceux qui le poussent à en découdre ? C’est moins sûr. Le débat s’engagera alors sur le bilan du quinquennat. Sur le terrain des déficits publics, la grande question de l’heure, les résultats ne sont pas bons. La crise a, bien sûr, fait sentir ses effets. Mais la politique fiscale choisie depuis 2007 aussi. De nouvelles mesures sont désormais nécessaires pour, après 12 milliards, trouver «de 6 à 8 milliards » d’économies supplémentaires. Elles seront annoncées après le G20, au début du mois de novembre. Sur qui portera l’effort ? Le test sera évidemment décisif.

Candidat, mais pas trop


On se souviendra sans doute dans les années à venir de ce jeudi 27 octobre, quand Nicolas Sarkozy est venu à la télévision pour tenter de rassurer les Français face aux derniers développements de la crise.


Dans un exercice pédagogique clair et assez sobre, parfois même austère, le président a tiré les leçons du sommet de Bruxelles et a annoncé un nouveau plan de rigueur budgétaire, justifié par des prévisions de croissance pour la France revues à la baisse de 1,75% à 1%. Cette projection signifie « 6 à 8 milliards » d’économies supplémentaires dans le budget pour commencer à espérer réduire les déficits.


Cette pédagogie présidentielle s’imposait : il s’agissait en effet de la première émission télévisée en direct du président de la République depuis huit mois.


Après les soubresauts européens de ces dernières semaines, il était temps que Nicolas Sarkozy s’adresse aux Français, dévoile les consignes données au gouvernement pour le budget et la fiscalité et décrive plus généralement la stratégie retenue par la France ( et son partenaire allemand ) face aux menaces de récession. Le président de la République répondait à une attente, confirmée par l’audience des chaînes : près de 12 millions de téléspectateurs ont suivi la prestation présidentielle. Soit le double de ceux qui avaient regardé les deux précédentes.


Cet exercice pédagogique commencé solennellement a nourri longtemps une soirée télévisée intéressante. Nicolas Sarkozy aurait d’ailleurs très bien pu clore son propos comme il l’avait commencé : un « président protecteur » s’adressant à des Français inquiets. L’énergie qui l’anime, la haute idée qu’il se fait de sa fonction, tournée vers l’action, sa détermination, rendaient tout cela assez crédible.


Mais le retour du refoulé après un si long silence médiatique, une popularité en berne et sans doute son tempérament l’ont conduit à sortir progressivement du rôle endossé. Le candidat a peu à peu percé sous le président, délivrant le message essentiel de la campagne à venir : « Ce sera moi ou le chaos ». Il a passé du temps à accentuer le contraste, sous une lumière flatteuse, entre sa gestion et celle des ses prédécesseurs, droite et gauche confondues dans l’opprobre.


En s’autoproclamant homme de la situation, il a égrené son calendrier : présider jusqu’en février. Et alors, il dira s’il est vraiment candidat. Mais jeudi soir, tout le monde a compris que la campagne de la présidentielle était déjà bel et bien engagée.