TOUT EST DIT

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mardi 14 octobre 2014

Le masque mortuaire de Jean-Marie Le Pen

C'est l'image de fin de Adieu Le Pen, le documentaire de Serge Moati que diffuse mardi soir France 2: le président d'honneur du Front national vient de réciter des vers de Musset qu'il affectionne. Moati adore quand Le Pen récite Musset.
«Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d'avoir quelquefois pleuré»
Jean-Marie Le Pen ferme les yeux, Serge Moati filme. La scène dure plusieurs secondes et Moati, un rien grandiloquent, conclut «Adieu, Le Pen» sur l'image de ce qui évoque un masque mortuaire. Frappant.
Drôle de documentaire, cette version vidéo du livre de Moati, Le Pen, vous et moi (Flammarion). En une heure et demie, le documentariste résume ses 25 ans de reportages sur le «diable» du FN auquel le lie un mélange ambigu et parfois sympathique de fascination (même s'il s'en défend) et de répulsion. En fait, il hésite: raconte-t-il ces 25 ans d'improbable compagnonnage ? La passation de pouvoir entre Jean-Marie et Marine Le Pen? Les divergences de ligne au sein du parti? La dédiabolisation du Front national? Ou le portrait de «cet homme», comme il dit, qu'il a «écouté inlassablement» et qui aura marqué, quoi qu'on en pense, cinquante années de vie politique française?
Moati ne choisit pas vraiment, il veut tout dire pour cette dernière fois, s'épanche un peu sur lui-même et le résultat final est un peu brouillon, décousu, avec bien sûr quelques pépites. Comme ce moment de janvier 2011 où Jean-Marie Le Pen murmure à l'oreille de sa fille, qui vient de lui succéder à la tête du parti, qu'elle devrait consulter un orthophoniste pour gagner en souffle. «T'as raison», répond la nouvelle présidente, visiblement excédée. Ou ce moment, après le défilé du 1er mai 2013, où Le Pen masque à peine sa colère de n'avoir pas été invité à parler à la tribune. Entre une statue de Jeanne d'Arc et un casque de scaphandrier, le père fondateur s'en prend sans agressivité, mais on sent qu'il n'en pense pas moins, aux tenants de la ligne laïque ou chevènementiste (Florian Philippot) et appelle sa fille à «montrer à l'aile chrétienne qu'elle n'est pas que laïque», et à ne pas oublier «la spiritualité».
En héritage, Jean-Marie Le Pen livre son secret, c'était juste avant les élections législatives de 2012 : «Comme je vais mettre ma petite fille en orbite et qu'elle sera peut-être députée, ils n'ont pas fini d'en avoir, des Le Pen!» Il éclate de rire. Il voulait mettre le bazar dans la «bande des quatre» de naguère? Il a réussi. Et ça va continuer. De ce point de vue, il pourrait dire: mission accomplie.

(Adieu Le Pen, mardi 14 octobre, 22h30 sur France 2)
Perso, je n'aime pas Moati