TOUT EST DIT

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mardi 26 août 2014

François Hollande en ministre du redressement politique !

Et si le président de la République jouait sa réelection en 2017 sur le départ fracassant d'Arnaud Montebourg.
C'est peu dire que François Hollande ne souhaitait pas le départ d'Arnaud Montebourg, de Benoît Hamon ou même d'Aurélie Filippetti du gouvernement. Pas plus qu'il ne voulait lors du dernier remaniement se passer de la présence des Verts dans l'équipe gouvernementale. Car le chef de l'État est bien placé pour le savoir, c'est à gauche que se gagne le premier tour de la présidentielle, et ce sont des réserves de voix de la gauche dont il aura besoin pour se faire réélire s'il peut se représenter en 2017.
Avec le remaniement et la nomination d'un gouvernement Valls 2, 147 jours après le premier, le président de la République joue donc son va-tout en accordant un poids considérable à son hyper-Premier ministre dont l'autorité était défiée. La ligne de la cohérence et de la cohésion l'a emporté et c'en sera probablement fini désormais de la cacophonie à l'intérieur de l'équipe gouvernementale.
Avoir Arnaud Montebourg en Cincinnatus à l'extérieur, plus Martine Aubry en embuscade à Lille et une centaine de députés « frondeurs » contre soi n'est certainement pas une position confortable. Mais cela ne peut pas être pire que la contestation permanente qu'organisait le ministre de l'Économie au sein d'un gouvernement dont il était censé incarner et respecter la ligne.
Force est de reconnaître qu'Arnaud Montebourg a réussi sa sortie, en la mettant en scène de façon magistrale. En trois jours, de son interview samedi au Monde réclamant un changement de cap économique contre l'austérité à la conférence de presse à Bercy où il a annoncé lundi soir avoir choisi de reprendre sa « liberté », Arnaud Montebourg se pose en chef de file de la gauche de la gauche avec le beau rôle de la victime. Si le socialisme de l'offre prôné par François Hollande échoue à ranimer la croissance, le Bressan, inventeur de la primaire pour le choix du candidat à la présidentielle, sera un concurrent redoutable pour le Corrézien sans doute dés 2017.
Mais le départ d'Arnaud Montebourg libère aussi François Hollande en lui offrant une sortie politique inespérée. Le chef de l'État, qui a multiplié pendant l'été les commémorations en profitant des 70 ans de la Libération pour se « présidentialiser », va enfin pouvoir sortir de l'ambigüité qui a miné le début de son quinquennat. Le départ d'Arnaud Montebourg est l'occasion d'un redressement politique et de la réaffirmation d'un cap pro-européen et pro-entreprise qui va permettre d'accélérer les réformes en faisant endosser leur impopularité par le Premier ministre, en première ligne. Toute la question est évidemment de savoir s'il aura pour les mener une majorité ou bien si, comme certains le pressentent désormais, la fronde d'une partie de la gauche laisse présager un blocage des réformes. Et, pourquoi pas, un scénario de dissolution façon 1997.
Le vote du budget de l'État et de la Sécurité sociale à l'automne sera le juge de paix. A défaut de trouver une majorité à gauche, Manuel Valls ira-t-il en chercher une nouvelle par une coalition avec certains centristes, à la façon de Michel Rocard entre 1988 et 1991 sous François Mitterrand ? Avec, pour l'actuel Premier ministre, un risque, celui de subir le même sort, c'est-à-dire d'être limogé sans préavis une fois sa « mission » achevée pour permettre à François Hollande de finir son quinquennat à gauche en vue de 2017.
Dans la dure loi de la politique, il ne peut y avoir qu'un gagnant : entre Hollande, Valls et Montebourg, c'est une partie de billard à plusieurs bandes qui vient de commencer. Mais, dans le régime de la Ve République, la prééminence institutionnelle et la légitimité donne une prime au chef de l'État qui a pour lui l'atout le plus précieux : la gestion du temps. De sorte qu'Arnaud Montebourg, avec sa sortie fracassante, a peut-être brûlé sur ce coup de dés tous ses vaisseaux. Son refus de la ligne réaliste à l'allemande en fait le héros d'une partie de la gauche contestataire. Mais si le pacte de responsabilité de François Hollande finit par réussir, ce que l'on ne peut pas exclure par principe, même si cela peut prendre plus de temps que celui du calendrier électoral, alors le trublion de Bercy aura perdu la partie. Au moins pourra-t-il se consoler en se disant que le spectacle de son passage gouvernemental avait un certain panache. Et que cela voudra dire que l'économie française se sera, à son corps défendant, finalement redressée !