TOUT EST DIT

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mardi 26 août 2014

Après la crise politique, le cataclysme économique ?

La France est sur le fil du rasoir en cette fin d'été 2014. La crise politique au sommet de l'État s'ajoute au sombre tableau d'une économie nationale à l'arrêt depuis le début de l'année. Dans des conditions de plus en plus délicates, il ne manquait plus qu'un changement d'équipage en plein milieu de la tempête… L'opinion publique est prise à témoin des déchirements au sein même de la majorité sur l'opportunité des mesures engagées depuis plus de deux ans. Et en toile de fond, ferment de toutes les tensions sociales, la détérioration des chiffres du chômage ne cesse de refléter une réalité dépressive.
Les marges de manœuvre, au contraire de ce que laisse à penser le débat politique, sont quasi nulles. De ce point de vue, sans doute est-il nécessaire de rappeler les spécificités de la situation française. La dette publique y augmente de manière inexorable. Cette menace silencieuse, si elle n'est pas contenue, se traduira par un cataclysme quand elle deviendra hors de
contrôle. Il ne s'agit pas d'une hypothèse, mais d'une certitude. La seule question est de savoir à quel moment elle se produira. Quand le niveau de la dette franchira le seuil symbolique de 100 % du produit intérieur brut (vers la fin de l'année prochaine si la trajectoire actuelle se poursuit)? Peut-être avant? Peut-être après? L'évidence, en revanche, est que la seule manière d'éviter ce moment où les créanciers deviendront les véritables maîtres de la France est de parvenir enfin à redresser nos finances publiques.
Or les engagements pris par Paris en matière de déficit, année après année, ne sont pas tenus, provoquant certes l'affliction de nos partenaires européens, mais contribuant surtout à l'accélération de la spirale infernale: pour faire face à nos obligations d'emprunteur, les impôts et prélèvements divers augmentent, affaiblissant la consommation chez les particuliers, et plus grave encore sapant la compétitivité de nos entreprises. Du coup, un autre déficit se fait encore plus inquiétant: celui de notre commerce extérieur. La France décline en faisant moins rentrer de richesses par ses exportations qu'elle n'en dépense dans ses importations, notamment énergétiques. Cet affaiblissement généralisé entraîne la conséquence la plus préoccupante: la chute de l'investissement public et privé, hypothéquant à long terme les capacités de redressement du pays.
Endettement démentiel, outil économique vieillissant ; il n'est pas concevable de laisser pareil héritage aux jeunes générations sans réagir et corriger au plus vite nos propres incohérences. Ces dernières s'étant accumulées depuis des décennies, la phase de réforme ne peut qu'être forte et douloureuse. Faut-il privilégier le choc et la tension maximale, ou au contraire le compromis et la patience? François Hollande a choisi la seconde option ; ce n'est pas une surprise, la démarche est conforme à sa personnalité profonde et du reste à ce qu'il avait annoncé pendant la campagne présidentielle. Il se trouve alors confronté au danger d'un lent pourrissement de son environnement proche tout en bénéficiant de l'extraordinaire répit que lui offrent les conditions de taux hyperfavorables auxquelles emprunte la France.
Il s'agit là en même temps de notre plus grand atout actuel et de notre plus grande fragilité. Une variation des taux, même légère, un simple retour à des conditions seulement normales, ouvrirait un trou béant, ingérable par Bercy. Il s'agit coûte que coûte de conserver la confiance des investisseurs mondiaux, qui renouvellent jour après jour leur quitus à la zone euro et à ses deux têtes d'affiche. L'Allemagne, la garante, emprunte quasi gratuitement, et la France donc, l'autre partenaire du couple, plus faible, permet à la masse gigantesque de liquidités mise en circulation par les banques centrales occidentales d'obtenir un minimum de rémunération. Dans cet équilibre instable, il ne faut surtout pas instiller le soupçon même d'un doute chez ces grands fonds financiers avides de nos bons du Trésor. C'est pourquoi le remaniement autour des compétences clefs de la finance et de l'économie ne traîne pas et que les messages clairs sont envoyés pour que soit prolongée notre providentielle facilité de caisse.
Évidemment un tel contexte, artificiellement favorable, suscite les propositions alternatives en tous genres. Les partis extrémistes de droite comme de gauche fourmillent de solutions démagogiques et inapplicables (pour parodier Audiard, ce serait même à cela qu'on les reconnaît). Le signe du désarroi de la société française se retrouve d'ailleurs dans la séduction croissante que peuvent exercer de telles chimères.