TOUT EST DIT

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jeudi 16 août 2012

France : fluctuat et - non etiam - mergitur

L'économie française stagne, mais est sous la menace d'une récession à l'italienne. Et la stratégie du nouveau président est lourdement responsable de cette situation.
Zéro, zéro, zéro. Trois fois zéro. Trois trimestres de stagnation du PIB : l'économie française n'avance plus. Peu importe qu'elle évite ou non la « récession » et ses deux trimestres de contraction. Quelle différence au fond entre deux trimestres à - 0,1 % et deux trimestre sans croissance ? La réalité est la même : l'économie française ne parvient plus à créer de la richesse.
La France au milieu du gué
Alors que l'économie allemande reste encore sur la berge du fleuve de la crise et que celles de l'Europe du sud se noient dans les tourbillons de la récession. La France, elle, flotte encore et ne coule toujours pas. Du moins pour l'instant. Mais pour combien de temps ? Toute la tâche du nouveau gouvernement français tient à ceci : maintenir la tête de l'économie française hors de l'eau. Car il n'est pas d'autre question que celle-ci : comment éviter que cette stagnation ne devienne une vraie récession ? Comment éviter un scénario à l'italienne pour l'économie française ? La réponse semble évidente : en n'ayant pas recours aux méthodes utilisées par Rome, autrement dit en ne se lançant pas dans une politique de dévaluation interne forcenée par la coupe des revenus des ménages et des dépenses publiques.
La spirale infernale
Certes, sur le plan théorique, cette politique doit mener à une « épuration » de l'économie qui, débarrassée de sa « mauvaise graisse », repartira sur des bases saines, celle d'une croissance par les exportations qui irriguent ensuite le reste de l'économie. L'ennui de cette politique, c'est que lorsque tous les moteurs de l'économie sont au point mort, son effet récessif est immense. Et qu'elle peut créer une spirale déflationniste comparable à celle qu'a connu l'Europe dans les années 1930 : la rigueur budgétaire presse la demande intérieure, les profits des entreprises s'effondrent, le chômage s'accroît, les revenus des ménages et de l'Etat s'effondrent, ce qui entraîne un nouveau cycle récessif. Il est alors très difficile de sortir d'une telle spirale et l'effet positif de l'amélioration de la compétitivité externe devient anecdotique et illusoire. L'exemple italien le prouve. Depuis trois trimestres, la contribution extérieure au PIB est considérable : de 80 à 90 points de base. Et pourtant, la contraction de la richesse nationale a reculé de 0,7 % à 0,8 %.
Pas de réduction des déficits sans croissance
Si personne ne nie qu'une réforme des économies du sud de l'Europe ne soit nécessaire, le remède de cheval prôné par Bruxelles et Berlin semble atteindre désormais ses limites et prouver son échec. Les réformes doivent donc être modérées afin de ménager la croissance et permettre, à terme, la consolidation budgétaire. Car, François Hollande l'a répété durant sa campagne avec raison : sans croissance, il ne peut y avoir de réduction des déficits.
Le piège du pacte budgétaire
Pourtant, le président français a décidé le 29 juin de faire voter le pacte budgétaire pour le plat de lentille d'un plan de relance illusoire et il reste attaché à l'objectif de plus en plus irréaliste de revenir à un déficit de 3 % du PIB l'an prochain. Si sa majorité le suit - et il n'est pas pensable dans notre système politique qu'il n'en soit pas ainsi - il devra donc couper rapidement et largement dans la dépense publique. Or, l'Etat est le seul agent qui a apporté une contribution positive au cours des quatre derniers trimestres à l'économie française. Le gouvernement risque alors de s'engager dans la spirale décrite ci-dessus. Car la consommation des ménages ne résistera pas longtemps à l'austérité et il faudra en revanche, compte tenu de l'état de l'industrie française, attendre longtemps avant que l'amélioration progressive de la compétitivité porte ses fruits sur le commerce extérieur français. Quant à l'effet du « plan de relance » décidé le 29 juin par le conseil européen, chacun sait qu'il sera nul sur l'économie française.
L'échec d'une stratégie
François Hollande perdrait alors sur tous les tableaux : la récession, la vraie, deviendrait réalité et la consolidation budgétaire ne serait plus qu'un lointain souvenir. Sa stratégie d'accepter le pacte budgétaire contraignant contre un plan de relance assez virtuel était si erronée qu'il s'agit en fait d'un piège qui se referme sur lui. Comment annoncer à Berlin, à Bruxelles et aux marchés qu'on ne peut finalement accepter le pacte budgétaire ?
C'est pourtant la seule voie possible pour éviter le basculement de la France dans la récession. Une voie qui n'empêche pas les réformes, notamment celle du marché du travail, pas plus qu'une meilleure utilisation, plus axée sur la croissance, des moyens publics. Il est temps pour le nouveau gouvernement français de faire preuve de ce qui a manqué à ses prédécesseurs : de courage et d'intelligence.

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