TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

jeudi 18 août 2011

La boussole démographique

Hommes, femmes et enfants du monde se rappellent à notre bon souvenir ! L’actualité financière récente a construit l’image trompeuse d’une planète obsessionnelle, confuse et frénétique. Théâtre d’ombres affolé, offrant un contraste paradoxal entre la précision absurde de chiffres astronomiques, le désordre des politiques et l’érosion du sens. La démographie, elle aussi, se nourrit de nombres incessants (et fluctuants) mais son propos essentiel est fait de visages et de destins. En parler représente quelque chose de rassurant.


L’Institut national d’études démographiques (INED) nous rappelle aujourd’hui que la population mondiale dépassera en 2011 le seuil des sept milliards d’hommes et de femmes. En l’espace de deux siècles, soit huit générations mais un laps de temps bien réduit au regard de l’histoire de l’humanité, ce chiffre a été multiplié par sept. Et le gain net sur douze ans, depuis 1999, est d’un milliard d’individus. D’après les démographes, le prochain milliard sera engrangé d’ici quatorze ans. L’incroyable accélération du peuplement humain atteindrait un plateau. D’ici la fin du XXI e siècle, notre famille humaine devrait plafonner à 9 ou 10 milliards de personnes. Qu’il faudra nourrir, éduquer, vêtir, dans un esprit de dignité.


La démographie est l’une des sciences humaines les plus prédictives qui soient, même si elle peine à anticiper les mouvements de population liés aux guerres et aux catastrophes naturelles. Les données disponibles de natalité, de mortalité et de niveau sanitaire, certes pas toujours exactes, permettent de prévoir assez justement le lent rééquilibrage des populations et les enjeux sociaux et politiques qui en découlent.


Ces changements de cap ne sont pas indifférents à l’horizon 2050, c’est-à-dire demain. Bien avant cette échéance, au rythme actuel, l’Inde, bien plus féconde, aura dépassé la Chine. Dans moins de quarante ans cette dernière aura perdu plus de 30 millions de personnes tandis que la péninsule indienne en aura gagné 450 millions.


Autre exemple, plus facile à appréhender pour nous. Plus choquant aussi, peut-être : au même horizon, la France aura surpassé, avec un gain de 9 millions d’habitants, sa très puissante voisine. L’Allemagne passera de près de 82 millions à 69 millions de personnes, la première économie européenne se voyant rétrogradée au troisième rang, devancée largement en population par la Grande-Bretagne et la France.


« Il n’est de richesse que d’hommes », ont coutume de rappeler les dirigeants d’entreprise qui veulent câliner leurs troupes. C’est en réalité bien plus vrai des nations. Comment ne pas s’interroger sur la Russie, véritable film catastrophe démographique, où l’espérance de vie est inférieure à celle de l’Égypte ou de l’Indonésie ? L’ensemble de l’Europe orientale est frappé d’atonie, appelé à perdre quelque 12 % de sa population d’ici 2050 ! Comme en Chine, le vieillissement de la population et la prise en charge de seniors seront problématiques.


A contrario, le XX e siècle sera africain. En dépit d’une espérance de vie réduite dans nombre de pays de ce continent et des ravages du VIH, l’Afrique devrait multiplier sa population par quatre d’ici 2100, soit 3,6 milliards d’habitants, un tiers de l’humanité, pour l’essentiel au sud du Sahara.

0 commentaires: