TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

samedi 16 juillet 2011

« Rallumer les étoiles de l'espérance »

Révolte, révolution ou réveil, comment appeler le puissant mouvement qui soulève le monde arabe ?

Sans doute le mot réveil est-il approprié car il sous-entend que le mouvement n'est pas seulement orienté contre des gouvernements ou des gouvernants, mais qu'il contient à la fois des frustrations et des espérances concernant la vie économique, le besoin de reconnaissance collective et individuelle, le désir de justice sociale. C'est autre chose que de changer de gouvernement. C'est la vie et aussi les mentalités qui doivent évoluer. C'est l'apprentissage de l'organisation technico-économique. C'est le choix d'un développement possible et cela dans un monde où les exigences écologiques sont incontournables et l'énergie plus rare et plus chère.

Le défi est immense. Aucun de ces pays en réveil ne peut le relever seul. Les coopérations sont donc indispensables si l'on veut assurer dans ces régions la paix intérieure et extérieure. Ces pays partent d'une situation précaire, aggravée par les récentes secousses politiques. Ainsi l'Égypte a vu chuter de 6 % à 1 % la croissance de son PIB. La Tunisie n'est pas en meilleur état. Ces deux pays reçoivent soudain des dizaines de milliers de réfugiés, fuyant la Libye. Ils doivent aussi réinstaller chez eux leurs nationaux qui avaient émigré et les réfugiés libyens dans des camps menacés d'une catastrophe humanitaire.

Indispensable coopérationeuro-méditerranéenne

L'Europe ne peut rester impassible et doit avec netteté, courage et détermination s'engager pour régler en profondeur ces multiples problèmes. Hélas, dans l'Union européenne, tout le monde ne semble pas décidé à mettre en oeuvre les décisions du Conseil européen du 8 mars sur le soutien à la transition démocratique et la création d'une communauté euro-méditerranéenne de l'énergie.

Le défi, d'après Jean-Louis Guigou (1), est de proposer « une vision géopolitique à vingt ou trente ans, susceptible de créer une grande région euro-méditerranéenne, une grande région nord-sud intégrant près d'un milliard d'individus comme l'Alena (Accord de libre-échange nord-américain) a su le faire en Amérique ou, en Asie, l'Asean (Association des Nations du Sud-Est asiatique) ».

Si l'Europe ne le fait pas, ces pays en mouvement pourraient se tourner vers la Chine, les États-Unis ou vers un fanatisme ethno-religieux, comme le dit Edgar Morin.

Pour Jean-Louis Guigou, la solution c'est, à court terme, se mettre à l'écoute, répondre aux demandes concernant les budgets, la monnaie, les emprunts. C'est, à moyen terme, proposer des plans de modernisation et d'aménagement du territoire ; et aussi de grandes politiques comme une politique euro-méditerranéenne de l'énergie, une politique de sécurité alimentaire.

C'est, à long terme, relancer une union pour la Méditerranée « offrant un ancrage historique entre les deux rives qui pourrait s'appeler communauté méditerranéenne... Elle serait forte de 500 millions d'Européens et de 500 millions d'arabo-musulmans et constituerait une grande région mondiale capable de peser dans la compétition multipolaire. Il faut qu'ensemble, le nord et le sud de la Méditerranée inventent un nouveau modèle d'écologie industrielle et urbaine... un nouveau modèle de développement plus durable et plus humain ».

Ainsi, comme le dit joliment Jean-Louis Guigou, l'on pourra « rallumer les étoiles de l'espérance ».



(1) France Forum, n° 42, juin 2011, 7, rue Saint-Dominique, Paris.

0 commentaires: