TOUT EST DIT

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lundi 6 septembre 2010

Les syndicats au pied du mur

Si le mot déterminant a un sens en politique, c'est bien le moment de l'appliquer. Soumise au double feu de la rentrée parlementaire et syndicale, la réforme des retraites va subir, cette semaine, un test déterminant. Décisif et attendu, tant il est vrai que le Président n'a pas vraiment cherché à l'éviter. On l'a bien vu, le guichet de la concertation-négociation du gouvernement est resté délibérément fermé tout l'été.

C'est peu dire pourtant que Nicolas Sarkozy n'aborde pas l'épreuve de force dans les meilleures dispositions. Sa diversion sécuritaire a fait pschitt et s'est même révélée contre-productive. Ses troupes parlementaires se retrouvent, aujourd'hui, plutôt désarçonnées et désabusées quand elles ne cèdent pas aux querelles fratricides.

Pis, de plus en plus empêtré dans l'affaire Bettencourt, le ministre du Travail chargé de porter le dossier emblématique du quinquennat est plus proche de la sortie que de la promotion. Après le lâchage par les syndicats, la curée politique de l'opposition et, parfois, le désaveu de son camp, sa parole n'est plus ni audible ni crédible. C'est mission impossible de faire porter un message essentiel par un messager 3D : déboussolé (personnellement), déconsidéré (publiquement), dévalué (politiquement).

Plus grave peut-être, le gouvernement a perdu, cet été, la bataille de la communication sur le point de friction central de la réforme : son côté injuste. Le fait que l'effort exigé par la double butée légale ¯ âge de départ légal à 62 ans, âge du taux plein à 67 ans ¯ pèse d'abord sur les salariés modestes privés d'études, les exclus, les chômeurs de longue durée, les femmes...

En constatant que sept Français sur dix jugent la réforme « pas juste », le dernier sondage Ifop-dimanche ouest-france signe la victoire de l'explication syndicale sur la pédagogie gouvernementale. En même temps qu'il souligne, par ailleurs, un recul de l'adhésion à la mesure phare des 62 ans et une radicalisation des positions, a priori favorables à la mobilisation.

Mieux, à en croire le même sondage, les syndicats dégagent dans l'opinion une large majorité de soutien à leur journée de ce mardi 7 septembre. Là encore, sept Français sur dix ! Reste, évidemment, que tout le problème est de transformer l'essai dans la rue. Et là, c'est la bouteille à l'encre. Même le tandem CGT-CFDT, qui donne désormais le tempo revendicatif en France, fonctionne avec une réelle efficacité, en contraignant ses partenaires à s'aligner. FO en tête, qui a dû se résoudre à rentrer dans le rang, ne serait-ce que pour continuer à exister.

Pour autant, aucun conflit de rentrée n'a donné le moindre signal avant-coureur de la forte mobilisation qu'espèrent les syndicats. Ce qui est sûr, c'est que la clé la plus inédite du mouvement est apparemment entre les mains des jeunes. Neuf d'entre eux sur dix, toujours selon le sondage Ifop-dimanche ouest-france, affichent leur soutien à la journée du 7. Passeront-ils de l'adhésion symbolique à la contestation militante, eux qui répugnent, par ailleurs, à l'engagement syndical ? Leur réponse sera décisive.

En tout état de cause, les syndicats, s'ils veulent faire bouger la ligne élyséenne, sont condamnés à faire sensiblement plus fort que le 24 juin. Simplement rééditer le score de juin serait perçu comme une incapacité à accentuer et à accélérer la mobilisation, au moment précis où le temps parlementaire enclenche, lui, la vitesse supérieure. Le temps est clairement l'allié du gouvernement.

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