TOUT EST DIT

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mardi 27 juillet 2010

Le terrorisme islamiste au cœur de l'agenda des pays africains

Simple coïncidence de l'actualité ou symptôme d'une "islamisation" du continent africain ? Au moment même où était annoncée, dimanche 25 juillet, l'exécution de l'otage français Michel Germaneau enlevé le 19 avril au Niger par "Al-Qaida au Maghreb islamique" (AQMI), une trentaine de chefs d'Etat de l'Union africaine (UA) étaient réunis à Kampala (Ouganda) pour préparer la riposte après les attentats revendiqués par les Shabab, des islamistes agissant en Somalie qui, le 11 juillet, ont causé la mort de 76 personnes dans la capitale ougandaise.
Le sommet de Kampala, prévu de longue date, devait être consacrée à la lutte contre un autre fléau africain, la mortalité maternelle et infantile. Mais son ordre du jour a été bouleversé. "Ces terroristes peuvent et doivent être vaincus, a lancé dimanche le président ougandais, Yoweri Museveni. Agissons de concert pour les chasser d'Afrique. Qu'ils repartent en Asie ou au Moyen-Orient d'où certains viennent d'après ce que je comprends".

Les chefs d'Etat africains, dont la réunion doit s'achever mardi, devraient décider de renforcer l'Amisom, la Force de l'UA déployée en Somalie, contre les Shabab, qui contrôlent presque la totalité de ce pays dépourvu d'Etat depuis près de vingt ans. Les 6 000 soldats ougandais et burundais déjà présents dans la capitale, Mogadiscio, devraient recevoir 2 000 hommes en renfort. Un nouveau mandat leur permettant de passer à l'offensive devrait leur être donné. Les Occidentaux devraient fournir des hélicoptères et l'Afrique du Sud un appui naval pour assurer un blocus du port de Kismayo qui, contrôlé par les islamistes, est la principale entrée pour les armes et les munitions.

L'UA CONDAMNE L'ASSASSINAT DE MICHEL GERMANEAU

Alors que les auteurs des attentats de Kampala revendiquaient le départ des troupes africaines de Somalie, leurs actes vont produire l'effet inverse. Mais la stratégie militaire suivie par l'UA avec le soutien américain et français, consistant à défendre le "gouvernement fédéral de transition" somalien fragile et corrompu, retranché dans quelques quartiers de Mogadiscio, est critiquée. Chacun a en mémoire la façon tragique dont l'armée américaine s'est cassé les dents en Somalie en 1993. Si les soldats de l'Amisom utilisent leurs nouveaux moyens de façon indiscriminée, "ils risquent de faire le jeu des Shabab" en faisant de nombreuses victimes civiles, estime Ernst Jan Hogendoorn, expert de l'International Crisis Group, une ONG spécialisée dans la prévention des conflits cité par l'AFP.

Focalisé sur la contagion islamiste en Afrique de l'Est, le sommet de Kampala ne s'est guère mobilisé sur la situation dans la zone sahélo-saharienne où a été tué l'otage français. Sa condamnation de cette exécution a été néanmoins "très énergique" : "Rien ne peut justifier l'exécution d'un otage, et certainement pas le refus de payer une rançon ni une opération légitime qu'un pays de la région peut conduire avec ses propres moyens et l'assistance d'une tierce partie", a déclaré, lundi, Ramtane Lamamra, commissaire à la paix et à la sécurité de l'UA. "Al-Qaida a montré le peu de respect [qu'il avait] pour la vie humaine (...). Ceci est une démonstration supplémentaire de ce comportement tout à fait barbare et inacceptable".

Les responsables africains présentent les combattants islamistes comme des étrangers à leur continent, venus notamment d'Afghanistan et du Pakistan. "Ces groupes ne partagent pas les valeurs de solidarité et de partage de l'Afrique", affirme ainsi Boubacar Diarra, représentant spécial en Somalie de Jean Ping, président de la Commission de l'UA, interrogé sur RFI. Pourtant, il est avéré que des Algériens figurent parmi les responsables de l'AQMI, appellation adoptée en 2007 par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) algérien. Le rôle de certains chefs touareg dans l'enlèvement et la "revente" des otages aux islamistes est tout aussi connu.

D'autres réalités attestent d'une certaine porosité à l'islamisme de certaines sociétés africaines. En juillet 2009, la secte islamiste Boko Haram se réclamant des talibans afghans a tenté d'instaurer un Etat islamiste dans le nord du Nigeria. La répression de ce soulèvement a causé la mort de 800 personnes. Quant au président malien, Amadou Toumani Touré, il a dû suspendre l'examen de la réforme du code de la famille qu'il souhaitait engager afin d'assurer une meilleure égalité entre hommes et femmes, après les manifestations inédites organisées, durant l'été 2009 par des responsables musulmans contre ce projet "inspiré par l'occident".

Philippe Bernard

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