jeudi 7 juin 2012
La valeur sociale du libre choix des pauvres
La libre possibilité pour l’individu de dire non, ou plus
généralement de pouvoir librement choisir la meilleure option parmi
celles qui lui sont proposées, est au cœur du combat contre la pauvreté.
Ce qui fait de nous des hommes c’est que nous devons choisir,
sélectionner entre des possibilités. Non seulement nous devons choisir
mais nous voulons que notre choix compte.
Si le métier que l’on exerce ne nous convient pas on veut pouvoir en changer, si un des professeurs de l’école où nous mettons nos enfants s’avère trop négligeant, ou laxiste ou tout simplement pas assez intéressé par les progrès de ses élèves, nous voudrions pouvoir le dire, faire changer ce professeur ou à défaut changer nos enfants d’école. De même nous voulons pouvoir choisir le chirurgien qui va procéder à une opération.
C’est en ce sens que l’on veut que nos choix comptent afin que, par exemple, celui qui nous offre les produits et services que nous sélectionnons s’engagent sur leur qualité. Bref : pour être bien servi, il faut avoir la possibilité de dire non au service que l’on reçoit.
Or il est coutume de voir cette faculté comme un attribut de richesse. Après tout, pour pouvoir dire non, il faudrait déjà avoir le choix, ce qui implique une certaine opulence.
Un ouvrage remarquable intitulé The Beautiful Tree de James Tooley (dont une excellente recension a été déjà publiée dans Contrepoints) montre que c’est tout le contraire : la libre possibilité pour l’individu de dire non, ou plus généralement de pouvoir librement choisir la meilleure option parmi celles qui lui sont proposées, est au cœur du combat contre la pauvreté.
James Tooley fait comprendre ce message en prenant l’exemple de l’éducation des pauvres dans les pays en développement, exemple qu’il connaît bien puisqu’il a consacré sa vie à enseigner aux enfants les plus pauvres dans le monde entier.
Dans son ouvrage, il montre que la très mauvaise qualité des systèmes d’éducation publique dans les pays en développement provient de ce que les parents n’ont pas le droit à la parole, en tout cas à une parole qui compte, pour s’assurer que les établissements qui prennent en charge leurs enfants fournissent à ces derniers une éducation de qualité.
Loin d’être les lieux exigeants de développement et d’éducation, les établissements scolaires publics ne sont en fait que des lieux où les professeurs de ces écoles, fonctionnaires dont le travail ne peut être remis en cause par la critique des parents, méprisent et délaissent les enfants qui leurs sont confiés.
À quoi sert la gratuité d’un système qui fait perdre du temps aux enfants et qui prodiguent des rudiments d’éducation insuffisants pour permettre aux nouvelles générations de dépasser la situation sociale et économique de leurs parents ?
Mais Tooley va plus loin que de poser cette seule question : il montre comment les pauvres eux-mêmes ont trouvé la solution pour parer cette carence des système éducatifs publics en créant des écoles privées.
Dans les plus grandes villes et bidonvilles du monde, en Inde, au
Nigeria, au Kenya et même dans les campagnes éloignées en Chine, les
pauvres construisent leurs propres écoles pour instruire leurs propres
enfants. Au cœur du succès de ces établissements, un principe qui va à
l’encontre de tous les préjugés : le fait que ces services soient
payants.Payantes ces écoles imposent donc aux parents de faire des sacrifices pour réussir à faire en sorte que leurs enfants reçoivent une éducation de base qui leur permettra de contribuer et s’insérer dans la société. Mais ces efforts leur donnent concurremment un pouvoir fondamental : le contrôle parental, c’est-à-dire le pouvoir effectif de changer son enfant d’école si un établissement ne convient pas.
Et ce pouvoir compte : les revenus de ces établissements scolaires privés dépendent de façon critique du paiement des parents. L’exigence de rentabilité et la concurrence entre ces écoles privées pour pauvres (elles sont très nombreuses et souvent voisines, ce qui laisse le jeu de la concurrence s’exercer), amènent ces établissements à être effectivement au services des parents et à répondre aux besoins éducatifs de leurs enfants.
Les solutions contre la pauvreté ne sont pas nécessairement gratuites.
D’aucuns dénonceront la soi-disant « immoralité » qu’il y aurait à faire payer les gens les plus pauvres de la terre pour pourvoir à l’éducation de leurs enfants. C’est ainsi que l’une des principales objections aux résultats de Tooley est que les solutions privées, étant par définitions payantes, ne seraient pas « pro poor ».
Il y a probablement plusieurs manières de réfuter cette objection. L’une des plus probantes consiste à se demander si prétendre de connaitre a priori ce qui est de l’intérêt des pauvres (c’est-à-dire ce qui serait « pro poor ») n’est pas le signe d’une extrême arrogance.
À ce sujet, Tooley évoque que les premiers systèmes d’éducation gratuits et obligatoires ont été imposés par la colonisation au nom d’une prétendue connaissance de ce qui était « bon » pour le colonisé. L’expression Beautiful tree (qui a inspiré le titre du livre de Tooley) a d’ailleurs été employée par Gandhi pour décrire le système éducatif privé qui préexistait en Inde à l’arrivée des anglais et qui a ensuite été « déraciné » par les « bonnes » intentions des colons.
Mais allons plus loin et demandons dans quelles conditions une personne peut affirmer qu’elle est au service des intérêts des autres ?
Car est au service d’une autre celui qui cherche à satisfaire les besoins de cette autre personne. L’attitude qui consiste à imposer une solution à cette autre personne n’a rien à voir avec le service de cette personne. On en vient à la dernière vertu du libre choix : c’est qu’il rend à tout moment réfutable la création de valeur proposée par un fournisseur de solution éducative.
Comme Karl Popper l’a montré, c’est la possibilité de réfuter ouvertement les théories scientifiques qui motive le progrès de la science. De même, ce qui motive les progrès de l’offre scolaire, c’est le pouvoir des parents de dire non en retirant leurs enfants pour les mettre dans un autre établissement. Ce pouvoir de réfuter la qualité des efforts d’un fournisseur de prestations éducatives (qu’il soit privé ou public d’ailleurs) est absolument essentiel pour faire en sorte que son offre soit adaptée aux besoins des pauvres… et donc à la sortie de la pauvreté.
Affirmer que l’on est par définition « pro-poor » parce qu’on propose certaines solutions gratuites est une fausse attitude de service. Il serait plus juste de dire qu’on est pro-poor lorsqu’on laisse aux pauvres la liberté de choisir, parmi un grand nombre d’établissements, celui qui convient le mieux à leurs enfants.
Notons que la possibilité même d’existence de tels établissements provient du fait qu’ils ne sont pas gratuits. Souvent créées par des ex-étudiants, qui voient là une opportunité d’utiliser leurs compétences pour être utiles à leur communauté, il faut bien que ces auto-entrepreneurs soient rémunérés (ceci n’empêche d’ailleurs pas que ces mêmes établissements pratiquent très souvent la gratuité pour les plus plus démunis de la communauté qu’il servent [1]). On voit ici le marché acquérir un rôle fondamental dans la découverte et l’évaluation de la valeur sociale d’un service.
Ce qui permettra de débloquer une situation, comme la pauvreté, c’est la compréhension profonde par certains de ceux qui y sont impliqués des mécanismes qui sont à l’origine du blocage de la situation. Seules peuvent ainsi être inventées des solutions originales qui permettent de changer la situation. C’est l’essence même de l‘entrepreneuriat : partir des besoins pour proposer des solutions.
Mais ces solutions pour être validées doivent recueillir le libre consentement de ceux dont elles sont supposées résoudre les problèmes. Dans cette perspective le libre choix fait des pauvres des acteurs à part entière de leur propre développement
On est ici à cent lieues des théories de développement qui prétendent faire croire qu’un système qui exclut la personne comme pouvant jouer un rôle central dans son émancipation lui donnera plus tard les moyens de la réaliser (ce qui constitue une variante de l’argument classique de la dictature du prolétariat).
Affirmons le contraire : l’émancipation commence au moment où l’on considère la personne pauvre comme un des agents principaux (pas nécessairement le seul bien entendu) de son propre développement — au sens où son avis compte, où ses décisions peuvent être exercées à travers des choix individuels (et pas seulement des choix collectifs) dont il est ultimement le responsable. Elle se termine, ou ne commence toujours jamais, quand le pauvre n’est plus vu comme un sujet responsable mais seulement comme un objet d’assistance.
Le libre choix du pauvre est un ingrédient absolument obligatoire de sortie de la pauvreté.
—-
Note :
[1] Tooley ne dit pas pourquoi. Il me semble qu’il soit de l’intérêt de l’auto-entrepreneur scolaire que toutes les familles de la communauté mettent leurs enfants dans son école. Voir les enfants d’une famille plus pauvres que la sienne recevoir une bonne éducation est probablement très motivant pour soi-même et consentir aux effort nécessaires pour que ses enfants y aillent également. Ceci n’est qu’une pure conjecture.
Pulvar vs 24heuresactu : la main du pouvoir socialiste ?
24heuresactu, petit webzine de droite, ferait-il peur au pouvoir
socialiste ? La gauche veut-elle se venger des polémiques que nous avons
sorti au cours de la campagne et que la presse officielle s’efforçait
de taire ? Peut-être, tout simplement, le gouvernement souhaite-t-il
nous faire passer un message : les temps ont changé et votre liberté de
ton ne sera plus tolérée ? Toujours est-il que nous avons compris la
leçon : nous devons entrer en résistance contre un État PS qui dispose
de tous les leviers du pouvoir politique et médiatique et qui ne répugne
à aucun excès pour écarter ceux qui le dérange.Audrey Pulvar, compagne de l’un des ministres emblématiques du gouvernement Ayrault, est certes en droit de nous attaquer devant la justice pénale si ça lui chante ! En revanche, au nom de la « République exemplaire » que les socialistes (et Arnaud Montebourg en tête) prêchent à longueur de journée, il serait peut-être utile de comprendre comment une procédure judiciaire si insignifiante peut être menée avec un tel empressement par la justice française quand on connait les lenteurs désespérantes de notre système judiciaire… pour ceux qui n’ont pas la chance de connaitre un ministre.
Si l’empressement de la Justice à boucler ce dossier est objectivement surprenante, deux raisons possibles (et possiblement complémentaires) peuvent toutefois la justifier : soit le zèle d’un parquetier voulant complaire au nouveau pouvoir (devons nous rappeler que l’indépendance de la Justice est un doux rêve en France dans la mesure où les membres du parquet dépendent du ministre de la Justice pour leur avancement) ; soit une volonté politique d’entraver la liberté d’expression de l’un des rares sites qui ne soit pas acquis à l’idéologie socialiste.
Et pourquoi pas donc un petit cocktail des deux. De discrètes consignes pour que l’enquête soit rondement menée et pour que les empêcheurs de penser en rond de 24heuresactu prennent en pleine poire la pression judiciaire. De l’intimidation ? Peut-être. Un message ? Certainement.
Mais permettez, mesdames et messieurs les censeurs socialistes, que l’on vous explique l’interprétation que l’on compte faire de votre message policier : non seulement nous n’abdiquerons pas face à vos pressions et menaces, mais nous allons décupler nos efforts et faire de ce site, que nous animions au gré de nos envies et de notre temps libre, une plateforme de combat pour lutter contre votre toute-puissance politique, médiatique et judiciaire.
Référendum irlandais, Poutine, politique migratoire... Ces mines qui commencent à exploser sur le parcours de François Hollande
1 - Référendum irlandais : une première victime, François Hollande !
2 - Montebourg : commando suicide !
3 - Président normal, France dévaluée
4 - Les pompiers pyromanes veulent éteindre l’incendie des loyers !
5 - La présidence aux bras ballants !
6 - A quoi sert de se décarcasser en charcutage électoral et circonscriptions sur mesure ?
7 - RESF déjà à la manœuvre !
mercredi 6 juin 2012
Comment le gouvernement socialiste écroule la France au niveau de la Grèce sous votre nez
En données brut, un mois de
décisions socialistes ont créé 20 milliards de dépenses supplémentaires
pour 5 ans. Ils ont appris ça à Science Po : ça permet de réduire le
déficit actuel.
- Pour commencer, ils ont décidé une hausse de l’allocation de rentrée scolaire – elle va être financée par un coup de baguette magique – et grand dieux vous n’y pensez pas, pas question de demander aux parents la preuve que leurs mômes vont vraiment à l’école : ça les froisserait.
- Ensuite il y a la fin du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux qui part en retraite. Avec 108 fonctionnaires pour 1000 habitants, comparés à 50 pour 1000 en Allemagne, les socialistes trouvent que nous sommes un peu juste. Confidence : c’est pour fabriquer du vote socialiste, car les fonctionnaires savent pour qui voter.
- Puis les socialistes ont décidé de renforcer des moyens de l’AFPA (formation diplomate pour adultes). Officiellement, c’est fait pour former les moins aptes, c’est à dire les 150 à 200.000 immigrés que l’on fait venir chaque année, et qui ont, pour compétence professionnelle majeure, deux jambes pour faire la queue aux allocations. Une chance pour la France on vous dit.
- A cela s’ajoute l’embauche de 15 à 18.000 conseillers supplémentaires à Pôle emploi pour « accompagner les chômeurs ». Bon, ça c’est une dépense que je peux comprendre : ils viennent d’arriver en France d’un pays arriéré, il faut bien que quelqu’un leur apprenne à devenir chômeur non ? Le gouvernement Ayrault a décidé que tout ce beau monde, les conseillers supplémentaires et les immigrés, ne seront pas payés en prenant l’argent dans la poche droite pour le mettre dans la poche gauche : toutes les poches sont vides.
- Je n’ai pas oublié l’allongement du congé paternité. Ce sont les pères polygames et les nouvelles familles à deux pères qui vont être contents.
- Et pour terminer, l’embauche de 60.000 fonctionnaires nouveaux, à vie bien entendu…
http://www.capital.fr/carriere-management/actualites/salaries-tout-ce-que-le-nouveau-gouvernement-devrait-changer-720647
Martine Aubry compte-t-elle être celle qui dit tout haut ce que le gouvernement prépare tout bas ?
nterrogée lundi matin sur France 2, Martine Aubry a estimé que la priorité était d'abord de « faire rentrer des impôts complémentaires ». La première secrétaire du Parti socialiste fait-elle preuve d'honnêteté politique ou fait-elle entendre sa différence au gouvernement Ayrault et à François Hollande ?
Quant au positionnement politique de Martine Aubry, cela va au-delà de marquer sa différence… Le parcours des 18 derniers mois de Martine Aubry en témoigne, et François Hollande a réussi là où elle a échoué. François Hollande est parti en premier dans la course à la primaire socialiste avec seulement 3% d’intention de vote chez les sympathisants socialistes. Martine Aubry a préféré passer un accord avec DSK dans l’espoir de se retrouver à Matignon, en sachant alors qu’il était crédité de 60% des intentions de vote à la primaire socialiste. Elle a finalement joué de malchance.
Bien qu’elle tienne l’appareil politique pour le Parti socialiste et qu’elle se soit fait violence suite à la victoire de François Hollande aux primaires, elle n’a pas été récompensée par la suite. On imagine sa déconvenue, sachant le discours violent qu’elle a tenu à l’encontre de François Hollande durant les primaires socialistes, où elle jugeait de son programme par l’expression « Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ! ». Elle était d’ailleurs intimement convaincue que les courbes d’intentions de vote allaient se croiser… C’est un échec quasi personnel, elle a raté son alliance avec DSK, manqué les primaires, et Ayrault est préféré pour le poste de Premier ministre.
Martine Aubry peut-elle constituer une nouvelle épine dans la politique du gouvernement Ayrault, pire que celle de Jean-Luc Mélenchon ?
Reste que Jean-Luc Mélenchon reste très en retrait du PS, du fait de son programme notamment, et de sa volonté de constituer la véritable opposition de gauche. Mais quand il joue cette carte, il est conscient qu’il ne sera jamais un vrai recours comme parti de gouvernement. En 2017, Martine Aubry pourrait tirer profit d’avoir joué le jeu « un pied dehors, un pied dedans », en particulier suite à un quinquennat difficile avec les difficultés financières qu’on connaît.
A cinq jours des élections législatives, peut-on qualifier sa sortie d'erreur stratégique ?
Reste que cela ne peut évidemment qu’être dommageable pour l’unité de façade du PS. L’UMP n’a d’ailleurs pas hésité avant de s’engouffrer dans la brèche. Le discours de Martine Aubry est quand même très lourd, les impôts d’abords, en particuliers pour ceux qui jouissent de tant de privilèges…
Enfin, il ne faut pas oublier le caractère très fort de cette femme, comparée régulièrement à Alain Juppé, mais plutôt pour ses mauvais côtés : cassant, méprisant, sec… Tout l’opposé de François Hollande !
La Première secrétaire du Parti socialiste a assuré de son départ à l’automne mais certains socialistes semblent en douter... Jean-Christophe Cambadélis a reconnu qu'il existait pour l'instant une ambiguïté sur les intentions de Martine Aubry : « Jusqu'à présent, je n'ai pas entendu: 'je pars tel jour à telle heure’ » Quel avenir politique pour Martine Aubry ? Peut-elle rester à la tête du PS ?
Pourquoi nous avons du mal à réformer
Le coût politique de la réforme pour les gens au pouvoir est
grand. Plutôt que de prendre le risque de mettre en place un processus
de clarification et de « tri entre le bon État et le mauvais État », il
leur paraît plus simple de tenter, à nouveau, de faire payer les autres.
Il est essentiel de revenir à un niveau soutenable de dépense publique. Pourtant, certains intellectuels et dirigeants politiques semblent croire que le salut viendra… de la dépense publique. Mais avec 56% du PIB de dépenses publiques (soit 10 points de dépense publique en plus dans le PIB en comparaison avec 1980, juste avant le très dépensier projet commun de la gauche), une dette en augmentation continuelle, un déficit budgétaire structurel depuis près de quatre décennies, la France pratique en réalité la « relance » keynésienne depuis belle lurette. Avec le résultat que l’on voit. Visiblement, il n’y aurait jamais assez de relance. Faudrait-il atteindre 95% du PIB en dépenses publiques pour qu’elle fonctionne ?
Cette défense de la relance participe plutôt d’une stratégie d’immunisation contre toute possibilité de réforme structurelle visant à « dégraisser » le secteur public pour le remettre au service des citoyens. Il en va d’ailleurs sans doute de même pour la propagation du mythe de l’austérité (la vraie austérité consisterait à baisser drastiquement les dépenses publiques, ce qui n’est absolument pas le cas en France aujourd’hui) ou même du soi-disant ultralibéralisme qui toucherait le pays. Quant à l’argument de la « croissance », qui pourrait être contre ? Comme a pu le rappeler le Président de la Bundesbank Jens Weidmann « être favorable à la croissance, c’est comme être partisan de la paix dans le monde » [2]… On comprend en fait que « croissance » est, dans la bouche de certains, un autre moyen de dire « dépense ».
Cette rhétorique permet en réalité de détourner l’attention du vrai problème qui est celui de la difficulté à opérer des réformes structurelles – difficultés qui mêlent obstacles en termes d’insuffisance de connaissance pour réformer et en termes d’intérêts coalisés contre la réforme.
La complexité de l’administration en a fait une espèce de plat de spaghettis, de grosse pelote de laine emmêlée et « tirer un fil » entraine généralement des conséquences inattendues. Les interconnections et complémentarités entre services et administrations ont permis de s’assurer que toute réforme se transformerait en casse-tête.
Un autre problème fondamental de la bureaucratie est qu’elle s’auto-évalue. Chaque « bureau » a ainsi une incitation à clamer son importance fondamentale pour l’intérêt public et refuse d’être « réformé ». Évidemment le travail d’une institution telle que la Cour des Comptes permet de départager et de rationaliser. Cependant une bureaucratie est aussi un instrument pour l’achat d’une clientèle électorale politique. Or, que se passe-t-il quand la bureaucratie est en symbiose avec le politique, comme dans les conseils régionaux ou départementaux, et qu’affaiblir une bureaucratie signifie affaiblir un camp politique ? On comprend qu’il est difficile pour les hommes politiques d’un gouvernement de réduire les troupes de leurs soutiens politiques.
Ensuite, à l’intérieur de chaque département de la bureaucratie, lors d’un dégraissage, les départs se font rarement selon une logique de rationalité consistant à garder les plus compétents et les plus travailleurs, mais bien plus sur une logique politique, de pouvoir : ceux qui restent sont les mieux organisés et les plus influents. Le risque est ainsi de finir avec une bureaucratie moins envahissante mais inopérante.
Par ailleurs, réformer en profondeur implique encore de remettre en questions de nombreux intérêts coalisés qui vivent de subventions ou contrats publics. Ces intérêts coalisés sont extrêmement efficaces pour « défendre leur beefsteak » : entreprises vivant de la manne publique mais aussi intermittents du spectacle ou étudiants pouvant envahir la rue.
Justement, réformer en profondeur suppose un minimum de débat démocratique sur l’établissement des priorités en matière de dépenses publiques. Or, cela demande une aptitude au véritable dialogue social au sein de la nation toute entière. Les pays nordiques ont pu se réformer grâce à cette aptitude. La France, société de défiance par excellence, a en revanche toute la peine du monde à mettre ses citoyens autour de la table. Cette défiance vient précisément de son modèle social corporatiste et centralisateur – qu’il s’agirait de réformer également.
Enfin, un argument majeur qui sera évoqué contre la réforme : le coût de la transition. Lorsque des ressources humaines et financières doivent être réaffectées de manière si importante en même temps, la donne est fortement chamboulée. Les personnels publics ou des entreprises ayant perdu leurs marchés publics doivent être absorbés par le secteur privé. Or, en période de récession cette capacité d’absorption est minimale, sauf à accepter un accroissement de flexibilité sur le marché du travail – généralement impopulaire.
On le voit : le coût politique de la réforme pour les gens au pouvoir est grand. Plutôt que de prendre le risque de mettre en place un processus de clarification et de « tri entre le bon État et le mauvais État », il leur paraît plus simple de tenter, à nouveau, de faire payer les autres : « l’endettement national est au maximum, les impôts nationaux sont presqu’au maximum, déplaçons donc au niveau de l’Europe nos problèmes d’endettement avec, par exemple, les Eurobonds… »
En dépit de tous les obstacles à la réforme, il y a pourtant bien un jour où l’obèse doit se résoudre à la diète. La procrastination n’est pas une solution. Mais se reprendre en main nécessite, au niveau d’un pays, une discussion, un véritable « dialogue social ». Voilà un test pour notre démocratie.
Notes :
- « L’État », Journal des débats, Septembre 1848 disponible ici. ↩
- Le Monde, 25 mai 2012. ↩
Je reconnais volontiers le déchirement que peut représenter l’empêchement de se livrer à sa vocation. Et je suis lassée de constater que c’est systématiquement la femme qui doit remettre en cause sa carrière, pour ne pas faire ombrage à son compagnon. Mais que la « première dame » , ou « first girlfriend » , soit toujours caractérisée « journaliste », je trouve cela contraire aux valeurs de ma profession.
Car voici donc une journaliste, embarquée dans l’intimité du pouvoir (ses rouages, ses voyages et dîners officiels, ses confidences, etc.), mais qui n’en dira mot. En quelque sorte, la journaliste la mieux informée de France sur la magistrature suprême pratiquera la rétention d’information permanente. Comment dès lors conserver le titre de « journaliste » , qui s’obtient en exerçant, en livrant l’info, en éclairant les points d’ombre ? Il existe donc en France une journaliste, dont tout le monde accepterait qu’elle taise l’information, qu’elle la retienne à tout prix ?
Ah pardon, elle n’est plus une journaliste « politique » mais « culturelle ». L’absolution ? Je trouverais contraire aux valeurs de mon métier qu’une journaliste « culturelle » soit en possession d’une information politique, et sous prétexte de sa case culturelle, ne dévoile pas cette information politique. J’ai été formée au journalisme en France, et l’on m’a appris qu’ « un journaliste doit s’intéresser à tout ». (Et en tant qu’étudiante belge en France, ça m’a coûté de m’intéresser au rugby.)
Alors, pour qu’elle reste dans l’activité, « Paris-Match » continue à salarier Valérie Trierweiler, pour deux ou trois critiques par mois. Imaginez la renommée nationale, voire internationale, d’un artiste pour lequel Valérie Trierweiler aura eu un « coup de cœur. » Car qu’il s’agisse d’une exagération de notre société ou pas, Valérie Trierweiler vient d’acquérir une identité nouvelle qui éclipse son patronyme : « Première dame de France » (locution qu’elle réprouve mais dont personne n’a encore trouvé de palliatif.) Bref, ce « Coup de cœur » aura le pouvoir de transformer le plomb en or (et l’artiste en « artiste de la cour. »)
Il est sans doute très dommage que la profession doive se séparer de l’un de ses talents le temps d’un mandat (ou plus). Il est encore plus dommageable que la profession se rende complice par son absence de réaction. Mais après tout, en France, la liste des entorses à l’indépendance du journalisme ne fait que s’allonger dans une relative indifférence qui confine à la normalité.
Les sommets ont été atteints lorsque Christine Ockrent a accédé à la tête de l’Audiovisuel extérieur de la France (AEF), alors que son compagnon Bernard Kouchner occupait le ministère des Affaires étrangères. Le pouvoir de l’époque avait tenté de nous faire avaler que ce serait Matignon qui chapeauterait le holding.
Valérie Trierweiler doit avoir beaucoup d’amis dans la profession pour bénéficier d’un tel paravent contre l’indignation. D’ailleurs, c’est sans doute pour cela que la France a tardé à savoir qui était la compagne de François Hollande. En réalité, je me ficherais de savoir qui est la « Première dame », si elle n’était pas « journaliste ».
Elle craint que son statut (si toutefois c’en est un) lui donne un air « potiche. » Lorsqu’on la voit visiter le potager de Michèle Obama avec les épouses des leaders du G8, on se dit que c’est raté : elle a fait courge. Il y a pourtant d’autres activités en dehors du journalisme qui développent des valeurs similaires. Pour ne pas faire potiche, si Valérie Trierweiler mettait sa notoriété nouvelle au service d’une cause, ou exerçait un autre métier ? J’adorerais voir une « first girlfriend » travailler et gagner un salaire ! Son bagage de journaliste lui permettrait de prendre le contre-pied des épouses de présidents, qui prétendent aider l’Afrique en séjournant deux nuits dans un 4 étoiles de Ouagadougou.
Bref, s’il est déjà difficile pour François Hollande d’être un Président « normal », je pense qu’il est impossible que Valérie Trierweiler demeure journaliste.
La question du second tour
mardi 5 juin 2012
Matraquage fiscal : Aubry dévoile le programme caché du PS
Martine
Aubry n’aura pas réussi à attendre les législatives pour dévoiler les
contours de la politique fiscale de l’Etat socialiste. Toujours plus
d’impôts plutôt que de combattre l’obésité morbide de l’Etat. Si la
gauche nous ressort ses fameux « riches » qui seront selon le
gouvernement les seuls à payer, tout le monde est conscient que ce sera
en réalité la classe moyenne qui va être matraquée.
![]() |
| Regardez la, c'est le diable !! |
Ce constat, connu depuis longtemps, établi, il reste deux options pour endiguer les déficits publics : faire baisser les dépenses de l’Etat ou augmenter les impôts de tout le monde. Comme Martine Aubry l’a expliqué, le pouvoir socialiste semble bien décidé à continuer à s’engraisser de fonctionnaires (au moins 60.000 de plus sur les cinq ans à venir) et à augmenter les impôts.
Et quelles sont ces « énormes marges fiscales » qu’évoque Martine Aubry sinon une augmentation massive et généralisée des impôts ? Qui peut dire aujourd’hui que la pression fiscale en France est limitée et que les contribuables pourraient encore faire un effort pour que les socialistes soient en mesure de recruter de nouveaux fonctionnaires ?
Personne, car les Français payent d’ores et déjà plus d’impôts que la quasi-totalité des contribuables européens et la France compte d’ores et déjà plus de fonctionnaires qu’aucun autre pays, sans parler de la gabegie économique que représente la gestion de la majorité des assemblées locales… contrôlées par la gauche et qui ont déjà fait le choix de la hausse des impôts locaux.
Toujours est-il que si Martine Aubry aborde sans tabou avant les législatives sa marotte du matraquage fiscal, on peut s’attendre à voir arriver une gauche décomplexée après les élections.
Grotesque : les rouages de la comm’ de la présidence normale
François
Hollande et les équipes de communicants qui ont pris leurs quartiers à
l’Elysée surjouent à saturation des ficelles grossières de la
« présidence normale ». Entre voyages en train, déplacements dans le
métro, conseil des ministres en jeans… le gouvernement s’évertue à
amuser les médias à coups de clichés. Curieusement, les médias suivent
sans rechigner ce plan comm’ pathétique.
Faut-il prévenir François Hollande et les membres du gouvernement que
Nicolas Sarkozy a perdu l’élection présidentielle et que si le candidat
socialiste a avant tout été élu sur l’anti-sarkozysme, il ne pourra pas
faire le coup de la « normalité » pendant cinq ans comme pis allers à
ses renoncements et aux promesses intenables.
Car depuis près d’un mois qu’il a été élu, la politique de François
Hollande consiste essentiellement à égrener des symboles lourdingues
pour opposer sa supposée simplicité aux fastes de l’ère sarkozyste… et
ce, même si comme son prédecesseur, François Hollande ne rechigne pas à
profiter des ors de la République et à se prélasser dans le luxe de la
Lanterne.
On a toutefois l’impression que faute de pouvoir mettre en oeuvre son
programme, et conscient que la situation du pays ne lui permettra pas
de réaliser le « changement » promis dans la gestion de la politique
publique, le président de la République se rabat sur les symboles les
plus racoleurs de l’anti-sarkozysme.
Mais, à force de tirer sur la ficelle de cette simplicité apparente,
les Français commencent à se poser des questions et vont avoir besoin de
réponses sur la réalité du changement mis en oeuvre par la majorité
présidentielle de gauche. Où nous amène François Hollande et son
gouvernement socialiste ? Les pratiques de la République ont-elles
seulement changé depuis le 6 mai ?
Les nominations tous azimuts de journalistes ou les mises au placard
annoncées ou effectives de Pierre Salviac (condamné pour crime de
lèse-majesté sur Valérie Trierweiler) et d’Eric Zemmour annoncent plutôt
un Etat PS tout puissant et ne faisant pas de cadeaux à ceux qui ne
rentrent pas dans les clous idéologiques.

















