TOUT EST DIT

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dimanche 26 juin 2011

La crise selon Dimitra

Il n’y a pas que des jeunes indignés qui manifestent dans les rues d’Athènes : il y a aussi ceux qui, comme Dimitra, ont trimé toute leur existence et voient aujourd’hui leur niveau de vie et leur environnement se dégrader, comme le raconte la correspondante de Foreign Policy. 

Au bout d’un an passé parmi les inévitables anarchistes de gauche et syndicalistes au fil des interminables manifestations anti-austérité à Athènes, j’ai enfin rencontré une Grecque qui pourrait bien être l’incarnation de la crise économique.
Dimitra est une grand-mère de 62 ans qui vit dans le quartier autrefois à la mode, et aujourd’hui délabré, de la place Victoria, dans le centre-ville. Elle est gérante d’un mini-marché grâce auquel elle assure non seulement sa propre subsistance, mais aussi celle de sa fille, sous-employée, et de ses deux petits-enfants. Mais sa boutique est aujourd’hui menacée. Elle a toujours payé ses impôts, alors même que ses amis, qui se débrouillaient, eux, pour ne rien débourser, se moquaient d’elle, et elle n’a jamais dépensé plus qu’elle ne pouvait épargner.
Mais les mesures d’austérité ont fait exploser les taxes et les charges, et ses économies se tarissent. Et comme si cela ne suffisait pas, son quartier grouille désormais de drogués et de bandes. Elle a peur de sortir le soir ; elle a perdu le compte du nombre de fois où elle a été agressée. "Je n’en peux plus", concède-t-elle.

Une majorité silencieuse qui payait ses impôts

Pendant des années, la classe politique ne s’est pas souciée des gens comme Dimitra. Elle aurait dû. Cette majorité silencieuse — ces Grecs qui respectaient les règles, qui payaient leurs impôts et ne vivaient pas au-dessus de leurs moyens — éponge aujourd’hui les dettes accumulées par un système politique corrompu, inefficace et clientéliste qui ne leur a presque rien donné. Ce n’est pas des aganaktismenoi, ceux qui chantent des slogans et campent depuis des semaines sur la place Syntagma dans le cadre de sit-in anti-austérité inspirés des indignados espagnols, que le gouvernement devrait avoir peur. C’est de Dimitra, et de tous les autres Grecs comme elle qui ont discrètement accordé aux politiques le bénéfice du doute et, au bout de cette vaine année d’austérité, ont fini par perdre patience.
Sur le plan national, le marasme a plusieurs facettes, s’expliquant entre autres par une économie stagnante, presque de style soviétique, qui favorise le népotisme au détriment de la méritocratie, une culture de la corruption qui a dilapidé l’argent public, et une augmentation récente de l’immigration qui a été mal gérée aussi bien par les autorités grecques que par l’UE, abandonnant dans les rues d’Athènes des milliers de migrants sans emploi, sans papier et de plus en plus désespérés. Au fil de l’année écoulée, on a constaté une hausse inquiétante des violences, ce qui a donné une nouvelle impulsion à des gangs néonazis considérés maintenant par quelques-uns des plus anciens résidents du centre-ville comme des forces de sécurité plus efficaces que la police.
"Les gens ne se sentent plus en sécurité, plus du tout, et ils sont tendus, en colère, méfiants", explique le père Maximus, le chanoine de Saint-Pantélimon, cathédrale d’Athènes dans un quartier homonyme du centre, qui a été le théâtre de quelques-unes des pires violences de l’an dernier. "Je ne sais pas quoi dire aux vieilles dames qui viennent me voir en pleurant, couvertes de bleus après avoir été agressées par un immigré afghan ou africain sur le chemin de l’église. Je ne sais pas quoi dire aux adolescentes africaines qui se prostituent quand elles viennent me demander de l’aide, un moyen d’échapper au piège qu’est leur existence, ou aux immigrés sans-abri qui squattent à l’extérieur de l’église. Il n’y a pas d’ordre, et dans cette atmosphère, quiconque est une victime peut aussi bien devenir un agresseur."

Le salut nazi au sein du conseil municipal

Ici, les choses ont vraiment dégénéré en un an, dit-il. Beaucoup de retraités refusent de quitter leur domicile parce qu’ils ont peur d’être attaqués par les xenoi, les "étrangers" d’Afrique et d’Asie qui sont désormais plus nombreux qu’eux dans le quartier. En réaction, des gangs d’extrême droite patrouillent dans les rues, et s’en sont pris à des mosquées improvisées dans les caves, que fréquentent des immigrés du Bangladesh.
Beaucoup de ces gangs font partie de la Chrysi Avgi, l’Aube Dorée, groupe fasciste marginal que la plupart des Grecs méprisent. Lors des élections provinciales, en octobre dernier, les habitants des quartiers athéniens les plus touchés par la délinquance ont contribué à l’entrée de Nikolas Michaloliakos, le dirigeant de la Chrysi Avgi, au conseil municipal de la capitale, parce qu’il promettait de réprimer la criminalité et d’expulser les immigrés, rendus responsables de l’insécurité.
Michaloliakos est connu pour gratifier ses collègues du conseil municipal du salut nazi. Si la Chrysi Avgi n’a aucune chance de remporter des sièges au Parlement, "son irruption sur la scène politique montre que, le soutien aux grands partis s’étant effrité en Grèce, un espace s’est créé pour les groupes extrémistes", commente Stathis Kalyvas, qui enseigne les sciences politiques à Yale et suit de près l’évolution de la situation dans son pays natal.
La plupart des Grecs ne sont pas xénophobes, mais la crise n’a fait que pousser cette culture un peu fermée à se replier sur elle-même. Beaucoup se méfient aujourd’hui des Européens, surtout des Allemands, qui les accusent, souvent injustement, d’être des flemmards dépensiers toujours prompts à réclamer. D’autres dénoncent le FMI qui, redoutent-ils, cherchent à prendre le contrôle du pays. J’ai vu des prospectus du mouvement "Achetez grec", qui tente à la fois d’attiser le sentiment national et de relancer l’économie en défendant les produits nationaux.
Il faut reconnaître à Dimitra que, quand je l’ai rencontrée le mois dernier, elle se battait justement contre ce caractère insulaire. Robuste et franche, avec ses cheveux gris coupés courts et ses lunettes d’institutrice, elle arborait un sourire désarmant de petite fille.
Elle est restée avec moi pendant une messe en mémoire d’un Bangladais poignardé en représailles de l’assassinat d’un assureur, au début du mois dernier. La foule était déjà en colère quand je suis arrivée. "Etrangers dehors !" scandaient les gens, agitant des drapeaux grecs. Puis ils ont pourchassé un malheureux immigré africain qui fouillait dans les poubelles en quête de nourriture et de boîtes de sodas à recycler.
Des bandes de jeunes Grecs en sueur ont roulé leurs drapeaux et brandi les hampes comme des matraques, prêts à se battre. Quand la foule a entonné l’hymne national avec hargne, Dimitra a refusé de se joindre à eux. "Ce n’est pas mon pays, a-t-elle dit, en larmes. Pourquoi avons-nous ignoré nos problèmes et les avons-nous laissés devenir quelque chose d’aussi affreux ?"

Amartya Sen : A la reconquête de notre démocratie

La crise grecque est l’illustration de ce qu’il advient quand les autorités politiques abandonnent leurs responsabilités à des entités incontrôlables comme les agences de notation, écrit le prix Nobel d’économie Amartya Sen. 

Dans la pratique de la démocratie, l’Europe a été le phare du monde. Il est par conséquent inquiétant de constater que les dangers qui menacent la forme démocratique de gouvernement, se faufilant par la petite porte des priorités financières, ne suscitent pas l’attention qu’ils méritent. Il est temps de se poser de graves questions quant au risque que représente, pour la gestion démocratique de l’Europe, le rôle monstrueusement boursouflé des institutions financières et des agences de notation, qui font désormais la loi en toute impunité sur des pans entiers de la vie politique européenne. Il faut prendre en compte deux problèmes distincts.
Le premier a trait à l’importance des priorités démocratiques, y compris ce que Walter Bagehot et John Stuart Mill [deux économistes britanniques] considéraient comme la nécessité de "gouverner par le débat". Admettons par exemple que les grands patrons de la finance aient une vision réaliste de ce qu’il faut faire. Cela nous inciterait à les écouter dans le cadre d’un dialogue démocratique. Ce qui n’a rien à voir avec le fait de confier aux institutions financières internationales et aux agences de notation le pouvoir unilatéral de commander à des gouvernements démocratiquement élus.
De plus, on voit mal comment les sacrifices que les grands capitaines de la finance exigent de pays en situation de précarité permettraient de garantir la viabilité à terme de ces derniers ou la continuation de l’euro sans infléchir la tendance à l’intégration financière ni modifier la composition du club de la monnaie unique. Les diagnostics qu’émettent les agences de notation sur les problèmes économiques n’incarnent pas la voix de la vérité, contrairement à ce qu’elles prétendent. Rappelons, à toutes fins utiles, que leurs accomplissements, quant il s’est agi de noter des institutions financières et commerciales avant la crise économique de 2008, ont été si désastreux que le Congrès américain a un temps envisagé sérieusement de les poursuivre en justice.
Puisqu’une grande partie de l’Europe s’efforce aujourd’hui activement de juguler la dette extérieure en réduisant impitoyablement les dépenses publiques, il est essentiel d’étudier avec réalisme l’impact probable que pourrait avoir ces mesures, tant sur les gens que sur la production de revenus publics par le biais de la croissance économique.
Certes, les grands discours qui parlent de "sacrifice" ont un effet enivrant. C’est la philosophie du "bon" corset : "Si Madame s’y sent à l’aise, alors, c’est qu’il lui en faut un plus petit." Toutefois, si l’on lie trop étroitement les appels à la pertinence financière à des coupes budgétaires brutales, on risque fort de tuer la poule qui pond les œufs d’or de la croissance.
Cette inquiétude vaut pour plusieurs pays, de la Grande-Bretagne à la Grèce. Le caractère universel d’une stratégie de réduction des déficits qui promet "du sang, de la sueur et des larmes" confère un certain degré de plausibilité à ce que l’on impose à des pays plus fragiles comme la Grèce ou le Portugal. Mais il est du même coup plus difficile à l’Europe de s’exprimer d’une voix politique unie face à la panique déclenchée sur les marchés financiers.
En dehors d’une vision politique plus ambitieuse, c’est une réflexion économique plus limpide qui est nécessaire. La tendance à ignorer l’importance de la croissance économique dans la création de revenus publics devrait être auscultée de plus près. On a observé un lien puissant entre la croissance et les revenus publics dans de nombreux pays, de la Chine et de l’Inde aux Etats-Unis et au Brésil.
Là encore, nous devrions tirer les leçons de l’histoire. A l’issue de la Seconde Guerre mondiale, les formidables déficits publics de bien des Etats avaient été la source d’une grande inquiétude, mais ce fardeau s’était rapidement allégé grâce à une croissance économique rapide. De même, l’impressionnante dette publique à laquelle le président Clinton a été confronté quand il a pris ses fonctions en 1992 s’est évaporée durant son mandat, en grande partie grâce à une vigoureuse croissance économique.
En Grande-Bretagne, bien sûr, il n’y a pas de raison de craindre que la démocratie soit menacée, puisque cette politique a été choisie par un gouvernement porté au pouvoir par les urnes. Même si la mise en place d’une stratégie qui n’avait pas été dévoilée avant l’échéance électorale peut être sujette à caution, c’est le genre de liberté dont jouit le vainqueur élu dans un système démocratique. Mais il n’en est pas moins nécessaire d’avoir recours à un plus large débat public, même en Grande-Bretagne. Tout comme il faut reconnaître que la politique restrictive décidée par Londres semble conférer de la plausibilité aux politiques encore plus rigoureuses imposées à la Grèce.
Comment certains pays de la zone euro en sont-ils arrivés là ? Le lancement d'une monnaie unique sans davantage d'intégration politique ou économique, idée des plus saugrenues, a certainement joué un rôle, au-delà même des transgressions financières incontestablement commises par des pays comme la Grèce et le Portugal (et même si Mario Monti a eu tout à fait raison de rappeler qu'une culture de “déférence excessive” dans l'UE a donné libre cours à ces transgressions).
Le gouvernement grec — et en particulier son Premier ministre, George Papandréou — met tout en œuvre pour sortir de la crise, malgré les résistances politiques, mais la bonne volonté d'Athènes ne dispense pas l'Europe de vérifier le bien-fondé des exigences — et du calendrier — imposées à la Grèce.
C'est une piètre consolation de me rappeler que j'étais fermement opposé à l'euro, tout en étant très favorable à l'unité européenne. Mon inquiétude à propos de l'euro était liée pour une bonne part au fait que chaque pays allait perdre la marge de manœuvre laissée par la politique monétaire et les ajustements des taux d'intérêts, ce qui par le passé avait été d'un grand secours à certains pays en difficulté. Au lieu de quoi aujourd'hui il faut déployer des efforts désespérés pour stabiliser les marchés financiers, au détriment du niveau de vie des citoyens.
L'Europe pourrait se passer de la liberté monétaire si par ailleurs elle était intégrée sur le plan politique et budgétaire (comme c'est le cas des Etats des Etats-Unis), mais en optant pour ce compromis qu'est la zone euro, l'UE est allée droit la catastrophe. Le formidable projet politique d'une Europe unie et démocratique s'est vu adjoindre une intégration financière incohérente.
Aujourd'hui, repenser la zone euro poserait de nombreux problèmes, mais ceux-ci doivent être débattus intelligemment : il ne faut pas laisser l'Europe dériver au gré des vents de la finance, prisonnière d'une pensée étriquée, au bilan catastrophique. Avant tout, il faut commencer par limiter la capacité des agences de notation à imposer leurs diktats. Ces agences sont difficiles à discipliner, malgré leurs résultats peu reluisants, mais les gouvernements peuvent peser dans la balance s'ils font entendre leur voix tout en recherchant des solutions, en particulier avec l'appui des institutions financières internationales. Il faut de tout urgence mettre fin à la marginalisation de la tradition démocratique de l'Europe. La démocratie européenne revêt une grande importance pour l'Europe — et aussi pour le reste du monde.

Analyse

L'aide à la Grèce viole le principe démocratique

Quand un gouvernement échoue, on peut le révoquer. Mais face à l’échec bouleversant de l’UE dans la crise en Grèce, contre qui peut-on voter ? s'interroge le magazine allemand Stern. Les Européens sont en manquent d’un droit fondamental : celui de voter. Il est ainsi impossible de réaliser une aide financière démocratique de l’UE aux Grecs. Car soit la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy gouvernent la Grèce en violant sa souveraineté, soit on aide les Grecs en acceptant de perdre le contrôle sur nos finances, ce qui revient également à une violation des principes démocratiques. Tout le dilemme est là : en aidant les Grecs, nous sommes inévitablement de mauvais démocrates. Et en ne les aidant pas, nous sommes de mauvais Européens. La solution serait donc une union politique, élue par les citoyens européens.


Tourisme:l'Allemagne plébiscite la Grèce

De plus en plus d'Allemands veulent passer leurs vacances d'été en Grèce malgré les mouvements de protestation sociale et un certain ressentiment vis-à-vis de l'Allemagne, selon l'hebodmadaire Wirtschaftswoche. "Dans les chiffres de réservation, la Grèce est en augmentation d'au moins 10% par rapport à l'été dernier", a affirmé Volker Böttcher, dirigeant de TUI Deutschland dans le magazine économique.

L'un des principaux autres voyagistes allemands FTI enregistre également une croissance du même ordre. "Aucun client n'a annulé son voyage en raison des informations dans les médias", a souligné la responsable de FTI, Heike Niederberghaus.
Toutefois, cet engouement pour la Grèce est également lié à la situation politique dans plusieurs pays arabes. "La Grèce est certainement l'un des pays qui profitent le plus de la fréquentation en baisse des pays d'Afrique du Nord", a précisé M. Böttcher au magazine.

Très friands de séjours à l'étranger, les Allemands fréquentent beaucoup l'Espagne, l'Italie et la Grèce durant les vacances d'été. Mais devant les sacrifices imposés par la grave crise économique, certains Grecs ont manifesté leur colère contre les Européens et les Allemands en particulier, rendus responsables de leurs graves difficultés.

samedi 25 juin 2011

Fillon attaque la "présidence normale" de Hollande

François Fillon a ironisé samedi 25 juin devant de nouveaux militants UMP sur la "présidence normale"François Hollande et évoqué la ville de Paris qui mérite selon lui "moins de sectarisme et plus de responsabilité". que souhaite incarner

Sans nommer l'ancien premier secrétaire du PS, M. Fillon a estimé devant plusieurs centaines de nouveaux adhérents à l'UMP, réunis samedi salle Gaveau à Paris que "ceux qui se font fort d'instaurer une 'présidence normale' ne savent pas de quoi ils parlent".

"Quand vous avez quelques jours pour stopper la spirale de tout un système économique et financier qui part en vrille (...) quand vous décidez de passer de l'ultimatum au déclenchement des opérations militaires en Libye, quand vous devez résister à plusieurs centaines de milliers de manifestants qui réclament l'abandon de la réforme pourtant vitale des retraites (...) quand vous êtes au centre de tout cela, eh bien, vous ne pouvez pas et vous ne devez pas être l'homme du quotidien", a fait valoir M. Fillon.
FILLON ÉGRATIGNE LA GESTION DE DELANOË À PARIS
M. Fillon, qui demeure silencieux sur son éventuelle candidature à Paris aux élections législatives de 2012, a également répondu au maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë, qui l'a accusé le 21 juin d'être "le chef de gouvernement qui a fait le plus de mal aux Parisiens", évoquant notamment la question du transfert de compétences.

"M. Delanoë me reproche de demander à la municipalité parisienne ce que je demande à toutes les collectivités locales : gérer sérieusement leur budget car les finances de la France l'exigent", a fait valoir M. Fillon. "C'est ce qui s'appelle se défausser sur autrui pour ne pas avoir à se déjuger soi-même", a-t-il ironisé.
"Je lui réponds que la rigueur budgétaire nous concerne tous, ce n'est pas une question partisane, c'est une question d'intérêt national", a poursuivi le premier ministre. ,Selon M. Fillon, qui pourrait briguer la mairie de Paris en 2014, la capitale "mérite moins de sectarisme et plus de responsabilité".
RISQUES D'UN NOUVEAU 21 AVRIL
M. Fillon et le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, ont par ailleurs appelé à l'unité de la majorité au moment où l'ex-ministre et chef de file des Radicaux, Jean-Louis Borloo, laisse planer le doute sur son éventuelle candidature à la présidentielle.

"Le rassemblement de la majorité autour du président de la République n'est pas une option, c'est une nécessité absolue", a expliqué M. Fillon, pour qui l'élection de 2012 s'annonce "extrêmement difficile". "Personne, ni à droite ni à gauche, ne doit sous-estimer les risques d'un nouveau 21 avril", a martelé le premier ministre.

Le gouvernement grec appelle les députés à "faire leur devoir"


Le gouvernement grec a appelé samedi les députés récalcitrants du Parti socialiste (Pasok) à "faire leur devoir" la semaine prochaine au Parlement, en adoptant le nouveau plan d'austérité réclamé par les bailleurs de la Grèce.

Le vote devrait être serré mercredi prochain lorsque les députés se prononceront sur le plan d'austérité de cinq ans mis au point avec le Fonds monétaire international (FMI) et l'Union européenne (UE). Ils voteront le lendemain sur la loi d'application de ce programme.

Les bailleurs exigent l'adoption de ce plan, qui prévoit des baisses des dépenses, des hausses d'impôts et des privatisations, avant de débloquer la prochaine tranche d'aide évitant à la Grèce de faire défaut.

La majorité du gouvernement de George Papandreou est réduite: le Pasok au pouvoir compte 155 députés sur 300. Deux députés socialistes ayant annoncé qu'ils voteraient contre ces mesures, la majorité ne tient plus qu'à trois voix.

Après les élections législatives d'octobre 2009, les socialistes comptaient 160 députés mais les mesures d'austérité, contestées tous les jours dans la rue, ont provoqué cinq défections.

Le nouveau ministre des Finances, Evangelos Venizelos, a proposé de discuter avec tous les députés hésitants.

"Je pense que le sens de responsabilité l'emportera au final; le Dieu de la Grèce est grand", a-t-il dit sur la chaîne de télévision grecque Alter.

Pour le ministre de la Justice Miltiadis Papaioannou, les élus socialistes "doivent boucher leurs oreilles face à toutes les critiques et faire leur devoir."

DEUX JOURS DE GRÈVE PENDANT LES VOTES

L'un des dissidents, Thomas Robopoulos, n'est pas de cet avis. "Des commerces ferment tous les jours et on veut prendre des mesures qui bloquent la croissance", a dit à Reuters ce concessionnaire de Thessalonique, l'un des rares hommes d'affaires membres du Parlement.

Les mesures d'austérité ont fait plonger la Grèce dans la récession, la plus violente depuis 37 ans, avec un produit intérieur brut en baisse de 4% l'an passé. Le chômage a atteint le niveau record de 16,2% en mars, et 43% chez les jeunes.

Une grève générale de 48 heures est organisée la semaine prochaine, coïncidant avec les votes du Parlement.

Cette semaine, des débrayages ont eu lieu dans les entreprises menacées par la privatisation, comme le premier producteur d'électricité PPC.

Venizelos a reconnu que nombre des mesures arrêtées jeudi soir par Athènes avec l'UE et le FMI étaient dures et injustes, mais il a soutenu qu'elles étaient inévitables.

Les ministres des Finances de l'UE ont donné jusqu'au 3 juillet aux autorités grecques pour faire adopter au Parlement les mesures d'austérité, avant de débloquer le prêt de 12 milliards d'euros et préparer le second plan d'aide.

Le gouvernement grec prévoit notamment d'abaisser le seuil minimum d'imposition sur le revenu à 8.000 euros par an au lieu de 12.000 euros actuellement.

Un impôt exceptionnel de solidarité sur les revenus sera instauré. Il sera compris entre 1% à 5% des revenus en fonction de leur montant.

La taxe sur le fioul domestique sera légèrement relevée et un impôt minimum sera institué pour les auto-entrepreneurs. Ce secteur est considéré comme un de ceux où la fraude fiscale est la plus pratiquée.

Entre Charybde et Scylla

Imaginons un scénario de cauchemar : la France va, tous budgets confondus, réduire ses dépenses d’une bonne centaine de milliards d’euros jusqu’en 2014. En même temps, les impôts directs ou indirects, dont la TVA, et les cotisations sociales augmentent avec prestations en baisse, les salaires des fonctionnaires sont ponctionnés ainsi que les retraites. Bien sûr, il n’y aura plus aucun investissement dans le système de santé qui se dégrade, dans l’Éducation nationale et dans les autres services publics… Non seulement le pouvoir d’achat des ménages s’évaporerait dans un ordre de grandeur allant de 15 % à 20 %, mais quelle hypothèque sur l’avenir !

Un scénario inimaginable ? Proportionnellement au nombre de ses habitants (six fois moins que la France) et à son PIB, c’est pourtant l’effort, voire le sacrifice, que les dirigeants européens — Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et les banquiers de la BCE en tête — exigent de la Grèce. D’abord pour toucher la dernière tranche des 110 milliards d’aide consentis l’an dernier (sans les 12 prochains milliards, Athènes sera en cessation de paiement le 18 juillet). Ensuite, afin d’obtenir un deuxième crédit, vraisemblablement aussi à hauteur de 110 milliards, cet automne. Dans quel but ? Sauver la Grèce de la faillite ou préserver l’euro, et à travers la monnaie unique, l’économie européenne ? Grèce et euro seraient liés. Un défaut de paiement grec retomberait sur les banques engagées dans les dettes contractées par Athènes (350 milliards de dettes publiques et privées) puis sur tout le système bancaire comme en 2008. L’euro, car la Grèce est dans la zone euro, serait décrédibilisé et, très vite, se mettrait en route un implacable effet-domino : les autres États fragiles de l’Euroland, mis par ce mauvais exemple dans l’incapacité de s’adresser au marché financier international, subiraient un sort analogue avec des répercussions à ne plus en finir.

Mais remplir éternellement ce tonneau des Danaïdes percé par tous les gouvernements qui se sont succédé à Athènes depuis 40 ans, est-ce vraiment la solution ? Beaucoup d’économistes en doutent en préconisant le retour à une drachme dévaluée, surtout pour éviter une austérité synonyme de récession. Car une évidence frappe : jamais la Grèce ne pourra rembourser, encore moins avec un appareil économique complètement étranglé. Tout se passe comme s’il fallait d’abord reculer l’échéance de la faillite annoncée. Quitte un jour, à présenter la facture à tous les contribuables de la zone euro. À moins d’un miracle…

On peut comprendre l’exaspération des Grecs mis sous tutelle et ravalés au rang d’Européens de seconde classe. Accepter une nouvelle cure d’austérité commandée par l’Europe exige un courage inouï. La refuser signifie plonger dans un inconnu où sauront se mouvoir toutes les forces antidémocratiques. La Grèce navigue entre Charybde et Scylla. Et avec elle, toute l’Europe, au-delà de la zone euro.

La sûreté nucléaire est l'affaire de tous

Three Mile Island aux États-Unis en 1979, Tchernobyl enUkraine en 1986, Fukushima au Japon en 2011, plus un autre accident dans une centrale nucléaire russe dont on parle peu sont venus jeter inquiétude et doute sur l'énergie nucléaire.

On le comprend quand on constate qu'un accident nucléaire survient tous les dix ans. Et aussi quand on sait qu'il est pire que tous les autres types d'accidents connus. En effet, sa nature est différente : l'eau se retire après l'inondation, le feu s'éteint lorsqu'il n'y a plus rien à consumer. Les radiations, lorsqu'elles sont émises intempestivement, créent une contamination nocive et même mortelle qui dure presque indéfiniment. Celle-ci peut, en outre, s'étendre au loin sous diverses formes.

On a vu, ces jours derniers, l'épouvantable photo prise en mer des déchets de toutes sortes emportés au large par le retrait du tsunami de Fukushima. Face à de tels désastres, nous sommes impuissants. C'est bien pour cette raison que certains pays ont déjà cessé de recourir à cette énergie et que beaucoup d'autres envisagent d'y renoncer, même s'il faut des années pour y parvenir.

« La statistique d'accidents nucléaires est vingt fois supérieure aux objectifs de probabilité annoncés », vient de déclarer au Figaro Jacques Repussard, directeur de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (1). Il en conclut qu'il est urgent de trouver les moyens de remédier à de telles situations, soit que l'on veuille continuer à utiliser cette énergie, soit que l'on veuille en sortir car il y faudra des années, il importe donc que la sécurité soit dès maintenant maximale.

Les risques peuvent provenir d'une défaillance technique inhérente à la construction et au fonctionnement d'une centrale. Ils peuvent provenir de dangers extérieurs, terrorisme, catastrophes naturelles : séisme, tsunami, etc., ou bien encore d'erreurs humaines. Tout cela pouvant se conjuguer dans un incroyable enchaînement de circonstances dont on dit trop vite qu'il ne se produira jamais. Fukushima vient pourtant de nous prouver le contraire.

« Imaginer l'inimaginable »

On peut diminuer encore ces risques aujourd'hui, estime Jacques Repussard, à condition d'avoir la lucidité « d'imaginer l'inimaginable » et de prendre les mesures, même les plus coûteuses, pour tenter d'empêcher le drame de survenir.

Nous savons désormais que les conséquences d'un accident nucléaire ne concernent pas seulement le pays où il se produit, mais la planète tout entière : les nuages atomiques ne respectent aucune frontière, nous le savons déjà. Il importe donc qu'en ce domaine, plus encore que dans d'autres, les normes internationales soient établies pour tous et respectées par tous.

En ce qui concerne l'énergie atomique, « chaque État reste maître chez lui... » (2). C'est cet obstacle que vise à surmonter la conférence de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui vient de se tenir à Vienne. Et certains États sont loin d'impliquer les normes élémentaires de sécurité. Ainsi Rosatom, l'agence d'État en charge du nucléaire enrichi, vient de pointer trente et un cas de manquements en termes de sécurité, démontrant que lesdites centrales vieillottes sont mal conçues et mal préparées aux catastrophes.

Ainsi les risques sismiques n'ont pas été pris en compte lors du choix des sites des centrales. La plupart des dix-neufs réacteurs opérationnels ne sont pas prévus pour s'arrêter automatiquement en cas de séisme, comme ce fut le cas à Fukushima, ce qui a permis d'éviter le pire. On constate également qu'il n'y a pas de préparation d'intervention en cas d'incendie, d'inondation, d'impacts extérieurs. Il semble qu'on s'en préoccupe davantage en Russie, depuis Fukushima. C'est ce que rapporte La Croix du 22 juin 2011.

Le G8 de Deauville, puis l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) ont appelé à la coopération internationale pour la sûreté nucléaire. Il faut s'y atteler d'urgence en trouvant les moyens, dans le cadre d'une gouvernance mondiale, d'imposer les solutions à tous les États du monde car, comme le déclare, Nathalie Kosciusko-Morizet : « Si les choix de production nucléaire sont souverains, la sûreté est l'affaire de tous. »





(1) Le Figaro des 18 et19 juin 2011.

(2) Le Monde du 22 juin 2011.

Ça chauffe dans les tourbières

Une directive environnementale de l’Union européenne suscite l’ire des agriculteurs irlandais, qui entendent défendre, contre les écologistes et contre le gouvernement, leur droit traditionnel à exploiter la tourbe. 

Dans les landes marécageuses, au beau milieu de tranches de tourbe noire empilées comme des briques de Jenga, Michael Fitzmaurice  lance un regard de défi à l’avion qui surveille son activité professionnelle. L’appareil traque quiconque continue de découper, d’empiler ou de récolter de la tourbe — entreprise désormais jugée répréhensible par l’Union Européenne.
"C’est quand même une sacré blague de voir que le pays est en pleine récession, quasiment en faillite, mais que les autorités peuvent se payer le luxe de faire décoller un avion pour espionner les ramasseurs de tourbe", déclare-t-il tout en cassant à la main un morceau de ce combustible naturel de couleur sombre. "Pendant la saison de la récolte, on voit des hélicoptères en même temps que les avions, et il y a des officiels qui patrouillent les tourbières en camionnette pour nous empêcher de faire ce que nos ancêtres ont fait pendant des siècles. Et tout ça parce qu’ils ont peur que l’UE colle une amende à l’Irlande si on continue à récolter la tourbe."
L’UE a décrété que cette matière élastique et humide arrachée à la terre d’Irlande appartenait à une Zone spéciale de conservation (ZSC). Par conséquent, afin de préserver les tourbières, il est dorénavant interdit d’en prélever la moindre parcelle. Le gouvernement irlandais redoute que l’UE n’impose de lourdes amendes à la république pour non-respect de directives environnementales mises en place il y a quatorze ans.
(Image :tourbières d'Ecosse)

Ecologistes contre les extracteurs de tourbe

Aujourd’hui âgé de 43 ans, Fitzmaurice, qui a commencé à récolter de la tourbe avec son père quand il avait quatre ans, ne comprend pas pourquoi son gouvernement devrait suivre le décret environnemental de Bruxelles sous prétexte que l’Irlande doit tant à l’UE. "Ce ne sont pas les ramasseurs de tourbe et leurs familles qui ont poussé le pays à la faillite. Ce sont les banques, les promoteurs et leurs amis politiciens qui ont mis l’Irlande dans ce pétrin. Nous ne sommes pas responsables de ça, alors, pourquoi devrions-nous payer un prix aussi élevé juste pour obéir à l’Europe."
An Taisce, association irlandaise de défense du patrimoine écologique, estime cependant que le gouvernement de la coalition Fine Gael et travailliste doit maintenant faire respecter cette interdiction. Les environnementalistes irlandais rappellent que les tourbières sont un écosystème unique, mais aussi l’un des plus fragiles et des plus exploités au monde. "Les tourbières intactes ont une plus grande valeur pour la société que les intérêts d’un groupe de pression minoritaire, celui des extracteurs de tourbe", déclare un porte-parole d’An Taisce. L’association soutient qu’il aurait fallu interdire la récolte de tourbe "il y a dix ans déjà".
Mais les hommes et les femmes qui entaillent le sol des tourbières d’Irlande peuvent compter sur un champion à Dublin, le député de la circonscription de Roscommon-South Leitrim, Luke “Ming” Flanagan. Avec son bouc et ses longs cheveux, il a quelque chose du méchant des aventures de Guy L’Eclair. Mais Flanagan, membre indépendant radical du Parlement, ne plaisante pas quand il s’agit de défendre les droits des tourbiers.

Quelle autre solution ?

"Les autorités menacent ces gens de sanctions pénales et financières. J’ai entendu parler d’agriculteurs qui ramassent la tourbe, et à qui on a dit qu’on leur supprimerait leurs subventions s’ils n’arrêtaient pas d’exploiter les tourbières. Pour l’instant, on est dans l’impasse, une sorte de cessez-le-feu tourbier, si vous voulez. Mais nous vivons des temps difficiles, et j’espère que l’on pourra parvenir à un compromis, que l’on pourra continuer à exploiter un petit pourcentage des tourbières. C’est du gagne-pain d’environ 18 000 personnes qu’il s’agit, des gens qui soit travaillent dans l’exploitation de la tourbe, soit en ont besoin comme combustible. Quelle autre solution leur offre-t-on — importer plus de charbon de Pologne ou de pétrole du Moyen-Orient ?"
Dans les tourbières près de l’endroit où travaille Fitzmaurice, Tom Gibney a hissé un drapeau irlandais au-dessus de sa propre exploitation. "J’ai le titre de propriété pour cette tourbière, il remonte à l’époque britannique, en 1896, et je l’ai encadré et accroché à mon mur chez moi. On y voit encore la couronne britannique, en en-tête, et maintenant qu’on est censé être un pays indépendant, pas question que j’y renonce, ainsi qu’au droit d’en entailler un petit bout pour y trouver de la tourbe."
Non loin de là, dans une petite chaumière humide, Ella McKeague, 87 ans, se réchauffe près du feu, et l’odeur âcre de la fumée de tourbe se répand dans la pièce. Son cottage donne sur une petite tourbière qui lui appartient, d’où des voisins ont récemment extrait de quoi permettre à cette fragile vieille dame de se chauffer tout au long de l’année.
"Le fioul, c’est trop cher pour moi. On se sert tous de la tourbe pour tenir durant l’année. Dites-leur de nous laisser continuer à ramasser de la tourbe, comme je le fait depuis 60 ans", lâche-t-elle, agrippée à son déambulateur. Puis elle se penche et dépose quelques tranches de ce combustible naturel noir et marron dans les flammes de son âtre.

Faut-il aider la Grèce ?

La morale et l'économie ne font pas nécessairement bon ménage. Sauf en Grèce, ces temps-ci : la mère patrie de l'Europe est punie par une sorte de justice immanente après des années de tricherie et de laxisme en matière de comptabilité publique.

De ce point de vue, toute la classe politique grecque est à jeter dans les poubelles de l'Histoire, à commencer par les dirigeants socialistes actuels qui, sous la houlette de Georges Papandréou, se sont fait élire sur un programme ultradémagogique. D'où la colère légitime des Allemands, qui se sont imposé une rude cure d'austérité il n'y a pas si longtemps et à qui nous demandons sans cesse de rajouter au pot grec.

Faut-il continuer à aider la Grèce ? Après les fiascos de ses différents plans d'aide, à peine bouclés qu'ils sont déjà défaits par la spéculation, l'Europe doit choisir une stratégie. Soit la stratégie égoïste, en chassant la Grèce en faillite de la zone euro, ce qui ouvrirait la voie à un démantèlement de la monnaie unique. Soit, au contraire, la stratégie dynamique, en donnant un coup d'accélérateur à la construction européenne.

D'abord, en instituant un marché obligataire unique pour les bons du Trésor des pays européens, ce qui tuerait dans l'oeuf la spéculation qu'exacerbent des taux d'intérêt différents.

Ensuite, en créant, comme l'a proposé Jean-Claude Trichet, un ministère européen des Finances pour prévoir et mieux contrôler les sorties de route des mauvais élèves.

Enfin, en relançant le volet politique de l'Europe, qui, dans les crises, a presque toujours un train de retard.

Si l'Europe ne choisit pas rapidement cette stratégie, on ne comprend pas pourquoi elle s'obstinerait à remplir davantage cette spécialité grecque qu'est le tonneau des Danaïdes.

Peter Falk, l'inspecteur Columbo, est mort

L'acteur américain Peter Falk, qui interprétait l'inspecteur Columbo dans la célèbre série télévisée, est mort à l'âge de 83 ans, a annoncé vendredi un membre de la famille sur la radio californienne KNX.
L'acteur immortalisé par son imperméable élimé et sa célèbre phrase "Juste une dernière chose...", souffrait de démence depuis plusieurs années et avait été placé sous la curatelle de sa femme Shera Falk, avec qui il était marié depuis trente-quatre ans.
Acteur et réalisateur, il a été rendu célèbre dans le monde entier surtout pour avoir incarné, soixante-neuf fois, entre 1968 et 2003, Columbo, policier décontracté mais génial, faussement naïf bien qu'un peu brouillon. Peter Falk avait déjà une longue carrière derrière lui quand il endossa pour la première fois le rôle du lieutenant de police. Il fut notamment sélectionné deux fois aux Oscars dans la catégorie du second rôle, en 1961 et 1962. Il avait joué dans plusieurs grands films de Frank Capra et dans Les Ailes du désir, de Wim Wenders.

Au total, Peter Falk aura joué dans une soixantaine de films, notamment de son ami John Cassavetes, avec qui il tourna six films, dont Husbands, en 1970, et Une femme sous influence, en 1974 : L'humour mordant de Columbo, son imperméable beige usé, sa Peugeot 403 et son éternel cigare, ses mimiques inimitables, tout comme ses allusions fréquentes à "sa femme", qui n'apparaît jamais, ont valu à Peter Falk succès et sympathie.
Né le 16 septembre 1927, à New York, Peter Falk appartenait à une famille juive, de père russe et de mère tchèque. A trois ans, une tumeur maligne lui fait perdre un œil.


Après avoir obtenu une maîtrise de sciences politiques à l'université de Syracuse (Etat de New York), puis travaillé comme cuisinier, il tente en vain d'intégrer l'agence de renseignement américaine, la CIA, et se lance dans une carrière de fonctionnaire, dans l'Etat du Connecticut (Nord-Est). Il abandonne son poste brusquement, en 1957, pour sa passion, la comédie.
Cette même année 1957, il entame une carrière d'acteur, déjà dans une série télévisée. Il est propulsé véritablement dans Milliardaire pour un jour, de Frank Capra, qui lui valut son deuxième oscar. En 1992, dans Le Joueur, de Robert Altman, il joue son propre rôle.
Mais à partir de 1968, et pour trente-cinq ans, ce n'est presque plus que Columbo. Le premier épisode est réalisé par un jeune homme de 25 ans... Steven Spielberg. Sur les soixante-neuf épisodes, Peter Falk en produit ou coproduit vingt-quatre. Le dernier, en 2003, est Columbo mène la danse.
En France, l'inspecteur était aussi incarné par une voix, celle du comédien Serge Sauvion, mort en février 2010, à l'âge de 80 ans.

Christiane Desroches-Noblecourt, première femme égyptologue, est morte

L'égyptologue française Christiane Desroches-Noblecourt est morte jeudi 23 juin au matin à Sézanne (Marne), à l'âge de 97 ans, a-t-on appris vendredi auprès de son éditeur. Première femme égyptologue et surnommée "la grande prêtresse de Ramsès II", Mme Desroches-Noblecourt est célèbre pour avoir sauvé les temples d'Abou Simbel et avoir été à l'origine des expositions "Toutankhamon" et "Ramsès II" à Paris.

Au cours d'une carrière de plus de cinquante ans, elle a permis de préserver vingt-quatre temples de Nubie, en Haute-Egypte. Elle a par ailleurs assuré la conservation de la momie de Ramsès II, rongée par les champignons, en la faisant irradier à Saclay, en région parisienne.
RÉSISTANTE ET INTRÉPIDE HISTORIENNE
Née le 17 novembre 1913, à Paris, Christiane Desroches-Noblecourt obtient une licence d'études égyptiennes à l'Ecole pratique des hautes études, entre au département d'égyptologie du Louvre et part diriger des fouilles en Egypte dès 1937. Résistante en France pendant la seconde guerre mondiale, elle parvient également à cacher en province des chefs-d'œuvre égyptiens conservés au Louvre. Après la Libération, sous l'égide de l'Unesco, elle entreprend des centaines d'allers-retours entre Paris et l'Egypte. Elle s'occupera au total de sept cents chantiers, non seulement en Egypte, mais aussi dans le Hoggar algérien.
Au milieu des années 1950, c'est elle qui conçoit le projet, considéré comme impossible par les autorisés égyptiennes et de nombreux spécialistes, de surélever les temples de Ramsès, creusés dans le rocher, et menacés d'engloutissement par les eaux du Nil en raison de la construction du nouveau barrage d'Assouan. Elle parvient à sauver un grand nombre de monuments.
C'est elle qui, avec le soutien enthousiaste du président égyptien Nasser et du général de Gaulle, organise l'exposition "Toutankhamon" au Louvre, en 1967 à Paris, qui accueillera près d'1,3 million de visiteurs. En 1976, elle participe aussi à l'exposition "Ramsès II" à Paris, qui accueille presque autant de visiteurs.
Première femme récipiendaire de la médaille d'or du CNRS, elle a reçu également la médaille d'agent de l'Unesco, et elle est l'une des très rares femmes grand-croix de la Légion d'honneur.

"GRANDE DAME DU NIL"
Le président Nicolas Sarkozy a rendu hommage dans un communiqué à la "grande dame du Nil". "Son coup de foudre, enfant, pour l'Égypte, était né du récit de la découverte du tombeau de Toutânkhamon : en retour, cinquante ans plus tard, elle fera découvrir aux Français les merveilles du trésor de ce pharaon en organisant une exposition qui reste dans les mémoires et rassemblera plus d'un million de visiteurs", rappelle le président.
Selon M. Sarkozy, "Christiane Desroches-Noblecourt réunissait, chose rare, les qualités de la plus rigoureuse des scientifiques à celles de la plus passionnante des pédagogues". "Elle fut aussi, à l'époque où les fouilles égyptologiques étaient encore une aventure de tous les instants, souvent dangereuse, une figure intrépide et romanesque qu'aurait pu dépeindre Agatha Christie", ajoute le communiqué.
L'Elysée rappelle également que l'égyptologue "mit sa capacité de conviction et son énergie au service d'une cause universelle : le sauvetage des temples de Nubie, menacés d'être engloutis par le lac Nasser. Elle joua alors, à la tribune de l'Unesco, un rôle décisif pour fédérer l'engagement de près de cinquante pays", ajoute-t-on.  "Avec Christiane Desroches-Noblecourt, c'est la digne héritière de Jean-François Champollion qui vient de nous quitter", affirme également la présidence.

Marche turque et plongeon grec


La Turquie épanouie, la Grèce défoncée ! Ce contraste fascinant des deux ennemis héréditaires, ces jours-ci, fait passer sur la Méditerranée comme un frisson d'Histoire.

Qui eût imaginé, dans l'Europe de Byron et de Chateaubriand, que la Grèce, alors arrachée avec tant de ferveur à la griffe ottomane, exhiberait cette tumeur monétaire dont les métastases menacent, via l'euro, le grand dessein européen ? Et que, dans le même temps, Constantinople, alias Istanbul, dispenserait à l'aire arabo-musulmane l'attrait d'un modèle édifiant ? Matrice de bonheurs et tragédies exemplaires, notre Méditerranée bouge toujours entre Orient et Occident.

La Grèce, en coma monétaire, est devenue le calvaire de l'euro. Sous le coup de la crise, l'Union européenne aura "découvert", à Athènes, un gouffre financier creusé par l'anarchie des dépenses d'Etat et le truquage des comptes publics. Une incurie du pouvoir grec assortie, chez les citoyens, d'une généralisation inouïe de la fraude fiscale. Une incurie européenne pour avoir caché et repoussé le scandale grec comme la poussière sous le tapis.

Le terrible déficit grec est aujourd'hui un culbuto : veut-on l'aplatir qu'aussitôt il se redresse. D'un côté, les marchés et, de l'autre, les banques, les Etats et le FMI s'échinent à le maîtriser avec le sentiment vertigineux d'ignorer l'issue... mais d'y courir inéluctablement. La solidarité de la zone euro rechigne à secourir, aux frais des vertueux, le vice des tricheurs. Mais l'impossibilité, au sein de l'euro, des dévaluations nationales contraint à cette "immorale" solidarité, faute de quoi l'euro se trouverait lui-même emporté : le mal grec entraînerait dans sa contagion virale l'Espagne, le Portugal, d'autres peut-être, dans la spirale du pire.

En fait, seuls les pays disposant d'une gestion rigoureuse et d'une industrie performante - au premier chef, l'Allemagne - tirent aujourd'hui leur épingle du jeu. Ceux qui ne surnagent qu'avec des "services" - ainsi, le tourisme - et dans l'addiction aux dettes sont durablement plombés. La sortie de crise atténuera, mais sans les supprimer, leurs handicaps.

L'euro et, au-delà, l'Union affrontent donc désormais leur plus dramatique défi. L'accord franco-allemand vient, une fois encore, d'éviter la catastrophe. Et on ne peut qu'approuver ceux qui, comme Sarkozy, refusent de jeter l'Europe avec l'eau du bain. Mais la vidange reste à faire. Car l'euro sent le sapin (voir en page 50). Un enfant comprendrait que la vraie solution, politique, est moins grecque qu'européenne. Sans une refonte de toute la machinerie communautaire, sans une gouvernance économique, l'euro, déjà à vau-l'eau, ira au diable. Et l'Europe avec lui.

Face à la déconfiture gréco-européenne, la victoire électorale d'Erdogan souligne l'épanouissement de la Turquie. Avec son poids démographique (75 millions d'habitants) et militaire, sa croissance impressionnante, la Turquie impose sa stabilité dans une région vouée aux désordres prometteurs mais énigmatiques des révoltes arabes et aux conflits récurrents chiites-sunnites ou israélo-palestinien.

Si la Turquie inspire, ces temps-ci, des peuples arabes qui, avec elle, n'ont guère en commun que l'islam, c'est justement pour avoir développé un islam démocratique, épris de libre entreprise et acceptant la laïcité de l'Etat. Cette laïcité fondée par Atatürk, défendue depuis cinquante ans par l'armée, est aujourd'hui tenue en lisière par l'expansion démocratique du parti islamique. Sa réussite n'inspire que des éloges. Avec néanmoins une seule crainte laïque et européenne : celle d'inoculer peu à peu la charia (la loi islamique) par les urnes.

Erdogan jouit du soutien des classes populaires et de la nouvelle bourgeoisie d'Anatolie, plus conservatrice et religieuse que la société cosmopolite d'Istanbul. Il flotte, chez les siens, un parfum de nostalgie ottomane que réveille son salut (tardif) aux révoltes arabes.

En fait, la Turquie, travaillée par des aspirations contradictoires, balance entre plusieurs voies. L'autoritarisme islamique d'Erdogan inquiète, mais il ne pourra pas réformer la Constitution à sa guise. L'islamisation progresse avec l'ordre moral musulman, mais on trouve aussi, dans l'intelligentsia, une résistance laïque solide et sur les rivages turcs... plages naturistes et bars gays. L'aspiration libertaire progresse avec Internet, mais les censures persistent et des journalistes sont arrêtés.

Quant au virage diplomatique turc, il traduit un neuf et naturel désir d'autonomie et d'influence, mais ses diverses tentatives de médiation - la dernière en Libye - ont échoué. La résistance identitaire kurde (20 % de la population) reste un souci dominant qu'attise l'effondrement de l'allié et voisin syrien. L'Arménie et Chypre ne dorment que d'un oeil dans leur placard.

Conclusion : il est trop tôt pour parier sur un avenir turc encore très ouvert. Mais on sait déjà qu'il pèsera lourd entre Orient et Occident.

vendredi 24 juin 2011

Radiographie du nouveau lepénisme

Jusqu'ici, Marine Le Pen a bénéficié d'un traitement médiatique particulièrement clément. Cette mansuétude s'explique. La présidente du Front national est une femme encore jeune, mère de famille ostensiblement moderne, nouvelle venue parmi les dirigeants politiques de premier plan. Elle excelle à la radio et à la télévision, avec du culot, de la pugnacité et du charisme. Le populisme progresse en Europe, l'extrême droite se redresse, les sondages de Marine Le Pen l'encouragent, même s'ils fléchissent légèrement. Elle est presque à la mode. Voici deux livres, écrits par des femmes, qui viennent rompre le consensus paradoxal qu'elle avait su créer.

Le premier est dû à Caroline Fourest et Fiammetta Venner, deux spécialistes reconnues de l'extrême droite et des intégrismes religieux. Leur "Marine Le Pen" (1) constitue certainement l'ouvrage le plus intelligent et le mieux informé sur le sujet. Elles se penchent avant tout sur le processus de "dédiabolisation" entrepris par Marine Le Pen. Habilement, elles se gardent bien de la caricaturer ou de la sous-estimer. Elles soulignent au contraire les épreuves personnelles subies (l'attentat de 1976, les brimades à l'école, le départ théâtral de sa mère), lui reconnaissent à tort ou à raison un don de sympathie et, à juste titre, des qualités politiques évidentes. Elles décortiquent avec subtilité et minutie - d'ailleurs, tout leur livre est minutieux - les rapports père-fille avec Jean-Marie Le Pen. Elles n'escamotent rien des inflexions imprimées par la dauphine couronnée de l'entreprise familiale Le Pen. Elles mettent avec vigueur l'accent sur la continuité des thèmes. Derrière les modifications de vocabulaire, les changements de cap (le passage du tout-libéral à l'étatisme, nationalisations comprises) ou l'OPA apparente sur la laïcité, on retrouve toujours la xénophobie, le nationalisme, le protectionnisme, l'autoritarisme. L'intéressant est qu'elles le démontrent avec une connaissance encyclopédique des textes, des témoignages, du personnel et de la petite contre-société que constitue l'extrême droite, toujours avec une précision pédagogique. Seul regret, les quelques pages finales, une sorte de vade-mecum de la résistance au Front national que le reste du livre rend bien inutile.

Nathalie Kosciusko-Morizet publie, elle, sous un bon titre, "Le Front antinational"(2), un petit livre rapide, spontané et vigoureux. Femme de droite revendiquée, la ministre de l'Ecologie a de fortes convictions républicaines qu'elle développe ici sans complexe. Elle aussi démythifie sans langue de bois l'extrême droite, qui, chez Marine Le Pen, s'affuble du masque plus ambigu du populisme. Elle souligne notamment l'irréalisme absolu du programme économique du Front national et les conséquences désastreuses que son application aurait en particulier pour les classes moyennes et populaires. Elle remarque aussi, judicieusement, que Marine Le Pen, si elle sait apparaître plus moderne que son père, n'est en rien plus modérée que lui.


1. Grasset, 430 pages, 20 euros. 2. Editions du Moment, 94 pages, 9,95 euros.

Euro : les secours s’organisent

Les dirigeants de l'UE se réunissent à Bruxelles au moment où la monnaie unique paraît plus fragile que jamais. Leur objectif : mettre en place un dispositif capable de préserver l'Union d'autres crises menaçant son existence. 

La solidarité contre la responsabilité : c'est le cap fixé par Angela Merkel quand elle a accepté contre son gré de soutenir une première fois la Grèce voici un an. Pour la chancelière allemande, il s'agissait alors d'exporter dans toute l'Europe, dans les pays du Sud en particulier, la "culture de stabilité" chère à son pays.
Depuis un an, les chantiers se sont donc multipliés pour tenter de tirer les leçons collectives de la crise grecque, dans un contexte de contagion à l'Irlande puis au Portugal : durcissement du pacte de stabilité, " semestre européen ", pacte " euro plus " pour faire converger les économies, cadre de surveillance macroéconomique. Les pays membres de l'euro espèrent, au-delà des fonds de sauvetage créés dans l'urgence, mettre en place un dispositif susceptible de prévenir d'autres crises existentielles.
"En l'absence d'union politique, une gouvernance renforcée de la zone euro est indispensable", a encore insisté John Lipsky, le directeur général par intérim du Fonds monétaire international, lundi 20 juin au Luxembourg, face aux ministres des finances européens.
Parmi les différentes initiatives, la réforme du pacte de stabilité et de croissance reste la plus importante. Elle donne lieu, à la veille du Conseil européen des 23 et 24 juin, à d'ultimes tractations entre les Vingt-Sept et le Parlement européen. Le pacte, institué en 1997, avait été assoupli en 2005, à l'initiative des Français et des Allemands, qui n'arrivaient pas à le respecter.

Un dispositif aux allures d'usine à gaz

Cette fois, il est sur le point d'être durci, du moins sur le papier. Les sanctions vont être renforcées, à la fois pour corriger un déficit et/ou un endettement excessifs, mais aussi pour prévenir ce genre de dérapages. Des amendes ont été introduites en cas de fraudes aux statistiques, après les trucages orchestrés par la Grèce.
Le pacte sera complété d'un double dispositif inédit. D'une part, sera mis en place un "semestre européen" censé permettre aux institutions de donner leur avis au printemps sur la politique budgétaire et sur les réformes menées par chaque gouvernement avant l'adoption du budget par les parlements nationaux.
D'autre part, l'effort sera mis sur la surveillance macroéconomique, afin d'identifier les bulles et d'autres déséquilibres susceptibles de briser net l'expansion d'un pays. Il s'agira d'élargir la surveillance en tirant parti d'un constat : les pays vertueux au regard du pacte de stabilité, comme l'Irlande et l'Espagne, ont parfois fondé leur essor sur des déséquilibres explosifs, comme une bulle immobilière ou l'hypertrophie de leur secteur bancaire. Doit encore être définie une palette d'indicateurs qui servira à examiner la balance des paiements, le solde commercial, l'inflation ou l'emploi. Des sanctions pourront être décidées si un Etat ne parvenait pas à corriger certains dérapages.
Reste à savoir si ce dispositif aux allures d'usine à gaz sera à même de fonctionner. Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, a exigé des députés européens qu'ils renforcent l'automaticité du nouveau régime de sanctions du pacte de stabilité, de crainte qu'il ne soit jamais appliqué. Une position partagée par la Commission, et par une partie des élus. "Il s'agit d'éviter les marchandages entre les Etats qui ont tendance à s'absoudre les uns les autres", dit la députée européenne Sylvie Goulard (Modem), rapporteuse du texte sur les sanctions.
Même si les sanctions seront plus automatiques, les capitales, Paris et Berlin en tête, ont cherché à garder la main sur le processus pour accepter, ou non, les recommandations faites par la Commission dans la mise en oeuvre du pacte de stabilité. La France et l'Allemagne veulent cependant voir dans cet arsenal l'émergence d'une forme de gouvernement économique au sein de l'Union monétaire.

Christine Lagarde veut renforcer la réactivité du FMI

La ministre française est apparue détendue à la sortie de son grand oral devant le conseil d'administration du fonds.

La ministre française de l'Économie Christine Lagarde est sortie visiblement détendue jeudi à Washington de son grand oral devant le conseil d'administration du Fonds monétaire international, qui doit désigner d'ici une semaine son nouveau directeur général. Christine Lagarde a quitté avec le sourire le siège du FMI peu après 15 heures (21 heures à Paris), à l'issue de "trois heures" d'échanges avec les 24 membres de l'instance. Elle a fait une brève déclaration à la presse. "Je crois qu'il faut que le Fonds soit plus réactif, certainement plus efficace et plus légitime.
Et cela suppose véritablement beaucoup d'améliorations potentielles, mais aussi la continuation des réformes qui ont été entreprises par mon prédécesseur", a-t-elle affirmé en anglais. "Je crois que le Fonds est une institution remarquable, disposant d'un staff (personnel, NDLR) exceptionnel, et qui doit s'efforcer d'être toujours plus réactive, plus engagée, plus légitime auprès de l'intégralité de ses 187 membres. En tout cas, ce serait mon ambition", a-t-elle ajouté, en français cette fois. "C'est maintenant aux États membres de décider", a-t-elle conclu.
Vingt-trois hommes et une femme du conseil d'administration du Fonds doivent choisir le nouveau directeur général par "consensus", ou à défaut par un vote, le 30 juin au plus tard. Mais ce pourrait être avant, a précisé jeudi matin un porte-parole du FMI, David Hawley. En introduction de son grand oral, la Française a défendu son impartialité. "Que ce soit très clair, si je suis élue, je n'aurai qu'une chose en tête quand il s'agira d'apporter un soutien à un membre de la zone euro : assurer une totale cohérence avec la mission du Fonds et avoir une gestion avisée des ressources du Fonds", a-t-elle dit. La prochaine étape est une réunion formelle du conseil d'administration mardi, pour examiner les deux candidatures. La ministre française de l'Économie est selon son rival, le gouverneur de la Banque du Mexique Agustin Carstens, la favorite naturelle.
Expérience
Il y a un an, le Mexique battait la France 2 à 0 lors de la Coupe de monde de football. Mais autant les Bleus avaient joué désunis, autant l'Union européenne s'est regroupée derrière la candidature de Mme Lagarde, faisant dire à Carstens que ce nouveau match France-Mexique avait commencé "avec un score de 5 à 0" au coup d'envoi. Jeudi matin, elle avait rencontré son homologue américain Timothy Geithner. Les États-Unis, qui n'ont toujours pas fait part de leur préférence, ont rendu à Christine Lagarde et à ses "compétences solides de direction" un éloge semblable à celui déjà adressé à Agustin Carstens.
Ce dernier connaît bien l'instance pour avoir assisté à des dizaines de ses réunions à l'époque où il fut directeur général adjoint (soit numéro trois) du FMI, entre 2003 et 2006. Certains administrateurs de l'époque sont même toujours en poste, comme l'Égyptien Abdel Shakour Shaalan ou le Russe Alexeï Mojine. À la sortie de son grand oral mardi, il avait souligné son "expérience". Christine Lagarde peut faire valoir les huit réunions semestrielles du FMI auxquelles elle a participé en tant que gouverneur représentant la France. Son implication au sein du G20, dont le Fonds est un partenaire privilégié, et dans les trois plans d'aide internationale montés par la zone euro et le FMI (Grèce, Irlande et Portugal) plaide également pour elle.
Le grand oral était la dernière étape d'une campagne qui l'a menée successivement depuis le 30 mai au Brésil, en Inde, en Chine, au Portugal pour les assemblées annuelles de la Banque africaine de développement, puis en Arabie saoudite et en Égypte. La date officielle de prise de fonctions du prochain directeur général n'a pas été arrêtée.

ministration du fonds.

 

Un repli très politique

La question n'était plus de prévoir si les Occidentaux se retireraient d'Afghanistan, mais de savoir comment ils le feraient. Même si des progrès ont été enregistrés après dix années douloureuses d'action sur le terrain, le pays est loin d'être devenu un havre de paix et sa vie politique un modèle de démocratie. Pour ces raisons, le retrait sera très progressif et il restera encore 65 000 GIs sur 100 000, et sans doute deux ou trois mille Français au moment des présidentielles française et américaine.

Personne ne pouvant se réjouir du bilan, la décision de la Maison- Blanche et le suivisme de l'Élysée obéissent donc à d'autres considérations, militaires, budgétaires et politiques.

Militaires : on n'aurait jamais mobilisé tant d'hommes et tant de milliards, si l'objectif n'avait été que de capturer Oussama Ben Laden. Son élimination n'est donc qu'un prétexte pour justifier un départ qui revient, en réalité, à admettre qu'une présence militaire massive n'est pas la meilleure arme pour tarir la source du terrorisme mondial.

Entre-temps, l'épicentre de l'intégrisme musulman s'est déplacé au Pakistan. Les révolutions arabes ont déjoué les plans d'Al-Qaida. Et l'on sait, depuis le livre blanc adopté par la France en 2008, que l'efficacité antiterroriste passe d'abord par le renseignement et l'intervention rapide sur tout l'arc qui s'étend de Kaboul à la Mauritanie. Une concentration militaire en Afghanistan n'est plus une arme adaptée à notre recherche de sécurité.

Budgétaires : une majorité d'Américains souhaitent un retrait et un nombre croissant de voix s'élèvent au Congrès pour demander la fin d'une opération qui coûte 7 milliards d'euros par mois au budget fédéral. Pour la France ¯ qui totalise 22 000 hommes en Afghanistan, en Libye, en Afrique noire, au Liban et au Kosovo ¯, la facture devenait trop lourde en période de crise et de déficit.

Mis en garde par l'Europe, épinglé par la Cour des comptes et conscient de la menace d'une hausse des taux d'intérêts, Nicolas Sarkozy doit réduire partout la dépense publique. La France ne peut pas mener longtemps trois guerres à la fois. D'autant que l'on ignore ce que durera et ce que coûtera l'intervention en Libye. Les limites, financières plus encore qu'humaines, allaient nous empêcher de réagir à toute crise imprévue.

Considérations politiques, enfin : on ne peut pas cautionner davantage le régime Karzaï qui flatte son opinion en décriant la présence occidentale, qui négocie avec les Talibans, la cible originelle de l'Otan, et qui se nourrit de la corruption. Promesse électorale de Barack Obama, le début de la fin de la guerre initiée par George Bush devait trouver une première concrétisation. Ne serait-ce que pour entretenir, durant sa campagne, le bénéfice de l'élimination de Ben Laden.

En France, l'alignement des cercueils rentrés de Kaboul ¯ 62 soldats tués ¯ commence à dérouter une opinion lassée par l'acharnement à combattre dans les vallées afghanes et par le sinistre compteur de la détention de nos otages. Nicolas Sarkozy n'avait plus que des ennuis électoraux à en attendre. Depuis quelque temps, il considérait le départ d'Afghanistan, officiellement envisagé à partir de 2012, comme une issue nécessaire. Mal récompensé de son alignement sur les Américains, il lui fallait cette conjonction d'éléments pour habiller un repli en une décision de bon sens.

Le piège du «prime»

Presque trente ans après, et une génération plus tard, c’est reparti pour un tour. La télévision exploite le filon Le Pen. Après le père, la fille. Une famille de bons acteurs. Une famille de bons clients. Parfaits pour les inaugurations d’émission et les combats de coqs. Franchement, les empoignades aussi prévisibles que convenues «des paroles et des actes» sur France 2 hier soir ont-ils apporté quoi que ce soit au débat?

Une fois de plus, pour tout concept, on a placé au centre de l’arène la présidente du Front national pour voir comment elle allait résister aux banderilles de ses contradicteurs. Entre agressivité, questionnement tranquille et mises en cause sur pièces, les stratégies d’attaque ont toutes échoué les unes après les autres. Comment le système médiatique peut-il encore espérer déstabiliser la famille Le Pen sur un plateau? Au final le (la) vainqueur est immanquablement la cible désignée. And the winner is... «Marine».

C’est ainsi qu’hier soir, elle a triomphé de ses assaillants successifs, facilement, calmement, sans jamais sembler en danger. Elle a survécu au jeu de massacre programmé et en est ressortie plus forte, évidemment. Puisqu’on lui offrait cette exposition exceptionnelle, elle a su s’en emparer et montrer à la France entière qu’elle était taillée pour une campagne présidentielle où la brutalité et le professionnalisme devant la caméra feront la différence. Et dire que certains journalistes, forts de sondages dans lesquels la candidate ne progresse plus, ont cru la déstabiliser en moquant la banalisation de ses idées anti-européennes et anti-mondialisation! Mais la banalisation, c’est précisément la grande victoire du FN. Elle est en marche et elle a accompli un pas supplémentaire en prime time.

Ces émissions sont des pièges. Elles donnent inévitablement l’avantage à l’autopromo de l’invité(e) pourvu qu’il (elle) domine l’exercice. Une heure quarante-cinq de plaisir pour la chaîne qui engrange les parts de marché - approchez, approchez, mesdames et messieurs, il va y avoir du sang et de la castagne - et des semaines de dividendes pour les concepts intolérables déclinés façon soft avec un aplomb incroyable. Car le plus désolant, c’est que ce cirque offre autant de primes à la mauvaise foi, au culot, aux contre-vérités assénées sans complexe. La règle du jeu de la télé n’a plus que faire de la correction ni de la raison. Elle n’a plus le temps pour les arguments. Seul un cow-boy du petit écran sans trop de scrupules comme Bernard Tapie a réussi, jadis, à prendre le dessus dans l’inévitable rodéo-spectacle lepéniste.

Au bout de ces 105 minutes désespérantes, aucun électeur de Marine Le Pen n’aura changé d’intention de vote. Quelle chimère d’avoir imaginé qu’elles pourraient avoir ce pouvoir! Elles se sont finalement soldées par un match nul. Vraiment, vraiment nul.

Le commentaire politique de Christophe Barbier




L'écrivain Amin Maalouf élu à l'Académie française

L'Académie française a élu, jeudi 23 juin, le successeur de l'anthropologue Claude Lévi-Strauss, mort en octobre 2009. Les "Immortels" ont désigné, dès le premier tour de scrutin, l'écrivain franco-libanais Amin Maalouf.

Né le 25 février 1949 à Beyrouth, dans une famille chrétienne, Amin Maalouf, qui parle arabe et français, a consacré son œuvre au rapprochement des civilisations. Journaliste au principal quotidien de Beyrouth, An-Nahar, il est contraint à l'exil en France en 1976 alors que son pays est ravagé par la guerre civile.
Les thèmes de l'exil et de l'identité occupent une large place dans ses essais, parmi lesquels Les Identités meurtrières, publié en 1989, ou Le Dérèglement du monde, paru en 2009. Il publie son premier livre en 1983, Les Croisades vues par les Arabes, un ouvrage historique. Mais c'est son roman Léon l'Africain qui le fait connaître du grand public en 1986. Il décide alors de se consacrer à la littérature. Il obtient en 1993 le prix Goncourt pour le Rocher de Tanios.

Candidat une première fois au Quai Conti en 2004, il n'obtient alors que dix voix et surtout seize bulletins marqués d'une croix, signe d'un refus catégorique. En 2007, postulant au fauteuil de Jean-François Revel, il déclare finalement forfait. Son soutien au Manifeste pour une littérature-monde, proclamant la mort de la francophonie, froisse l'Académie. Il préfère se retirer.
Le romancier écrit aussi des livrets d'opéra, parmi lesquels L'Amour de loin, pour la compositrice finlandaise Kaija Saariaho. Son roman, Le Périple de Baldassare (Grasset), a été adapté en 2011 en bande dessinée par Joël Alessandra, chez Casterman. Prix Prince des Asturies en 2010, Amin Maalouf a également présidé le jury du prix Livre Inter cette année.
Les Immortels procéderont ces prochains mois à d'autres élections après les décès de la grande helléniste Jacqueline de Romilly, le 19 décembre 2010, à l'âge de 97 ans, et de l'écrivain Jean Dutourd, mort le 18 janvier 2011, à 91 ans.

La Grèce boucle son plan de rigueur, l’ONU s'inquiète

L’organisation internationale craint que l’austérité ne mène à l’effondrement du pays.
Après plusieurs journées de négociations, la Grèce devait régler mercredi les derniers points de son plan de rigueur édition juin 2011. Tout juste renforcé par le vote de confiance du Parlement, le gouvernement a avalisé la loi d’application du plan, qui sera présentée la semaine prochaine aux députés. En plus de la hausse de la TVA, en plus du gel des salaires des fonctionnaires, en plus de la privatisation de beaucoup d’entreprises, le gouvernement devrait cette fois réduire les retraites, les allocations sociales et la masse salariale, ainsi que le nombre d’emplois du secteur public. Les privatisations du secteur public devraient par ailleurs se poursuivre.

Le paquet de mesures ne fait pas que des heureux. Il y a, bien sûr, l’ensemble de la population, étranglé par les hausses d’impôts et le gel des salaires. Après la journée de manifestations de la semaine dernière, qui a abouti à un remaniement du gouvernement, les Grecs prévoient à nouveau 48 heures de grève lors du vote de la loi d’application, probablement le 28 juin. 

L’ONU dénonce l’austérité

Mais de plus en plus de voix s’élèvent à l’étranger pour dénoncer le chemin pris par le pays. Au premier chef, l’ONU. Dans son rapport annuel sur la situation sociale dans le monde, l’organisation estime que les politiques d’austérité menacent la reprise économique. « Les gouvernements doivent réagir avec prudence aux pressions en faveur de la consolidation budgétaire et de l’adoption de mesures d’austérité s’ils ne veulent pas risquer d’interrompre le redressement de leur économie », analysent les économistes de l’ONU. Ils appellent, au contraire, les autorités nationales à mettre en place une politique de relance, qui permettrait de soutenir le redémarrage de l’économie. Le FMI et l’Union européenne, qui demandent tous les trois mois de nouvelles mesures d’austérité afin d’attribuer quelques milliards à la Grèce, apprécieront. D’autant que Berlin en a remis une couche mercredi, en conditionnant un plan d’urgence européen de 1 milliard d’euros supplémentaires au vote de nouvelles mesures d’assainissement budgétaire.

Le commentaire politique de Christophe Barbier