TOUT EST DIT

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mercredi 18 mai 2011

Le FMI, enjeu vital pour l'Europe


Depuis 1944, c'est un accord tacite. Un Européen dirige le Fonds monétaire international, un Américain la Banque mondiale. Les Français en ont largement bénéficié, puisque plus de la moitié du temps, c'est l'un de nos compatriotes qui a dirigé le Fonds àWashington. Dans un monde caractérisé par la définition de nouveaux équilibres internationaux, avec la montée en puissance des pays émergents, cet accord tacite est de moins en moins destiné à durer.

En novembre dernier, sur proposition du G20, les Européens ont déjà abandonné deux des neuf sièges qu'ils occupaient au conseil d'administration, pour rééquilibrer la gouvernance au profit des émergents. Dans la suite logique, avant même que n'éclate le scandale Strauss-Kahn, les spéculations avaient commencé sur la nécessité ou non de lui trouver un successeur européen.

Longtemps, les attentions du FMI étaient portées essentiellement sur les économies en difficulté des pays dits du Sud. Il lui a d'ailleurs été souvent et vivement reproché d'imposer, au nom de la rigueur monétaire prônée par les pays riches, des cures socialement insoutenables pour les pays pauvres. Mais, depuis que la crise a éclaté en 2008, le FMI a dû venir en aide, chose longtemps impensable, aux pays européens.

Ainsi, l'Europe est, certes, le premier actionnaire du Fonds, mais aussi, à présent, son premier emprunteur. En un an et demi, depuis le déclenchement de la crise grecque, le FMI a prêté soixante-dix milliards d'euros à la Grèce, à l'Irlande et au Portugal. L'an passé, il a joué un rôle décisif dans la création du plan de sauvetage pour Athènes, et fortement appuyé celle du Fonds européen de stabilité financière, pour éteindre les risques de propagation de l'incendie grec.

Beaucoup considèrent même que sans l'action déterminée de Dominique Strauss-Kahn, à la tête du FMI, il aurait été beaucoup plus difficile de convaincre l'Allemagne, où l'envie de « lâcher » Athènes est perceptible depuis deux ans, à se rallier à un plan d'action concerté au niveau européen. Illustration de ce rôle, il y a moins de trois semaines, DSK et Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, sont allés à Berlin plaider devant le Bundestag, et ses députés récalcitrants, pour un deuxième plan d'aide à la Grèce. Et soutenir ainsi la Chancelière d ans cet effort.

Le cyclone de l'affaire DSK, qui vient de s'abattre sur un homme, son parti politique, la présidentielle française et l'institution monétaire, investit donc aussi, et directement, la délicate gestion des dettes souveraines dans la zone euro. Aucune institution ne dépend totalement d'un homme. Mais l'autorité de DSK à la tête du FMI était reconnue autant à Berlin qu'à Washington. Un FMI plus fort, et plus sensible aux déboires de l'euro, incitait en outre les Européens, divisés sur beaucoup de choses et notamment sur la dette grecque, à plus de cohésion monétaire. De quoi sera fait l'après-DSK ?

La France étant contrainte au silence, c'est l'Allemagne qui a parlé. Angela Merkel, qui aura attendu en vain, dimanche, la venue programmée de DSK à Berlin, a brisé le silence en affirmant qu'il serait préférable que la direction générale du Fonds reste dans des mains européennes. C'est une question d'influence sur le moyen et le long terme, mais c'est d'abord et surtout une urgence dans le court terme. Car l'Europe est désormais autant assistée par le FMI qu'elle ne le copilote.





DSK: le choc des photos






Affaire DSK : la presse anglo-saxonne s'attaque à la culture française du secret

Le visage défait du directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn"fascinée par ses séducteurs politiques", et de ses lois défendant la vie privée s'affiche encore à la une des journaux du monde entier. Particulièrement sévère, la presse anglo-saxonne met en lumière la responsabilité de la France dans ce scandale, 
 
Pour le journal britannique de centre gauche The Guardian, cette nouvelle affaire de mœurs soulève "la question gênante dans les médias français et la politique de deux monde parallèles : ce qui est imprimé, et ce qu'il y a derrière ; les commérages, et ce qui doit rester officiellement les non-dits."
CARICATURE DU "SOCIALISTE CHAMPAGNE"

Décrit par The Guardian comme "courtois, bronzé en permanence et jamais à court d'argent" Dominique Strauss-Kahn est perçu par la presse britannique comme la caricature du "socialiste champagne". Le quotidien rappelle aussi "que toute la classe politique et les médias savaient que sa relation aux femmes était le talon d'achille de Strauss-Kahn". Mais le silence "complice" sur cet aspect de la vie privé du socialiste prouve qu'en France, "une réputation d'homme à femmes ne constitue pas un obstacle pour réussir en politique, en fait c'est tout le contraire."
Plus incisif, le tabloïd conservateur Daily Mail titre quant à lui : "Un satyre sexuel, une conspiration du silence, voila pourquoi on ne doit JAMAIS avoir de lois sur la vie privée comme en France". Dans cet article, le journaliste s'emporte contre cette "loi du silence", et affirme que "si M. Strauss-Kahn avait été anglais ou américain, son appétit sexuel apparemment gargantuesque aurait été évoqué par la presse."
LA CULTURE DU SECRET

Sous le titre "Les questions que posent la loi du silence", le New York Times s'interroge sur la "complicité" des Français dans ce genre d'affaire, qui préfèrent fermer les yeux sur la vie privée des politiciens. Citant le proverbe "pour vivre heureux, vivons caché", le journal américain retrace les scandales de mœurs que la France a tolérés.
De la fille cachée de Mitterrand à la séparation – tenue secrète pendant la campagne de 2007 – de François Hollande et Ségolène Royal, le quotidien rappelle aussi qu'au moment de l'affaire Lewinsky, des hommes et femmes politiques français comme Christine Boutin avaient soutenu Bill Clinton, affirmant que cette affaire "prouvait qu'il était en bonne santé". Le journaliste conclut d'ailleurs qu'en France, "un homme politique qui révèle ses prouesses sexuelles prouve sa vigueur, et montre qu'il est pleinement capable de diriger le pays."
Si le Times reconnaît que "les Britanniques peuvent être trop prudes concernant le sexe", l'affaire montre, selon le journal, "que la fascination des Français pour les séducteurs politiques peut au moins être également de mauvais conseil". Pour conclure, le Times estime que ce scandale constitue "la mise en accusation d'un macho, de la culture politique française du secret qui considère que courir après les femmes fait tout simplement partie d'une longue tradition française : liberté, égalité, infidélité."

Christine Lagarde remplacera-t-elle DSK à la tête du FMI ?

Christine Lagarde est-elle la prochaine directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) ? L'hypothèse est envisagée, alors que les Européens avancent leurs pions pour conserver la direction du Fonds et que certains commencent à prendre leurs distances avec l'actuel détenteur du poste. L'arrestation et l'inculpation pour agression sexuelle et tentative de viol de Dominique Strauss-Kahn aux Etats-Unis a lancé plus tôt que prévu la bataille pour sa succession.
Le conseil d'administration du FMI chercherait actuellement à contacter son directeur général emprisonné, pour connaître ses intentions concernant ses fonctions, indiquaient mardi 17 mai deux de ses membres à l'agence Reuters. D'après une de ces sources, une démission serait idéale, mais ce sentiment ne serait toutefois pas partagé par les 24 membres du conseil, selon la seconde source.
UNE "CANDIDATE CRÉDIBLE" POUR UN DIPLOMATE EUROPÉEN
La ministre des finances française est "certainement une candidate crédible" pour remplacer "DSK" au poste de directeur général, mais "on attend de voir si (le président français Nicolas) Sarkozy la présente", a estimé mardi, un diplomate européen très au fait des discussions. Interrogée lundi soir à Bruxelles, la principale intéressée n'a pas voulu faire de commentaires, jugeant le débat prématuré. Selon un membre de son entourage, pour le moment, "ce n'est pas d'actualité, et l'hypothèse est jugée déplacée".
Toutefois, de manière générale, un autre proche ne cachait pas récemment l'intérêt de Christine Lagarde pour la fonction. Elle-même évoque régulièrement son attrait pour les Etats-Unis, où elle a longtemps travaillé. Elle est aussi très appréciée dans les milieux financiers. Selon une autre source, l'hypothèse de sa candidature pour la direction du FMI a d'ailleurs été testée récemment à Washington alors que le scénario d'une entrée en campagne de Dominique Strauss-Kahn pour l'élection présidentielle française de 2012, et donc son départ du FMI d'ici au mois de juillet, semblait de plus en plus probable.
La Française bénéficierait même du soutien de Berlin, affirme le quotidien Süddeutsche Zeitung en citant une source proche du gouvernement, ce qui n'empêche pas la presse allemande de citer une série d'autres prétendants potentiels. Sur les onze Européens qui ont dirigé le FMI depuis 1946, quatre étaient français, ce qui pourrait se révéler un handicap pour Christine Lagarde. Surtout, elle n'est elle-même pas à l'abri de démêlés judiciaires : un procureur français l'a récemment menacée d'une enquête sur un dossier lié à l'ex-homme d'affaires Bernard Tapie.
LES PAYS ÉMERGENTS RISQUENT DE FAIRE PRESSION
La presse allemande envisage d'autres prétendants, dont l'ancien président de la Bundesbank Axel Weber, ou le Suisse Josef Ackermann, à la tête de Deutsche Bank. Enfin, les pays émergents risquent de faire pression pour prendre à leur tour la direction du Fonds. Selon des diplomates, l'ancien ministre des finances turc Kemal Dervis pourrait alors être un candidat de compromis.
Les Européens ne semblent toutefois pas prêts à renoncer à l'arrangement qui leur assure la direction du FMI, tandis que celle de la Banque mondiale revient aux Américains. Face à la crise de la dette qui frappe les plus fragiles d'entre eux, ils veulent en effet pouvoir compter sur l'appui du FMI, dont le rôle, et celui de Dominique Strauss-Kahn en particulier, s'est avéré crucial depuis un an et demi.
La chancelière allemande Angela Merkel a évoqué "de bonnes raisons pour dire que l'Europe a de bons candidats". "Si une succession est nécessaire, les pays de l'Union européenne devraient présenter un candidat", a également jugé le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Le maintien d'un Européen à la tête du FMI aurait la "grande préférence" des Pays-Bas, a renchéri leur ministre des finances, Jan Kees De Jager. La ministre espagnole Elena Salgado a, quant à elle, plaidé pour une femme, en relevant que "la présence des femmes est faible dans des postes à responsabilité".
"PARCOURS EXCEPTIONNEL" ET BONNE COMMUNICATION, QUALITÉS DU CANDIDAT IDÉAL
Dans une déclaration adoptée avant la désignation de Dominique Strauss-Kahn à son poste de directeur du FMI, l'institution avait dressé le portrait type du candidat idéal.
"La personne choisie pour occuper le poste de directeur général devra avoir un parcours exceptionnel dans le domaine de la politique économique à un haut niveau de responsabilité, peut-on lire dans la déclaration. Elle aura à son actif une remarquable carrière professionnelle ; aura démontré les aptitudes de gestion et de diplomatie requises pour diriger une institution d'envergure mondiale et sera ressortissante d'un des cent quatre-cinq pays (ils sont désormais cent quatre-vingt-sept) membres du FMI."
Le candidat doit également savoir faire preuve de diplomatie, en se montrant "profondément déterminé à promouvoir les objectifs du FMI en encourageant le consensus sur les grandes questions de politique générale et de nature institutionnelle". Il doit naturellement être au fait des "enjeux de politique économique auxquels sont confrontés les pays membres de l'institution dans leur diversité", mais également se montrer "capable de communiquer efficacement".

Les vraies victimes de l'affaire DSK


Il n'y a que deux victimes: la femme de chambre, qui a droit à la présomption d'innocence elle aussi, et Anne Sinclair. Et les précautions oratoires que réclament les internautes ont leur place dans la bouche des politiques - pas sous la plume des journalistes.




L’Irlande vers le naufrage

Le gouvernement irlandais est bien parti pour devoir assumer une dette de près de 250 milliards d’euros en 2014. Le spectre d’une faillite nationale durable et chaotique se précise, prédit l'économiste Morgan Kelly. 

L’Irlande est menacée de ruine économique. Six mois après le renflouement de 85 milliards d’euros orchestré par l’UE et le FMI, alors que la dette publique irlandaise se retrouve classée à peine un cran au-dessus du néant et que la ruée sur les banques irlandaises commence à menacer les comptes privés, on pourrait croire que l’opération de sauvetage déclenchée en novembre dernier a déjà lamentablement échoué. Au contraire, du moins du point de vue de ses architectes de la BCE, elle a connu un succès retentissant.
Il y a une chose que vous devez comprendre à propos du renflouement irlandais. Il n’avait pas pour but de redresser suffisamment les finances du pays pour que le gouvernement puisse recommencer à emprunter sur les marchés obligataires à des taux raisonnables. Pour la plupart des gens, c’est ça, théoriquement, un renflouement.
Au lieu de cela, le renflouement irlandais n’avait qu’un seul objectif, c’était de faire peur aux Espagnols pour qu’ils rentrent dans le rang, en démontrant de façon frappante que les sauvetages de l’UE ne sont pas pour les timorés. Et jusqu’à preuve du contraire, le plan de la BCE a fonctionné. Ayant le choix entre finir pieds et poings liés comme l’Irlande — objet de la dérision internationale, contrainte de payer des taux exorbitants sur les fonds du renflouement tandis que ses ministres rendent des compte à un maître de conférence hongrois — et s’amender, ils ont évidemment choisi cette dernière solution.

Une dette de 120 000 euros par salarié

Mais pourquoi était-il nécessaire, ou du moins opportun, pour l’UE d’imposer un effondrement économique à l’Irlande afin d’effrayer l’Espagne ? La réponse tient à un défaut fondamental, et potentiellement mortel, dans la conception de la zone euro : elle ne dispose d’aucun moyen de faire face à de grandes banques insolvables.
Du temps où l’euro était en projet, vers le milieu des années 90, il ne serait venu à l’esprit de personne que des banques prudentes et robustes comme AIB ou la Banque d’Irlande, dirigées par d’anciens rugbymen un peu lents, pourraient un jour emprunter des dizaines de milliards à l’étranger, puis tout perdre sur des prêts immobiliers louches.
Si le naufrage n’avait concerné que les banques irlandaises, il aurait été possible de concocter un vague plan de sauvetage. Or, d’aucuns soupçonnent encore les banques espagnoles — qui ont accouché d’une bulle immobilière presque aussi boursouflée que celle de l’Irlande, mais au sein de la neuvième économie de la planète — de dissimuler des pertes aussi énormes que celles qui ont fait sombrer leurs homologues celtes.
Fait unique au monde, la Banque Centrale Européenne ne s’appuie sur aucun gouvernement capable de lever des impôts. Pour sauver un système bancaire aussi étendu que celui de l’Espagne, il faudrait que des pays d’Europe engagent des ressources massives dans un Fonds Monétaire Européen : une idée si complexe sur le plan politique, et si coûteuse sur le plan financier qu’elle ne sera envisagée qu’en dernier recours, pour éviter l’effondrement de la zone euro. Pour la BCE, il est plus simple aujourd’hui de croiser les doigts en espérant que l’Espagne s’en tirera toute seule, aiguillonnée par l’Irlande, dont on a fait un exemple.
L’insolvabilité irlandaise est désormais moins une question d’économie que d’arithmétique. Si tout se passe comme prévu, ce qui est d’ailleurs toujours le cas, la dette publique irlandaise atteindra les 250 milliards d’euros, mais ces différences sont sans importance. D’une façon ou d’une autre, on parle d’une dette publique supérieure à 120 000 euros par salarié, soit 60 % plus élevée que le PIB.
D’après les règles empiriques des économistes, quand la dette publique dépasse le revenu national, une petite économie est menacée de défaut de paiement (les grandes économies, comme le Japon, peuvent aller beaucoup plus loin). L’Irlande est tellement dans le rouge que des modifications de détail dans les termes du renflouement ne feront aucune différence : nous allons boire la tasse.
Satisfaite, la BCE a prêté à l’Irlande l’argent nécessaire au remboursement des banques qui avaient prêté à l’Anglo et à la Nationwide. Elle se retrouve maintenant dans une situation où, par conséquent, les banques qui ont prêté au gouvernement irlandais risquent de perdre l’essentiel de leur argent. Autrement dit, la crise bancaire irlandaise s’inscrit dorénavant dans une crise de la dette souveraine européenne plus générale.

L'Irlande ou la version européenne de Porto Rico

Face à la paralysie politique dans l’UE, et avec une Banque Centrale Européenne qui estime avoir avant tout pour mission d’apaiser les rédactions de la presse allemande à scandales, il est plus que probable que du fait de la crise de la dette européenne, d’ici un ou deux ans, le temps que les banques françaises et allemandes reconstituent leurs réserves amoindries, les économies insolvables soient contraintes à la faillite sous une forme ou sous une autre.
Ne nous y trompons pas : si, dans des pays comme la Grèce ou l’Argentine, il est presque normal que le gouvernement soit en défaut de paiement, pour un pays comme l’Irlande, qui tirait parti de sa réputation de havre de sécurité financier, une faillite serait une catastrophe. Les faillites souveraines durent des années, les créanciers s’abstenant jusqu’à ce qu’ils soient sûrs d’obtenir de meilleures conditions, ou revendant leurs créances à ce que l’on appelle des fonds vautours, qui s’engagent dans des procédures interminables à l’étranger pour faire saisir des actifs nationaux comme les avions. Ces fonds d’investissement spécialisés n’ont qu’un but, extorquer de l’argent contre la promesse de ne plus nuire aux Etats concernés.
Pire encore, une faillite ne permettra en rien de redresser les finances de l’Irlande. Compte tenu des autres engagements de l’Etat irlandais (vis-à-vis des banques, de la National Asset Management Agency [NAMA structure publique de défaisance de l'Etat irlandais, chargée de racheter les actifs toxiques des banques], de l’UE, de la BCE et du FMI), pour qu’une faillite ramène la dette publique à un niveau gérable, il faudra plus ou moins éliminer les titulaires d’obligations régulières. Malheureusement, les obligations en question sont pour la plupart entre les mains de banques et d’assureurs irlandais.
En d’autres termes, nous nous sommes embarqués dans un jeu futile de passe à dix : l’insolvabilité a d’abord été transmise des banques à l’Etat irlandais, puis de nouveau de l’Etat aux banques et aux compagnies d’assurance. Il est probable que l’Irlande finira comme une sorte de protectorat de l’UE, version européenne de Porto Rico.
Et si nous ne voulions pas nous laisser entrainer sur la pente actuelle et dégringoler vers une faillite commanditée par la BCE et une ruine nationale inexorable, pouvons-nous y faire quelque chose ? Il nous reste un moyen d’en sortir. Un moyen qui n’est pas sans douleur, mais qui nous ferait quand même moins mal que ce que l’Europe est en train de nous préparer.
Que l'Irlande refuse le plan de sauvetage, c'est une question de vie ou de mort nationale. Et cela exige deux choses du gouvernement : qu'il se désengage des établissements bancaires, et qu'il remette son budget à l'équilibre immédiatement. Les banques, d'abord. Si la BCE ne veut pas sauver les banques irlandaises, elle ne peut pas non plus les laisser aller à la faillite et provoquer une vague de panique qui s'emparerait de toute l'Europe.

S'arracher aux griffes d'institutions malfaisantes

L'Irlande a intérêt à se retirer du système bancaire en rendant aux établissements bancaires les actifs rachetés par la NAMA et en reprenant ses billets à ordre aux banques. La BCE découvrira alors cette vérité économique fondamentale qui veut que, si vous prêtez 160 milliards d'euros à des banques insolvables soutenues par un Etat insolvable, vous n'êtes plus un créancier : vous devenez le propriétaire. La Banque centrale européenne pourra à terme prendre une gomme et, là où figurait le terme "Prêt d'urgence" dans les comptes des banques irlandaises, effacer et écrire “Capitaux” à la place. Et quand elle le fera, ce sera son problème à elle, pas le nôtre.
D'un seul coup, l'Etat irlandais diminuerait ainsi sa dette de moitié pour revenir à la somme plus vivable de 110 milliards d'euros. La BCE n'aura aucun moyen de sanction contre les banques irlandaises, à moins de vouloir déclencher une panique catastrophique en Espagne et dans le reste de l'Europe. Pour l'Europe, la seule réaction possible serait de couper ses financements à l'Irlande.
D'où le deuxième volet d'action pour la survie national : ramener le budget national à l'équilibre, et sans délai. Ramener les emprunts de l'Etat à zéro immédiatement n'est certes pas sans douleur, mais c'est le seul moyen de nous défaire de ces requins du crédit qui entendent nous punir pour l'exemple.
En équilibrant sans délai notre budget, nous montrons que les problèmes de l'Irlande sont dus presque exclusivement aux activités de six banques privées et, du même coup, nous nous arrachons aux griffes de ces institutions malfaisantes. Qui plus est, cette mesure envoie au reste du monde le message que l'Irlande (qui a montré il y a vingt ans comment un petit pays pouvait se sortir de la pauvreté grâce à l'énergie et travail de ses habitants, mais est tombée depuis aux mains de voleurs et de quelques politicards qui sont leurs sbires) est de retour et n'a aucune envie de plaisanter.
Evidemment, nous savons tous que rien de tout cela ne se produira. Le monde politique irlandais a trop pris l'habitude de recevoir des récompenses de Bruxelles pour se mettre à attaquer l'UE, même lorsqu'il s'agit d'une question de vie ou de mort du pays. Il est plus facile de se laisser conduire les yeux bandés, en attendant qu'on nous passe la corde au cou et qu'on ouvre sous nos pieds la trappe de la faillite.

mardi 17 mai 2011

Présumé innocent, politiquement fini
(chambre du sofitel)
La campagne présidentielle de Dominique Strauss-Kahn est finie avant même d'avoir commencé. Le super-favori des socialistes pour 2012 ne peut quitter le territoire des Etats-Unis où il est mis en examen. Aucun auteur de polar noir n'aurait osé ce scénario. L'inimaginable est devenu, hier, l'actualité. Le respect de la présomption d'innocence est un devoir qui ne peut empêcher de réfléchir aux conséquences probables – ou possibles – pour DSK, pour le PS et pour notre pays.

– Pour DSK, hormis l'hypothèse (peu crédible à ce stade) d'un coup monté et d'un piège où il serait tombé, l'avenir paraît sombre. On lui connaissait deux faiblesses, l'argent et les femmes. Une histoire de Porsche l'avait fait vaciller, une histoire de sexe l'abat, comme si l'on tombait toujours par là où l'on penche. Même s'il était reconnu innocent, DSK est sorti du champ aussi bien du FMI que de l'élection présidentielle de 2012.– Pour le PS, le séisme rebat toutes les cartes : il conforte François Hollande dans sa progression ininterrompue, il redonne un peu d'espace à Ségolène Royal et, surtout, il pousse Martine Aubry à une candidature à laquelle elle avait quasiment renoncé. A moins que la première secrétaire ne s'efface devant Laurent Fabius, toujours prêt au cas où... Globalement pourtant, le PS, atteint de plein fouet par ce drame, est affaibli, ses divisions inévitables, la victoire de la gauche plus aléatoire.

– Pour notre pays enfin, quelle humiliation ! Quand on voit la presse populaire de New York afficher à la une le Français le plus gradé dans les institutions internationales comme « le pervers »... Bonjour les dégâts !

Pour les militants PS, "une douche froide"

Après l'arrestation, samedi 14 mai à New York, de Dominique Strauss-Kahn, Le Monde.fr a proposé aux militants socialistes de faire part de leurs réactions. Pour certains, le doute l'emporte aujourd'hui sur la stupeur. D'autres estiment qu'il faut au plus vite tourner la page DSK.

  • "La stupeur" puis "le doute", par Paul, militant PS depuis 1971
"Le saisissement, la stupeur, l'effarement : voilà comment mon épouse et moi avons réagi. Dès dimanche matin, nous avons pensé à une erreur, à une mauvaise interprétation. Puis quand la machine judiciaire s'est mise en marche, nous avons pensé à une manipulation. C'est aussi ce à quoi ont pensé plusieurs militants que nous avons eus par téléphone, par mail, au café. On avait besoin d'en parler, de regarder ensemble.
J'étais devant Twitter pour la première fois hier, à la recherche d'information, d'alibis potentiels comme pour essayer de raccorcher sa candidature aux branches. Une manipulation, un complot sont revenus sans cesse. Au niveau local, dans le département très à droite dans lequel nous vivons, nous avons eu fréquemment des candidats ou des militants 'tués' par des sorties d'archives ou de vieilles casseroles, ou par des rumeurs (adultère, homosexualité, fils drogué, etc...). Impossible de ne pas faire le rapprochement.
Mais depuis, devant la puissance de la machine judiciaire, le fait que DSK soit traité comme un criminel et son transfert à la prison de Rikers, le doute s'insinue. Pourtant, DSK garde toute mon estime et ma confiance. Mais je sais que peu à peu, ses soutiens le quitteront.  Quant au PS, avec 110 000 adhérents et plusieurs milliers d'élus, et 200 ou 300 parlementaires, il reste en parfait état de marche. Ce n'est pas parce que le général meurt que l'armée cesse d'avancer et que l'état-major se rend. 2012 peut être gagné."
  • "Tournons la page au plus vite", par Madjid B.
"Le sort du PS et de l'élection de 2012 est plus important que l'affaire DSK. Que les amis du patron du FMI soient sous le choc est compréhensible mais ils doivent comprendre que les militants qui ne connaissent cet homme que de loin ont une réaction un peu plus 'égoïste' pour le PS. Nous devons vite tourner cette page car innocent ou coupable, DSK est hors jeu pour les primaires et cela, il faut vite l'intégrer au sommet du parti.
Il faut en priorité arrêter le spectacle de pleureur-se et préparer au plus vite la prochaine séquence. Il faut également démontrer que les primaires, même sans DSK, sont un formidable outil démocratique au service des militants, de la gauche et des Français. Encore une fois, tournons la page au plus vite… même si l'encre n'est pas sèche !"
  • "La douche froide", par Fanny P.
"J'ai été reveillé à deux heures du matin, on m'a informé de ce qui se déroulait sur Twitter. Mes premiers commentaires ont été : 'Impossible, il doit faire attention, il se sait surveillé...' Pendant plus d'une heure, je lisais les commentaires sur le flux et j'étais choqué.
Le lendemain matin, j'ai espéré croire à un cauchemar. Je me suis donc orientée vers les chaînes info. Et non, tout est vrai. C'est une surprise. Le jour même, nous sommes plusieurs à nous contacter. On échange, on n'en revient pas, on attend les informations et désinformations en espérant toujours que demain sera meilleur. Nous échangeons avec un parlementaire, comme pour nous rassurer, proche de son réseau et qui n'y croit pas.
Et puis voilà, le lendemain matin c'est la douche froide lorsque l'on découvre ces images à la sortie du commissariat puis au tribunal. A ce moment, je me suis pris la tête dans les mains, abattue. Il faudra digérer cela et arriver à faire la part des choses. Il s'agit d'une affaire personnelle qui met en cause un individu certes illustre, mais un individu au sein d'un parti. Ce n'est pas le Parti socialiste qui est concerné par cette affaire de mœurs, c'est un homme.
Demain, il y aura d'autres candidats, un même projet.  Une chose est certaine : le calendrier choisi est finalement un atout aujourd'hui. Je veux croire en la responsabilité de chacun et en la mise en valeur d'un leader légitime. Le chef du parti doit prendre ses responsabilités."
  • "Le troisième échec de ma vie militante", par Laurent B., militant socialiste
"Jeune engagé soutenant DSK dans la course à la primaire, cette nouvelle a retenti comme une bombe lorsque je l'ai apprise à deux heures du matin, m'apprêtant à aller me coucher. Assommé, je n'ai pu me relever pendant quelques minutes. Vérifiant tour à tour Twitter et mes mails, j'attendais des nouvelles de mon réseau politique pour savoir si les informations allaient être corroborés et plus précises.
Ce n'est seulement qu'à mon réveil que j'ai réalisé l'ampleur de la nouvelle. Mon réseau politique, endeuillé, ne voulait pas y croire et espérait de tout cœur se réveiller d'une minute à l'autre. Pour ma part, jeune engagé sortant à peine de la vie étudiante, cette nouvelle m'a fait le même effet que l'échec en 2007 ou bien le raz-de-marée de 2002. Il s'agit de la troisième défaite de ma vie militante.
Prostré pendant quarante-huit heures, ressassant l'ensemble des éléments dans mon esprit morose, assistant tristement au déchaînement de violence médiatique, je n'espérais qu'une seule chose : que la vérité soit faite sur cette affaire.
Hier soir, finalement, nous avons eu une réunion de courant. Je misais tout sur son effet cathartique. En effet, il fallait que j'en parle avec des gens informés et engagés. Les dernières discussions n'étant pas à la hauteur de mes espérances. Le constat fait, nous nous sommes laissés un délai pour entrevoir la suite des événements et pour décider quelle direction notre courant politique allait prendre après que sa tête fut coupée."
  • "Dominique, c'est le début de ma vie politique", par Lori H.
"C'est avec effroi et stupeur que j'appris, dimanche matin, l'inculpation de DSK. Dominique, c'est le début de ma vie politique, c'est celui qui, de par sa voix, sa stature, son réformisme, son expérience, sa compétence, m'a fait comprendre que les mots de Jaurès n'étaient pas vains : 'Partir du réel pour accéder à l'idéal.' Après deux années de militantisme dans un syndicat lycéen, et après deux années de mandat au Conseil national de la vie lycéenne, j'ai pris ma carte au MJS [Mouvement des jeunes socialistes] puis au PS en janvier 2010.
De longs mois d'attente et de préparation, avant même mon entrée au PS, paraissent dès lors anéantis, et je pense qu'à 19 ans, j'ai pris ma plus belle claque politique, que je ne souhaite à personne d'autre. Hormis le côté politique de l'évènement, je suis outré et stupéfait quant à l'humiliation publique qui lui est faite, cette manière de le jeter dans la fosse au lion, comme s'il était l'ennemi public numéro un et d'ores et déjà coupable. La violence de certains propos n'altère en aucun cas ma motivation pour préparer l'alternance, même si on peut facilement succomber à l'indifférence politique. Ce sont les personnes qui n'ont pas réussi à faire tomber DSK avec des arguments politiques qui s'acharnent d'une façon abominable sur sa personne, avant même qu'il soit jugé. S'il est coupable, justice sera faite. S'il est innocent, certains devront rendre des comptes. La social-démocratie a peut-être perdu un général, mais elle n'a pas perdu la guerre."
  • "La malédiction de la deuxième gauche", par Xavier G.
"En apprenant la nouvelle, j'ai eu l'impression que le ciel me tombait sur la tête. Ça a été un peu comme le 21 avril, en plus matinal. Je ne suis pas une groupie de DSK, mais il était évident qu'il était notre meilleure chance de gagner en 2012. J'ai eu beaucoup de militants de ma section au téléphone toute la journée de dimanche. On était tous KO debout.
Je commence à penser qu'il y a une malédiction présidentielle qui s'est abattue sur la deuxième gauche. Mendès-France ne voulait pas reconnaître la légitimité du présidentialisme gaulliste en se portant candidat, Rocard a été crucifié par Mitterrand, Delors n'a pas voulu y aller alors qu'il avait course gagnée. Et au moment où on pensait qu'un véritable social-démocrate pouvait enfin accéder à l'Elysée, il sort cette histoire surréaliste.
Sur le fond de l'affaire, je ne sais pas quoi penser. Les faits tels qu'ils sont décrits par l'accusation paraissent incroyables et malgré tout, c'est tout à l'honneur d'une démocratie de donner du crédit aux accusations d'une femme de chambre contre l'un des hommes les plus puissants de la planète. Mais j'ai trouvé indigne de jeter en patûre délibérément aux médias les images de DSK menotté. Il y avait un côté lynchage vraiment abject. S'il est coupable, il mérite d'aller en prison et d'indemniser grassement la victime, pas d'être humilié de la sorte aux yeux du monde et de sa famille. Et s'il est innocenté, ces images le poursuivront à vie."
  • "Il faut surmonter cette phase de deuil et regrouper le parti !", par Fabien
"J'ai oscillé entre colère et perplexité depuis dimanche, ne parvenant pas à comprendre comment un homme si brillant pouvait tomber si bas. Mon sentiment profond, ce jour-là, est que cet évènement constitue un acte manqué, une forme semi-consciente de suicide politique, d'un homme à qui on avait tracé un destin qu'il ne voulait pas faire sien.
Entendons-nous, je n'ai jamais été 'strauss-kahnien' et si je considérais aisément qu'il était le meilleur 'présidentiable' socialiste, j'étais convaincu qu'il n'était pas, et de loin, le meilleur 'candidat', tant son manque d'envie était criant, et ses casseroles nombreuses et connues. Dans une ultime et tragique déflagration, DSK a mis fin à sa carrière politique et a dit 'merde' à tous ses partisans, qui avaient déjà élaboré, sur l'autel de sa popularité, le futur gouvernement socialiste et la répartition des plus hautes fonctions de l'État ! La 'strauss-kahnie' constitue presque, depuis 2006, un parti autonome au sein du PS et il est aujourd'hui positif de considérer que cette situation va se résorber !
S'il a été bouleversant pour l'ensemble des socialistes d'assister, avec des images aussi terribles, à la déchéance de l'un des nôtres, il faut surmonter rapidement cette phase de deuil et regrouper le parti !
Je pense que cet événement est un mal pour un bien, assez traumatisant pour que les campagnes des primaires et présidentielles ne descendent pas sous la ceinture et pour que l'unité de la gauche prévale !"
  • "L'effroi puis le soulagement", par Evelyne
"C'est terrible à dire mais, après l'effroi vient comme un soulagement face à cette explosion en vol. Pour de multiples raisons, je n'aurais pas voté DSK à la primaire. Et bien que les sondages le mettent encore largement en tête, je pense que sa popularité se serait dégonflée rapidement dès lors qu'il se serait déclaré (Soit il campait sur ses positions et se coupait des catégories populaires, soit il revenait à gauche et ouvrait un boulevard au centre).
Surtout, comme on le voit à peine quarante-huit heures après l'affaire, d'autres histoires font déjà surface : la campagne présidentielle est un combat rude et ces choses compromettantes auraient, de toute façon, vu le jour. Dès lors, on peut se dire que ce 'coup de tonnerre' intervient au bon moment, alors que le parti a décidé de maintenir la primaire. La vraie catastrophe aurait été que tout cela arrive après la désignation de DSK (qui, jusqu'à maintenant, me paraissait inévitable). A cinq mois de la primaire, et bien que ce soit un coup dur, il reste du temps aux autres candidatures (notamment celles de François Hollande et de Ségolène Royal, qui se sont déjà déclarés depuis longtemps et ne donneront pas l'impression de 'profiter' de la disqualification du favori) de mûrir, en espérant que l'affaire DSK se résolve rapidement pour éviter que son ombre ne plane sur l'ensemble des débats."
  • "Je suis fidèle à cet homme depuis tant d'années que je ne peux y croire", par Damien
"8 h 23, dimanche 15 mai, mes yeux s'ouvrent, j'ai mal dormi, je sens encore la fatigue s'abattre sur mon épaule. Je regarde mon téléphone, et une amie a mis en ligne un article relatant l'arrestation de DSK. Mon esprit est encore flou, peu réactif, je ne saisis pas bien ce qu il se passe. Je me rendors.
10 h 20, je me reveille de nouveau, la fatigue s'est dissipée et un étrange sentiment m'habite. DSK, pourquoi je pense à lui à mon réveil ? Oui, je suis strauss-kahnien depuis six ou sept. Oui, je suis sûr qu'avec lui, le PS peut enfin remporter et va remporter les élections de 2012 et qu'enfin, les idées auxquelles j'adhère gouverneront mon pays. Oui, mais pourquoi je pense à lui, dès mon réveil ? L'article que j'ai lu entre conscience et inconscience ressurgit. La réalité, la fiction, je ne sais plus.
J'allume la radio et j'entends immédiatement parler de l'affaire DSK. J'ai beau me pincer, je ne rêve pas. Et depuis deux jours, j'espere toujours me réveiller. Je cherche toutes les incohérences de l'accusation, j'attends la version de DSK. Je ne peux y croire, je suis  fidèle à cet homme depuis tant d'années que je ne peux y croire. Et j'espère que les experts, que le jury et que la justice américaine me réveilleront de mon cauchemar."
  • "Les militants sont moins unanimes que la tête du PS", par H.C.
"Je suis secrétaire de section et voici ce que j'observe : les strauss-kahniens sont largement dépités, blessés. Ils se sont sentis trahis au début et espèrent à présent que tout ceci n'est qu'une erreur judiciaire ou une machination. Nombre d'entre eux ont consacré beaucoup de temps à préparer le retour de DSK ces quatre dernières années et 's'y voyaient déjà'.
Les autres, à l'inverse, ont souvent été heureux de la nouvelle. Ceux qui ne voyaient pas en Strauss-Kahn une chance pour le PS et pour 2012 pensent maintenant que la présidentielle est acquise.
La fracture entre strauss-kahniens et les autres cristallise maintenant le débat sur la décence, la curée, la présomption d'innocence, etc. Les militants sont moins unanimes que la tête du PS. Certains appellent à soutenir en masse DSK et alimentent les théories du complot. Les autres ne trouvent pas normal qu'on réclame pour lui 'une justice à deux vitesses' et qu'on n'adresse pas un mot de soutien à la présumée victime.
Aucun militant n'est en revanche pessimiste sur 2012. Beaucoup remettent en cause le concept 'd'homme providentiel' et se rabattent sur le projet ainsi que sur Martine Aubry ou François Hollande. Certains espèrent maintenant des alliances hétéroclites ou des candidatures nouvelles : Aubry-Royal, ou la candidature de Delanoë."
  • "Scandalisé par la manière d'agir de la police new-yorkaise", par Jean-Claude R., ancien militant
"Retraité de la fonction publique et ancien militant socialiste, j'ai appris la nouvelle de 'l'affaire DSK' très tôt dans la matinée de dimanche et j'ai suivi les communiqués heure par heure jusqu'au dégoût, en fin de journée, lundi 16, à l'annonce de l'incarcération de Dominique Strauss-Kahn. Mon opinion est faite aujourd'hui quoique qu'il advienne de la culpabilité ou de la non-culpabilité de l'individu mis en cause : la justice américaine vise sans objectivité un ressortissant français, nous assistons encore une fois à l'autoritarisme d'un Etat fédéral prétendûment démocrate et qui manifeste ainsi son attachement au libéralisme économique en défendant, au mépris des autres Etats, notamment européens, son principe de souveraineté.
Dans cette affaire, ce sont, d'une part le FMI et d'autre part la France qui sont visés. Par ailleurs, humainement, je suis scandalisé par la manière d'agir de la police new-yorkaise mais que peut-on attendre d'un pays qui détient encore dans les prisons de ses Etats 3 500 condamnés à mort ?"
  • "Les dirigeants du PS doivent rester unis", par Gérard R., militant socialiste
"Le parti auquel j'ai adhéré pendant plusieurs décennies n'est pas responsable des actes hors politique de ses membres. Certes, la justice américaine n'est pas tendre envers les présumés coupables et DSK connaît bien l'esprit américain pour séjourner régulièrement sur ce territoire. Je ne le juge pas, les enquêtes détermineront, s'il y a lieu, le degré de culpabilité.
Les hauts responsables du Parti socialiste doivent rester, malgré le trouble créé, unis. Dans la mesure où DSK n'avait pas encore fait acte de candidature, nous devons poursuivre le chemin qui est celui d'un parti responsable et ambitieux. Présentons un programme, améliorons sa compréhension. Soyons simplement francs avec nous-mêmes et les électeurs. Il y a aujourd'hui plusieurs prétendants à la candidature. Prenons le temps qui nous est offert pour apprendre à les connaître mieux, exprimons notre choix et gagnons les élections avec celle ou celui qui sera reconnu(e) comme la-(e) mieux à même de prendre la direction de notre pays."

Non, M. Strauss-Kahn n'est pas le sauveur de la Grèce

La tragédie où nous plonge le mauvais thriller new-yorkais de Dominique Strauss-Kahn dépasse la personne, la perversité diabolique des intérêts conjugués ou l'irrationalité des comportements humains, et évidemment le respect de la présomption d'innocence. Les collisions de l'actualité - inculpation du directeur général du Fonds monétaire international (FMI), restructuration de la dette grecque, perspectives de l'élection présidentielle française - posent la question de la cohérence de la politique financière mondiale et de ses incidences sur l'avenir des nations. La Grèce en est un exemple caricatural.

Le premier ministre socialiste grec, Georges Papandréou, poursuit le chemin de croix imposé par les instances mondiales, FMI en tête, pour tenter de redresser les finances publiques de son pays. Il y a du paradoxal chez cet homme de gauche à s'atteler à la correction d'errements politiques, pratiqués depuis des décennies, par des moyens qui relèvent en général des gouvernements les plus conservateurs : baisse de salaires, recul de l'âge de départ à la retraite, gel des pensions, augmentation de la TVA, allongement de la durée du travail, et surtout arrêt du recrutement de fonctionnaires et fermeture de services publics.
La liste est longue de mesures impopulaires, qui auraient en d'autres temps entraîné des manifestations énormes, des surenchères de syndicats surchauffés et des provocations d'extrémistes incontrôlables. Mais elles paraissent tomber sur un peuple frappé de stupeur et d'atonie devant la crise, peut-être convaincu de la justesse de la ligne de son leader, quand il déclare que c'est le pays qu'il faut restructurer et pas la dette.
Le risque, c'est que, à ce régime, le malade ne meure avant même d'avoir été guéri. Que les dirigeants grecs successifs et les élus, de droite comme de gauche, aient multiplié les prébendes inutiles dans les bureaux d'une fonction publique pléthorique, est indéniable. Elles ne compensent pas pour autant le manque criant de personnels qualifiés dans les services sociaux, médicaux, scolaires ou de la protection civile et dans la maintenance élémentaire de la sécurité dans les espaces publics. On n'est pas sûr d'ailleurs que la réduction drastique des ressources budgétaires tarisse des pratiques perverses aussi vieilles que la renaissance de l'Etat néohellénique.
Faire rentrer les impôts, c'est bien. Encore faudrait-il que l'argent tourne, et que les magasins ne ferment pas les uns après les autres dans les rues les plus commerçantes des villes grecques. C'est vouloir ignorer que la consommation des ménages fut le moteur de la croissance bien réelle du pays pendant des lustres. Et que dire de ces libéraux convaincus, qui admettent en privé qu'ils verraient bien un gouvernement autoritaire remettre de l'ordre dans le pays et dans l'immigration clandestine. L'erreur stratégique du FMI et de ses dirigeants est en l'occurrence de n'avoir pas compris qu'il ne fallait pas affaiblir l'Etat, mais le fonder, pas assécher l'innovation sociale, mais la réorienter.
Redistribution plus équitable
Le FMI et son directeur général répétaient à l'envi que la réduction du déficit public est une nécessité première des Grecs, comme demain de nos concitoyens. Or, loin de désendetter les générations futures, elle plombe leur avenir, si elle consistait à réduire les dépenses d'éducation, de santé, et les chances d'emploi dans l'économie réelle. Si le destin d'un homme peut convaincre que l'impasse dans laquelle s'enfonce la nation grecque dépasse le sort de ce pays, qu'elle témoigne d'un échec plus profond de la gauche européenne à proposer un modèle alternatif de croissance et de redistribution plus équitable du profit matériel et culturel, alors, le drame du héros n'aura pas été vain.
Puisque les socialistes veulent en 2012, non seulement gagner la présidentielle en France, mais "changer de civilisation", il est encore temps de ne pas confondre rigueur nécessaire et rigorisme financier ordinaire, rationalité économique supposée et logique de fonctionnement des sociétés.


Il est aussi l'auteur du "Miracle athénien au XXe siècle" (CNRS Editions, 2002)

La réalité dépasse l'affliction

L'état de sidération et d'incrédulité demeure, 48 heures après la révélation des faits reprochés à Dominique Strauss-Kahn. L'image du patron du FMI menotté entre deux policiers, puis l'annonce de son maintien en détention, hier soir, malgré une caution d'un million de dollars, renforce encore l'impression d'irréalité ou de « réalité télé », comme un épisode de NYPD ou un mauvais remake du Bûcher des vanités de Tom Wolfe, qui contait la chute d'un homme puissant pris dans un engrenage qui le dépasse. Et ce déballage donne le vertige et la nausée. Tout d'abord en raison des faits judiciaires qui lui sont reprochés. Il n'est plus question ici de séducteur impénitent - ce que la gauloiserie française considérerait plutôt comme un atout - mais de crime sexuel, qu'il ne convient en aucun cas de banaliser. Ensuite, en raison des déflagrations possibles sur le plan économique international, alors que se joue l'avenir de la Grèce et que l'euro est dans la tourmente. Enfin, pour ce qui est des conséquences en matière de politique intérieure. Si la réalité des faits se confirme, le scandale serait énorme - il l'est déjà. Mais s'il était prouvé qu'il s'agit d'une manipulation d'origine hexagonale - les thèses du complot fleurissent - le choc serait pire encore, tant il révélerait un niveau de manipulation et de déréliction inédit dans la course au pouvoir. Déjà polluée et obnubilée par une personnalisation outrancière, la vie politique française verse dans le sordide et s'éloigne encore un peu plus du débat programmatique et de la bataille des projets qu'elle devrait être. Nul ne devrait s'en réjouir.

Le PS dans l'après-DSK


Les amis, par définition, sont là pour vous soutenir dans les moments difficiles. Il est donc naturel que les socialistes affichent leur émotion et entourent « Dominique » des mots qui apaisent. Surtout quand leur favori ¯ nouveau coup de tonnerre ¯ se retrouve en prison !

Dominique Strauss-Kahn est toujours présumé innocent. Vues de ce côté-ci de l'Atlantique, les images humiliantes du directeur du FMI, héros malgré lui d'un feuilleton américain, menotté et hagard, diffusées en boucle dans le monde entier, ces images qui condamnent sans preuve, sont d'une brutalité insupportable. Ce qui ne doit pas faire oublier la femme de ménage du Sofitel de Manhattan. Elle n'a pas eu droit à la moindre compassion. Elle est au moins autant supposée victime !

Les socialistes abasourdis sont encore incapables de concevoir l'hypothèse d'une culpabilité. Ils furent moins précautionneux envers Éric Woerth, jamais mis en examen, dont la présomption d'innocence a été cent fois bafouée. La droite, qui se méfie d'une instrumentalisation de l'affaire, n'a pas de leçon à donner. Par exemple, elle n'a pas affiché la même retenue s'agissant du député socialiste Julien Dray, blanchi depuis.

Il y a quelque chose de gênant dans cette référence à géométrie variable à la présomption d'innocence. Tout se passe comme si ce pilier du droit français était le dernier support de l'espoir socialiste, le dernier moyen ténu de retarder de quelques heures, de quelques jours, l'impensable. En vain : à cause de la longueur prévisible de la bataille, Dominique Strauss-Kahn ne sera plus directeur du FMI, et sa participation à la présidentielle est largement compromise.

Rue de Solférino, au siège du PS, les voix et les mines sont blanches. Pourtant, même si le sentiment d'avoir touché le fond domine, même si la probabilité de gagner en 2012 se réduit, le pire n'est pas sûr.

D'abord, même s'il en subit les conséquences, le parti n'est pas en crise, mais secoué par une affaire privée qui ne remet pas en cause la réorganisation et le travail programmatique orchestrés par Martine Aubry. DSK n'est pas le PS à lui tout seul !

Ensuite, les socialistes disposent d'un an pour dépasser cet épisode qui aurait été autrement plus catastrophique, et synonyme d'échec assuré, s'il avait été révélé à deux mois du scrutin, à un moment trop tardif pour changer de candidat.

Enfin, il dispose de plusieurs candidats honorables, souvent donnés vainqueurs devant Nicolas Sarkozy. Ségolène Royal peut espérer remonter dans la primaire. François Hollande, porté par les sondages et calé dans un projet construit, peut continuer sur la lancée.

Martine Aubry, qui avait accepté de laisser le flambeau à Dominique Strauss-Kahn, serait une candidate légitime, certes, mais de rattrapage et hésitante. Pierre Moscovici, qui entretenait le suspense tant qu'il était sûr que son ami se lancerait, apparaîtrait aussi comme une solution par défaut. Le nom de Laurent Fabius, dont la dimension d'homme d'État n'est plus à prouver, circule de plus en plus.

Le vrai danger que devra déjouer Martine Aubry est peut-être celui-ci : que faute de leader évident, ce soit la foire d'empoigne pour reprendre l'espace abandonné par Dominique Strauss-Kahn.





Là où le débat blesse

DSK n'avait pas besoin de ça ! Outre son centrisme et la désinvolture ostentatoire de ses communicants, le voilà maintenant mis en position délicate par ses amis « terra novistes ». Un de ces machins oublieux de la réalité de notre pays et dont il ne se méfie pas plus que des premiers. Il a grandement tort. Ces acteurs de la pensée parisienne bobo-dominante, qui n'oublient jamais d'appeler à s'insurger contre les populismes de tous poils, sont un poison mortel pour la gauche. En réalité leur tocsin élitiste, contre les extrêmes ennemies de Le Pen et de Mélenchon, ne vise qu'à réduire les pauvres au silence et à laisser croire que le peuple est anesthésié par la consommation à crédit et la « naguisation » télévisuelle.

Discours de gauche, alliance à droite, c'est ce que propose Terra Nova. C'est le meilleur moyen pour que DSK devienne Guy Mollet et le parti socialiste la SFIO, ou pire, le parti radical de l'après-guerre. Après avoir tant souffert à se reconstruire une dynamique unitaire, le PS devrait rapidement entrer en campagne s'il ne veut pas voir se multiplier les fausses contributions de ceux qui prétendent inventer à sa place et ignorent l'enracinement populaire de la gauche et la mobilité sociale.

Cette gouvernance des mots qui bafoue la souffrance des plus fragiles est un spectacle affligeant. Comment tous ces oligarques peuvent-ils penser que les classes populaires sont endormies durablement ? Que la colère sociale exprimée lors de la réforme des retraites a cessé de vivre et d'enfler ? Ne voient-ils pas qu'un jour, lassées qu'on les croie brutales et sans cervelle, elles vont se lever en criant : « Assez ! » La gauche doit proposer de lutter contre le chômage et de lutter contre les inégalités. Elle doit aussi conquérir de nouveaux marchés dans le monde plutôt que d'ériger des barrières contre les pseudos peurs de l'étranger.

Les ouvriers votent de plus en plus pour le Front national, c'est vrai. Mais pour la majorité d'entre eux, ils l'ont démontré lors des dernières consultations, ils s'abstiennent. Preuve, s'il en fallait une supplémentaire, que le peuple n'est pas ignorant et reste insensible à la xénophobie vers laquelle le discours de Grenoble ou les vulgarités sociales sur le RSA cherche à l'entraîner.

Cac 40 : L'effet DSK sera-t-il durable sur les marchés ?

Nouveau coup de froid à la Bourse de Paris hier, en raison de fortes inquiétudes sur le dossier brûlant des dettes publiques d'un certain nombre de pays de la périphérie de la Zone Euro. Des craintes ravivées, notamment sur la Grèce ou le Portugal en raison de l'arrestation de Dominique Strauss Kahn.

Le directeur général du Fonds Monétaire International n'était donc pas présent à la réunion des ministres des Finances européens hier. "Ceux-ci affirment toutefois que cela n'entravera pas le lancement du plan d'aide de l'Europe et du FMI au Portugal", a souligné lundi le quotidien Les Echos.

Pour rappel, le Président du FMI a été arrêté par la police américaine ce week-end, en raison d'une agression sexuelle supposé sur une employée d'un hôtel new-yorkais. Dominique Strauss-Kahn est pour l'heure incarcéré.

Les dégagements de lundi se chiffrent, sur l'indice phare parisien, à 0.72%, pour une clôture sous le mur psychologique des 4 000 points, à 3 990 points.

Un point sur le pétrole, dont le reflux depuis plusieurs séances alimentent les craintes sur la faiblesse de la demande américaine: sur le Nymex, le baril de brut léger US (light sweet crude) se négocie ce matin vers 08h00 à 97$ environ.

L'Euro, toujours sous pression, se traite sur le marché des changes à 1.4180$ environ.

De l'autre côté de l'Atlantique, même son de cloche sur les marchés actions, dont la tendance court terme s'infléchit à la baisse. Le Dow Jones Industrials et le Nasdaq Composite reculent respectivement, en clôture de 0.38% à 12 548 points et de 1.63% à 2 782 points.

D'un point de vue graphique, les investisseurs actifs devront maintenant surveiller avec attention la formation des prochains gaps sur l'indice phare, pour confirmer ou infirmer, l'amorce d'une tendance corrective durable. Pour l'heure, les règles de base du money management nous invite à rester neutre sur le Cac, du moins dans les toute prochaines heures. Avis neutre, donc, à un niveau proche des 4 000 points.

Dans ce contexte, l'équipe de Tradingsat.com émet un avis neutre pour la séance à venir. On prendra soin noter cependant qu'un franchissement des 4 050 points raviverait la tension à l'achat tandis qu'une rupture des 3 955 points relancerait la pression vendeuse.

Sur le plan macroéconomique, les investisseurs prendront connaissance de l'indice ZEW à 11h00, des mises en chantier et permis de construire de logements américains à 14h30 et de la production industrielle outre Atlantique à 15h15. (Heure de Paris)

Crise de la zone euro: L'affaire DSK éclipse la situation de la Grèce

EUROPE - Les ministres des Finances se sont réunis lundi sans le directeur du FMI...

Les ministres des Finances de la zone euro se sont réunis à lundi soir. Mais l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, qui devait participer à cette réunion, a occupé une bonne partie des esprits.

Plans de sauvetage

La Commission européenne a assuré lundi que les plans de soutien à la Grèce, à l'Irlande et au Portugal ne seraient pas affectés par cette affaire.
L’aide financière de 78 milliards d’euros au Portugal a donc comme prévu été entérinée. A la demande de la Finlande, le gouvernement s’est engagé à ce que les privatisations envisagées soient les plus ambitieuses possibles.

Situation de la Grèce

Les ministres des Finances ont également désigné à l'unanimité le président de la Banque d'Italie, Mario Draghi, pour succéder à Jean-Claude Trichet à la présidence de la Banque centrale européenne à la fin de son mandat le 31 octobre prochain.
Sur la situation financière de la Grèce, ils ont en revanche eu plus de mal à se mettre d’accord.
Le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a pour la première fois admis ne pas exclure un reprofilage de la dette grecque, même si une restructuration en tant que telle restait totalement exclue.

Restructuration de la dette

Une perspective immédiatement écartée par la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde. «Toute restructuration ou rééchelonnement qui constitueraient un défaut sur un événement de crédit est hors de question», a-t-elle dit en réponse à une question sur un possible reprofilage de la dette grecque.
La Grèce s’est également engagée à prendre de nouvelles mesures d'ajustement afin de tenir les engagements budgétaires pris dans le cadre du plan d'aide internationale qui lui a été octroyé en mai dernier.
L'Eurogroupe a écarté pour le moment un deuxième plan de sauvetage pour le pays.

Rien qu’un homme...

DSK dans la nuit, menotté dans le dos, sous les flashs des photographes. La séquence fait irrésistiblement penser à celle de Lee Harvey Oswald, l’assassin de Kennedy, encadré par deux agents du FBI peu avant son propre assassinat. Le parallèle n’est évidemment pas flatteur mais il est révélateur, à lui seul, de la déchéance de l’un des hommes les plus puissants de la planète. La trajectoire météorique qui a ramené le directeur du Fonds monétaire international au rang d’un banal criminel percute forcément l’imaginaire universel. Qui n’a craint, tout au fond de lui-même, la cruauté d’un destin détruisant en quarante-huit heures tout ce qu’une vie a construit ?

Depuis hier soir, celui qui, samedi matin, était encore le favori de la présidentielle de 2012 n’est plus qu’un homme à la merci d’une procédure dont il n’est plus le maître. Que la justice punisse et répare, c’est sa raison d’être. Mais, pour un prévenu anonyme comme pour un VIP, rien ne l’oblige à ajouter à l’épreuve de la comparution et à celle de la détention, le châtiment supplémentaire de l’humiliation. Hier le spectacle offert en boucle par les télévisions du monde entier a été tout à la fois fascinant - presque hypnotique - et profondément écœurant. Il y a eu quelque chose de primaire et de sacrificiel dans l’exhibition complaisante d’une personne ravagée par sa propre histoire. Et qu’on ne nous explique pas que l’exigence du droit est difficilement compatible avec le respect des prévenus !

Le plus triste c’est qu’à première vue, les faits semblent accablants pour le prodige français de Washington. Le déni de ses amis - si on peut le comprendre - a quelque chose de choquant. À quoi bon nier certaines évidences en tentant de rhabiller les... fragilités de leur champion du châle vaporeux de «l’amour des femmes»? Il ne s’agit tout de même pas comme on le dit sur Twitter d’une «simple histoire de braguette», mais d’un crime qui peut, aussi, ravager la vie de la femme agressée.

Le petit monde politico-médiatique parisien pourrait s’interroger sur sa fâcheuse tendance à minimiser, ou à tolérer, les comportements limite (fric ou sexe ou les deux) de ses élites. Depuis des années, le personnel politique et nombre de journalistes étaient parfaitement au courant des «petites faiblesses» de DSK. Les dirigeants du PS aussi, quoi qu’ils en disent. Mais au nom du respect de la vie privé, on a laissé faire, comme autant de péchés véniels. Et au bout du compte, on a pris consciemment le risque d’une catastrophe. Elle vient de se produire avec l’explosion en plein vol d’un des prétendants à la fonction suprême que personne, semble-t-il n’a eu le courage de protéger de lui-même. Il ne faudra pas s’étonner si sa chute sidérante fracasse avec elle un peu plus la confiance des forces vives du pays envers un personnel politique en retard sur le peuple.

Affaire DSK : « Accablant et douloureux », estime Christine Lagarde

La ministre française des Finances Christine Lagarde a refusé, lundi, de commenter les spéculations qui la donnent comme possible remplaçante au FMI de Dominique Strauss-Kahn, incarcéré pour tentative de viol aux États-Unis, jugeant la situation « accablante et douloureuse ». Pour le reste, « il y a une procédure judiciaire qui est en cours selon les règles du droit et de la procédure américaine », et « il ne m’appartient pas de commenter », a-t-elle ajouté.
Le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, s’est déjà dit auparavant « bouleversé » après l’incarcération de Dominique Strauss-Kahn, jugeant « indécent » d’engager déjà le débat sur sa succession, comme l’ont fait certains pays comme l’Allemagne. « Je suis très triste et bouleversé », avait-il indiqué, disant n’avoir « pas aimé les images que j’ai vues à la télévision ce matin », une allusion aux images de Dominique Strauss-Kahn apparu menotté par la police de New York.

lundi 16 mai 2011

Les mensonges vont tuer l’euro

En se réunissant secrètement pour parler de la crise grecque, le 6 mai, certains ministres des Finances de l’Union européenne ont donné le coup de grâce à la confiance que les citoyens avaient placée dans leurs gouvernements. Ce n’est pas comme cela que nous sauverons l’euro, prévient la Süddeutsche Zeitung. 
Rarement les responsables politiques européens se seront comportés de manière aussi peu responsable que vendredi 6 mai. À Berlin, Bruxelles, Rome, Paris et Luxembourg, on s’est tu, on a trompé le monde, quand on n’a pas ouvertement menti. Et tout cela, dans le seul but de garder secrète une réunion de quelques ministres des finances, pendant laquelle – comme on l’apprendra par la suite – on n’aura pris aucune décision et l’on n’aura fait qu’échanger quelques vues sur la situation de la Grèce, qui n’en finit plus de s’enfoncer dans la crise.
En l’espace de quelques heures, les gouvernements des pays de la zone euro sont parvenus à ruiner le peu de confiance que les citoyens plaçaient encore dans leurs plans de sauvetage. Qui croira désormais les déclarations selon lesquelles les Grecs n’ont aucune envie de sortir de l’union monétaire, quand on sait que c’est le président de l’Eurogroupe, le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui était à la tête de cette duperie ? Il commence par nier par écrit que les ministres des finances se sont réunis à Luxembourg. Puis il proclame publiquement sa confiance envers la Grèce. Et enfin, l’on apprend qu’il a invité personnellement les ministres en question.
Tout citoyen qui s’intéresse un tant soit peu à l’Union se demandera désormais, avec étonnement ou agacement, quel est le degré de gravité réel de la crise grecque. Le pays est-il à deux doigts de la faillite en dépit de toutes les aides et des discours discordants ? Cela voudrait dire qu’une autre promesse des gouvernants a fait long feu : celle qui voulait que les Hellènes remboursent l’intégralité des crédits qui leur ont été accordés, intérêts compris. Or, s’ils ne paient pas, c’est le contribuable [européen] qui couvrira les dégâts.

On a menti à dessein au grand public

Ce n’est pas la première fois que les citoyens se sentent floués. Déjà, voilà un an, alors que la crise de la dette se faisait de plus en plus menaçante en Grèce et que tout portait à croire qu’Athènes avait besoin de l’aide étrangère, les responsables politiques de Berlin, Bruxelles, et d’autres capitales minimisaient la gravité de la situation. In extremis, ils ont garanti une enveloppe de 110 milliards d’euro de crédits.
Le sauvetage de l’Irlande a suivi le même type de scénario. Pour commencer, les grands pays de la zone euro n’ont pas voulu admettre que le gouvernement de Dublin n’était plus capable de gérer seul la situation. Et puis, tout à coup, on a entrepris de négocier un plan de sauvetage. Enfin, cela a été le tour du Portugal. Le pays se serre la ceinture, le pays réforme, la situation est tendue, certes, mais non désespérée, nous a-t-on servi une fois de plus. Et puis l’on a appris que Lisbonne n’était même pas en mesure de payer les salaires de ses fonctionnaires – et le pays s’est abrité derrière l’aide internationale.

Un mensonge sans explication ni excuses

Pour être honnêtes, reconnaissons que les pays de la zone euro, la Banque centrale européenne et la Commission ont été – au début de la crise tout au moins – dépassés par les événements, et ont peut-être longtemps cru, en effet, que ces pays s’en sortiraient sans aide extérieure. Mais, depuis le 6 mai, les choses ont changé. Ce vendredi là, on a menti à dessein au grand public. On en a la preuve, pour la première fois. Et deux jours plus tard, toujours ni explication, ni excuses pour ce mensonge. Les responsables politiques concernés gardent le silence.
S’ils sortent indemnes de cette affaire, l’union économique et monétaire en sortira en revanche affaiblie. Car cette tromperie apporte de l’eau au moulin de tous ceux qui aimeraient se débarrasser de l’euro. Et enflamme l’imagination des contribuables qui doutent de revoir un jour la couleur de l’argent qu’ils ont prêtés.
La scène politique peut peut-être ignorer encore les états d’âmes des citoyens, mais les responsables ne pourront pas échapper à la loi des marchés. Pendant la grossière erreur de communication du 6 mai, l’euro perdait encore  jusqu’à deux centimes sur le dollar, et les investisseurs se réfugiaient sur les valeurs américaines. Une chose est sûre : pour faire revenir la confiance, la duperie délibérée du 6 mai doit avoir des conséquences.


Vu d'Athènes

Gardons notre sang froid

À Athènes, les signes d’une nouvelle période de turbulences financières étaient évidents depuis quelques temps . "On pouvait le lire dans la presse internationale et on le comprenait en suivant la pression constante des marchés : le problème grec serait revenu sur le devant de la scène et il aurait demandé des décisions politiques et économiques radicales, bien plus fortes que celles adoptées il y a un an, avec le plan de rigueur", écrit ainsi Antonis Karakousis dans le quotidien To Vima.
Gardons notre sang froid"Rien que la publication, le 6 mai après-midi sur le site du magazine allemand Der Spiegel, d'un article expliquant que la Grèce allait demander sa sortie de la zone euro, a suffi à placer le pays en état d'urgence. Tout montre que nous avons atteint un point de non retour et que la suite des évènements dépendra de la capacité du gouvernement, de la classe politique en général et de la société, à se tenir prêts a affronter la situation. L'attaque du magazine allemand et ses allégations révèlent les intentions de certains Etats membres en ces heures cruciales. Les deux prochains mois seront sans doute marqués par la pression. Il faudra faire preuve de calme, de force et de sérénité".

La justice ordonne l'incarcération de DSK

La justice américaine a ordonné, lundi 16 mai, l'incarcération de Dominique Strauss-Kahn et a refusé de le libérer contre la caution d'un million de dollars proposée par ses avocats. Le patron du Fonds monétaire international (FMI) comparaissait, deux jours après son arrestation, devant le tribunal pénal de New York pour son implication dans une affaire de crime sexuel contre une femme de chambre dans un hôtel de Manhattan.

La juge Melissa Jackson a décidé de suivre les réquisitions du procureur, qui craignait une fuite du directeur du FMI en cas de libération conditionnelle.
De son côté, le parquet a fait valoir que les rapports préliminaires des experts corroborent les accusations de la plaignante et que si l'accusé retournait en France, il ne serait pas possible de le faire revenir aux Etats-Unis. Il a aussi indiqué qu'une enquête était ouverte sur une autre affaire sexuelle dans laquelle Dominique Strauss-Kah aurait pu être impliqué.
"LA BATAILLE NE FAIT QUE COMMENCER"

Pendant l'audience, la défense du patron du FMI a tenté de démontrer que son client n'avait pas cherché à fuir la justice en se rendant à l'aéroport JFK de New York, samedi : "J'ai un fichier électronique qui montre que son itinéraire était prévu depuis quelques jours", a annoncé son avocat à la barre. "Sa présence dans cet avion est cohérente. Ce n'est pas un homme qui fuit (...), c'est un homme qui avait prévu des rendez-vous à l'avance", a-t-il ajouté.
A la sortie du tribunal, l'un des avocats de Dominique Strauss-Kahn, Benjamin Brafman, s'est dit "déçu par la décision du tribunal" de ne pas accorder la liberté sous caution à son client, mais a déclaré aux journalistes que "la bataille ne [faisait] que commencer". "L'intention de M. Strauss-Kahn est d'essayer de rétablir son nom et sa réputation" a-t-il conclu.
La prochaine comparution devant la justice de DSK a été fixée au vendredi 20 mai, a indiqué la juge new-yorkaise qui a prononcé son incarcération.

Sans “DSK”, Athènes se sent encore plus seule

Au moment où la Grèce s’apprête à négocier un nouveau prêt afin de sortir de la crise, le départ de Dominique Strauss-Kahn du FMI suscite l’inquiétude car, écrit Eleftherotypia, il était parmi ceux qui avaient le mieux compris le problème grec. 

L’un des enjeux majeurs de ce qui s’est passé à New York, c’est l’effet sur la zone euro et surtout, sur le problème grec. Les experts s’attendent en effet à ce que celui-ci se complique et "DSK" [Dominique Strauss-Kahn] était un des dirigeants internationaux qui, en dehors de l’Europe, connaissait le mieux les enjeux et les problèmes européens et en particulier le cas grec.
Il a été le premier a avoir accepté, dès l’année dernière, la demande grecque d’aide financière, avant que les européens ne s’y résolvent, après maintes négociations avec l’Allemagne. Il avait tendance à mieux comprendre le problème de la Grèce (et des pays du Sud en général), contrairement à de nombreux pays européens du Nord.
Dimanche 15 mai, il devait rencontrer la chancelière Angela Merkel, et lui aurait demandé, comme le confirment plusieurs sources, de donner plus de temps à la Grèce pour rembourser sa dette. Il était le premier à avoir soutenu le prolongement du remboursement de la dette grecque. Cette rencontre n’aura jamais lieu. Il devait assister au conseil des ministres européens des Finances de l’eurozone le lendemain, dans le but de trouver des solutions en vue du sommet des Vingt-Sept de juin et de prendre de graves décision. Il ne sera pas au conseil.
Le fait que "DSK" soit européen et qu’il allait probablement être candidat à l’élection présidentielle française l’a forcé à montrer plus d’intérêt à l’Europe et aux pays faibles, plus que celui dont aurait fait preuve un asiatique.
Cette tragédie soudaine a ses conséquences en Grèce, puisqu’il y a encore beaucoup de choses en suspens : les négociations avec la troïka [les experts de la Commission européenne, de la BCE et du FMI]  pour le versement de la cinquième tranche du prêt de 110 milliards d’euros continuent. Les discussions aussi pour l’octroi d’un nouveau prêt à la Grèce viennent à peine de commencer. Et elles vont débuter sans la présence d’un joueur fondamental, tel que l’était "DSK". Le temps nous dira si ce qui s’est passé à l’hôtel Sofitel de New York sera décisif pour la suite du "match".

Vu de Lisbonne

Le Portugal redoute une austérité plus sévère

Le Portugal redoute une austérité plus sévère
"Le Portugal et la Grèce vont perdre la vision flexible qui était aujourd'hui celle du FMI", écrit le quotidien lisboète Público qui craint le départ très probable du directeur général du FMI Dominique Strauss-kahn suite aux accusations de tentative de viol portées à son encontre. Si son absence à la réunion des ministres européens des Finances, le 16 mai, n'affectera pas directement le programme d'aide au Portugal, Público estime toutefois que le FMI pourrait désormais avoir des exigences plus dures en matières d'austérité budgétaire. Par ailleurs, poursuit le quotidien, il est peu probable que le prochain chef du FMI soit un Européen. Ce qui veut dire qu'il n'aura "ni l'implication ni la vision de l'actuel [directeur] pour résoudre les problèmes européens", déplore un diplomate européen interwievé par le journal.  Pour Público, "la chute abrupte de DSK, l'un des hommes les plus puissants du monde laisse un vide inquiétant". Il était un allié très actif de l'Europe, conclut le quotidien, de même que le défenseur acharné des économies les plus fragiles, celui qui arrivait à persuader les capitales les plus réticentes de continuer à alimenter les plans de sauvetages.


Exit le mécano de la crise

L’arrestation du patron du FMI prive les Européens d'un allié précieux sur la scène internationale. Dominique Strauss-Kahn avait en effet su mâtiner de social les interventions du Fonds auprès des Etats frappés par la crise et faire peser l'Europe auprès d'une institution souvent perçue comme le fer de lance du néo-libéralisme. 
Un vide immense s’ouvre au  sommet du Fond monétaire international (FMI), à un moment crucial pour le sauvetage de la Grèce et pour la stabilité de la zone euro. Un acteur-clé pour les opérations d’"intervention d’urgence" sur les crises des Etats souverains qui menacent l’économie globale, est détruit par le scandale. Le rôle du FMI a en effet été considérablement renforcé grâce à Dominique Strauss-Kahn, dit "DSK".
A présent, le FMI doit faire face à une urgence interne inédite. L’issue finale pourrait être l’arrivée d’un Chinois ou d’un Brésilien, affirmant ainsi l’hégémonie des pays émergeants et la fin du "droit européen" à nommer le dirigeant du FMI. Ce serait un prix très cher payé par l’Union européenne tout entière pour la chute honteuse d’une de ses leaders les plus prometteurs.

L'homme de la providence

Le choc est considérable : annulation du sommet du 15 mai entre "DSK" et [la chancelière allemande] Angela Merkel qui devait dénouer les dangereux désaccords à propos de la crise grecque ;  convocation en urgence de l’équipe dirigeante du FMI à Washington; nomination du numéro deux, l’américain John Lipsky à la direction par intérim.
Le lundi16 mai, la délégation du FMI s’est présentée décapitée à la réunion de l’eurogroupe, qui devait décider de thérapies urgentes concernant la Grèce et donner son premier accord de principe pour la nomination de Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne (BCE). En Allemagne, le ministre des Finances Wolfgang Schäuble a dû intervenir pour rassurer les marchés avant l’ouverture, en déclarant que "la solution du problème grec n’est pas bloquée, l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn ne pèsera pas sur les négociations". 
C’est vite dit. Le caractère gravissime de cette perte pour l’économie globale affleure sous les réactions les plus extrêmes de la part des Français. La recherche de manipulateurs occultes donne la mesure de ce personnage extraordinaire qu’était devenu "DSK", dans sa vie professionnelle, bien sûr. En 2007, il hérite de la direction du FMI, qui semble alors en voie d’extinction. Dans les six premiers mois, alors que les marchés ignorent encore la bulle des subprime, la Turquie rembourse "le dernier prêt" consenti par le FMI, qui se retrouve alors au chômage. Tout va trop bien. Aucun pays n’a plus besoin d’aide.
Puis, en quelques mois, c’est l’apocalypse : le monde est précipité dans une crise financière sans précédents depuis la Grande dépression. "DSK" devient l’homme de la providence. Il dirige énergiquement le FMI, qui redécouvre sa vocation d’intervention. Il se précipite pour endiguer une crise après l’autre : au Pakistan, en Ukraine, en Islande. Il est indispensable d’éteindre les incendies à la périphérie de l’UE, en passant outre les jalousies de Bruxelles et de quelques Etats membres. L’Irlande, le Portugal, la Grèce deviennent les étapes régulières des tournées internationales de "DSK".
Il impose un tournant à la pensée unique néolibérale en réclamant des contrôles sur les mouvements des capitaux et de nouvelles règles pour le système bancaire. Il dénonce les inégalités sociales et choisit un Chinois comme numéro deux. Sous les coups de la crise, même les Etats-Unis vont apprendre à apprécier la présence d’un socialiste français à la tête du FMI, avec une vision des réformes nécessaires pour soigner les excès du tout-marché.
A plus forte raison, les Européens l’encensent. Pendant 18 mois les rapports personnels qu’il a de longue date avec le président français Nicolas Sarkozy, le patron de la BCE Jean-Claude Trichet et le Premier ministre grec Georges Papandréou, la crédibilité qu’il obtient auprès d’Angela Merkel et du président américain Barack Obama, sont des armes précieuses pour apaiser les tensions quant aux remèdes contre la désagrégation de la zone euro.

La maudite affaire du Sofitel

Sans la maudite affaire du Sofitel de Manhattan, "DSK" était attendu ce 16 mai à Bruxelles pour jouer les médiateurs entre l’Allemagne, la BCE et la Commission européenne, pour décider d’une nouvelle aide de 60 milliards d’euros à la Grèce et conjurer une restructuration de sa dette publique. Les marchés sont à nouveaux aux abois : après le risque de banqueroute de la Grèce, on redoute celle du Portugal, de l’Irlande, et de combien d’autres encore. 
C’est un scénario connu, mais pendant un an et demi, le pire a été évité. On a gagné du temps, même "DSK" mettait en garde contre un danger plus grand encore : le thérapies de choc  exigées des gouvernements des "PIGS" (Portugal, Irlande, Grèce, Espagne) les précipitent vers la récession, comme la Grèce, qui est en train de perdre quatre points de PIB. 
On ne réduit pas les dettes publiques sur les ruines d’une calamité sociale. "DSK" travaillait à une solution socialement viable. Les Américains le qualifiaient avec admiration de vrai "micro-manager" pour saluer le soin qu’il portait à l’étude de chaque détail des dossiers de crise. "Micro-manager" exemplaire, de tout, sauf de lui-même.