mercredi 18 mai 2011
Affaire DSK : la presse anglo-saxonne s'attaque à la culture française du secret
Le visage défait du directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn"fascinée par ses séducteurs politiques", et de ses lois défendant la vie privée s'affiche encore à la une des journaux du monde entier. Particulièrement sévère, la presse anglo-saxonne met en lumière la responsabilité de la France dans ce scandale,
Pour le journal britannique de centre gauche The Guardian, cette nouvelle affaire de mœurs soulève "la question gênante dans les médias français et la politique de deux monde parallèles : ce qui est imprimé, et ce qu'il y a derrière ; les commérages, et ce qui doit rester officiellement les non-dits."
CARICATURE DU "SOCIALISTE CHAMPAGNE"
Décrit par The Guardian comme "courtois, bronzé en permanence et jamais à court d'argent" Dominique Strauss-Kahn est perçu par la presse britannique comme la caricature du "socialiste champagne". Le quotidien rappelle aussi "que toute la classe politique et les médias savaient que sa relation aux femmes était le talon d'achille de Strauss-Kahn". Mais le silence "complice" sur cet aspect de la vie privé du socialiste prouve qu'en France, "une réputation d'homme à femmes ne constitue pas un obstacle pour réussir en politique, en fait c'est tout le contraire."
Plus incisif, le tabloïd conservateur Daily Mail titre quant à lui : "Un satyre sexuel, une conspiration du silence, voila pourquoi on ne doit JAMAIS avoir de lois sur la vie privée comme en France". Dans cet article, le journaliste s'emporte contre cette "loi du silence", et affirme que "si M. Strauss-Kahn avait été anglais ou américain, son appétit sexuel apparemment gargantuesque aurait été évoqué par la presse."
LA CULTURE DU SECRET
De la fille cachée de Mitterrand à la séparation – tenue secrète pendant la campagne de 2007 – de François Hollande et Ségolène Royal, le quotidien rappelle aussi qu'au moment de l'affaire Lewinsky, des hommes et femmes politiques français comme Christine Boutin avaient soutenu Bill Clinton, affirmant que cette affaire "prouvait qu'il était en bonne santé". Le journaliste conclut d'ailleurs qu'en France, "un homme politique qui révèle ses prouesses sexuelles prouve sa vigueur, et montre qu'il est pleinement capable de diriger le pays."
Si le Times reconnaît que "les Britanniques peuvent être trop prudes concernant le sexe", l'affaire montre, selon le journal, "que la fascination des Français pour les séducteurs politiques peut au moins être également de mauvais conseil". Pour conclure, le Times estime que ce scandale constitue "la mise en accusation d'un macho, de la culture politique française du secret qui considère que courir après les femmes fait tout simplement partie d'une longue tradition française : liberté, égalité, infidélité."
Christine Lagarde remplacera-t-elle DSK à la tête du FMI ?
UNE "CANDIDATE CRÉDIBLE" POUR UN DIPLOMATE EUROPÉEN
La ministre des finances française est "certainement une candidate crédible" pour remplacer "DSK" au poste de directeur général, mais "on attend de voir si (le président français Nicolas) Sarkozy la présente", a estimé mardi, un diplomate européen très au fait des discussions. Interrogée lundi soir à Bruxelles, la principale intéressée n'a pas voulu faire de commentaires, jugeant le débat prématuré. Selon un membre de son entourage, pour le moment, "ce n'est pas d'actualité, et l'hypothèse est jugée déplacée".
Toutefois, de manière générale, un autre proche ne cachait pas récemment l'intérêt de Christine Lagarde pour la fonction. Elle-même évoque régulièrement son attrait pour les Etats-Unis, où elle a longtemps travaillé. Elle est aussi très appréciée dans les milieux financiers. Selon une autre source, l'hypothèse de sa candidature pour la direction du FMI a d'ailleurs été testée récemment à Washington alors que le scénario d'une entrée en campagne de Dominique Strauss-Kahn pour l'élection présidentielle française de 2012, et donc son départ du FMI d'ici au mois de juillet, semblait de plus en plus probable.
La Française bénéficierait même du soutien de Berlin, affirme le quotidien Süddeutsche Zeitung en citant une source proche du gouvernement, ce qui n'empêche pas la presse allemande de citer une série d'autres prétendants potentiels. Sur les onze Européens qui ont dirigé le FMI depuis 1946, quatre étaient français, ce qui pourrait se révéler un handicap pour Christine Lagarde. Surtout, elle n'est elle-même pas à l'abri de démêlés judiciaires : un procureur français l'a récemment menacée d'une enquête sur un dossier lié à l'ex-homme d'affaires Bernard Tapie.
LES PAYS ÉMERGENTS RISQUENT DE FAIRE PRESSION
La presse allemande envisage d'autres prétendants, dont l'ancien président de la Bundesbank Axel Weber, ou le Suisse Josef Ackermann, à la tête de Deutsche Bank. Enfin, les pays émergents risquent de faire pression pour prendre à leur tour la direction du Fonds. Selon des diplomates, l'ancien ministre des finances turc Kemal Dervis pourrait alors être un candidat de compromis.
Les Européens ne semblent toutefois pas prêts à renoncer à l'arrangement qui leur assure la direction du FMI, tandis que celle de la Banque mondiale revient aux Américains. Face à la crise de la dette qui frappe les plus fragiles d'entre eux, ils veulent en effet pouvoir compter sur l'appui du FMI, dont le rôle, et celui de Dominique Strauss-Kahn en particulier, s'est avéré crucial depuis un an et demi.
La chancelière allemande Angela Merkel a évoqué "de bonnes raisons pour dire que l'Europe a de bons candidats". "Si une succession est nécessaire, les pays de l'Union européenne devraient présenter un candidat", a également jugé le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Le maintien d'un Européen à la tête du FMI aurait la "grande préférence" des Pays-Bas, a renchéri leur ministre des finances, Jan Kees De Jager. La ministre espagnole Elena Salgado a, quant à elle, plaidé pour une femme, en relevant que "la présence des femmes est faible dans des postes à responsabilité".
"PARCOURS EXCEPTIONNEL" ET BONNE COMMUNICATION, QUALITÉS DU CANDIDAT IDÉAL
Dans une déclaration adoptée avant la désignation de Dominique Strauss-Kahn à son poste de directeur du FMI, l'institution avait dressé le portrait type du candidat idéal.
"La personne choisie pour occuper le poste de directeur général devra avoir un parcours exceptionnel dans le domaine de la politique économique à un haut niveau de responsabilité, peut-on lire dans la déclaration. Elle aura à son actif une remarquable carrière professionnelle ; aura démontré les aptitudes de gestion et de diplomatie requises pour diriger une institution d'envergure mondiale et sera ressortissante d'un des cent quatre-cinq pays (ils sont désormais cent quatre-vingt-sept) membres du FMI."
Le candidat doit également savoir faire preuve de diplomatie, en se montrant "profondément déterminé à promouvoir les objectifs du FMI en encourageant le consensus sur les grandes questions de politique générale et de nature institutionnelle". Il doit naturellement être au fait des "enjeux de politique économique auxquels sont confrontés les pays membres de l'institution dans leur diversité", mais également se montrer "capable de communiquer efficacement".
L’Irlande vers le naufrage
Il y a une chose que vous devez comprendre à propos du renflouement irlandais. Il n’avait pas pour but de redresser suffisamment les finances du pays pour que le gouvernement puisse recommencer à emprunter sur les marchés obligataires à des taux raisonnables. Pour la plupart des gens, c’est ça, théoriquement, un renflouement.
Au lieu de cela, le renflouement irlandais n’avait qu’un seul objectif, c’était de faire peur aux Espagnols pour qu’ils rentrent dans le rang, en démontrant de façon frappante que les sauvetages de l’UE ne sont pas pour les timorés. Et jusqu’à preuve du contraire, le plan de la BCE a fonctionné. Ayant le choix entre finir pieds et poings liés comme l’Irlande — objet de la dérision internationale, contrainte de payer des taux exorbitants sur les fonds du renflouement tandis que ses ministres rendent des compte à un maître de conférence hongrois — et s’amender, ils ont évidemment choisi cette dernière solution.
Une dette de 120 000 euros par salarié
Mais pourquoi était-il nécessaire, ou du moins opportun, pour l’UE d’imposer un effondrement économique à l’Irlande afin d’effrayer l’Espagne ? La réponse tient à un défaut fondamental, et potentiellement mortel, dans la conception de la zone euro : elle ne dispose d’aucun moyen de faire face à de grandes banques insolvables.Du temps où l’euro était en projet, vers le milieu des années 90, il ne serait venu à l’esprit de personne que des banques prudentes et robustes comme AIB ou la Banque d’Irlande, dirigées par d’anciens rugbymen un peu lents, pourraient un jour emprunter des dizaines de milliards à l’étranger, puis tout perdre sur des prêts immobiliers louches.
Si le naufrage n’avait concerné que les banques irlandaises, il aurait été possible de concocter un vague plan de sauvetage. Or, d’aucuns soupçonnent encore les banques espagnoles — qui ont accouché d’une bulle immobilière presque aussi boursouflée que celle de l’Irlande, mais au sein de la neuvième économie de la planète — de dissimuler des pertes aussi énormes que celles qui ont fait sombrer leurs homologues celtes.
Fait unique au monde, la Banque Centrale Européenne ne s’appuie sur aucun gouvernement capable de lever des impôts. Pour sauver un système bancaire aussi étendu que celui de l’Espagne, il faudrait que des pays d’Europe engagent des ressources massives dans un Fonds Monétaire Européen : une idée si complexe sur le plan politique, et si coûteuse sur le plan financier qu’elle ne sera envisagée qu’en dernier recours, pour éviter l’effondrement de la zone euro. Pour la BCE, il est plus simple aujourd’hui de croiser les doigts en espérant que l’Espagne s’en tirera toute seule, aiguillonnée par l’Irlande, dont on a fait un exemple.
L’insolvabilité irlandaise est désormais moins une question d’économie que d’arithmétique. Si tout se passe comme prévu, ce qui est d’ailleurs toujours le cas, la dette publique irlandaise atteindra les 250 milliards d’euros, mais ces différences sont sans importance. D’une façon ou d’une autre, on parle d’une dette publique supérieure à 120 000 euros par salarié, soit 60 % plus élevée que le PIB.
D’après les règles empiriques des économistes, quand la dette publique dépasse le revenu national, une petite économie est menacée de défaut de paiement (les grandes économies, comme le Japon, peuvent aller beaucoup plus loin). L’Irlande est tellement dans le rouge que des modifications de détail dans les termes du renflouement ne feront aucune différence : nous allons boire la tasse.
Satisfaite, la BCE a prêté à l’Irlande l’argent nécessaire au remboursement des banques qui avaient prêté à l’Anglo et à la Nationwide. Elle se retrouve maintenant dans une situation où, par conséquent, les banques qui ont prêté au gouvernement irlandais risquent de perdre l’essentiel de leur argent. Autrement dit, la crise bancaire irlandaise s’inscrit dorénavant dans une crise de la dette souveraine européenne plus générale.
L'Irlande ou la version européenne de Porto Rico
Face à la paralysie politique dans l’UE, et avec une Banque Centrale Européenne qui estime avoir avant tout pour mission d’apaiser les rédactions de la presse allemande à scandales, il est plus que probable que du fait de la crise de la dette européenne, d’ici un ou deux ans, le temps que les banques françaises et allemandes reconstituent leurs réserves amoindries, les économies insolvables soient contraintes à la faillite sous une forme ou sous une autre.Ne nous y trompons pas : si, dans des pays comme la Grèce ou l’Argentine, il est presque normal que le gouvernement soit en défaut de paiement, pour un pays comme l’Irlande, qui tirait parti de sa réputation de havre de sécurité financier, une faillite serait une catastrophe. Les faillites souveraines durent des années, les créanciers s’abstenant jusqu’à ce qu’ils soient sûrs d’obtenir de meilleures conditions, ou revendant leurs créances à ce que l’on appelle des fonds vautours, qui s’engagent dans des procédures interminables à l’étranger pour faire saisir des actifs nationaux comme les avions. Ces fonds d’investissement spécialisés n’ont qu’un but, extorquer de l’argent contre la promesse de ne plus nuire aux Etats concernés.
Pire encore, une faillite ne permettra en rien de redresser les finances de l’Irlande. Compte tenu des autres engagements de l’Etat irlandais (vis-à-vis des banques, de la National Asset Management Agency [NAMA structure publique de défaisance de l'Etat irlandais, chargée de racheter les actifs toxiques des banques], de l’UE, de la BCE et du FMI), pour qu’une faillite ramène la dette publique à un niveau gérable, il faudra plus ou moins éliminer les titulaires d’obligations régulières. Malheureusement, les obligations en question sont pour la plupart entre les mains de banques et d’assureurs irlandais.
En d’autres termes, nous nous sommes embarqués dans un jeu futile de passe à dix : l’insolvabilité a d’abord été transmise des banques à l’Etat irlandais, puis de nouveau de l’Etat aux banques et aux compagnies d’assurance. Il est probable que l’Irlande finira comme une sorte de protectorat de l’UE, version européenne de Porto Rico.
Et si nous ne voulions pas nous laisser entrainer sur la pente actuelle et dégringoler vers une faillite commanditée par la BCE et une ruine nationale inexorable, pouvons-nous y faire quelque chose ? Il nous reste un moyen d’en sortir. Un moyen qui n’est pas sans douleur, mais qui nous ferait quand même moins mal que ce que l’Europe est en train de nous préparer.
Que l'Irlande refuse le plan de sauvetage, c'est une question de vie ou de mort nationale. Et cela exige deux choses du gouvernement : qu'il se désengage des établissements bancaires, et qu'il remette son budget à l'équilibre immédiatement. Les banques, d'abord. Si la BCE ne veut pas sauver les banques irlandaises, elle ne peut pas non plus les laisser aller à la faillite et provoquer une vague de panique qui s'emparerait de toute l'Europe.
S'arracher aux griffes d'institutions malfaisantes
L'Irlande a intérêt à se retirer du système bancaire en rendant aux établissements bancaires les actifs rachetés par la NAMA et en reprenant ses billets à ordre aux banques. La BCE découvrira alors cette vérité économique fondamentale qui veut que, si vous prêtez 160 milliards d'euros à des banques insolvables soutenues par un Etat insolvable, vous n'êtes plus un créancier : vous devenez le propriétaire. La Banque centrale européenne pourra à terme prendre une gomme et, là où figurait le terme "Prêt d'urgence" dans les comptes des banques irlandaises, effacer et écrire “Capitaux” à la place. Et quand elle le fera, ce sera son problème à elle, pas le nôtre.D'un seul coup, l'Etat irlandais diminuerait ainsi sa dette de moitié pour revenir à la somme plus vivable de 110 milliards d'euros. La BCE n'aura aucun moyen de sanction contre les banques irlandaises, à moins de vouloir déclencher une panique catastrophique en Espagne et dans le reste de l'Europe. Pour l'Europe, la seule réaction possible serait de couper ses financements à l'Irlande.
D'où le deuxième volet d'action pour la survie national : ramener le budget national à l'équilibre, et sans délai. Ramener les emprunts de l'Etat à zéro immédiatement n'est certes pas sans douleur, mais c'est le seul moyen de nous défaire de ces requins du crédit qui entendent nous punir pour l'exemple.
En équilibrant sans délai notre budget, nous montrons que les problèmes de l'Irlande sont dus presque exclusivement aux activités de six banques privées et, du même coup, nous nous arrachons aux griffes de ces institutions malfaisantes. Qui plus est, cette mesure envoie au reste du monde le message que l'Irlande (qui a montré il y a vingt ans comment un petit pays pouvait se sortir de la pauvreté grâce à l'énergie et travail de ses habitants, mais est tombée depuis aux mains de voleurs et de quelques politicards qui sont leurs sbires) est de retour et n'a aucune envie de plaisanter.
Evidemment, nous savons tous que rien de tout cela ne se produira. Le monde politique irlandais a trop pris l'habitude de recevoir des récompenses de Bruxelles pour se mettre à attaquer l'UE, même lorsqu'il s'agit d'une question de vie ou de mort du pays. Il est plus facile de se laisser conduire les yeux bandés, en attendant qu'on nous passe la corde au cou et qu'on ouvre sous nos pieds la trappe de la faillite.
mardi 17 mai 2011
Pour les militants PS, "une douche froide"
Après l'arrestation, samedi 14 mai à New York, de Dominique Strauss-Kahn, Le Monde.fr a proposé aux militants socialistes de faire part de leurs réactions. Pour certains, le doute l'emporte aujourd'hui sur la stupeur. D'autres estiment qu'il faut au plus vite tourner la page DSK.
- "La stupeur" puis "le doute", par Paul, militant PS depuis 1971
J'étais devant Twitter pour la première fois hier, à la recherche d'information, d'alibis potentiels comme pour essayer de raccorcher sa candidature aux branches. Une manipulation, un complot sont revenus sans cesse. Au niveau local, dans le département très à droite dans lequel nous vivons, nous avons eu fréquemment des candidats ou des militants 'tués' par des sorties d'archives ou de vieilles casseroles, ou par des rumeurs (adultère, homosexualité, fils drogué, etc...). Impossible de ne pas faire le rapprochement.Mais depuis, devant la puissance de la machine judiciaire, le fait que DSK soit traité comme un criminel et son transfert à la prison de Rikers, le doute s'insinue. Pourtant, DSK garde toute mon estime et ma confiance. Mais je sais que peu à peu, ses soutiens le quitteront. Quant au PS, avec 110 000 adhérents et plusieurs milliers d'élus, et 200 ou 300 parlementaires, il reste en parfait état de marche. Ce n'est pas parce que le général meurt que l'armée cesse d'avancer et que l'état-major se rend. 2012 peut être gagné."
- "Tournons la page au plus vite", par Madjid B.
Il faut en priorité arrêter le spectacle de pleureur-se et préparer au plus vite la prochaine séquence. Il faut également démontrer que les primaires, même sans DSK, sont un formidable outil démocratique au service des militants, de la gauche et des Français. Encore une fois, tournons la page au plus vite… même si l'encre n'est pas sèche !"
- "La douche froide", par Fanny P.
Le lendemain matin, j'ai espéré croire à un cauchemar. Je me suis donc orientée vers les chaînes info. Et non, tout est vrai. C'est une surprise. Le jour même, nous sommes plusieurs à nous contacter. On échange, on n'en revient pas, on attend les informations et désinformations en espérant toujours que demain sera meilleur. Nous échangeons avec un parlementaire, comme pour nous rassurer, proche de son réseau et qui n'y croit pas.
Et puis voilà, le lendemain matin c'est la douche froide lorsque l'on découvre ces images à la sortie du commissariat puis au tribunal. A ce moment, je me suis pris la tête dans les mains, abattue. Il faudra digérer cela et arriver à faire la part des choses. Il s'agit d'une affaire personnelle qui met en cause un individu certes illustre, mais un individu au sein d'un parti. Ce n'est pas le Parti socialiste qui est concerné par cette affaire de mœurs, c'est un homme.
Demain, il y aura d'autres candidats, un même projet. Une chose est certaine : le calendrier choisi est finalement un atout aujourd'hui. Je veux croire en la responsabilité de chacun et en la mise en valeur d'un leader légitime. Le chef du parti doit prendre ses responsabilités."
- "Le troisième échec de ma vie militante", par Laurent B., militant socialiste
Ce n'est seulement qu'à mon réveil que j'ai réalisé l'ampleur de la nouvelle. Mon réseau politique, endeuillé, ne voulait pas y croire et espérait de tout cœur se réveiller d'une minute à l'autre. Pour ma part, jeune engagé sortant à peine de la vie étudiante, cette nouvelle m'a fait le même effet que l'échec en 2007 ou bien le raz-de-marée de 2002. Il s'agit de la troisième défaite de ma vie militante.
Prostré pendant quarante-huit heures, ressassant l'ensemble des éléments dans mon esprit morose, assistant tristement au déchaînement de violence médiatique, je n'espérais qu'une seule chose : que la vérité soit faite sur cette affaire.
Hier soir, finalement, nous avons eu une réunion de courant. Je misais tout sur son effet cathartique. En effet, il fallait que j'en parle avec des gens informés et engagés. Les dernières discussions n'étant pas à la hauteur de mes espérances. Le constat fait, nous nous sommes laissés un délai pour entrevoir la suite des événements et pour décider quelle direction notre courant politique allait prendre après que sa tête fut coupée."
- "Dominique, c'est le début de ma vie politique", par Lori H.
De longs mois d'attente et de préparation, avant même mon entrée au PS, paraissent dès lors anéantis, et je pense qu'à 19 ans, j'ai pris ma plus belle claque politique, que je ne souhaite à personne d'autre. Hormis le côté politique de l'évènement, je suis outré et stupéfait quant à l'humiliation publique qui lui est faite, cette manière de le jeter dans la fosse au lion, comme s'il était l'ennemi public numéro un et d'ores et déjà coupable. La violence de certains propos n'altère en aucun cas ma motivation pour préparer l'alternance, même si on peut facilement succomber à l'indifférence politique. Ce sont les personnes qui n'ont pas réussi à faire tomber DSK avec des arguments politiques qui s'acharnent d'une façon abominable sur sa personne, avant même qu'il soit jugé. S'il est coupable, justice sera faite. S'il est innocent, certains devront rendre des comptes. La social-démocratie a peut-être perdu un général, mais elle n'a pas perdu la guerre."
- "La malédiction de la deuxième gauche", par Xavier G.
Je commence à penser qu'il y a une malédiction présidentielle qui s'est abattue sur la deuxième gauche. Mendès-France ne voulait pas reconnaître la légitimité du présidentialisme gaulliste en se portant candidat, Rocard a été crucifié par Mitterrand, Delors n'a pas voulu y aller alors qu'il avait course gagnée. Et au moment où on pensait qu'un véritable social-démocrate pouvait enfin accéder à l'Elysée, il sort cette histoire surréaliste.
Sur le fond de l'affaire, je ne sais pas quoi penser. Les faits tels qu'ils sont décrits par l'accusation paraissent incroyables et malgré tout, c'est tout à l'honneur d'une démocratie de donner du crédit aux accusations d'une femme de chambre contre l'un des hommes les plus puissants de la planète. Mais j'ai trouvé indigne de jeter en patûre délibérément aux médias les images de DSK menotté. Il y avait un côté lynchage vraiment abject. S'il est coupable, il mérite d'aller en prison et d'indemniser grassement la victime, pas d'être humilié de la sorte aux yeux du monde et de sa famille. Et s'il est innocenté, ces images le poursuivront à vie."
- "Il faut surmonter cette phase de deuil et regrouper le parti !", par Fabien
Entendons-nous, je n'ai jamais été 'strauss-kahnien' et si je considérais aisément qu'il était le meilleur 'présidentiable' socialiste, j'étais convaincu qu'il n'était pas, et de loin, le meilleur 'candidat', tant son manque d'envie était criant, et ses casseroles nombreuses et connues. Dans une ultime et tragique déflagration, DSK a mis fin à sa carrière politique et a dit 'merde' à tous ses partisans, qui avaient déjà élaboré, sur l'autel de sa popularité, le futur gouvernement socialiste et la répartition des plus hautes fonctions de l'État ! La 'strauss-kahnie' constitue presque, depuis 2006, un parti autonome au sein du PS et il est aujourd'hui positif de considérer que cette situation va se résorber !
S'il a été bouleversant pour l'ensemble des socialistes d'assister, avec des images aussi terribles, à la déchéance de l'un des nôtres, il faut surmonter rapidement cette phase de deuil et regrouper le parti !
Je pense que cet événement est un mal pour un bien, assez traumatisant pour que les campagnes des primaires et présidentielles ne descendent pas sous la ceinture et pour que l'unité de la gauche prévale !"
- "L'effroi puis le soulagement", par Evelyne
Surtout, comme on le voit à peine quarante-huit heures après l'affaire, d'autres histoires font déjà surface : la campagne présidentielle est un combat rude et ces choses compromettantes auraient, de toute façon, vu le jour. Dès lors, on peut se dire que ce 'coup de tonnerre' intervient au bon moment, alors que le parti a décidé de maintenir la primaire. La vraie catastrophe aurait été que tout cela arrive après la désignation de DSK (qui, jusqu'à maintenant, me paraissait inévitable). A cinq mois de la primaire, et bien que ce soit un coup dur, il reste du temps aux autres candidatures (notamment celles de François Hollande et de Ségolène Royal, qui se sont déjà déclarés depuis longtemps et ne donneront pas l'impression de 'profiter' de la disqualification du favori) de mûrir, en espérant que l'affaire DSK se résolve rapidement pour éviter que son ombre ne plane sur l'ensemble des débats."
- "Je suis fidèle à cet homme depuis tant d'années que je ne peux y croire", par Damien
10 h 20, je me reveille de nouveau, la fatigue s'est dissipée et un étrange sentiment m'habite. DSK, pourquoi je pense à lui à mon réveil ? Oui, je suis strauss-kahnien depuis six ou sept. Oui, je suis sûr qu'avec lui, le PS peut enfin remporter et va remporter les élections de 2012 et qu'enfin, les idées auxquelles j'adhère gouverneront mon pays. Oui, mais pourquoi je pense à lui, dès mon réveil ? L'article que j'ai lu entre conscience et inconscience ressurgit. La réalité, la fiction, je ne sais plus.
J'allume la radio et j'entends immédiatement parler de l'affaire DSK. J'ai beau me pincer, je ne rêve pas. Et depuis deux jours, j'espere toujours me réveiller. Je cherche toutes les incohérences de l'accusation, j'attends la version de DSK. Je ne peux y croire, je suis fidèle à cet homme depuis tant d'années que je ne peux y croire. Et j'espère que les experts, que le jury et que la justice américaine me réveilleront de mon cauchemar."
- "Les militants sont moins unanimes que la tête du PS", par H.C.
Les autres, à l'inverse, ont souvent été heureux de la nouvelle. Ceux qui ne voyaient pas en Strauss-Kahn une chance pour le PS et pour 2012 pensent maintenant que la présidentielle est acquise.
La fracture entre strauss-kahniens et les autres cristallise maintenant le débat sur la décence, la curée, la présomption d'innocence, etc. Les militants sont moins unanimes que la tête du PS. Certains appellent à soutenir en masse DSK et alimentent les théories du complot. Les autres ne trouvent pas normal qu'on réclame pour lui 'une justice à deux vitesses' et qu'on n'adresse pas un mot de soutien à la présumée victime.
Aucun militant n'est en revanche pessimiste sur 2012. Beaucoup remettent en cause le concept 'd'homme providentiel' et se rabattent sur le projet ainsi que sur Martine Aubry ou François Hollande. Certains espèrent maintenant des alliances hétéroclites ou des candidatures nouvelles : Aubry-Royal, ou la candidature de Delanoë."
- "Scandalisé par la manière d'agir de la police new-yorkaise", par Jean-Claude R., ancien militant
Dans cette affaire, ce sont, d'une part le FMI et d'autre part la France qui sont visés. Par ailleurs, humainement, je suis scandalisé par la manière d'agir de la police new-yorkaise mais que peut-on attendre d'un pays qui détient encore dans les prisons de ses Etats 3 500 condamnés à mort ?"
- "Les dirigeants du PS doivent rester unis", par Gérard R., militant socialiste
Les hauts responsables du Parti socialiste doivent rester, malgré le trouble créé, unis. Dans la mesure où DSK n'avait pas encore fait acte de candidature, nous devons poursuivre le chemin qui est celui d'un parti responsable et ambitieux. Présentons un programme, améliorons sa compréhension. Soyons simplement francs avec nous-mêmes et les électeurs. Il y a aujourd'hui plusieurs prétendants à la candidature. Prenons le temps qui nous est offert pour apprendre à les connaître mieux, exprimons notre choix et gagnons les élections avec celle ou celui qui sera reconnu(e) comme la-(e) mieux à même de prendre la direction de notre pays."
Non, M. Strauss-Kahn n'est pas le sauveur de la Grèce
La tragédie où nous plonge le mauvais thriller new-yorkais de Dominique Strauss-Kahn dépasse la personne, la perversité diabolique des intérêts conjugués ou l'irrationalité des comportements humains, et évidemment le respect de la présomption d'innocence. Les collisions de l'actualité - inculpation du directeur général du Fonds monétaire international (FMI), restructuration de la dette grecque, perspectives de l'élection présidentielle française - posent la question de la cohérence de la politique financière mondiale et de ses incidences sur l'avenir des nations. La Grèce en est un exemple caricatural.
Le premier ministre socialiste grec, Georges Papandréou, poursuit le chemin de croix imposé par les instances mondiales, FMI en tête, pour tenter de redresser les finances publiques de son pays. Il y a du paradoxal chez cet homme de gauche à s'atteler à la correction d'errements politiques, pratiqués depuis des décennies, par des moyens qui relèvent en général des gouvernements les plus conservateurs : baisse de salaires, recul de l'âge de départ à la retraite, gel des pensions, augmentation de la TVA, allongement de la durée du travail, et surtout arrêt du recrutement de fonctionnaires et fermeture de services publics.
La liste est longue de mesures impopulaires, qui auraient en d'autres temps entraîné des manifestations énormes, des surenchères de syndicats surchauffés et des provocations d'extrémistes incontrôlables. Mais elles paraissent tomber sur un peuple frappé de stupeur et d'atonie devant la crise, peut-être convaincu de la justesse de la ligne de son leader, quand il déclare que c'est le pays qu'il faut restructurer et pas la dette.
Le risque, c'est que, à ce régime, le malade ne meure avant même d'avoir été guéri. Que les dirigeants grecs successifs et les élus, de droite comme de gauche, aient multiplié les prébendes inutiles dans les bureaux d'une fonction publique pléthorique, est indéniable. Elles ne compensent pas pour autant le manque criant de personnels qualifiés dans les services sociaux, médicaux, scolaires ou de la protection civile et dans la maintenance élémentaire de la sécurité dans les espaces publics. On n'est pas sûr d'ailleurs que la réduction drastique des ressources budgétaires tarisse des pratiques perverses aussi vieilles que la renaissance de l'Etat néohellénique.
Faire rentrer les impôts, c'est bien. Encore faudrait-il que l'argent tourne, et que les magasins ne ferment pas les uns après les autres dans les rues les plus commerçantes des villes grecques. C'est vouloir ignorer que la consommation des ménages fut le moteur de la croissance bien réelle du pays pendant des lustres. Et que dire de ces libéraux convaincus, qui admettent en privé qu'ils verraient bien un gouvernement autoritaire remettre de l'ordre dans le pays et dans l'immigration clandestine. L'erreur stratégique du FMI et de ses dirigeants est en l'occurrence de n'avoir pas compris qu'il ne fallait pas affaiblir l'Etat, mais le fonder, pas assécher l'innovation sociale, mais la réorienter.
Redistribution plus équitable
Le FMI et son directeur général répétaient à l'envi que la réduction du déficit public est une nécessité première des Grecs, comme demain de nos concitoyens. Or, loin de désendetter les générations futures, elle plombe leur avenir, si elle consistait à réduire les dépenses d'éducation, de santé, et les chances d'emploi dans l'économie réelle. Si le destin d'un homme peut convaincre que l'impasse dans laquelle s'enfonce la nation grecque dépasse le sort de ce pays, qu'elle témoigne d'un échec plus profond de la gauche européenne à proposer un modèle alternatif de croissance et de redistribution plus équitable du profit matériel et culturel, alors, le drame du héros n'aura pas été vain.
Puisque les socialistes veulent en 2012, non seulement gagner la présidentielle en France, mais "changer de civilisation", il est encore temps de ne pas confondre rigueur nécessaire et rigorisme financier ordinaire, rationalité économique supposée et logique de fonctionnement des sociétés.
Il est aussi l'auteur du "Miracle athénien au XXe siècle" (CNRS Editions, 2002)
Crise de la zone euro: L'affaire DSK éclipse la situation de la Grèce
EUROPE - Les ministres des Finances se sont réunis lundi sans le directeur du FMI...
Les ministres des Finances de la zone euro se sont réunis à lundi soir. Mais l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, qui devait participer à cette réunion, a occupé une bonne partie des esprits.Plans de sauvetage
La Commission européenne a assuré lundi que les plans de soutien à la Grèce, à l'Irlande et au Portugal ne seraient pas affectés par cette affaire.L’aide financière de 78 milliards d’euros au Portugal a donc comme prévu été entérinée. A la demande de la Finlande, le gouvernement s’est engagé à ce que les privatisations envisagées soient les plus ambitieuses possibles.
Situation de la Grèce
Les ministres des Finances ont également désigné à l'unanimité le président de la Banque d'Italie, Mario Draghi, pour succéder à Jean-Claude Trichet à la présidence de la Banque centrale européenne à la fin de son mandat le 31 octobre prochain.Sur la situation financière de la Grèce, ils ont en revanche eu plus de mal à se mettre d’accord.
Le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a pour la première fois admis ne pas exclure un reprofilage de la dette grecque, même si une restructuration en tant que telle restait totalement exclue.
Restructuration de la dette
Une perspective immédiatement écartée par la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde. «Toute restructuration ou rééchelonnement qui constitueraient un défaut sur un événement de crédit est hors de question», a-t-elle dit en réponse à une question sur un possible reprofilage de la dette grecque.La Grèce s’est également engagée à prendre de nouvelles mesures d'ajustement afin de tenir les engagements budgétaires pris dans le cadre du plan d'aide internationale qui lui a été octroyé en mai dernier.
L'Eurogroupe a écarté pour le moment un deuxième plan de sauvetage pour le pays.
DSK dans la nuit, menotté dans le dos, sous les flashs des photographes. La séquence fait irrésistiblement penser à celle de Lee Harvey Oswald, l’assassin de Kennedy, encadré par deux agents du FBI peu avant son propre assassinat. Le parallèle n’est évidemment pas flatteur mais il est révélateur, à lui seul, de la déchéance de l’un des hommes les plus puissants de la planète. La trajectoire météorique qui a ramené le directeur du Fonds monétaire international au rang d’un banal criminel percute forcément l’imaginaire universel. Qui n’a craint, tout au fond de lui-même, la cruauté d’un destin détruisant en quarante-huit heures tout ce qu’une vie a construit ?
Depuis hier soir, celui qui, samedi matin, était encore le favori de la présidentielle de 2012 n’est plus qu’un homme à la merci d’une procédure dont il n’est plus le maître. Que la justice punisse et répare, c’est sa raison d’être. Mais, pour un prévenu anonyme comme pour un VIP, rien ne l’oblige à ajouter à l’épreuve de la comparution et à celle de la détention, le châtiment supplémentaire de l’humiliation. Hier le spectacle offert en boucle par les télévisions du monde entier a été tout à la fois fascinant - presque hypnotique - et profondément écœurant. Il y a eu quelque chose de primaire et de sacrificiel dans l’exhibition complaisante d’une personne ravagée par sa propre histoire. Et qu’on ne nous explique pas que l’exigence du droit est difficilement compatible avec le respect des prévenus !
Le plus triste c’est qu’à première vue, les faits semblent accablants pour le prodige français de Washington. Le déni de ses amis - si on peut le comprendre - a quelque chose de choquant. À quoi bon nier certaines évidences en tentant de rhabiller les... fragilités de leur champion du châle vaporeux de «l’amour des femmes»? Il ne s’agit tout de même pas comme on le dit sur Twitter d’une «simple histoire de braguette», mais d’un crime qui peut, aussi, ravager la vie de la femme agressée.
Le petit monde politico-médiatique parisien pourrait s’interroger sur sa fâcheuse tendance à minimiser, ou à tolérer, les comportements limite (fric ou sexe ou les deux) de ses élites. Depuis des années, le personnel politique et nombre de journalistes étaient parfaitement au courant des «petites faiblesses» de DSK. Les dirigeants du PS aussi, quoi qu’ils en disent. Mais au nom du respect de la vie privé, on a laissé faire, comme autant de péchés véniels. Et au bout du compte, on a pris consciemment le risque d’une catastrophe. Elle vient de se produire avec l’explosion en plein vol d’un des prétendants à la fonction suprême que personne, semble-t-il n’a eu le courage de protéger de lui-même. Il ne faudra pas s’étonner si sa chute sidérante fracasse avec elle un peu plus la confiance des forces vives du pays envers un personnel politique en retard sur le peuple.
Affaire DSK : « Accablant et douloureux », estime Christine Lagarde
lundi 16 mai 2011
Les mensonges vont tuer l’euro
En l’espace de quelques heures, les gouvernements des pays de la zone euro sont parvenus à ruiner le peu de confiance que les citoyens plaçaient encore dans leurs plans de sauvetage. Qui croira désormais les déclarations selon lesquelles les Grecs n’ont aucune envie de sortir de l’union monétaire, quand on sait que c’est le président de l’Eurogroupe, le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui était à la tête de cette duperie ? Il commence par nier par écrit que les ministres des finances se sont réunis à Luxembourg. Puis il proclame publiquement sa confiance envers la Grèce. Et enfin, l’on apprend qu’il a invité personnellement les ministres en question.
Tout citoyen qui s’intéresse un tant soit peu à l’Union se demandera désormais, avec étonnement ou agacement, quel est le degré de gravité réel de la crise grecque. Le pays est-il à deux doigts de la faillite en dépit de toutes les aides et des discours discordants ? Cela voudrait dire qu’une autre promesse des gouvernants a fait long feu : celle qui voulait que les Hellènes remboursent l’intégralité des crédits qui leur ont été accordés, intérêts compris. Or, s’ils ne paient pas, c’est le contribuable [européen] qui couvrira les dégâts.On a menti à dessein au grand public
Ce n’est pas la première fois que les citoyens se sentent floués. Déjà, voilà un an, alors que la crise de la dette se faisait de plus en plus menaçante en Grèce et que tout portait à croire qu’Athènes avait besoin de l’aide étrangère, les responsables politiques de Berlin, Bruxelles, et d’autres capitales minimisaient la gravité de la situation. In extremis, ils ont garanti une enveloppe de 110 milliards d’euro de crédits.Le sauvetage de l’Irlande a suivi le même type de scénario. Pour commencer, les grands pays de la zone euro n’ont pas voulu admettre que le gouvernement de Dublin n’était plus capable de gérer seul la situation. Et puis, tout à coup, on a entrepris de négocier un plan de sauvetage. Enfin, cela a été le tour du Portugal. Le pays se serre la ceinture, le pays réforme, la situation est tendue, certes, mais non désespérée, nous a-t-on servi une fois de plus. Et puis l’on a appris que Lisbonne n’était même pas en mesure de payer les salaires de ses fonctionnaires – et le pays s’est abrité derrière l’aide internationale.
Un mensonge sans explication ni excuses
Pour être honnêtes, reconnaissons que les pays de la zone euro, la Banque centrale européenne et la Commission ont été – au début de la crise tout au moins – dépassés par les événements, et ont peut-être longtemps cru, en effet, que ces pays s’en sortiraient sans aide extérieure. Mais, depuis le 6 mai, les choses ont changé. Ce vendredi là, on a menti à dessein au grand public. On en a la preuve, pour la première fois. Et deux jours plus tard, toujours ni explication, ni excuses pour ce mensonge. Les responsables politiques concernés gardent le silence.S’ils sortent indemnes de cette affaire, l’union économique et monétaire en sortira en revanche affaiblie. Car cette tromperie apporte de l’eau au moulin de tous ceux qui aimeraient se débarrasser de l’euro. Et enflamme l’imagination des contribuables qui doutent de revoir un jour la couleur de l’argent qu’ils ont prêtés.
La scène politique peut peut-être ignorer encore les états d’âmes des citoyens, mais les responsables ne pourront pas échapper à la loi des marchés. Pendant la grossière erreur de communication du 6 mai, l’euro perdait encore jusqu’à deux centimes sur le dollar, et les investisseurs se réfugiaient sur les valeurs américaines. Une chose est sûre : pour faire revenir la confiance, la duperie délibérée du 6 mai doit avoir des conséquences.
Vu d'Athènes
Gardons notre sang froid
"Rien que la publication, le 6 mai après-midi sur le site du magazine allemand Der Spiegel, d'un article expliquant que la Grèce allait demander sa sortie de la zone euro, a suffi à placer le pays en état d'urgence. Tout montre que nous avons atteint un point de non retour et que la suite des évènements dépendra de la capacité du gouvernement, de la classe politique en général et de la société, à se tenir prêts a affronter la situation. L'attaque du magazine allemand et ses allégations révèlent les intentions de certains Etats membres en ces heures cruciales. Les deux prochains mois seront sans doute marqués par la pression. Il faudra faire preuve de calme, de force et de sérénité".La justice ordonne l'incarcération de DSK
La justice américaine a ordonné, lundi 16 mai, l'incarcération de Dominique Strauss-Kahn et a refusé de le libérer contre la caution d'un million de dollars proposée par ses avocats. Le patron du Fonds monétaire international (FMI) comparaissait, deux jours après son arrestation, devant le tribunal pénal de New York pour son implication dans une affaire de crime sexuel contre une femme de chambre dans un hôtel de Manhattan.
La juge Melissa Jackson a décidé de suivre les réquisitions du procureur, qui craignait une fuite du directeur du FMI en cas de libération conditionnelle.
De son côté, le parquet a fait valoir que les rapports préliminaires des experts corroborent les accusations de la plaignante et que si l'accusé retournait en France, il ne serait pas possible de le faire revenir aux Etats-Unis. Il a aussi indiqué qu'une enquête était ouverte sur une autre affaire sexuelle dans laquelle Dominique Strauss-Kah aurait pu être impliqué.
"LA BATAILLE NE FAIT QUE COMMENCER"
A la sortie du tribunal, l'un des avocats de Dominique Strauss-Kahn, Benjamin Brafman, s'est dit "déçu par la décision du tribunal" de ne pas accorder la liberté sous caution à son client, mais a déclaré aux journalistes que "la bataille ne [faisait] que commencer". "L'intention de M. Strauss-Kahn est d'essayer de rétablir son nom et sa réputation" a-t-il conclu.
La prochaine comparution devant la justice de DSK a été fixée au vendredi 20 mai, a indiqué la juge new-yorkaise qui a prononcé son incarcération.
Sans “DSK”, Athènes se sent encore plus seule
L’un des enjeux majeurs de ce qui s’est passé à New York, c’est l’effet sur la zone euro et surtout, sur le problème grec. Les experts s’attendent en effet à ce que celui-ci se complique et "DSK" [Dominique Strauss-Kahn] était un des dirigeants internationaux qui, en dehors de l’Europe, connaissait le mieux les enjeux et les problèmes européens et en particulier le cas grec.Il a été le premier a avoir accepté, dès l’année dernière, la demande grecque d’aide financière, avant que les européens ne s’y résolvent, après maintes négociations avec l’Allemagne. Il avait tendance à mieux comprendre le problème de la Grèce (et des pays du Sud en général), contrairement à de nombreux pays européens du Nord.
Dimanche 15 mai, il devait rencontrer la chancelière Angela Merkel, et lui aurait demandé, comme le confirment plusieurs sources, de donner plus de temps à la Grèce pour rembourser sa dette. Il était le premier à avoir soutenu le prolongement du remboursement de la dette grecque. Cette rencontre n’aura jamais lieu. Il devait assister au conseil des ministres européens des Finances de l’eurozone le lendemain, dans le but de trouver des solutions en vue du sommet des Vingt-Sept de juin et de prendre de graves décision. Il ne sera pas au conseil.
Le fait que "DSK" soit européen et qu’il allait probablement être candidat à l’élection présidentielle française l’a forcé à montrer plus d’intérêt à l’Europe et aux pays faibles, plus que celui dont aurait fait preuve un asiatique.
Cette tragédie soudaine a ses conséquences en Grèce, puisqu’il y a encore beaucoup de choses en suspens : les négociations avec la troïka [les experts de la Commission européenne, de la BCE et du FMI] pour le versement de la cinquième tranche du prêt de 110 milliards d’euros continuent. Les discussions aussi pour l’octroi d’un nouveau prêt à la Grèce viennent à peine de commencer. Et elles vont débuter sans la présence d’un joueur fondamental, tel que l’était "DSK". Le temps nous dira si ce qui s’est passé à l’hôtel Sofitel de New York sera décisif pour la suite du "match".
Vu de Lisbonne
Le Portugal redoute une austérité plus sévère

Exit le mécano de la crise
A présent, le FMI doit faire face à une urgence interne inédite. L’issue finale pourrait être l’arrivée d’un Chinois ou d’un Brésilien, affirmant ainsi l’hégémonie des pays émergeants et la fin du "droit européen" à nommer le dirigeant du FMI. Ce serait un prix très cher payé par l’Union européenne tout entière pour la chute honteuse d’une de ses leaders les plus prometteurs.
L'homme de la providence
Le choc est considérable : annulation du sommet du 15 mai entre "DSK" et [la chancelière allemande] Angela Merkel qui devait dénouer les dangereux désaccords à propos de la crise grecque ; convocation en urgence de l’équipe dirigeante du FMI à Washington; nomination du numéro deux, l’américain John Lipsky à la direction par intérim.Puis, en quelques mois, c’est l’apocalypse : le monde est précipité dans une crise financière sans précédents depuis la Grande dépression. "DSK" devient l’homme de la providence. Il dirige énergiquement le FMI, qui redécouvre sa vocation d’intervention. Il se précipite pour endiguer une crise après l’autre : au Pakistan, en Ukraine, en Islande. Il est indispensable d’éteindre les incendies à la périphérie de l’UE, en passant outre les jalousies de Bruxelles et de quelques Etats membres. L’Irlande, le Portugal, la Grèce deviennent les étapes régulières des tournées internationales de "DSK".



















