Un rapport remis à Roselyne Bachelot propose une série de mesures pour encourager l'allaitement, notamment un allongement d'un mois du congé de maternité.
La France a beau caracoler en
tête des pays européens pour le nombre de naissances par femme, côté allaitement, elle tendrait plutôt à faire profil bas. Même si le taux d'enfants nourris au sein à la naissance progresse ces dernières années de 62,6% en 2003, il est passé à 66,3% en 2007 il reste encore loin de celui des pays scandinaves, de l'Allemagne ou de l'Italie où l'on frôle les 90%. Or, les bienfaits de l'alimentation au lait maternel pour la santé de l'enfant sont reconnus par l'OMS et l'Académie de médecine. Le ministère de la Santé a donc commandé un «plan d'action» au professeur en pédiatrie Dominique Turck, pour se doter d'une réelle politique d'allaitement maternel.
Prolonger le congé de maternité
Parmi les plaintes récurrentes des mères et des associations figure la longueur insuffisante du congé de maternité après la naissance. «Dix semaines, c'est court. Beaucoup se disent : «A quoi bon tenter alors qu'il faudra repasser au biberon dans deux mois ?»», témoigne Dominique Opitz, présidente de La leche league, une association française composée de mères bénévoles qui animent des ateliers sur l'allaitement. Pour répondre à cette préoccupation, le rapport remis début juillet propose d'allonger de quatre semaines le congé après la naissance, une suggestion qui va dans le sens des recommandations de l'Académie de médecine, qui prônait «au moins quatre mois» d'interruption de travail dans un avis rendu en 2009.
Des conseils contradictoires
L'autre point noir souvent mis en avant est le manque d'information. «A l'heure actuelle, le sujet n'est abordé que pendant la préparation à l'accouchement, où une heure est dédiée à l'alimentation générale du bébé. Sinon, il faut prendre l'initiative de se renseigner auprès d'associations, ou avoir la chance de tomber sur du personnel médical qui a le temps d'en discuter», déplore Dominique Opitz. L'information n'est pas seulement difficile à trouver, elle est en outre contradictoire, poursuit la présidente de la Leche league. «Bien souvent, la diversité des discours entendus provoque un profond désarroi chez les jeunes accouchées».
«En France, la majorité des femmes qui cessent de nourrir leur enfant au sein dans les trois premiers mois le font parce qu'elles sont découragées par les difficultés crevasses, engorgements et ne savent pas à qui en parler», confirme Vera Walburg, psychologue et auteur de Une comparaison de mères françaises et allemandes : face à l'allaitement, le travail et le féminisme*. En Allemagne, où le taux d'allaitement à la naissance atteint les 90%, les femmes sont bien mieux informées et suivies. Elles bénéficient notamment des visites quotidiennes d'une sage-femme durant les trois semaines qui suivent la naissance, pendant lesquelles la question de l'allaitement peut-être abordée en profondeur». Le pays a en outre créé dans les années 1990 une Commission nationale sur l'allaitement maternel qui informe de façon homogène tous les acteurs amenés à côtoyer les mères.
Pour répondre à ces préoccupations, le plan d'action du Pr Turck préconise pour sa part de généraliser l'entretien individuel d'information au 4e mois de grossesse, au cours duquel médecin ou sage-femme délivrera des informations «exactes, s'appuyant sur les recommandations nationales». Pendant la deuxième semaine suivant la naissance, les jeunes mères devraient aussi se voir proposer une consultation sur l'allaitement remboursée à 100%,avec un professionnel de santé formé. Le rapport propose également de créer un poste de coordinateur national de l'allaitement, à la tête d'un comité national, pour superviser les actions de promotion, et de nommer un «référent allaitement» dans chaque maternité.
Les crèches épinglées
Mais les mères ne sont pas seules concernées par le manque d'information. Le rapport Turck épingle également les crèches, haltes-garderies ou assistantes maternelles qui refusent de nourrir l'enfant au lait maternel fourni en biberon par la mère c'est possible en respectant certaines règles de conservation - ou d'accueillir celle-ci pour la tétée. Ces structures d'accueil devraient pourtant systématiquement «informer les parents de la possibilité» de poursuivre l'allaitement lors de l'inscription, plaide le rapport.
Plus surprenant, les personnels de santé sont également dans le viseur. «On contraint trop souvent les jeunes mères à abandonner l'allaitement parce qu'elles doivent suivre un traitement, alors qu'en réalité, très peu de médicaments sont contre-indiqués», affirme Dominique Opitz. Sans aller jusque là, le travail du Pr Turck insiste sur la nécessité «d'améliorer la formation initiale et continue des professionnels de santé» sur le sujet.
Contacté par lefigaro.fr, le ministère de la Santé a indiqué qu'il était encore trop tôt pour savoir si ces recommandations seront suivies, et dans quelle mesure. Elles risquent en tout cas d'irriter les femmes qui estiment que la société fait culpabiliser celles qui ne souhaitent pas nourrir leur enfant au sein. Un courant représenté entre autres par Elisabeth Badinter qui, lors de la sortie de son livre Le Conflit, la femme et la mère en février, se disait «inquiète» de la «pression morale (…) pesant sur les femmes depuis 30 ans pour être mères à temps complet». «On interdit de penser la diversité formidable des désirs féminins. Je pense qu'il est plus que temps de rappeler aux futures mères qu'elles doivent suivre leurs envies. Si on vous force à allaiter et que vous n'avez pas envie de le faire, ce sera raté et douloureux».
jeudi 29 juillet 2010
Aide à l'allaitement : la France peut mieux faire
Le travail d'aujourd'hui tue l'emploi de demain
L'emploi -le chômage, en fait ! -est un problème récurrent de la société française. Quelle que soit la conjoncture économique, le pays a du mal à passer sous la barre des 10 % et, lorsqu'il y parvient, la tendance à la baisse ne se confirme pas sur une longue période. Les économistes ont depuis longtemps fourni toutes les explications, à défaut d'avoir pu proposer des moyens concrets et surtout applicables de sortir de cette situation qui nous distingue de tous nos voisins européens. Certains d'entre eux, l'Espagne notamment, ont une fourchette plus ouverte que celle de la France, mais réussissent de ce fait, en bonne période, à atteindre des situations de quasi-plein-emploi, quitte à retomber brusquement ensuite sur un taux de chômage double du nôtre. Nous échappons en partie à ces soubresauts, mais nous connaissons un chômage endémique ! Parallèlement, un nouveau problème est apparu depuis peu : le travail est devenu psychologiquement difficile, angoissant, « stressant ». Cela conduit une proportion non négligeable de ceux qui subissent cette pression à la maladie professionnelle, voire, dans le pire des cas, au suicide. Ce qui nous paraît à la fois intéressant et troublant, c'est que, si ces phénomènes sont bien connus et largement commentés, rares sont ceux qui font un lien entre les deux. La segmentation de la pensée qui caractérise les modes de raisonnement dominants -par opposition à une approche systémique de la réalité -classe chaque phénomène dans une « boîte » et n'envisage pas de passerelles entre ces « silos mentaux ». Cette forme de fuite devant la complexité de la réalité constitue une limite certaine à la recherche de solutions collectives.
Et pourtant… La question n'est bien sûr pas d'expliquer l'un par l'autre, dans une logique de causalité directe et absolue qui serait un non-sens intellectuel. Elle est de regarder si l'un des phénomènes, la détérioration prononcée du travail, ne rend pas plus compliquée la solution de l'autre, la réduction durable du taux de chômage.
Quelle est en effet la conséquence majeure de la détérioration du travail sur les comportements des salariés ? Pour faire court, elle les conduit à des stratégies de retrait, à un désinvestissement du travail, à la fois émotionnel et en temps, au profit d'un investissement dans d'autres sphères, la sphère privée sous toutes ces formes, où ils peuvent vivre la « vraie vie ». Ce « transfert d'investissement » est bien perçu par les DRH, qui parfois ont du mal à y faire face, soit qu'ils tentent de proposer, à la population cadre en particulier, un « deal » plus attractif, soit qu'ils engagent leurs entreprises dans des politiques de contrôle contraignant qui ne disent pas leur nom, telles que la multiplication des indicateurs de gestion, censés « encadrer » les comportements au travail.
Par ailleurs, ces comportements de retrait face à la dureté croissante du travail rejoignent un phénomène beaucoup moins connu et surtout enfoui sous un accord implicite de toutes les parties concernées pour n'en pas parler, celui des « poches de sous-travail ». Soient tous les secteurs, publics ou privés, dans lesquels le « taux d'engagement » des personnels (c'est-à-dire la proportion du temps passé réellement à travailler par rapport au temps de travail supposé ou officiel) tombe en dessous d'un seuil que l'on peut estimer à 65 %. Ces phénomènes, que nos travaux nous permettent régulièrement d'identifier, n'apparaissent que très rarement au grand jour. Ils sont vécus par la collectivité comme « honteux » et il faut que la Cour des comptes s'en empare - dans le cas des contrôleurs aériens par exemple -pour qu'ils arrivent de façon éphémère sur l'agenda médiatique, avant d'être à nouveau recouverts d'un silence consensuel.
Confrontées à ces problèmes, les entreprises cherchent toutes solutions permettant de réduire leur dépendance vis-à-vis du travail humain. A défaut de pouvoir lutter efficacement -et rapidement -contre ces maux, elles se tournent vers tout ce qui va permettre de maîtriser à nouveau les rythmes de travail, sans avoir à affronter des problèmes sociaux qui viendraient encore compliquer leur situation actuelle. On voit donc réapparaître ici et là du travail à la chaîne, qui oblige le salarié à s'adapter au rythme de celle-ci, perdant ainsi « l'autonomie de son geste » ; notre pays devient progressivement le champion du monde de la mécanisation, comme si la disparition du travail humain au profit du robot était par définition un progrès donc non contestable. La réalité, c'est que la dureté du travail d'aujourd'hui et les stratégies de retrait qui en découlent se cumulent au sous-travail « éparpillé » et contribuent ainsi, dans des proportions qui jusque-là n'ont fait l'objet d'aucune étude, à tuer l'emploi de demain.
FRANÇOIS DUPUY ( CONSULTANT.)
Réconcilier les Français et l'argent : le rêve brisé du président
A l'origine était une ambition pédagogique, éducatrice même. Bien avant que l'affaire Bettencourt ne devienne le principal sujet de conversation de l'été 2010, Nicolas Sarkozy s'était fixé comme ambition majeure de réconcilier les Français avec l'argent, et plus généralement avec la réussite. En 2001, lorsqu'il pose, avec son livre « Libre », le premier jalon théorique qui le mènera à l'Elysée, il dissèque longuement les raisons de l'immobilisme français. L'intention est d'abord politique, puisqu'il s'agit de distiller la nécessité d'une « rupture » avec les années Chirac. Mais pas seulement : Nicolas Sarkozy réfléchit aux moyens de guérir la société française de ses blocages. Il a été aux Etats-Unis, il regarde de près la performance économique de l'Europe du Nord et en ressort frappé par l'exception française que constitue son rapport au succès. « Il n'est pas ressenti ni accepté comme une valeur positive », déplore-t-il dans « Libre ». « Au lieu de mobiliser la société au travers de ceux de ses membres qui ont réussi, on préfère l'exciter contre celui qui a plus que l'autre, sous-entendu parce qu'il a pris, volé ou arraché à d'autres. »
Six ans plus tard, lorsqu'il entre dans la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy n'a rien renié de ces propos : il choisit même d'en faire le coeur de son programme pour l'Elysée. « La République, c'est l'école de l'excellence, pas du nivellement et de l'égalitarisme », clame-t-il lors de son discours d'investiture, le 14 janvier 2007, en invitant les Français à assumer, décomplexés, une société du « mérite », une société où « tout devient possible » - c'est son slogan -, construite pour permettre la réussite de chacun : accession à la propriété facilitée, droits de succession supprimés, heures supplémentaires défiscalisées, bouclier fiscal.
Il sait qu'il bouscule là les Français dans leur culture profonde, alimentée par toute une mythologie politique contre « l'argent qui corrompt, l'argent qui achète, l'argent qui écrase. » (François Mitterrand). Il choisit dès lors deux leviers pour mener à bien son projet éducatif. Celui de la feuille de paie : c'est le « travailler plus pour gagner plus », aiguillon électoral qu'il n'arrivera jamais vraiment à traduire dans les faits. Et celui du modèle. Converti au Storytelling, Nicolas Sarkozy décide de mettre en scène sa propre réussite et de faire de son parcours de « petit Français de sang mêlé » un modèle pour tous. « Vous aussi, vous pouvez vivre l'aventure », lancent ses communicants, en montrant combien leur héros, parti de rien, a puisé aux mêmes sources que ses modèles - persévérance et audace -pour gravir les marches du pouvoir. Nicolas Sarkozy n'a donc aucune raison de cacher sa proximité avec ceux qui se sont « faits à la force du poignet », comme il le dit, qu'ils soient acteurs, sportifs et plus encore entrepreneurs. Au contraire : n'est-il pas devenu modèle à son tour ? Et tant mieux si cela lui permet au passage d'afficher une « rupture » avec l' « hypocrisie » du pouvoir vis-à-vis de l'argent.
Est-ce d'avoir ainsi affiché son propre rapport décomplexé à l'argent que paie aujourd'hui Nicolas Sarkozy dans l'opinion ? Si tel est le cas, cela ne s'est pas produit en un jour. Au départ, l'opération a eu un effet plutôt stimulant, y compris lors des premières polémiques sur le Fouquet's et le yacht de Bolloré. Si la presse s'enflamme, les Français ne semblent pas en vouloir au président. « Ils n'étaient pas vraiment convaincus sur le fond, mais étaient prêts à parier sur la force d'entraînement du nouveau président. D'ailleurs, à ce moment-là, le moral économique des Français s'inverse, il devient positif », relève Gaël Sliman, directeur de BVA Opinion. « Ce n'est qu'en 2008, lorsqu'ils constatent l'absence de résultats, qu'ils commencent à se retourner, poursuit-il, le "bling bling" n'intervient qu'en second, comme une mauvaise cerise sur un mauvais gâteau. »
Les Français restent peut-être d'incurables rétifs à la réussite. Il est probable que la crise économique ait rendu intenables des attitudes tolérées en d'autres circonstances. L'affaire Woerth-Bettencourt a peut-être également joué, par les montants avancés, le rôle de goutte d'eau faisant déborder le vase. Mais une chose est sûre : le bel objectif de départ semble loin d'être atteint. Tout se passe comme si l'allergie des Français à ce qui leur apparaît comme une collusion entre la politique et l'argent se trouvait aujourd'hui décuplée. Avec une question à la clef : Nicolas Sarkozy va-t-il, peut-il, continuer son travail de réconciliation ? Le 12 juillet, à la télévision, il est apparu pour la première fois un peu en retrait sur sa thématique de prédilection, affirmant : « Je me méfie autant des gens qui idolâtrent l'argent que de ceux qui le détestent. »
CÉCILE CORNUDET EST GRAND REPORTER AUX « ECHOS ».
Dissuasion nucléaire
L'Elysée vient de dégainer l'arme nucléaire. En menaçant Areva d'une prise de contrôle rampante par EDF, l'exécutif a placé un pistolet sur la tempe du management du géant français de l'atome. « Entendez vous avec EDF ou sinon l'électricien deviendra votre actionnaire de référence », « devenez de véritables partenaires ou vous serez relégué au rang de filiale-fournisseur plus ou moins indépendante » : voilà en substance le message que Nicolas Sarkozy vient de faire passer à Anne Lauvergeon, la patronne d'Areva. Car, même s'il n'est pas question qu'EDF rachète le fabricant de centrales, l'idée évoquée est bien de faire de l'électricien dirigé par Henri Proglio le deuxième actionnaire d'Areva - derrière le Commissariat à l'Energie atomique. Une montée en puissance qui réduirait forcément la marge de manoeuvre d'un groupe qui, jusque-là, a bénéficié d'une forte autonomie. Avec actuellement 2,4 % du capital d'Areva, EDF ne pèse guère sur les décisions du groupe. Avec 10, 15, voire 20 %, il aurait plus que son mot à dire.
Même s'il est peu compliqué à mettre en oeuvre - dans la mesure ou l'Etat comme le CEA peuvent chacun céder une partie de leurs actions à EDF -ce schéma soulèverait cependant autant de difficultés qu'il permettrait de résoudre de problèmes. Certes, l'« équipe de France » se trouverait à terme plus unie et l'autorité du capitaine, EDF, serait incontestable. Dans l'Hexagone, comme à l'international, l'équipe serait ainsi dans bien des cas plus efficace.
Mais ce n'est pas parce qu'un couple se retrouve marié que les querelles disparaissent instantanément. Au contraire, à court terme, une union sous la contrainte risquerait même de déboucher sur une guerre de tranchées. De plus, même si EDF est le premier client d'Areva, il est loin d'en être le seul. Bien d'autres énergéticiens, le plus souvent concurrents d'EDF, se fournissent eux aussi auprès d'Areva. Auraient-ils envie de contribuer aux résultats d'un groupe dont un rival serait l'actionnaire de référence ? Si Air France était au capital d'Airbus, Easyjet n'achèterait sans doute que des Boeing. Pour EDF même, une montée au capital d'Areva n'aurait pas que des points positifs. Une prise de participation significative immobiliserait en particulier des capitaux dont l'entreprise a besoin par ailleurs.
Plutôt que d'en passer par une solution ayant, à première vue, autant d'inconvénients que d'avantages, les deux groupes feraient mieux de se plier aux exigences de l'Etat. Ils devraient en finir avec les stériles batailles de pouvoir et d'ego et accepter de travailler réellement main dans la main. Ils répondraient ainsi non seulement à leur propre intérêt mais également à leur intérêt commun. Car comme l'histoire l'a démontré, EDF et Areva ne se sont jamais aussi bien portés que quand ils collaboraient efficacement.
L'Etat a décidé de manier l'arme nucléaire pour faire passer son message. Mais une telle arme a vocation à être avant tout dissuasive.
DAVID BARROUX
Une chance sur mille qu'un gros astéroïde frappe la Terre d'ici 2182
ESPACE - Il serait assez massif pour détruire une ville comme Paris...
Les Mayas et Roland Emmerich ne savent pas compter: la fin du monde, c'est pour 2182, et pas 2012. Enfin pas vraiment. La probabilité que l'astéroïde 1999 RQ36 frappe la Terre à cette période approche les 1 sur 1.000, selon des scientifiques européens emmenés par l'Espagnole Mar Eugenia Sansaturio, de l'Université de Valladolid. C'est nettement plus que la précédente alerte (1/250.000 pour l'astéroïde Apophis, en 2036)
Faut-il paniquer? Pas tout de suite. D'abord, l'astéroïde ne fait «que» 560 mètres de diamètre. Assez gros pour détruire une ville comme Paris ou créer un joli tsunami s'il tombe dans l'océan, mais pas pour causer l'extinction de toute une espèce. L'astéroïde Chicxulub, principal suspect pour expliquer la disparition des dinosaures, mesurait a priori plusieurs kilomètres.
Le dévier?
Si le gros caillou menaçait vraiment la Terre, deux solutions: le dévier ou le découper. Au printemps dernier, des scientifiques ont expliqué que faire exploser un tel astéroïde comportait un risque majeur: que les charges explosives ne soient pas assez fortes et qu'il se reforme en quelques heures, du fait de la force d'attraction gravitationnelle.
Mais plutôt que de compter sur des percées scientifiques, la priorité, selon elle, est d'améliorer notre capacité à prévoir avec précision la trajectoire de ces objets, pour l'instant limitée à environ 80 ans. Sinon, il reste toujours la possibilité de cryogéniser Bruce Willis et de le réveiller le moment venu.
Un « vote contre la barbarie » qui fera exemple ? Nul ne contestera que le spectacle taurin à l'espagnole, également prisé dans le sud de la France, exhibe la cruauté à l'état pur. Malgré son cérémonial, ses lumières et la fascination qu'il exerce chez les aficionados.
Cependant, s'il s'agit du seul bien-être animal, les députés catalans auraient pu aller plus loin en interdisant dans la foulée les traditionnels « correbous ». De curieuses fêtes populaires où le taureau affolé, symbole ancestral des forces obscures, est livré aux exactions de la foule déchaînée. Et toujours au nom du bien-être animal, pourquoi ne pas s'interroger sur l'élevage en batterie, sur l'abattage industriel ?
Le vrai débat pour ou contre la tauromachie reste d'ordre éthique. Mais tel qu'il a été mené à Barcelone, il est purement politique. Malgré les apaisements donnés à Madrid par l'un ou l'autre intervenant avant le vote, il s'agissait de se démarquer de la Castille, de l'Andalousie et du reste de l'Espagne pour réaffirmer l'identité catalane. La ferveur autour de la Coupe du monde de football, avec l'Espagne en finale, a failli faire oublier une gigantesque manifestation à Barcelone : le 10 juillet dernier, la Cour constitutionnelle de Madrid rejetait les nouvelles exigences de la Catalogne pour encore plus de prérogatives dont la reconnaissance d'une nation catalane. Rien d'étonnant dans ces conditions que le vote anti-corrida ait été remporté grâce aux voix des autonomistes après une pétition populaire... qu'ils avaient largement appuyée.
La tauromachie n'est qu'un prétexte. État fédéral avec de vraies « communautés autonomes », l'Espagne est confrontée à des forces centrifuges, et pas seulement au Pays basque ou en Catalogne. La crise économique attise ces mouvements qui, à l'exception de l'ETA terroriste, s'expriment en toute démocratie en surveillant leur langage politiquement correct : il est hors de question d'affirmer que les moins pauvres ne doivent plus payer pour les plus pauvres. Mieux vaut mettre en avant les différences « culturelles » en les présentant comme des fossés infranchissables. Par exemple la querelle linguistique entre Flamands et Wallons ou encore ces « justifications » qui frisent le ridicule : en Italie, la Ligue du Nord n'hésite pas à puiser ses racines tantôt dans le royaume lombard du VIIIe siècle, tantôt dans l'asservissement des Celtes par les Romains ( !)
Le régionalisme, jusqu'à l'autonomie le cas échéant, constitue un réel progrès démocratique dans la mesure où il rapproche le pouvoir du citoyen. A condition de ne pas dresser une province contre l'autre. Et surtout pas en insistant sur les « différences ».
Tout se termine, apparemment en trombe du côté de l’Élysée.
Au chapitre sécurité, l’agenda du président paraît même plutôt chargé.
L’otage, les Roms,
les gens du voyage, un nouveau préfet à installer à Grenoble...
Un dernier conseil des ministres, mercredi prochain.
Et puis… Fini.
Vacances jusqu’au 24 août.
Carla n’a plus que quelques scènes à tourner avec Woody Allen. Moteur, action. Coupé.
Tout se termine à Grenoble aussi ? Ça reste à voir. À La Villeneuve, après des nuits sans sommeil, on a pourtant envie de croire que la venue de Nicolas Sarkozy, demain, pourrait en finir avec ce mauvais feuilleton de l’été. Passer à autre chose. À août. Respirer. Souffler.
Tout se termine
et tout recommence.
Les fournitures scolaires sont en rayon et les gamins réclament déjà leur cahier de textes
pour la rentrée.
Le football a repris hier soir par un match
OM-PSG. Classique.
Et aux dernières nouvelles, il paraît même que l’équipe de France va bientôt descendre du bus pour rejouer.
Frederic AILI
Réglementation bancaire : éviter une nouvelle crise sans entraver la reprise
Les règles fixées par le comité de Bâle – un comité international de banquiers centraux et de régulateurs – doivent respecter un équilibre fragile : être suffisamment sévères pour obliger les banques à maintenir un niveau de capitaux propres leur permettant d'affronter une crise de l'ampleur de celle de 2008, sans toutefois que ces contraintes ne les empêchent de participer au financement de la reprise économique, comme le craignent les fédérations bancaires de plusieurs pays européens. Selon une estimation donnée par la Fédération bancaire française, les règles de Bâle III, telles qu'édictées en décembre 2009, auraient coûté 1,5 % de PIB à la zone euro.
Les banques européennes devraient être rassurées par les annonces faites mardi 27 juillet, souligne une note d'UBS : les nouvelles règles du comité sont prévues pour être "moins onéreuses et plus étirées dans le temps" que celles contenues dans la première version. Cela dit, il ne s'agit pas pour le comité de passer à la trappe les règles présentées en décembre, mais de les assouplir et d'espacer leur entrée en vigueur dans le temps.
* Le ratio core Tier-one
Le texte initial prévoyait une définition très étroite du ratio de fonds propres core Tier-one, noyau dur du capital des banques qui permet d'absorber les chocs en cas de crise. Dans la version "allégée" proposée par le comité de Bâle, ce noyau dur pourra intégrer, comme c'est déjà le cas, une partie des fonds propres des intérêts minoritaires détenus dans des filiales bancaires.
La composition de ce ratio avait suscité des critiques à l'occasion des tests de résistance réalisés sur les banques européennes : des économistes avaient souligné que tester le ratio Tier-one n'était pas assez rigoureux, car il ne devrait, en principe, contenir que des actions ordinaires et des bénéfices mis en réserve. De plus, le comité de Bâle ne s'est pas encore mis d'accord sur le niveau de ce ratio Tier-one qui pourrait osciller entre 4 et 6 %, 6 % étant le seuil retenu pour pratiquer les tests de résistance sur les banques européennes.
* Les ratios de liquidité
Dans la nouvelle version du texte du comité de Bâle, le durcissement des règles sur les ratios de liquidité, qui limitent les engagements des banques par rapport à leur taille de bilan et mesurent leur capacité à résister à des retraits massifs, a été repoussé de plusieurs années. Un ratio "de transition", non contraignant, sera appliqué entre 2013 et 2018, date à laquelle un ratio définitif entrera en vigueur et devra être respecté.
* Les participations financières
Régulateurs et banquiers centraux ont accepté de prendre en compte dans le calcul des fonds propres, à condition qu'elles respectent certaines limites, les participations des banques dans d'autres établissements financiers, ce qui n'était pas prévu dans la première version des accords. Cette concession est particulièrement importante pour les banques françaises, surtout mutualistes, qui croisent leurs activités entre maison-mère et caisses régionales.
Autre motif de satisfaction pour les banques françaises, notamment celles qui ont aussi des activités d'assurance : la possibilité de prendre en compte les capitaux propres des filiales d'assurance dans le calcul des fonds propres.
Audrey Fournier
Zodiac : des dirigeables aux toboggans d'avion
Le dossier est clos." Avec fermeté, Olivier Zarrouati, le président du directoire de l'équipementier aéronautique Zodiac Aerospace, met un terme à la perspective d'une reprise par Safran. "Le conseil de surveillance l'a dit une première fois le 9 juillet quand la proposition a été faite. Didier Domange, président du conseil de surveillance, et moi-même avons été obligés de le réaffirmer la semaine dernière dans une tribune parue dans Les Echos pour mettre fin aux spéculations, ajoute-t-il. Apparemment, notre refus n'avait pas été compris, il avait été interprété par certains comme une coquetterie, voire une invitation à discuter."
Employant 20 000 salariés, réalisant 2,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires et pesant 2,5 milliards d'euros en Bourse, le cinquième groupe aéronautique français (derrière EADS, Thales, Safran et Dassault) entend bien continuer à vivre seul. D'où le rejet de cette offre par les familles des fondateurs et leurs proches qui détiennent 32 % du capital et 44 % des droits de vote. L'Etat, présent via le Fonds stratégique d'investissement (4,92 %), n'est pas au conseil de surveillance.
Zodiac Aerospace, dont le nom est associé aux dirigeables et aux bateaux pneumatiques, n'est paradoxalement plus présent dans ces deux activités. Elles furent pourtant les piliers successifs de sa croissance. Au départ, cette entreprise, la plus ancienne dans l'aéronautique, a été créée en 1896 par Maurice Mallet pour fabriquer des ballons dirigeables. L'entreprise se relancera au sortir de la seconde guerre mondiale avec les bateaux pneumatiques en reprenant la découverte inexploitée d'un de ses ingénieurs, qui avait conçu ce type d'embarcation en 1937 pour transporter des torpilles vers des hydravions.
Retour dans l'aéronautique
Le succès est au rendez-vous. Mais en 1974, Zodiac, qui pesait alors 40 millions de francs de chiffre d'affaires, est au bord du gouffre à cause d'une mauvaise gestion. Le nouveau président Didier Domange - marié à Elisabeth Desanges, héritière de l'une des familles fondatrices - appelle près de lui un directeur général alors âgé de 31 ans, son ami Jean-Louis Gerondeau. Ce diplômé de Polytechnique et de la Harvard Business School, mort en 2009, sera à l'origine du rebond du groupe. Il entreprend d'assainir l'entreprise : réduction des stocks, compression des frais généraux, réorganisation du réseau commercial et contraction des effectifs. Les effets se font sentir rapidement.
Si Zodiac reprend la moitié du marché mondial des canots gonflables, le nouveau patron veut développer l'entreprise. "Il a défini une stratégie de croissance externe par laquelle les sociétés acquises vont à chaque fois renforcer une activité existante, explique M. Zarrouati, qui lui a succédé en 2007 à la présidence du directoire. En trente-cinq ans, sous son impulsion, Zodiac Aerospace a fait une cinquantaine d'acquisitions d'entreprises de toutes tailles et en a très peu vendu."
Revanche de l'histoire, en 1978, Zodiac achète Aerazur, son concurrent dans les ballons du début du siècle, spécialisé depuis dans l'utilisation des textiles et des structures gonflables. Cela signe son retour dans l'aéronautique. Pour la première fois en 1989, cette activité, allant des sièges aux toboggans en passant par l'équipement des cabines, dépasse celle de la marine. Ne pouvant développer les deux de front, le groupe se sépare de sa branche marine en 2007. Zodiac devient alors Zodiac Aerospace.
Le développement continue avec le rachat en cours de l'allemand Sell, spécialisé dans l'aménagement de cabine. "Notre stratégie de développement sur des métiers de niches fonctionne parfaitement, souligne M. Zarrouati. Il faut la poursuivre. Je crains qu'un adossement à un grand groupe nous enlève la souplesse et la réactivité nécessaires à cette stratégie."
Jean-Paul Herteman : "Zodiac et Safran pourraient offrir 75 % des équipements d'un avion"
Jean-Paul Herteman, président du directoire de l'équipementier aéronautique Safran, a créé la surprise au début du mois de juillet en adressant une lettre au président du conseil de surveillance de son concurrent Zodiac Aerospace, Didier Domange, lui proposant d'étudier un rapprochement. Cette proposition a été rejetée.
A l'occasion de la présentation des résultats semestriels de Safran, mercredi 28 juillet, qui se sont traduits par un résultat opérationnel en hausse de 23 %, à 428 millions d'euros, il évoque la stratégie de développement de son groupe. Safran est cité comme candidat à l'achat de l'américain L1, spécialisé dans la biométrie, mais ne fait aucun commentaire.
Après le refus de Zodiac, envisagez-vous toujours un rapprochement ?
Nous n'abandonnons pas cette idée, au contraire, et nous continuons à travailler sur un rapprochement qui se fera de manière amicale. Je voudrais d'ailleurs exprimer ma surprise devant ce refus d'engager une discussion. Ce n'était pas une offre formelle que nous avions déposée, mais une proposition de discussion. Il s'agissait d'étudier ensemble l'intérêt et les modalités éventuelles d'un rapprochement de nos deux groupes en analysant les avantages et les inconvénients d'une telle opération, sans aucun engagement de part et d'autre.
Depuis longtemps, Safran a des vues sur ce groupe. Pourquoi les formaliser maintenant ?
Nous sommes convaincus que le mouvement de consolidation des équipementiers est lancé de manière irréversible en raison de la complexité des programmes et de l'accroissement des coûts et des risques. Nous devons tous y participer, au risque de nous affaiblir à terme. Or en associant Zodiac et Safran, nous pourrions offrir 75 % des équipements d'un avion, des moteurs aux systèmes électriques en passant par les sièges et les toboggans. De plus, le marché change avec l'arrivée de nouveaux avionneurs, futurs concurrents d'Airbus et de Boeing, qui veulent aller vite en achetant des ensembles complets. Nous avons emporté la motorisation de l'avion chinois C919 en fournissant le moteur CFM, mais aussi la nacelle.
Quels sont les autres avantages d'une telle union ?
Sur le plan opérationnel, nous avons les mêmes clients, soit près de 500 compagnies aériennes dans le monde. Les synergies sont importantes et réalisables à court terme. Mais ce rapprochement a une dimension stratégique essentielle. Nous sommes convaincus que les systèmes hydrauliques dans les avions seront remplacés par du tout-électrique. Les câbles sont moins lourds et moins chers que les canalisations.
D'ici à 2030, la quasi-totalité des avions seront gérés de manière électrique. Il faut s'y préparer. Or Safran maîtrise la technologie de l'extraction de puissance des moteurs et nous sommes numéro un mondial du câblage. Zodiac est très fort dans la distribution électrique. Nous avons ensemble l'opportunité de conquérir 50 % de ce marché estimé entre 3 et 4 milliards de dollars (2,3 à 3 milliards d'euros).
Dans cette perspective, il vous faut aller vite.
Si nous prévoyons une première application en 2018, nous devons être prêts vers 2014-2015. Nous ne sommes donc pas à un ou deux ans près pour ce rapprochement, mais nous n'attendrons pas dix ans.
Y a-t-il des alternatives à cette solution franco-française ?
Nous avons d'autres possibilités en nous alliant avec des américains, mais nous préférons cette option plus logique. Cette alliance n'a rien de "franchouillard", puisque nous employons chacun 10 000 personnes en Amérique du Nord, soit 20 000 au total.
Avez-vous déjà eu des échos positifs à cette offre ?
Je note que, pour les marchés, l'histoire n'est pas finie. Depuis le 9 juillet, date du refus de notre proposition, l'action Zodiac a grimpé de 12 %, et nous n'avons baissé que quelques pour cent. Ce qui suggère que certains trouvent que notre projet mérite qu'on l'examine. De plus, la semaine dernière, au Salon aéronautique de Farnborough, j'ai eu l'occasion d'évoquer l'idée avec les dirigeants des avionneurs. Aucun ne rejette notre logique
L'Etat, présent au capital des deux côtés, va-t-il intervenir ?
Ce n'est pas à moi de le dire. L'Etat est notre premier actionnaire à hauteur de 30 %. Il a été informé de notre projet et a donné son accord, c'est pour moi le plus important.
Quelle issue voyez-vous à cette opération ?
Ce projet est une bonne idée, et comme toutes les bonnes idées, elles finissent par se concrétiser un jour. Aussi ce ne sera pas le feuilleton de l'été, car nous n'agirons pas de manière agressive. Nous prendrons le temps de convaincre.
Propos recueillis par Dominique Gallois
mercredi 28 juillet 2010
Perquisition chez la fille de Liliane Bettencourt
La police a perquisitionné mercredi au domicile de Françoise Meyers-Bettencourt, fille de l'héritière de L'Oréal , à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), apprend-on de source judiciaire.
Les enquêteurs se sont présentés au domicile de la fille de Liliane Bettencourt dans le cadre de l'enquête pour atteinte à la vie privée portant sur des enregistrements clandestins réalisés au domicile de sa mère entre mai 2009 et mai 2010 par un employé.
Françoise Meyers, en vacances, n'était pas présente chez elle. La procédure, une enquête préliminaire dirigée par le parquet de Nanterre (Hauts-de-Seine), vise à déterminer si le majordome auteur des enregistrements a ou non agi seul.
Son avocat, Me Olivier Metzner, a déclaré que les policiers pouvaient prendre "ce qu'ils voulaient" à la faveur de cette perquisition, sa cliente n'ayant selon lui rien à cacher.
Il a toutefois protesté. "Ils feraient mieux de s'occuper des vrais sujets plutôt que des apparences. Le parquet continue de se pencher sur ce qui n'a pas d'intérêt, alors qu'il s'intéresse moins à ce qui le dérange", a-t-il dit à Reuters.
Il a rappelé que le tribunal et la cour d'appel de Paris avaient autorisé la publication par la presse des transcriptions d'enregistrements, au motif qu'ils présentent un intérêt public.
Ces enregistrements ont été remis sous forme de CD-Roms mi-juin à la justice par Me Metzner. L'avocat dit avoir été contacté par le majordome mais conteste toute commandite de l'opération par sa cliente.
La publication dans la presse des enregistrements ont mis en difficulté le ministre du Travail, Eric Woerth.
Ils mettent au jour de présumées manoeuvres de fraude fiscale, ainsi que l'existence d'un financement légal de l'UMP par Liliane Bettencourt et un possible emploi de complaisance chez son gestionnaire de fortune pour l'épouse d'Eric Woerth, à l'époque où il était ministre du Budget.
Ils semblent confirmer que la milliardaire de 87 ans est en état de faiblesse psychologique.
POSSIBLE IMPACT SUR D'AUTRES PROCÉDURES
Dans cette enquête pour atteinte à la vie privée, en juin, le procureur Philippe Courroye avait fait placer le majordome en garde à vue, de même que Claire Thibout, l'ex-comptable de Liliane Bettencourt, et son compagnon, soupçonné d'avoir numérisé les enregistrements.
S'il était avéré que les enregistrements résultaient d'une opération frauduleuse, leur valeur probatoire devant la justice pourrait être affaiblie.
Françoise Meyers a déposé plainte en 2007 pour "abus de faiblesse" contre le photographe François-Marie Banier, soupçonné de dépouiller la milliardaire de 87 ans.
Une enquête du parquet a démontré qu'il avait reçu un milliard d'euros de dons de Liliane Bettencourt de 2002 à 2007, mais le procureur a renoncé à le poursuivre fin 2009 en estimant que la plainte de Françoise Meyers était irrecevable.
Les enregistrements montrent que Patrice de Maistre, gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, savait par un conseiller de Nicolas Sarkozy dès juillet 2009 que le procureur annoncerait cette décision trois mois plus tard.
"Je me demande comment le procureur, cité dans les enregistrements, peut toujours conduire l'enquête", a dit à Reuters Me Metzner.
Il a saisi directement le tribunal correctionnel d'une poursuite contre François-Marie Banier et la magistrate Isabelle Prévost-Desprez conduit actuellement un supplément d'information dans ce cadre.
Trois autres enquêtes préliminaires ont été ouvertes par le parquet sur la fraude fiscale présumée et l'embauche litigieuse de l'épouse d'Eric Woerth chez le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, en novembre 2007.
Une de ces procédures concerne des soupçons de financement politique illégal mettant en cause notamment Eric Woerth et apparus dans des dépositions d'anciens employés de Liliane Bettencourt, notamment son ancienne comptable Claire Thibout.
Huit mille six cents inscrits de moins à Pôle emploi le mois dernier : la baisse du nombre de demandeurs d'emploi en juin est toujours trop faible, trop fragile, pour autoriser, de la part du gouvernement, le moindre triomphalisme. Celui-ci s'en garde bien, d'ailleurs. D'autant que cette évolution en cache deux autres, qui font craindre encore quelques mois difficiles. La première est le rebond du nombre de candidats actifs à l'embauche ayant, en parallèle, une activité réduite. Ce phénomène traduit le développement - positif -de « petits boulots », pour la plupart saisonniers à l'approche de l'été, mais il est aussi le signe - négatif -d'une certaine précarité des reprises d'emploi.
L'autre mouvement, aussi préoccupant que persistant, est l'augmentation du chômage dès l'âge de 50 ans, comme si les entreprises faisaient payer aux jeunes quinquagénaires le prix de leur plus grande vertu envers des salariés seniors (55-59 ans) dont le taux d'emploi ne cesse de se redresser (4 points de plus entre 2007 et 2010).
Ces nuances étant apportées au tableau, elles ne sauraient dissimuler l'impression générale en ce début d'été, celle d'une accalmie durable du chômage. Au-delà des dégradations mensuelles qui ont singulièrement gâché le printemps et qui se reproduiront, à n'en pas douter, cet automne, la proportion de Français en recherche d'un emploi tend maintenant à se stabiliser.
Attendu avec impatience, le chiffre du chômage de juin le confirme. Le semestre écoulé vient, à quelques nuances près, conforter le scénario des experts de l'Institut national de la statistique, selon lesquels le taux de chômage sera à la fin de l'année 2010 au même niveau qu'à la fin 2009 (9,5 %). Après six trimestres de hausses consécutives en 2008 et 2009, l'ascenseur infernal semble arrêté. Le chômage reste au même étage.
Deux voyants verts viennent appuyer cet espoir. L'un est, corollaire du redémarrage de l'intérim, le retour de la baisse du chômage des jeunes, eux qui auraient pu continuer à être les plus durement frappés par la crise. En un an, le nombre de demandeurs d'emploi de moins de 25 ans a été contenu. L'autre signal, plus ténu, est la trop lente, sûrement, mais réelle décélération du chômage de longue durée, écueil traditionnel des politiques de l'emploi.
Bien sûr, nul n'est censé se satisfaire - et surtout pas les Français en quête d'emploi -de voir le chômage en métropole stationner à son niveau le plus élevé depuis dix ans. Mais c'est une consolation de constater que les réformes intervenues pour assouplir le marché du travail et rationaliser l'indemnisation du chômage ont aidé à éviter à la France un désastre social comme il s'en est produit dans bien des pays de l'Union européenne. Entre mai 2007 et mai 2010, le nombre de chômeurs tel qu'estimé par le Bureau international du travail a augmenté moitié plus vite dans la zone euro.
JEAN-FRANCIS PÉCRESSE
Tout, dans la problématique dite des "gens du voyage", concourt à multiplier les ambiguïtés, à commencer par cette appellation de "gens du voyage". On le sait bien en Alsace, le nomadisme n'est plus depuis vingt ou trente ans le mode de vie majoritaire des Gitans, Manouches, Tsiganes et autres Roms. La plupart sont sédentarisés et ont la nationalité française.
Contrairement à ce que laisse entendre le prétexte de la réunion prévue cet après-midi à l'Elysée, le problème majeur que rencontrent les maires n'est pas un traitement ethnique de la délinquance, mais un traitement social pour accompagner une population qui, culturellement et linguistiquement, se distingue du reste de la population française. Ethniciser un cas particulier de violence, en faire un dossier global à traiter d'urgence comme l'a fait Nicolas Sarkozy après l'attaque d'une gendarmerie du Loir-et-Cher est inutile.
Les dispositions juridiques générales suffisent à gérer les difficultés. La République doit sanctionner les débordements mais elle se met en porte-à-faux quand elle désigne du doigt, même avec quelques précautions oratoires, une population spécifique.
S'agissant de la délinquance, si une bande se forme autour de Tsiganes, il convient de lui appliquer le code pénal qui régit la drogue s'il y a trafic de drogue, le code pénal qui régit le cambriolage s'il y a cambriolage et le code pénal qui régit le vandalisme quand la gendarmerie de Saint-Aignan est saccagée. Mais on n'a pas plus besoin d'un code pénal spécial pour certains Tsiganes que d'un code fiscal spécial pour certains habitants de Neuilly. De même il convient d'appliquer les lois habituelles contre le racisme à toute personne qui, relayant des préjugés séculaires, s'obstine à voir un voleur dans tout Rom qui se promène dans la rue.
S'il faut une réunion au sommet de l'Etat pour examiner les problèmes des Roms, elle doit regarder comment scolariser les enfants des familles roms qui continuent à voyager, comment favoriser l'insertion professionnelle de tous, nomades ou sédentaires, comment faciliter l'inscription sur une liste électorale, comment aider les maires à organiser la cohabitation avec les riverains autour des aires dédiées aux caravanes, etc.
C'est à ces conditions que l'on pourra éviter les campements sauvages qui fâchent tant et prévenir les anathèmes et préjugés qui, de part et d'autre, gâtent souvent la vie entre Roms et gadjés.
« Le sens de l'humour peut prolonger la durée de vie. Son effet est positif sur la santé mentale et sur la vie sociale », avec une réduction de la mortalité de l'ordre de 20%. C'est l'étonnante conclusion d'une enquête menée en Norvège auprès de 55 000 personnes.
Étonnante sans être vraiment surprenante. Par la grâce d'un bon mot, d'un trait d'esprit ou tout simplement d'un modeste calembour, la relation sociale s'éclaire d'un sourire, d'un pétillement du regard, contribuant au charme de l'instant. C'est toute l'existence qui s'en trouve adoucie. Non que les problèmes disparaissent par miracle. Mais, en les mettant à distance, l'humour permet de s'en assurer une certaine maîtrise et de s'en protéger. Voilà pourquoi il constitue un puissant élixir de jouvence.
Les résistants à cette philosophie de l'existence n'y voient que légèreté et frivolité. Sur le premier point, ils ont raison. À ceci près que ce qu'ils tiennent pour travers est en réalité vertu: il ne s'agit pas de prendre la vie à la légère, mais d'en alléger les épisodes pénibles. Ainsi de ce chauffeur de taxi londonien qui, en pleine guerre, vient de traverser la capitale sous les bombes et dit à son passager à l'arrivée : « Nous avons eu de la chance. Pas de feux rouges ! » N'est-ce pas pour la même raison qu'au seuil de la chambre d'un malade, on prépare quelque formule prêtant à sourire ?
De la même manière, combien l'humour est-il précieux pour éviter le conflit d'une formule qui, ou bien signale le désaccord sans insister, ou bien le dépasse provisoirement. Un exemple. En 1906, le très anticlérical Clemenceau invite son voisin curé à élaguer les arbres donnant sur sa propriété. Le problème peut virer à l'aigre. Le curé s'exécute et Clemenceau se fend d'un bon mot de remerciement : « Mon père, je peux bien vous appeler 'mon père' puisque vous m'avez donné le jour. » Du tac au tac, le curé lui répond : « Je peux bien vous appeler 'mon fils' puisque, grâce à moi, vous avez vu le ciel. » Dans le contexte très tendu de la loi de séparation de l'Église et de l'État, un tel échange n'allait pas de soi.
Quant à la frivolité, elle n'est souvent qu'un trompe-l'oeil. Il s'agit en réalité d'une forme de pudeur. On donne l'impression de s'amuser de choses sérieuses, par dérision. Or, c'est l'inverse qui est vrai, comme l'a bien noté Nietzsche à propos de certains philosophes grecs : « Ils étaient superficiels, dit-il, par profondeur. » L'humour permet de conjurer, pour un temps, le tragique de la condition humaine, de s'en détourner sans le perdre de vue. En cela, il lui rend hommage comme, dira André Breton, « politesse du désespoir ».
Gardons-nous donc d'associer l'humour au rire. Tout ce qui fait rire n'est pas humour. La satire, la farce, l'ironie, la gaudriole peuvent amuser. Elles ne relèvent pas pour autant de son domaine, comme le démontrent, à l'envi, les prestations de prétendus « humoristes » qui ne sont souvent que des atrabilaires déversant à pleins seaux leur humeur noire. Où est la différence ? En ceci que, protestataire, contestataire ou ravageur ¯ voir l'humour juif ou dissident ¯, jamais l'humour ne se départit d'une élégance le prémunissant de l'aigreur, de la grossièreté ou de la calomnie qui ne constituent pas, elles, des brevets de vie prolongée. Vive le frais sourire de l'humour !
L'Agence française pour les investissements internationaux (Afii) vient de publier un tableau de bord de l'attractivité de la France qui remet de l'ordre dans un certain nombre d'idées reçues. D'abord et pour résumer, le pays se classe entre le premier et le quatrième rang mondial dans neuf des quatorze critères d'attractivité pour des investisseurs étrangers. Dont, par exemple, le taux de subvention à l'investissement, le réseau de TGV, le prix de l'électricité, la productivité par personne, le pourcentage de jeunes d'éducation supérieure ou - qui l'eût cru ? -le temps de procédure pour créer une nouvelle entreprise, fruit des efforts du gouvernement. Mais les tendances dominantes au dénigrement ou à l'autocritique ont fini par accoutumer à une image négative. Sans parler du « Wall Street Journal », qui nous classe dans les pays incurablement « socialistes ».
Il reste que nos cotisations sociales sont lourdes, ainsi que le taux nominal de notre impôt sur les sociétés - mais qui n'excède pas 17 % en termes réels selon l'étude, compte tenu des exemptions diverses. Le caractère très incitatif du crédit d'impôt recherche et la perspective de suppression de la taxe professionnelle inscrivent cependant des signaux forts, et apparemment appréciés. Quant au coût d'implantation des entreprises, notre cinquième place mondiale, et première européenne, apporte plus que des compensations à certaines de nos faiblesses.
Tous ces détails concrets pour dire que la réalité démode l'image reçue d'un pays bureaucratique et écrasé d'impôts. Il ne se débarrassera pourtant pas de si tôt de son péché de « gréviculture », entretenu surtout, il est vrai, par son secteur public. Les 20.000 entreprises étrangères actuellement implantées, qui entretiennent plus de 2,5 millions d'emplois, s'en sont jusqu'ici plus ou moins accommodées. Si l'électoralisme syndical ne s'aggrave pas, il y a des chances que d'autres les rejoignent.
EDF futur grand actionnaire d'Areva ?
L'Elysée a dévoilé ce mardi soir les conclusions chocs du rapport Roussely sur la filière nucléaire française.
L'Elysée annonce ce mardi soir des décisions stratégiques pour la filière nucléaire française en dévoilant le rapport Roussely, réalisé par l'ex patron d'EDF François Roussely, aujourd'hui banquier chez CSFB (Credit Suisse First Boston).
Les groupes publics Areva et EDF vont s'associer pour l'exportation de centrales nucléaires avec EDF comme chef de file. L'Etat entend ainsi tirer les leçons de l'échec tricolore de la vente de
réacteurs nucléaires aux Emirats arabes, contrat de plusieurs milliards d'euros, pourtant donné comme acquis et finalement emporté à la surprise générale par les Sud-Coréens.
Surtout, Areva, qui a déjà récupéré 4,1 milliards d'euros en vendant sa filiale T & D (transmission et distribution) au tandem Schneider - Alstom (ex propriétaire de T & D), va augmenter son capital de 15% d'ici à la fin de l'année. Et la participation d'EDF à l'opération n'est pas exclue. Cette hypothèse va être examinée souligne l'Elysée. Le champion de l'électricité passerait de 2,4% actuellement à quelque 10% selon certaines sources.
Par ailleurs, le projet du deuxième réacteur nucléaire de nouvelle génération EPR en France, celui de Penly, en Seine Maritime (après celui de Flamanville dans la Manche) est gelé dans l'attente des conclusions sur la construction des deux premiers exemplaires - dont le premier qui ne cesse d'accumuler les retards, en Finlande.
La gamme de produits proposée par la filière française sera élargie, pour mieux répondre à la diversité des besoins des clients. Ainsi, la certification du réacteur Atmea (1.100 MW), plus petit que l'EPR, sera poursuivie. EDF, GDF-SUEZ et éventuellement d'autres électriciens y seront associés. L'Atmea est actuellement développé par Areva et Mitsubishi.
A l'amont du cycle, l'accord de partenariat entre EDF et Areva "visera à conforter la sécurité et la compétitivité de l'approvisionnement en combustible", précise l'Elysée. "Afin de renforcer les capacités françaises relatives à l'approvisionnement en métaux stratégiques, des partenariats industriels pour l'activité minière d'Areva, pouvant comporter une dimension capitalistique, seront examinés", ajoute la présidence française.
Nicolas Sarkozy a d'autre part demandé au gouvernement de proposer des mesures complémentaires portant notamment sur la coordination de l'action des services de l'Etat, le renforcement de la recherche-développement et du potentiel humain, ainsi que sur les conditions de travail des salariés du secteur nucléaire.
L'amie de Belmondo attaque la police belge
La compagne de "Bébel" a porté plainte pour diffamation. Elle accuse la police belge d'avoir tenté de monter l'acteur français contre elle sur la base de fausses informations
"Nous allons intenter cette semaine deux
actions contre les enquêteurs belges qui ont procédé fin juin à Paris à une audition scandaleuse de Belmondo", a déclaré l'avocat de Barbara Gandolfi, la compagne de Jean-Paul Belmondo.
"La première auprès de l'inspection générale de la police fédérale, la seconde est une plainte contre X que nous allons déposer au pénal" à Bruxelles "pour plusieurs motifs, dont déloyauté dans la procédure et violation du secret de l'instruction", a expliqué l'avocat. Il a revanche nié des informations ayant fait récemment état d'une plainte directe de Jean-Paul Belmondo contre la police belge.
"Une chose est d'entendre Jean-Paul Belmondo en tant que témoin, c'en est une autre de lui faire entendre des pièces de la procédure de manière à le pousser à déposer plainte contre Mme Gandolfi", a estimé l'avocat, qualifiant de "déloyal" le procédé. L'autre accusation de la compagne de l'acteur français aux enquêteurs belges concerne la violation du secret professionnel.
Cette offensive judiciaire fait suite à une audition fin juin par la police de Jean-Paul Belmondo comme témoin à Paris, à la demande de la justice belge, dans le cadre d'une enquête visant Barbara Gandolfi et l'ex-mari de cette dernière, Frederic Vanderwilt, qui réside en Belgique.
Le parquet de Bruges s'intéresse à des flux financiers présumés suspects sur les comptes des sociétés de l'ex-mari de Mme Gandolfi, à Dubaï notamment. Les enquêteurs belges soupçonnent Barbara Gandolfi d'avoir utilisé Jean-Paul Belmondo dans ce cadre pour lui soutirer de l'argent.
FICTION :Octobre noir pour Nicolas Sarkozy
UN SCÉNARIO DE LA TRIBUNE: Vendredi 1er octobre, 15h30, à bord du Falcon 7x présidentiel
Depuis une demi-heure, le petit
triréacteur jouait à saute-nuages. Calé dans son fauteuil, Nicolas Sarkozy gardait les yeux fermés. Tout d'abord pour échapper à la conversation sans intérêt dont le gratifiait Luc Chatel, qu'il aimait bien pourtant. Mais surtout parce que se réveillait sa vieille peur du ciel. Malgré le confort du Falcon 7X et l'expérience du pilote. Le vol du matin avait déjà été plutôt agité. Tout cela pour une visite de deux heures tout au plus dans un lycée agricole du Vaucluse, où il avait fallu écouter une dissertation sans fin sur la culture du melon. A la sortie de l'établissement, le chef de l'État avait appelé Claude Guéant. Les choses allaient leur cours à Paris. Dès son retour, Nicolas Sarkozy devait recevoir le Premier ministre. Sur la table en noyer dépliée devant lui, "Libération" proclamait venu le temps du "nettoyage par le vide". "Le Figaro" croyait imminente la formation d'"un gouvernement resserré à dix super-ministres". Le sixième président de la Ve République sourit. Tous les leurres avaient fonctionné.
Les moteurs Pratt & Whitney se mirent à ronronner plus fort tandis que l'avion entamait sa descente vers l'aéroport militaire de Villacoublay. Nicolas Sarkozy regarda machinalement Paris qui se déroulait à ses pieds, sous la couverture grise et cotonneuse. Quelques minutes plus tard, le Falcon roulait sans à-coup sur le tarmac de la base aérienne 107. Dans un quart d'heure, motards et sirènes aidant, le chef de l'État serait à l'Élysée. Où l'attendait le secrétaire général de la présidence.
Claude Guéant était un personnage paradoxal. Discret en apparence, la voix douce, urbain et courtois jusqu'à l'extrême. Mais, l'œil vif derrière ses lunettes en était un premier indice, ce haut fonctionnaire, qui avait juré une fidélité absolue à Nicolas Sarkozy, était animé d'une volonté de fer au service de l'ambition du chef de l'État. Ce vendredi, Claude Guéant savait que la partie qui s'engageait était sans doute la plus importante depuis qu'avait commencé l'aventure, lorsque Nicolas Sarkozy s'était emparé de l'UMP en 2004. La rupture n'avait été pour l'instant qu'un slogan, elle allait devenir réalité.
Le secrétaire général de l'Élysée se tourna vers Franck Louvrier, le "monsieur Communication" du président. Lui aussi d'un naturel calme et souriant. Comme si Nicolas Sarkozy aimait à s'entourer de ses contraires. Le succès de l'opération en cours dépendait principalement du petit nombre de personnes dans la confidence. Cela tombait bien. Ils n'étaient que trois. Guéant, Louvrier et le chef de l'État. Même Carla Bruni-Sarkozy avait été tenue à l'écart des préparatifs. Une sorte de vertige s'empara du secrétaire général de l'Élysée. Franck Louvrier, dont les doigts couraient sur le clavier de son Blackberry, releva la tête: "Je pense que le mieux, c'est un communiqué à l'AFP. Une heure avant l'allocution télévisée, ce sera bien suffisant."
La porte du bureau du secrétaire général de l'Élysée s'ouvrit sur un huissier, ce qui annonçait l'entrée du président. Nicolas Sarkozy salua ses collaborateurs d'une claque dans le dos pour Franck Louvrier et d'une poignée de main pour Claude Guéant. Avant de se laisser tomber sur un fauteuil de velours vert sombre. Une ride barrait son front. Claude Guéant écarta des parapheurs sur la table basse et indiqua que le chef du gouvernement était attendu au palais présidentiel dans le quart d'heure. Nicolas Sarkozy pianota un texto sur le petit Nokia argenté dont il ne se séparait pas. Puis il broya le bras de Franck Louvrier qui avait pris place à côté de lui. "Prêts pour le coup d'État ?" lança le chef de l'État. Et il éclata de rire.
Lundi 4 octobre. 11 heures. Paris. Rue de Solférino
Martine Aubry raccrocha le téléphone. Bernard Thibault, le leader de la CGT, venait de lui confirmer que la manifestation du 7 octobre contre la réforme des retraites risquait d'être explosive. Le défilé du 23 septembre avait déjà été émaillé d'incidents très violents. Le service d'ordre syndical avait été débordé par des petits groupes très organisés. Et les CRS et gendarmes mobiles déployés le long du parcours avaient sans nul doute attisé les braises. Bilan : deux blessés graves parmi les manifestants, une trentaine de voitures incendiées et une dizaine de magasins pillés.
La première secrétaire du Parti socialiste avait gardé suffisamment de contacts dans les ministères pour savoir quand quelque chose se préparait. Et là c'était indéniable. La maire de Lille regarda Harlem Désir et Benoît Hamon, plongés dans la lecture des journaux sur le canapé confortable du bureau qu'elle avait fait réaménager quelques mois après son arrivée rue de Solférino. Murs blancs, bibliothèques blanches, grande table de travail, l'atmosphère était paisible. Mais Martine Aubry bouillonnait intérieurement.
Elle avait convoqué pour le lendemain un bureau national exceptionnel. Tous les ténors du parti avaient été priés de se libérer pour l'occasion. Il s'agissait de montrer face aux caméras et aux objectifs des photographes que les socialistes étaient "unis et rassemblés face à un état de crise". Même François Hollande, l'ennemi juré de Martine Aubry, avait promis d'être "au rendez-vous de la responsabilité".
La patronne du parti gardait en mémoire l'attitude ambiguë de François Mitterrand pendant les événements de Mai 68. Le futur leader de la gauche avait paru davantage animé par sa soif de pouvoir que par une quelconque empathie avec les émeutiers. Si les choses devaient mal tourner, comment devrait-elle se comporter ? Après tout, n'en déplaise à tous les "éléphants" socialistes, c'était elle qui était en position d'incarner l'alternative si le pouvoir actuel venait à basculer. "Je n'avais pas signé pour ça " soupira-t-elle à voix haute. Sur l'écran de son téléphone portable, un "sms" envoyé par Dominique Strauss-Kahn la fit grimacer. "Bon courage ma grande. Je te jure que c'est vrai: je n'aimerais pas être à ta place". Le message était accompagné d'un "smiley" avec des lunettes de soleil.
Benoît Hamon et Harlem Désir se levèrent pour aller rencontrer les journalistes conviés au point de presse hebdomadaire au rez-de-chaussée. Martine Aubry sentait monter une petite migraine. Elle devait déjeuner avec Ségolène Royal. Même si leurs relations s'étaient considérablement "normalisées", selon un vocabulaire qui fleurait bon le stalinisme, les rencontres entre les "deux dames" du PS restaient plus protocolaires qu'amicales. La veille, l'ex-candidate de 2007 avait tiré à boulets rouges, et même écarlates, sur Nicolas Sarkozy, qu'elle avait comparé à Adolphe Thiers, le "bourreau sanguinaire" de la Commune de Paris.
"N'est pas Louise Michel qui veut", avait aussitôt répliqué Jean-Pierre Raffarin, qui poursuivait Ségolène Royal de sa vindicte depuis les élections régionales de 2004. Frédéric Lefebvre et Dominique Paillé, porteurs de la parole - et des flingues - de l'UMP, avaient menacé la présidente de Poitou-Charentes des foudres de la justice et tenté un vague jeu de mots sur le fait qu'elle allait "tomber par terre, la faute à la promotion Voltaire" de l'Ena, dont elle était issue. Mais Ségolène Royal faisait ce matin la une de tous les journaux radio et télé. Une fois de plus, elle avait atteint son but. Martine Aubry sourit malgré elle. Après tout, si Ségolène voulait le job...
Mardi 5 octobre. 17 heures. Palais de l'Élysée
Nicolas Sarkozy surprit un garde républicain en bondissant hors de son bureau comme un diable de sa boîte. Le chef de l'État essayait de ne pas courir dans les couloirs. Mais cet après-midi, c'était difficile. Il descendit d'une traite l'escalier Murat, s'engouffra dans le vestibule d'honneur puis dans le salon des Ambassadeurs. Il s'arrêta, soudain pensif, devant la statuette équestre de Marc Aurèle. Non pas qu'il fut saisi d'une réminiscence historique, mais parce que le bronze lui plaisait, tout simplement.
Le soleil d'automne faisait courir des dorures sur les arbres du parc. Nicolas Sarkozy plissa les yeux pour apercevoir l'homme qui cheminait vers lui. Cet hôte tout particulier était arrivé par la grille du Coq. Henri Guaino aimait à rappeler que c'est par cette entrée, au fond des jardins, à l'abri des regards, que le général de Gaulle avait quitté l'Élysée après son référendum perdu en 1969. "Moi, je sortirai par la grande porte", répliquait de façon immuable Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui, le président n'en était plus si sûr.
Alain Minc, puisque c'était lui l'invité mystère, s'inclina avec un sourire amusé devant le chef de l'État. Nicolas Sarkozy ne se lassait pas de son éternel optimisme. Quand beaucoup dans la majorité lui prédisaient le goudron et les plumes en 2012, le conseiller officieux plaisantait et taillait en pièces les adversaires éventuels du chef de l'État, à droite comme à gauche. Avec une prédilection pour les deux "zinzins", Dominique de Villepin et Ségolène Royal.
Nicolas Sarkozy et Alain Minc s'installèrent à une table sur la terrasse. Un serveur, surgi de nulle part, fit son apparition avec un plateau, deux Perrier et une coupelle de cacahuètes.
La veille, en fin de journée, la Bourse de Paris avait dévissé, victime de terribles rumeurs au sujet d'une dégradation de la note souveraine de la France. L'agence de notation Standard and Poor's s'apprêtait, disait-on, à sanctionner Paris pour une réforme des retraites insuffisamment libérale et des comptes publics désespérément dans le rouge. Le sacrifice aoûtien d'Éric Woerth n'avait servi à rien.
Alain Minc prit la mesure de l'énervement présidentiel en voyant Nicolas Sarkozy, dont le visage s'était émacié en trois ans à l'Élysée, piocher à plusieurs reprises dans le bol d'arachides. "Je suis entre le marteau et l'enclume, diagnostiqua sombrement le chef de l'État. Entre les marchés et la rue." Alain Minc hocha la tête: "Il vous faut reprendre l'initiative. Je vous avais dit qu'un remaniement ne suffirait pas. Vous avez un lien direct avec les Français. Tout ce qui passe à votre périphérie est... périphérique. Le fil n'est pas rompu. Les Français vous attendent."
L'épaule droite de Nicolas Sarkozy tressauta. "Au tournant, ils m'attendent, grinça le président. Eh bien, ils vont l'avoir le tournant du quinquennat". "C'est-à-dire ?" s'enquit poliment Alain Minc. Le chef de l'État se prit la tête dans les mains. "Moi, le boulot je le voulais, et je l'ai eu ! J'avais cette boule, vous savez, au creux de l'estomac. Le jour où j'ai été élu, elle est partie [une poignée de cacahuètes]. Le reste, c'est du superflu. Je ne suis pas là pour être aimé, je suis là pour faire mon travail. La 'big picture', comme ils disent les Américains. Je suis là pour moderniser la France. Elle en a besoin, la France [une autre poignée de cacahuètes]. Et, honnêtement, j'ai pas mal réussi déjà non ? Alors voilà, il faut parfois savoir tout remettre en jeu. Il faut savoir repartir de zéro. Demain, je démissionne."
Alain Minc crut voir une flamme jaillir au cœur d'une porte-fenêtre. Mais ce n'était que le soleil couchant...
Mercredi 6 octobre. 15 heures. Assemblée nationale
Bernard Accoyer prit lentement sa place au perchoir. La séance des questions au gouvernement s'annonçait aussi pénible qu'avant la pause estivale. Un huissier remit au président de l'Assemblée nationale une enveloppe contenant un mot manuscrit: "On se voit juste après. C'est hyper- urgent. JFC." Jean-François Copé, le patron des députés UMP. Bernard Accoyer leva les yeux au ciel. Qu'est-ce qu'il allait encore inventer pour se rendre intéressant celui-là ? Il le chercha des yeux dans l'hémicycle. Très entouré à son banc, le député-maire de Meaux parlait en agitant les bras. Déjà assis dans leurs travées, les députés de l'opposition observaient le manège. Puis le président du groupe socialiste, Jean-Marc Ayrault, prit la parole pour interpeller sans passion le Premier ministre sur le climat politique "délétère".
Sitôt finie la séance, les députés s'égayèrent vers la salle des Quatre-Colonnes, où les journalistes campaient à l'affût de petites, ou même de grandes phrases. Bernard Accoyer s'isola avec Jean-François Copé dans la bibliothèque de l'Assemblée. "Que voulais-tu me dire de si important ?" Le président du groupe UMP lui saisit la manche: "C'est énorme. J'ai vu Sarko ce matin, il va démissionner..."
La rumeur n'avait pas tardé à se répandre dans les couloirs du Palais-Bourbon. Mais aussi dans la presse. Les camionnettes des chaînes d'information continues et les voitures des radios encombraient les trottoirs du Quai d'Orsay. De l'autre côté de la Seine, rue du Faubourg-Saint-Honoré, des policiers débordés éloignaient les journalistes et les curieux massés devant le lourd portail de l'Élysée. La dépêche AFP tomba à 18 h 03: "Le président de la République prononcera une allocution solennelle en direct à 20 heures, a annoncé le service de presse de l'Élysée. Des informations gouvernementales, non confirmées par l'entourage de Nicolas Sarkozy, font état d'une démission imminente du chef de l'État." L'urgent était signé par Nadège Puljak, la correspondante de l'agence à l'Élysée. Ce qui donnait du poids à la nouvelle.
Une heure et cinquante-sept minutes plus tard, le silence se fit dans les foyers français, mais aussi à l'Assemblée, au Sénat, à Matignon, dans les ministères, dans les salles de rédaction, où les téléviseurs avaient tous été allumés. L'image familière du palais de l'Élysée barré du drapeau tricolore apparut sur les écrans. Immédiatement suivie par celle de Nicolas Sarkozy, grave, costume sombre, cheveux de plus en plus grisonnants: "Mes chers compatriotes, en mai 2007, vous m'avez élu pour que j'assure la rupture avec les méthodes du passé, avec les comportements qui, si souvent, ont conduit la France dans l'abîme. Aujourd'hui, les forces de l'immobilisme et du conservatisme se liguent pour ruiner vos efforts, pour entraver la marche en avant de ce pays qui nous tient tant à cœur. J'ai fait le choix du courage et de la responsabilité. Je démissionne ce jour de mes fonctions de président de la République. Une élection présidentielle anticipée sera organisée dans les délais prévus par la Constitution. Il vous reviendra de dire si vous voulez que la France s'engage résolument dans la modernisation. J'aurais pu, comme le demandaient des esprits irresponsables dans l'opposition, vous interroger par référendum sur la réforme des retraites qu'Éric Woerth, tombé au champ d'honneur de la politique, avait lancée avec noblesse. Je préfère vous saisir de l'ensemble des questions qui se poseront dans les années qui viennent à ceux qui auront la charge de diriger la France. Parce que mon vœu le plus cher est de continuer de la servir. Pour garantir à chacun d'entre vous l'avenir auquel il a droit. Je vous remercie. Vive la République, vive la France..."
Jeudi 7 octobre. 11 heures. Siège de l'UMP
Xavier Bertrand était en train de perdre son calme. Le téléphone n'arrêtait pas de sonner. Et les nouvelles étaient peu rassurantes. Alain Juppé venait de donner une rapide conférence de presse à Bordeaux pour annoncer sa candidature à des primaires de l'UMP. Jean-François Copé venait de déclarer sur le site Internet du journal "Le Monde" qu'il réfléchissait à un « engagement personnel ». Michel Bettan, fidèle collaborateur du secrétaire général de l'UMP, se rongeait les ongles en attendant la retransmission télévisée du discours que devait prononcer Dominique de Villepin. Une conférence de presse de Martine Aubry était attendue dans l'après-midi.
Sur LCI, le politologue Dominique Reynié discourait sur le "coup d'État à froid" de Nicolas Sarkozy. Le sondeur Gaël Slimane lui portait la contradiction en affirmant que le chef de l'État, loin de se garantir un plébiscite, avait "ouvert un boulevard à la gauche". Des constitutionnalistes s'empoignaient sur les conséquences du choix présidentiel sur une Ve République déjà exsangue.
Un pupitre transparent frappé du sigle tricolore du mouvement villepiniste "République solidaire" apparut à l'écran. En studio, les présentateurs faisaient patienter en rappelant le coup de théâtre de la veille. Soudain, l'ancien Premier ministre, longue silhouette, visage aigu, cheveux gris coupés court, fit son entrée. Dominique de Villepin sourit aux caméras avant de déplier deux feuilles de papier devant lui. "Françaises, Français, mes chers compatriotes. Hier, le président de la République a porté un coup fatal à l'esprit de nos institutions. En transformant ce qui doit être, ce qui doit rester un moment de communion républicaine, la rencontre entre un homme et un peuple, en transformant l'élection présidentielle en farce antidémocratique, en tragi-comédie autocratique. Depuis trois ans déjà, la France est abîmée, la France est abaissée par la volonté d'un homme, Nicolas Sarkozy. Il y a quatre mois, en créant République solidaire, j'ai voulu appeler au sursaut. Aujourd'hui, je mesure la responsabilité, je mesure la tâche qui est la mienne. En me portant candidat à la présidence de la République, hors des petits arrangements des partis, des petites cuisines sur les petits réchauds, j'appelle tous les républicains, toutes les femmes et tous les hommes de progrès à me rejoindre dans le combat qui commence. L'idée républicaine nous oblige et nous fait devoir. Je vous remercie".
Xavier Bertrand resta silencieux un long moment. Interrompu par le bourdonnement de son portable. Pas besoin de regarder pour savoir qui appelait. À l'autre bout de la ligne, Nicolas Sarkozy était métallique de colère froide: "Il se prend pour qui ce guignol ? Il sait ce que j'en fais de sa France ? Il se croit dans la Résistance ? Je vais me le faire, moi, Jean Moulin !" Le secrétaire général de l'UMP rassura le chef de l'État: "Il n'a aucune chance. Les primaires vont le disqualifier dans notre électorat. Et le PS ne va pas lui laisser d'espace. C'est mort pour lui."
À la Maison de l'Amérique latine, où il avait fait sa déclaration solennelle, Dominique de Villepin se laissait aller aux confidences devant la presse: "Sarkozy est cuit. Il a cru réussir un coup de poker mais les Français ne sont pas dupes. J'ai des retours de plusieurs ministères, les administrations craquent de l'intérieur, on ne compte plus les hauts fonctionnaires qui veulent nous rejoindre. C'est une insurrection républicaine." Et la gauche ? demandèrent les journalistes. "Pas crédibles, des guignols", lâcha l'ennemi intime de Nicolas Sarkozy.
Jeudi 7 octobre. 14h30. Boulevard Beaumarchais. Paris
Comme souvent, les socialistes avaient rendez-vous devant le cirque d'Hiver. Le service d'ordre était nerveux. Le carré de tête syndical venait de passer devant les banderoles du PS. Suivi par des groupes de manifestants qui faisaient résonner des slogans vengeurs sur le pavé de la capitale: "Sarkozy, t'es foutu, tu finiras tout nu" ; "La retraite pour Sarko, c'est 55 ans, c'est maintenant"; "Nicolas, démissionne mais ne reviens pas !".
Martine Aubry était assiégée par une forêt de micros et de caméras. La première secrétaire du PS ramena le calme avec l'autorité ronchonne qui était sa marque de fabrique. "Je m'exprimerai plus longuement tout à l'heure... Mais d'ores et déjà je veux vous dire ceci : Nicolas Sarkozy a choisi d'anticiper l'échéance. Il ne réussira qu'à anticiper la sanction." "Serez-vous la candidate des socialistes ?" lança une journaliste. La maire de Lille tourna les talons.
Comme toujours, Ségolène Royal était en retard. Sa voiture avalait les kilomètres qui séparent Poitiers de Paris. France Info diffusait des nouvelles alarmantes sur le cortège parisien. Des barricades avaient été dressées place de la Nation. Assis à l'avant, l'officier de sécurité de l'ancienne candidate à la présidentielle répondit au téléphone. C'était Laurence Ferrari qui demandait si Ségolène Royal pouvait être sur le plateau du "20 heures" de TF1. La réponse fut positive.
La cour intérieure de Solferino débordait. Des grappes de journalistes tentaient de se frayer un chemin vers la salle Marie-Thérèse-Eyquem, où Martine Aubry patientait au pupitre. Le silence se fit au moment où la première secrétaire commença à parler. "La France vit aujourd'hui une situation quasi insurrectionnelle. Trois années de détricotage du vivre ensemble, trois années de mise à mal des services publics, trois années de politiques injustes et inefficaces ont rompu le contrat entre les Français et leurs dirigeants. Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy va jusqu'à dévoyer les institutions de la Ve République pour tenter un passage en force. Il trouvera le Parti socialiste en ordre de bataille face à lui. Nous gagnerons l'élection présidentielle et nous ramènerons dans ce pays la sérénité et l'esprit de justice indispensables à la réussite des réformes nécessaires..." "Qui sera le candidat du PS ?" tenta un journaliste. Martine Aubry cligna des yeux face aux projecteurs: "La situation rend impossible l'organisation des primaires telles que nous les avions imaginées. Je me suis entretenue avec François, Manuel... et Ségolène. Nous tiendrons samedi un conseil national extraordinaire et les militants seront appelés à voter dans un délai d'une semaine pour choisir entre les candidats..." "Dont vous ferez partie ?" insista une voix dans la marée médiatique. Comme d'habitude, Martine Aubry quitta la pièce sans répondre.
Laurence Ferrari goûtait ces moments où, elle le devinait, huit à neuf millions de Français lâchaient leur fourchette pour écouter son invité du jour répondre à une question cruciale. Ségolène Royal avait la veste blanche des jours de bataille. C'était bon signe. "Serez-vous candidate Mme Royal ?" demanda la présentatrice, la voix un peu tremblante. Le regard bleu de la présidente de la région Poitou-Charentes se posa sur la journaliste. "Je vais vous répondre. Mais d'abord, je veux dire que ma préoccupation va vers les Français qui souffrent. Depuis 2007, trois années ont été perdues. Je suis aujourd'hui la mieux placée pour riposter à l'offensive de Nicolas Sarkozy. Mais ce sont les militants socialistes qui le diront. Oui, je suis candidate, pour permettre à la France de rattraper le temps perdu".
Samedi 9 octobre. 16 heures. Résidence de la lanterne
Calé dans son fauteuil de jardin, Nicolas Sarkozy restait sourd aux appels de son fils Louis, qui l'invitait à le rejoindre dans la piscine. Piscine creusée du temps de Michel Rocard, aimait à rappeler, persifleur, le chef de l'État, devenu très susceptible sur la question des deniers publics.
Le bilan de la semaine était mitigé. Certes, il avait créé un incontestable effet de surprise en remettant en jeu son mandat. La presse étrangère avait même salué son sens de la mise en scène. Mais les premiers sondages décortiqués par le toujours efficace Pierre Giacometti montraient que le pari était loin d'être gagné. Au premier tour de la présidentielle, Nicolas Sarkozy obtenait 28 %, juste devant le candidat socialiste, crédité de 27 % des suffrages. Dominique de Villepin raflait 10 % des voix... et Marine Le Pen 25 % ! De quoi donner des sueurs froides aux stratèges de l'UMP et des maux de tête aux sondeurs. La représentante de l'extrême droite était-elle sous-estimée ou surestimée ? Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy était de fort méchante humeur.
La télévision, branchée sur Public Sénat, retransmettait le conseil national du PS, où apparemment tout se passait plutôt tranquillement.
Ils étaient finalement quatre candidats à se disputer les faveurs des sympathisants socialistes: Martine Aubry, soutenue par le message vidéo d'un Dominique Strauss-Kahn souriant et bronzé, Ségolène Royal, venue à la réunion dans une drôle de petite voiture électrique Heuliez, François Hollande, encore plus souriant et bronzé que DSK, et Manuel Valls, l'air sombre et nerveux. Là aussi sollicités, les sondages donnaient Martine Aubry en tête, devant Ségolène Royal et François Hollande. Manuel Valls était distancé. Mais devant le palais de la Mutualité les journalistes estimaient qu'une surprise était possible.
Claude Guéant avait parié sur Martine Aubry et Franck Louvrier le défiait en plaçant ses billes sur François Hollande. Nicolas Sarkozy grimaça: "Ce ne sont pas des adversaires faciles de toute façon. Enfin, si je suis au second tour..." Ses deux fidèles s'insurgèrent contre cette flambée de pessimisme. Patrick Buisson avança que Marine Le Pen était quand même plus fréquentable que son père. Nicolas Sarkozy n'était pas convaincu. Le président trouvait que la fille de Jean-Marie Le Pen avait un esprit de revanche bien développé depuis qu'il avait siphonné les voix de l'extrême droite avec sa campagne musclée de 2007. Non, vraiment, il n'y avait pas de quoi se réjouir. Seule satisfaction: le naufrage de François Bayrou, qui ne savait même pas s'il pourrait se présenter à la présidentielle. Nicolas Sarkozy avait pourtant tendu la main au président du Modem ces derniers mois.
Mais il y avait un geste que Nicolas Sarkozy refusait d'effectuer. Il restait sourd aux appels à la raison de Jean-François Copé, qui se déployait sur toutes les radios et télés. Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé lui avaient laissé des messages désespérés. Le premier le suppliait "d'enlever le croc de boucher qu'il avait dans la tête". Le deuxième le priait de « faire le premier pas, le seul qui coûte". Même le très sage Bruno Le Maire s'était exaspéré de voir la majorité se diviser "artificiellement à l'orée d'une difficile bataille". Rien à faire, le chef de l'Etat ne voulait pas entendre parler d'une réconciliation avec Dominique de Villepin, qui, pour ne rien arranger, avait prévu d'aller parader une nouvelle fois en banlieue dans l'après-midi.
Nicolas Sarkozy laissait donc la haine courir dans ses veines. Elle lui donnait la force de continuer...
Pourquoi la Russie privatise ses grandes entreprises
Moscou va vendre des parts de conglomérats publics pour 29 milliards de dollars. L'objectif n'est pas tant de renflouer le budget que de réduire la part de l'Etat dans l'économie et d'attirer les investisseurs étrangers, explique Georges Sokoloff, professeur émérite des
Universités, spécialiste de la civilisation russe contemporaine.
L'Etat russe a présenté un programme de privatisation d'entreprises publiques de premier plan, qui vise à rapporter près de 30 milliards de dollars. Est-ce un plan historique?
Ce programme est certes plus important que ce qui avait été annoncé à l'automne 2009 (il était alors question de dégager 2 milliards de dollars en vendant des participations dans plusieurs milliers d'entreprises), mais c'est surtout parce que depuis la conjoncture internationale est beaucoup plus favorable qu'il y a six mois. Au final, ces privatisation ne concernent qu'une petite dizaine d'entreprises.
Les ventes concernent cependant des conglomérats publics stratégiques (le pétrolier Rosneft, le monopole de pipelines Transneft, l'opérateur ferroviaire RZD ou encore le réseau de caisses d'épargne Sberbank)...
Oui, mais l'Etat ne cède pas une part significative de ses entreprises, il garde la part majoritaire de blocage. C'est-à-dire qu'il garde le contrôle de ses entreprises, tout en engrangeant un bénéfice non négligeable.
Ces recettes vont-elles servir à combler le déficit budgétaire du pays ?
Non, ces privatisations représentent moins de la moitié de l'effort de l'Etat pour ramener le déficit budgétaire de 5% du PIB en 2010 à 4% en 2011 et 2% en 2012. Le déficit public russe n'est de toute façon pas un problème : le budget de l'Etat est alimenté par la taxe sur les ventes de produits pétroliers et les hydrocarbures, principale manne de l'économie russe. Or les prix des matières premières sont orientés à la hausse, ce qui pourrait permettre à l'Etat russe de résorber son déficit sans efforts. Le vrai problème de la Russie, ce n'est pas le déficit budgétaire mais la dette des entreprises privées russes, et notamment des banques, qui atteint près de 420 milliards de dollars.
Pourquoi les entreprises et les banques russes ne subissent-elles pas une plus forte pression des marchés ?
Parce qu'en face il y a les réserves de l'Etat, qui s'élèvent à quelque 400 milliards de dollars. Pour les marchés, l'Etat russe sert indirectement de garant aux entreprises privées.
Si le programme de privatisation ne sert pas à réduire le déficit, quel est son objectif ?
L'objectif est d'attirer des investisseurs étrangers, d'améliorer la gestion des entreprises russes et donc d'accroître leur compétitivité. Surtout, ce plan de privatisation vise à réduire la part monumentale et inutile de l'Etat dans l'économie russe, qui s'élève à 40%.
Comment expliquer que l'Etat russe possède encore 40% des actifs productifs du pays, alors qu'il y a eu une longue période de privatisations dans les années 1990, suite à l'éclatement de l'URSS ?
Après des ventes chaotiques dans les années 1990, dénoncées par les milieux économiques internationaux parce qu'elles favorisaient les oligarques russes, la Russie a freiné ces dernières années le mouvement des privatisations. C'est Poutine qui a engagé ce retour de l'Etat dans la vie économique, dont le symbole est le démantèlement du géant pétrolier Ioukos en faveur des groupes publics Gazprom et Rosneft. Mais Poutine n'est plus au pouvoir et Dimitri Medvedev entend moderniser l'économie russe, notamment en s'attaquant aux conglomérats publics.
Les entreprises françaises sont-elles présentes et ont-elle intérêt à investir en Russie ?
La France est loin d'avoir déployé toutes ses cartes commerciales en Russie. C'est l'Allemagne qui est son principal partenaire économique. Toutefois, depuis quelques mois, la France est le principal investisseur étranger en Russie. Tant mieux, car c'est une opportunité évidente. Le principal moteur de l'économie russe, c'est la consommation des ménages. Les grandes entreprises sont d'ailleurs très bien implantées en Russie : Total, Renault, Airbus, et surtout Auchan, qui est leader de la grande distribution là-bas. Le problème, c'est pour les petites et moyennes entreprises, qui ne sont à mon avis pas assez accompagnées par les banques pour s'implanter en Russie.












