TOUT EST DIT

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vendredi 6 février 2015

Hollande, l'enchanteur

Jeudi, le président a sorti le grand jeu pour tirer au mieux profit des événements tragiques de janvier.

L'occasion était trop belle, et franchement on ne reprochera pas au président de la République de l'avoir saisie. Il aurait été bien sot de ne pas le faire, et il l'a fait avec habileté. C'était son droit et même son devoir. Reste à savoir s'il sera à la hauteur de ses intentions : elles sont excellentes, mais comme à l'habitude démesurées, et elles cachent mal ses intérêts personnels.
Quelle occasion ? On l'aura compris : les événements tragiques de janvier qui ont secoué la France, provoqué le sursaut populaire que l'on sait et rehaussé dans des proportions significatives le crédit défaillant de François Hollande et de son gouvernement. Il en a visiblement retiré une énergie comparable à celle qu'il montrait aux premiers jours de son mandat, et porteuse d'une promesse tout aussi ambitieuse. Effacé le passé, oubliés les déconvenues, les erreurs, les échecs de ces bientôt trois dernières années : le président nouveau est arrivé, revêtu du costume inespéré et flatteur que lui ont taillé les circonstances. 

Hauteurs

"Ce qui va changer, dit-il, c'est la confiance." Tout le problème est là, en effet. Que sa propre confiance en lui-même soit renforcée par ce coup du sort imprévu, certes. Mais c'est la confiance populaire qui est en cause, la seule qui compte. Elle dépendra des résultats de la politique qu'il s'apprête à mettre en oeuvre. À cet égard, un journaliste a posé la bonne question, lui demandant s'il ne craignait pas que "l'esprit du 11 janvier ne se fracasse sur [sa] politique économique". On n'a pas eu la réponse, pour la simple raison que la politique économique n'a été que subsidiairement évoquée par lui.
L'objet du long discours de jeudi était en effet ailleurs que sur ce terrain. Il se situait à des hauteurs beaucoup plus élevées : le rang de la France, la restauration de la République, l'unité nationale, la démocratie, bref essentiellement des concepts. Certes, l'évocation de ces valeurs était assortie de propositions concrètes, mais dont le nombre et l'ambition étaient tels qu'on en avait le tournis. Cecatalogue impressionnant d'annonces est plein de bonnes choses, mais dont la plupart ne sont pas nouvelles : l'investissement diplomatique de la France dans les crises mondiales, au premier rang desquelles l'Ukraine, le projet éducatif, le virage écologique, la politique d'intégration, etc. On souscrit volontiers à tous ces projets. Mais c'est trop à la fois, et à quel prix ? Toujours cette confusion entre le possible et le réel, entre les principes et leur application.

Leurres

Qui n'est pas d'accord avec les principes ? Ceux qui fondent la République, par exemple. Mais que signifient la liberté et l'égalité dont le discours du président était plein, si la dignité des hommes n'est pas assurée dans leur existence quotidienne par les conditions de vie auxquelles ils ont droit ? Que signifient ces valeurs si on ne les appuie pas sur une politique qui favorise le progrès économique et la justice sociale, si l'on n'offre pas une espérance à ceux qui ont peine à vivre ? Or tout au plus a-t-on entendu quelques mots sur le fameux pacte de responsabilité, unique et dérisoire produit de la gestion économique et sociale de la France au cours de ces deux dernières années. Et l'unité nationale ? Quel sens a-t-elle, sinon celui d'un voeu pieux, lorsqu'on la rapporte au contexte actuel, avec quelques millions de chômeurs et une politique contestée par la majorité de l'opinion ? Et la fraternité, leurre entre les leurres, dans un pays déchiré par ses divisions, ses corporatismes, ses conflits d'intérêts ?
Qu'a-t-elle attendu, la gauche au pouvoir, elle qui se veut le défenseur historique de ces valeurs, pour les renforcer au-delà des mots depuis qu'elle est au pouvoir ? Que n'a-t-elle précédé hier l'événement plutôt que de le récupérer aujourd'hui ? Et quelle confiance lui accorder pour demain si l'on sait qu'elle avait les moyens d'ajuster les actes aux intentions et qu'elle a failli à cette mission ?
On peut rêver. Il rêve, lui, l'enchanteur. Mais se fait-il autant d'illusions qu'il y paraît, lui qui une nouvelle fois annonce qu'il ne se représentera pas en 2017 si le chômage en reste là où il est ?