TOUT EST DIT

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vendredi 7 novembre 2014

'Les grandes firmes du net offrent des centres de commandement pour les groupes terroristes'

Les grandes firmes de technologie devraient collaborer davantage dans la lutte contre le tourisme mondial, et en particulier, l’Etat islamique (EI), estime Robert Hannigan, qui dirige l’agence de renseignement britannique  Government Communications Hadquarters (GCHQ), dans un éditorial du Financial Times. Hannigan note que le groupe terroriste de l’EI a développé une véritable expertise afin d’optimiser son utilisation d’internet pour ses besoins de communication.
Il souligne que l’EI est la première organisation terroriste composée de membres qui ont grandi avec l'Internet. Et au contraire des groupes terroristes de la génération précédente, comme Al Qaïda, qui agissaient clandestinement sur le net, propageant leur propagande de façon anonyme, ou connectant leurs membres dans des « dark rooms », l’EI se manifeste à visage découvert pour faire sa promotion, intimider ses ennemis, et recruter de nouveaux membres.
Les membres du groupe sont rompus à l’usage de plateformes telles que Twitter, Facebook et WhatsApp. En outre, ils ont tiré des leçons de l’impact négatif des vidéos trop violentes montrant les décapitations, et ils se sont adaptés en conséquence, en se censurant. De cette manière, ils respectent les règles des plus grands médias sociaux, et demeurent dans les limites de ce qui est publiable sur le net, tout en capitalisant sur la liberté d’expression occidentale.
Ils ont également appris des techniques qui leur servent de porte-voix, telles que l’utilisation de hashtags populaires comme ceux de « World Cup » ou « Ebola » ; pendant leur avancée sur Mossoul,  ils ont adressé jusqu’à 40 000 tweets par jour, déjouant les contrôles anti-spam. Les candidats au Jihad n’ont plus à connaître de mot de passe ou d’adresses de sites secrets pour suivre leur progression : ils en publient les moindres détails au vu et au su de tout le monde. 
En outre, l’EI tire également parti des possibilités offertes par les technologies mobiles pour préserver la sécurité de ses communications. Les smartphones et les nouvelles technologies mobiles ont énormément enrichi la panoplie des options possibles. Les terroristes utilisent des techniques de cryptage des données ou d’autres techniques qui leur garantissent l’anonymat,  qui n’étaient autrefois réservées qu’aux membres des services de sécurité spécialisés ou à des criminels extrêmement sophistiqués. Ces techniques sont fournies dans des applications facilement accessibles, dont certaines se vantent d’être « approuvées par Snowden ».
« Le GCHQ, et ses agences sœurs, le MI5 et le Secret Intelligence Service ne peuvent s’attaquer d’une manière appropriée à ces défis sans un soutien plus important du secteur privé, incluant notamment les plus grandes compagnies américaines du secteur des technologies  qui dominent le web », écrit Hannigan. Il dit comprendre que ces compagnies souhaitent offrir une certaine neutralité, tant du point de vue des données, que politique. Mais il observe que cette posture favorise la diffusion de contenus liés à des extrémismes violents, ou à l’exploitation des enfants, et qu’elle facilite les activités terroristes et criminelles.
Il est conscient que, de leur côté, les agences de renseignement telles que le GCHQ doivent également accepter de débattre ouvertement de la question de la vie privée, et qu’elles doivent en particulier montrer qu’elles n’ont recours aux données privées que dans le but de protéger les citoyens.
«Pour ceux d’entre nous qui devons lutter contre les comportements humains extrêmes déprimants sur internet, il peut sembler que certaines entreprises de technologie sont en déni par rapport à cette utilisation pernicieuse de l’internet », écrit Hanigan.  « Je soupçonne que la plupart des utilisateurs ordinaires de l’internet sont en avance sur elles : ils ont des opinions bien tranchées en ce qui concerne l’éthique de ces sociétés, que ce soit en matière d’impôts, de protection des enfants, ou de la vie privée ; ils ne veulent pas que les plateformes médias qu’ils utilisent avec leurs amis et leurs familles contribuent à faciliter les meurtres ou les abus sur enfants. (…) Je crois que ces consommateurs n’objecteraient pas contre l’établissement d’une relation plus durable entre les agences de renseignement et les firmes de technologie. (…)
Un nouvel accord est nécessaire entre les gouvernements démocratiques et les firmes de technologie dans le domaine de la protection des citoyens. Cet accord doit être fondé sur les valeurs démocratiques partagées par les deux parties. Mieux vaut le conclure maintenant, plutôt qu’à la suite d’un regain de violence. »