TOUT EST DIT

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dimanche 28 septembre 2014

Sarkozy, à droite toute !

Pour son premier meeting de campagne, l'ancien président a abattu ses cartes : des propositions iconoclastes et radicales. Et ce n'est pas fini...

Quand on se rend à un concert de Johnny Hallyday, on ne s'attend pas à écouter du Richard Clayderman. Quand on suit un meeting deNicolas Sarkozy, il vaut mieux se préparer à entendre du... Sarkozy. À Lambersart, jeudi soir, les militants n'ont pas été déçus. Toujours aussi à l'aise sur scène, l'ancien président de la République, désormais candidat à la présidence de l'UMP (et de la République), leur a servi ses plus célèbres tubes, paroles et musique de Patrick Buisson : il faut moins de fonctionnaires, les fonctionnaires doivent travailler plus, il faut en finir avec le statut à vie des fonctionnaires, les chômeurs ne doivent plus refuser un travail, il faut mériter son RSA, il faut supprimer l'aide médicale d'État, il faut refonder les accords de Schengen... Devant une foule de fans en délire ("Nicolas, Nicolas"...), comme si on avait rajeuni de deux ans et demi, l'artiste - le meilleur de sa génération assurément - a esquissé quelques nouvelles chansons de son répertoire : il faut exploiter le gaz de schiste - alors qu'il en avait interdit l'exploration lorsqu'il était au pouvoir -, il faut en passer par le référendum pour la fusion des conseils généraux et des conseils régionaux, et les primaires, je suis pour, n'en parlons plus...

On ne pourra pas dire que Sarkozy ne fait aucune proposition

On aime ou on n'aime pas, mais, au moins, on ne pourra pas dire que Nicolas Sarkozy ne fait aucune proposition. Après avoir fait lanterner tous ses soutiens pendant des mois, alimentant le vrai-faux suspense de son retour, l'ancien chef de l'État avance désormais à découvert. À droite toute ! Logique puisque, dans un premier temps, il sollicite les suffrages des militants de l'UMP - avant de briguer ceux des Français. C'est même pour cette raison qu'il n'ose pas dire - pas encore, pas tout de suite - qu'il ne demandera jamais l'abrogation de la loi sur le mariage pour tous. Il n'empêche que cette première prestation à guichets fermés présente au moins l'avantage de renvoyer dans les cordes tous ceux qui, à gauche, répètent depuis des mois que François Hollande et Manuel Valls mènent une politique d'austérité de droite. On serait d'ailleurs curieux de savoir si Jean-Luc Mélenchon pense toujours que "Hollande, c'est pire que Sarkozy". Sans doute y a-t-il une part de cynisme dans ce constat, mais force est d'admettre qu'à Lambersart Nicolas Sarkozy, comme il l'a dit lui-même, a remis "l'église au milieu du village". On perçoit mieux aujourd'hui, après vingt-huit mois d'amnésie collective, ce qui est de droite et ce qui ne l'est pas.
Souvenez-vous, par exemple, de la récente polémique déclenchée par le ministre du Travail, François Rebsamen, à propos du contrôle des chômeurs. Ce qui est de droite, c'est de dire que, désormais, un chômeur ne pourra plus refuser un emploi ; ce qui est de gauche, c'est de dire qu'un chômeur a des droits, mais qu'il a aussi le devoir de chercher un emploi.

Supprimer l'aide médicale d'État ?

Ce qui est de droite, c'est de dire qu'il faut réduire le nombre de fonctionnaires et obliger ceux qui restent - des feignants, forcément - à travailler plus ; ce qui est de gauche, c'est de créer 60 000 postes dans l'Éducation nationale et 5 000 dans la police et la justice.
Ce qui est de droite, c'est de supprimer l'aide médicale d'État - quand Barack Obama, lui, vient de créer la sécurité sociale pour 60 millions d'Américains -; ce qui est de gauche, c'est de dire, au contraire, que pour des raisons humanistes et de santé publique, chacun a le droit aux soins...
De ce point de vue, le retour de Nicolas Sarkozy fait du bien à l'exécutif, moins à la gauche de la gauche.
Deux messages pour finir :
1) À ceux d'abord qui, à droite comme à gauche, prétendent avec gourmandise que Nicolas Sarkozy n'a plus d'idées neuves : rappelons-leur qu'il lui reste non pas huit semaines, mais trente-deux mois, pour les inventer - la présidence de l'UMP, c'est le 29 novembre prochain ; la présidence de la République, c'est en 2017.
2) Aux militants UMP ensuite : à leur place, je demanderais à Nicolas Sarkozy ce qu'il entend, pour sa famille politique, par "formation politique du XXIe siècle". Lundi soir, il en a résumé les statuts en trois mots : "autorité, leadership, volonté". Un peu court, non ?