TOUT EST DIT

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jeudi 11 septembre 2014

Les Français, la boue et le dégoût

Comme l’injure est l’arme des faibles, la boue est devenue cette infamie dont sont recouverts aujourd’hui tous ceux qui ne se conforment pas aux canons de la bien-pensance.
Manuel Valls a résumé mercredi dernier la sensation qui gagne tous les Français à une vitesse vertigineuse. « J’ai le sentiment depuis quelques jours, a déclaré le premier ministre,qu’il y a une forme de boue qui est en train de nous gagner. Nous éprouvons, tout comme nos compatriotes, une forme de dégoût. » Le chef du gouvernement a utilisé deux mots très justes. Celui de boue et celui de dégoût. Comme l’injure est l’arme des faibles, la boue est devenue cette infamie dont l’on vous couvre aujourd’hui dès que vous ne vous conformez pas aux canons de la bien-pensance officielle. Pour avoir été banquier chez Rothschild, Emmanuel Macron ne cesse de recevoir des seaux de boue sur la figure. Et les socialistes comme la presse de gauche parlent de lui en le qualifiant de banquier et non pas de ministre. Il ne manquerait pas grand-chose pour que le journal Libération, si prompt à faire la morale, ajoute le qualificatif de “juif” à celui de banquier, de manière à mieux le stigmatiser.
Pour avoir évoqué un truisme, c’est-à-dire la nécessité de mieux contrôler la situation des chômeurs afin de lutter contre la fraude, François Rebsamen, le ministre du Travail et de l’Emploi, a eu le droit, lui aussi, à des tombereaux de boue. Et quoi qu’il dise à l’avenir, le voilà à jamais considéré comme l’ennemi des chômeurs, donc de la gauche, donc de la morale.
Et que dire du premier ministre lui-même, qui doit s’excuser chaque jour d’avoir dit qu’il aimait les entreprises. Si lui-même a tenu à exprimer son indignation à l’égard de cette « forme de boue qui est en train de nous gagner », c’est parce qu’il en a assez d’avoir affaire à une gauche sectaire, idéologue et archaïque, qui préfère foncer dans le mur en klaxonnant plutôt que d’assumer l’inéluctable virage social-libéral.
Comme Laurent Fabius en son temps, comme Pierre Bérégovoy ensuite, comme Michel Rocard enfin, tous ceux qui ont tenté de moderniser la gauche, de lui faire assumer la social-démocratie, et surtout de la mettre aux prises avec la réalité mondiale ont fini cloués au pilori et recouverts de cette boue avec laquelle se complaisent les dévots de la lutte des classes, les grands prêtres de la gauche tendance Germinal et une presse aux ordres. Manuel Valls commence d’ailleurs à comprendre que plus courte sera son expérience à Matignon, moins il risque de voir son avenir compromis, et son image de réformateur mise à mal. D’autant que le voilà désormais entraîné dans la chute de François Hollande.
Il y a cette boue qui remplit l’actualité, à un moment où les Français auraient besoin de signes de confiance collective. Il y a aussi ce sentiment de dégoût évoqué par le premier ministre. Dégoût à l’égard d’une ex-première dame qui étale dans les caniveaux ce qui devait rester privé et qui fait passer la vengeance d’une femme trompée devant le respect dû à l’autorité de la fonction présidentielle. Dégoût à l’égard d’un François Hollande qui ressort de ce déshabillage public telle une sorte de misanthrope traitant les pauvres de « sans-dents », préférant les palaces à la fréquentation de ses congénères, et par ailleurs incapable de prendre la moindre décision sans l’aide d’une armée de conseillers plus ou moins recommandables. Dégoût à l’égard de la nomination-démission d’un secrétaire d’État qui n’a pas déclaré ses revenus depuis trois ans. Ce qui ne l’empêchait pas de s’indigner contre la fraude fiscale et de faire partie de la commission d’enquête sur l’affaire Cahuzac. Une attitude d’autant plus insupportable à l’heure où tombent les avis d’impôt, et que l’intéressé place sous le coup de la « négligence ».
Il y a ce dégoût enfin que les lecteurs de Valeurs actuelles, et au-delà toute une multitude de Français de bon sens, ont ressenti à la suite du déluge de haine et de boue dont notre journal a été la victime pour avoir dénoncé l’idéologie et le sectarisme de la nouvelle ministre de l’Éducation nationale. Plus notre journal voit ses ventes progresser (lire ci-dessous), plus il est vomi par ceux-là mêmes qui s’autoproclament les hérauts de la bien-pensance. Comme disait Chateaubriand : « Il faut être économe de son mépris, tant il y a de nécessiteux. »