TOUT EST DIT

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lundi 23 septembre 2013

Pourquoi Angela Merkel a encore gagné

Les conservateurs ont remporté les élections législatives allemandes haut la main. Malgré la crise, la chancelière rempile donc pour un troisième mandat. L'analyse de Michel Meyer, spécialiste de l'Allemagne.

Angela Merkel, dont le parti a remporté les élections législatives allemandesdimanche 22 septembre, est aux antipodes des femmes et hommes politiques français. Elle n’en possède aucune des caractéristiques. C’est précisément cela qui explique le succès de la chancelière, selon Michel Meyer. Ce spécialiste de l'outre-Rhin vient de publier Le Roman de l’Allemagne aux éditions du Rocher.
- On ne peut pas dire qu’Angela Merkel possède un charisme à toute épreuve. Mais paradoxalement, selon vous, ce serait l’un de ses points forts ? 
Michel Meyer : Oui. un autre savoir faire politique est à l’œuvre chez Merkel : c’est une tueuse ! Elle a osé le crime sacrificiel en rédigeant un éditorial assassin contre Helmut Kohl dans le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung à la fin des années 1990. Aucun homme politique n’avait osé. Elle l’a fait en silence, avec méthode. C’est tout le contraire d’une excitée. Son pragmatisme est à l’opposé des discours enflammés de nos élus. Elle a compris qu’en Allemagne les dirigeants ne doivent pas sans cesse abreuver la population avec des discours messianiques. Et cela vient de loin. Nous, nous parlons d’une vision nécessaire pour l’homme politique dans l’exercice de son pouvoir, en Allemagne, Merkel s’inscrit dans la lignée de l’un de ses prédécesseurs, Helmut Schmidt, qui m’a souvent dit : l’homme politique allemand qui avait une vision, c’était Adolf Hitler. Alors, la vision…
Angela Merkel ne semble pas se précipiter sur tous les évènements qui surviennent dans son pays. En France, on a pu la décrire comme une indécise…
Merkel est d’abord une scientifique venue de l’Allemagne de l’est. Elle a été formée par le système soviétique. Elle procède presque par la méthode expérimentale en soupesant tous les aspects d’une question avant de trancher. Sur Fukushima par exemple, elle a tiré la conclusion en tant que scientifique qu’il n’y avait pas d’autre alternative que de sortir du nucléaire. Et du même coup, elle a réduit l’influence politique des Verts. Mais il faut surtout ne pas oublier que l’Allemagne est un État fédéral. Bien des sujets de société ne relèvent pas de la compétence de Berlin – et donc pas de celle d’Angela Merkel. A commencer par l’éducation, qui est toujours un sujet délicat.
La chancelière ne semble guère présente sur le front de l’économie, alors que chez nous c’est une obsession de chaque jour…
Absolument ! Il y a une bonne raison pour cela. Depuis la seconde guerre mondiale, l’Allemagne est dirigée comme une entreprise privée. C’est ce qu’on appelle la Deutschland AG quand on veut évoquer le réseau des grandes banques et industries qui structurent l’économie allemande. Les alliés ont fait un cadeau à ce pays en instituant d’abord les syndicats puis le patronat pour la mise en œuvre d’une cogestion paritaire (en tout cas pour les entreprises de plus de 2000 employés). Dans un tel fonctionnement, le politique et Angela Merkel en tête, n'est pas en première ligne.
Quelles sont les perspectives qui s'offrent à Angela Merkel ? Comment peut elle gérer cette victoire ?
Elle gagne en majesté. Mais à la suite de la défaillance des libéraux, elle pourrait devoir former une coalition avec les sociaux démocrates du SPD comme entre 2005 et 2009. Mais la coalition mise en place n’est pas pour moi le plus important. S'il y a coalition, Merkel va distribuer à ses alliés des ministères qu'elle verrouillera, de telle sorte qu'elle conduira la politique qu'elle souhaite. Il faut en réalité prêter attention au score important de l’Alternativ für Deutscland, ce petit parti extrémiste qui refuse l’euro, et qui a frôlé la barre des 5% nécessaire pour être représenté au Bundestag.
Pourquoi ?
Ce parti populiste traduit une forte tendance qui parcourt la société allemande, jusqu’à Angela Merkel. Pour ses militants et nombre d’économistes de renom, l’avenir est à chercher du côté de la Russie. Sur le plan de l’énergie, des matières premières – je rappelle que l’ancien chancelier Gerhard Schröeder est conseiller du russe Gazprom – l’avenir est à Moscou. Merkel plaisante en russe avec Poutine. Heureusement, dans la classe politique allemande, pour la première fois de son histoire, beaucoup pensent qu’il faut une France forte pour projeter l’économie européenne vers les pays émergents.

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