TOUT EST DIT

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lundi 8 avril 2013

Les européens malades des plans d'austérité

La revue britannique The Lancet établit un lien direct entre taux de chômage et taux de suicide. Et elle accuse les ministres de la Santé de couper dans les bugets sans discernement. 

Le taux de chômage a atteint le niveau record de 12% dans la zone Euro. En Grèce, au Portugal, à Chypre, les plans d’austérité dictés par l’Europe se suivent et se ressemblent. En France, nous n’en sommes pas là mais le nouveau ministre du Budget, à peine installé à Bercy, n’a pas hésité à employer le terme, longtemps banni, de « rigueur ».
Depuis bientôt cinq ans, les populations trinquent et les effets de la crise sur la santé sont de plus en plus perceptibles. En 2011, la revue médicale britannique, The Lancet, s’était penchée au chevet de la Grèce. Et le diagnostic était sombre : « Nous constatons [...] des tendances très inquiétantes, un doublement des cas de suicides, une hausse des homicides, une augmentation de 50 % des infections au virus VIH et des gens qui nous disent que leur santé a empiré mais qu'ils ne peuvent plus consulter de médecins même s'ils devraient le faire », indiquait l’auteur de l’étude.
Deux ans plus tard, The Lancet récidive. Mais, cette fois, c’est la santé de l’Europe toute entière qui est analysée. Dans son rapport « Crise financière, austérité et santé en Europe », publié le 27 mars dernier, la revue scientifique souligne notamment que le taux de suicide chez les moins de 65 ans a augmenté dans l’Union depuis 2007, alors qu’il était en chute régulière depuis sept ans. Autre signal d’alerte repéré par le Lancet : au Portugal, le nombre de décès chez les plus de 75% a enregistré un pic pendant l’hiver 2012 par rapport à l’année précédente. La grippe ne serait pas la seule responsable. Aujourd’hui, 40% des personnes âgées au Portugal vivent dans des appartements mal chauffés.


+ 3% de chômeurs = + 5% de suicide


Le Lancet n’est pas le seul à percevoir ces signaux. L’Organisation mondiale de la santé notait, début mars, qu’ « une hausse de chômage de plus de 3% dans un temps relativement court est associée à une augmentation d’environ 5% des taux de suicide et des blessures auto-infligées. » En Grèce, le taux de chômage a fait un bond de 5 points en une seule année. En France, la courbe est plus douce, mais il a pris un point par an, en moyenne, depuis 2008. Il va donc falloir surveiller le taux de suicide.


Dans les centres de santé de France de Médecins du monde (Mdm), les effets sanitaires de la crise économique sont aussi perceptibles. « Le nombre de consultations a grimpé de 22% en trois ans, fait remarquer le Dr Jean-François Corty, directeur des missions France. Et nous voyons revenir dans nos centres, les travailleurs pauvres. Ils avaient disparu depuis 1998 et les lois de lutte contre les exclusions. » Pour mieux toucher ces nouveaux précaires, Mdm va d’ailleurs ouvrir sa première mission France en zone rurale.


Ecoutez le Dr Jean-François Corty, directeur des Missions France de Médecins du monde : "Nous allons ouvrir un centre de santé en Auvergne pour aller au-devant des migrants de la pauvreté, ces familles qui quittent les villes pour des raisons économiques."


Des ministres de la Santé passifs

Mais que fait la police ? Ou plutôt que font les autorités sanitaires pour amortir le choc de la crise économique ? A en croire The Lancet, pas grand chose. « La voix des responsables de la santé publique a été largement absente du débat sur la réponse à apporter à la crise. Beaucoup de ministres de la Santé sont restés silencieux. » Le Lancet va même plus loin et accuse le directeur général en charge de la santé et de la protection du consommateur à la Commission européenne d’avoir failli à son obligation légale d’évaluer les conséquences sanitaires des politiques d’austérité imposées par la Commission, le FMI et la banque centrale européenne. Or, cette troïka a exigé de trancher dans le vif. En Grèce par exemple, rapporte la revue britannique, les instances européennes ont réclamé que les dépenses de santé ne dépassent pas 6% du PIB. Une intrusion inédite dans les affaires sanitaires d’un Etat souverain.


A l’occasion de la journée mondiale de la santé le 7 avril, Mdm a d’ailleurs dénoncé le fait que « les systèmes européens de santé et de protection sociale vacillent sous la pression et les mesures d’austérité déclenchées par les gouvernements pour répondre à la crise ».
Les autorités sanitaires françaises n’ont pas fait exception à la règle. Certes, le Parlement est en train de voter la généralisation de la complémentaire santé pour tous les salariés mais dans le même temps, les déremboursements de médicaments se poursuivent et le reste à charge augmente. Et pour le Dr Jean-François Corty, « la remise en cause de notre modèle de protection sociale solidaire ne date pas de 2008 ! La crise a bon dos. »


Une récession temporaire améliore la santé


Les récessions économiques ne seraient d’ailleurs pas si mauvaises pour la santé qu’on veut bien le dire. « Contrairement à l’idée reçue, la littérature récente montre que la mortalité et les problèmes de santé ont tendance à se réduire durant les récessions, » écrivait Florence Jusot, professeur à l’université de Rouen et chercheur à l’Irdes, en 2012 dans « Les tribunes de la santé ».
« L’augmentation du chômage libérerait du temps pour se soigner ou avoir une activité physique, alors que l’intensité du travail serait plus importante dans les périodes d’activité économique forte, ce qui augmenterait les risques de maladies et d’accidents, ajoute la chercheuse. Les récessions sont également associées à une amélioration des styles de vie. » Moins d’alcool, de tabac, une meilleure alimentation, plus d’activité physique… Le temps libéré par la perte d’un emploi serait donc mis à profit pour se prendre en charge. Florence Jusot précise que « seules les augmentations temporaires de chômage et les diminutions temporaires de revenu seraient bénéfiques. L’état de santé des populations se détériore si la crise devient durable ». L’Europe traverse sa cinquième année de crise.

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