TOUT EST DIT

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lundi 26 mars 2012

Rendez-nous les grands candidats !

Dans le dernier mois de la campagne présidentielle, le CSA impose aux médias audiovisuels l'égalité stricte des temps de parole entre les dix candidats. Comme la plupart des journalistes, vous n'êtes pas d'accord avec cette règle. Votre parti pris : rendez-nous les "grands" candidats !

Vous savez que cette règle est censée garantir l'équilibre dans le traitement des candidats. C'est-à-dire qu'il faut considérer qu'il n'y a pas de favoris, d'outsiders ni de candidats marginaux. C'est évidemment absurde. Ça revient à faire semblant de ne pas voir ce qui crève les yeux : il y a cinq candidats qui représentent peu ou prou les grands courants de la vie politique française, et cinq autres qui sont marginaux et dont le score n'aura qu'une influence marginale sur l'élection. Regarder les candidatures avec un critère quantitatif, et non qualitatif, c'est imposer une vision bureaucratique du débat politique. La France est le seul pays au monde où il n'y a aucune loi sur les conflits d'intérêts, mais où l'on chronomètre à la seconde près le temps de parole des candidats.
Il y a quand même un argument en sens inverse : pourquoi les médias pourraient-ils décider seuls de qui sont les "grands" et les "petits" candidats ?
En effet. Mais on peut aussi se demander pourquoi les télévisions diffusent les matches de Barcelone et du Real Madrid plutôt que ceux des équipes islandaises ou luxembourgeoises. On ne peut pas soutenir que c'est uniquement par subjectivité que les journalistes ont "décidé" que François Hollande et Nicolas Sarkozy sont favoris. Il y a aussi des critères objectifs - qui ne se limitent pas aux sondages. D'ailleurs, il suffit d'écouter ces candidats mineurs pour vérifier qu'aucun d'eux n'a la prétention de gouverner le pays. Au mieux, ils sont là pour diffuser quelques idées ; au pire, pour satisfaire leur ego - et collecter des fonds. Il n'empêche que la réglementation du CSA procède à la fois d'une infantilisation des citoyens et d'une étatisation de l'information - qui ne sont pas des indices de bonne santé démocratique...
Si cette règle n'existait pas, est-ce qu'on ne peut pas supposer que personne ne parlerait de ceux qu'on appelle les "petits" candidats ?
Personne, non. Les chaînes de télé et de radio consacreraient évidemment plus de temps aux cinq "grands", mais, si on croit aux vertus de la concurrence, on peut supposer qu'elles s'ouvriraient un peu quand même aux "petits", pour n'exclure aucun public. Du reste, le plus absurde, c'est que la règle du CSA ne s'impose pas aux sites internet, ni à Facebook ni à Twitter, et pas non plus à la presse écrite. Donc, on est à la fois chez Courteline et chez Kafka. À partir du 9 avril, on ne comptera plus seulement la parole des candidats, mais aussi celle des journalistes quand ils parleront des candidats - donc, si je dis du mal de François Bayrou ou de Philippe Poutou à ce micro, il faudra le comptabiliser sur leur temps d'antenne !
Quelle serait, selon vous, la meilleure solution ?
Je n'ai aucune honte à le dire : laisser les médias privés faire leur travail comme ils l'entendent. Imposer - éventuellement - aux chaînes de service public une équité dans le traitement des candidats. Et si on veut absolument mettre des contraintes - dans ce mélange d'égalitarisme et d'étatisme qui est tellement français -, des émissions spécifiques qui présenteraient les programmes des candidats. Et qui les expertiseraient. Pas sûr que tous les candidats seraient forcément pour. Ni les petits ni les grands.

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