TOUT EST DIT

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lundi 30 janvier 2012

Le sauvetage de la Grèce à l’épreuve de la solidarité

La Grèce semble avoir du mal à convaincre ses partenaires européens, singulièrement l’Allemagne, qu’il est urgent de venir à sa rescousse. Les bailleurs privés, telle que la banque Merryll Lynch, qui ont investi dans la dette grecque en novembre 2011 pour empocher à l’échéance des prêts en mars de conséquentes plus-values en sont pour leur frais. Ils savent maintenant qu’ils devront prendre leur perte. Mais cela ne suffira pas. En l’absence en effet d’un deuxième paquet d’aides financières des autres pays européens – 130 milliards d’euros s’ajoutant aux 110 milliards déjà consentis par les 17 Etats de l’eurozone –la Grèce pourrait être en défaut en mars. Et personne n’y gagnera.

Nul ne conteste, pas même les Grecs eux-mêmes, que le pays a sa responsabilité dans la crise majeure à laquelle il est confronté. Un excellent article paru sous la signature de Costas Douzinas dans le Guardian du 27 janvier, pointe les failles d’un Etat délaissé par ses élites. Les trois grandes familles qui ont dominé la politique depuis des décennies – les Caramanlis, Mitsotakis et Papandréou – n’ont pas su faire appliquer les mesures nécessaires à la modernisation du pays. A telle enseigne que certains se demandent si le pays est apte à « faire face à la pression concurrentielle et aux forces du marché à l’intérieur de l’Union » pour reprendre le libellé des « critères de Copenhague », conditions de l’accession à l’Union européenne (UE)

Quoiqu’il en soit, il faut aiderla Grèce.Pourelle et pour une population qui souffre. Mais aussi pour nous Européens. Car sauverla Grèce, c’est sauver l’Europe. C’est prouver que la solidarité qui – avec la réconciliation franco-allemande – a été marque de fabrique de la construction européenne n’est pas un vain mot.

La solidarité est l’expression d’une cohésion politique et sociale. Le cas de l’Allemagne en est l’éclatante illustration. La réunification du pays a requis des efforts financiers gigantesques : pas moins de 175 milliards€ par an à partir des années 90. Or en dépit de l’importance d’un tel effort, il n’a pas été discuté, car le but était la réunion d’une nation. De même, comme le montre un article du International Herald Tribune des 28/29 janvier, le pays de Galles, en graves difficultés financières, bénéficie d’aides massives du gouvernement britannique. C’est le prix normal de l’existence d’un Etat solidaire. Autre cas de figure : l’Etat d’Illinois aux Etats-Unis est  au bord de la faillite. Chacun sait que l’augmentation de 67% de l’impôt sur le revenu récemment décidé par son gouverneur ne parviendra pas à combler le déficit budgétaire abyssal de cet Etat. Eh bien là encore, il est convenu que si besoin est, l’Etat fédéral viendra au secours de l’Illinois.

Voilà ce qui pêche en Europe et hypothèque d’une certaine façon l’avenir de l’Europe conçue comme une communauté politique, et non pas seulement un marché intérieur. La solidarité n’est pas ancrée dans l’esprit des citoyens européens. Le jugement dela Courconstitutionnelle de Karlsruhe du 30 juin 2009 sur le traité de Lisbonne est venu rappeler avec radicalité cette réalité. Il n’y a pas de peuple européen, ditla Cour.Lefondement de la démocratie repose sur le seul peuple allemand. Cette décision, qui affecte la légitimité des institutions politiques européennes, révèle la fragilité de l’Union européenne. Elle s’est voulue – comme l’affirme le traité de Lisbonne – une Union entre Etats, mais aussi entre peuples.

Or les peuples européens à qui l’on fait supporter le redressement de l’économie européenne et spécialement de la zone euro n’ont pas de raison de se sentir véritablement unis. D’une part, l’Europe ne leur parler actuellement que de punitions. Pour indispensable qu’elles soient, la rigueur budgétaire et la lutte contre les déficits des Etats ne peuvent être l’unique message. D’autre part, leurs dirigeants ne leur ouvrent pas vraiment de perspectives communes, ni ne proposent de véritables progrès à partager. Chacun va de son côté :la France va créer seule une taxe sur les transactions financières, l’Allemagne s’oppose à toute création d’eurobonds et on ne voit pas où est le feuille de route européenne de développement et de croissance.

Il est temps de retrouver le sens de la construction européenne. Et d’aider la Grèce avant qu’il ne soit trop tard.

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