TOUT EST DIT

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mercredi 30 novembre 2011

Mineurs, sujet majeur

Pour les adolescents d’aujourd’hui, 1945, c’est un autre temps. Les adultes ne leur répètent-ils pas qu’«à cette époque» les âges des enfants ne correspondaient pas forcément à ceux d’aujourd’hui. Le temps de l’enfance court sans doute plus vite au XXI e siècle mais l’impunité dont il bénéficie devrait-elle être rétrécie pour autant? C’est l’approche de l’UMP qui rêve d’en finir avec l’ordonnance qui, depuis les lois adoptées à la Libération, protège résolument les mineurs. Une logique mécanique, assénée par des figures de la droite populaire qui l’assimile à un bon sens apparemment élémentaire: si un mineur est capable de commettre un acte criminel ou délictueux, alors il est capable d’endurer la punition qu’encourt une personne majeure. Les (très) jeunes ados seraient désormais des petits adultes et devraient être considérés comme tels par la justice.

Un tel raisonnement pourrait n’avoir, a priori, rien de monstrueux. Si on s’en tient aux violences sur les personnes perpétrées par des gamins effrayants qui ne respectent ni la dignité, ni parfois la vie (comme l’assassin d’Agnès) de leurs victimes, la tentation est grande de préconiser des méthodes radicales pour les empêcher de nuire. Il est bien évident que l’angélisme n’est pas pertinent avec des petits caïds qui terrorisent leur entourage avant même d’avoir mué, et qu’il faut bien neutraliser. Mais faut-il se caler sur ces cas extrêmes, comme le font les ultras de tous bords, pour définir le droit?

Le problème d’une société civilisée, c’est celui de sa norme juridique, parce qu’elle lui renvoie une certaine image qu’elle se fait d’elle-même. La France aurait-elle à ce point peur de la jeunesse qu’elle a engendrée pour prévoir un code pénal spécifique à partir de l’âge de 12 ans? Outre l’effet d’annonce qui joue délibérément sur le spectaculaire puisque la responsabilité pénale est déjà fixée à 13 ans seulement, cette mesure aurait les allures d’une fuite désespérée vers le tout répressif. Une telle option reviendrait, pour une nation comme la nôtre, à baisser les bras devant l’épreuve qui nous est collectivement imposée. Comme l’a très justement dit Nadine Morano, il ne faudrait pas oublier que «ce sont les parents qu’il faut éduquer, aider, accompagner». Une mission à laquelle un pays ne saurait se dérober sans perdre une part de son âme. La justice, c’est punir, oui, c’est protéger, oui, mais c’est aussi réparer. Les victimes, d’abord - évidemment - mais aussi ceux qui les ont agressées, surtout quand ils ont encore la vie devant eux.

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