TOUT EST DIT

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vendredi 15 juillet 2011

La fête et la mort

Ce 14 juillet a ressemblé à une étrange figure de style mêlant au-delà des mots de circonstance sentiments opposés et réalités contradictoires. Une journée antithétique où l’on a rituellement fêté la nation et pleuré les soldats tombés loin de la France, défenseurs héroïques et sacrificiels, selon l’éloge, de ses valeurs jusqu’au fond des vallées perdues de l’insondable Afghanistan.

En regardant le traditionnel défilé, on ne pouvait qu’être saisi par un insidieux malaise créé par le décalage des images. Au premier plan, l’éclatante parade d’avions, chars et véhicules rutilants sous le soleil des Champs-Élysées et la fierté de ces soldats impeccables dont les lames des fusils et les médailles des honneurs brillaient dans la belle lumière de juillet. Et puis, en fond d’écran, à la fois invisible et présent, la silhouette d’une guerre interminable que le pays ne comprend pas au-delà du sinistre décompte qui la résume. 70. 70 hommes, jeunes pour la plupart, qui ont payé de leur vie un engagement dont on peine à voir le grand dessein. Les six derniers sont morts pour un symbole peu évocateur pour l’imaginaire collectif: une route de la Kapisa, certes stratégique, mais qui sera reprise par les combattants talibans quand le dernier drapeau tricolore aura quitté l’horizon afghan en 2014.

Au moins ont-ils eu le privilège d’avoir donné «un sens à leur vie», a commenté le président de la République, dont l’affection n’était pas feinte. Le sens, c’est bien ce qui fait défaut, pourtant, à l’aventure française dans un conflit dont on pressent qu’il n’aura pas la fin que l’Occident avait rêvé, avec quelque légèreté, de lui inventer. Le retrait, dans ces conditions, prendra forcément les allures d’une retraite puisque les objectifs n’auront pas été atteints et que les succès n’auront pratiquement aucune chance d’être durables. Si seulement les forces afghanes étaient capables, après le départ de leurs alliés, de conserver les acquis sur le terrain, l’épilogue ne serait évidemment pas le même, mais ce n’est plus un scénario envisageable.

Le désengagement est aussi inéluctable que désespérant mais l’Élysée ne peut pas, décemment, accélérer le calendrier au risque de ruiner le maigre héritage d’une décennie de présence à Kaboul. Ce flottement ressemble à une inconnue nommée pudiquement «transition». Un entre-deux d’autant plus douloureux pour le gouvernement qu’il peine à faire comprendre son désarroi à une opinion de plus en plus impatiente.

Rien ne servirait de blâmer ce président qui, pressentant le désastre, avait clairement dit son hostilité à la présence militaire française pendant toute la campagne présidentielle de 2007. Il aura fait ce qu’il a pu. Mais, quel qu’il soit, le ou la future locataire de l’Élysée devra en tirer les leçons sur un volontarisme planétaire trop volontiers allégorique.

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