TOUT EST DIT

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dimanche 20 juillet 2014

Le salut des planches

Le salut des planches

Il est trop simple d'affirmer que le combat des intermittents du spectacle n'est que la défense de privilèges exorbitants dont profiteraient abusivement quelques artistes nantis et aussi peu scrupuleux que peu solidaires avec leur corporation. Cette façon d'évacuer la question d'un revers de mépris occulte, à dessein, une réalité complexe. Elle masque aussi la volonté du patronat d'en finir avec un régime d'indemnisation trop vite qualifié de sectoriel quand il ne fait qu'atténuer d'insupportables disparités. En vérité, c'est de la place de la culture dans un système où les sociétés de production exploitent des salariés horaires comme il y a deux siècles, dont il faut parler. Au-delà du sentiment des festivaliers d'être pris en otages par une agitation minoritaire, c'est bien de la crise du système libéral qu'il s'agit.
On sait les causes du malaise depuis plus de dix ans et, déjà, une précédente réforme avait mis le feu aux poudres en 2003. Faute d'avoir été traitées dans la concertation par les gouvernements et les partenaires sociaux, elles produisent les mêmes effets et les nombreuses annulations continuent de mettre en péril la survie de certains festivals majeurs.
Ne peut-on réduire le déficit de l'assurance-chômage sans précariser les métiers de la culture ? Ne devrait-on pas, avant, revenir sur les abus de l'audiovisuel public qui fait tourner sa machine de production avec des intermittents et sans embaucher ? Oui, il faut « remettre à plat le régime à bout de souffle des intermittents » mais tous ces mots désarticulés qui s'évanouissent dans les cintres sont aussi inefficaces que le tango de l'hésitation gouvernementale. En tentant, en vain, de ne pas froisser le patronat, Manuel Valls ne fait que menacer deux mille festivals créateurs d'économie et déjà malmenés par la diète budgétaire. La culture, pierre angulaire de notre rayonnement universel, vaut mieux que des bouts de ficelle.
La culture, le théâtre surtout, est un des outils de la démocratie. C'est cet outil porteur de sens qui est visé par les manipulateurs du conflit des intermittents dans tous les camps. Ils se trompent ! Du désarroi de la jeunesse naîtront demain les poètes qui réveilleront notre pensée desséchée. Par eux viendra le salut des planches.

samedi 19 juillet 2014

Pour une majorité de Grecs, la crise résulte d'un action "préméditée"



Une majorité de Grecs est convaincue que la crise économique dans laquelle est plongé le pays depuis 2010 résulte d'une action "préméditée" par des forces extérieures, selon une étude universitaire parue dans la presse vendredi.L'étude conduite en juin sur un échantillon de 1045 personnes et publiée par le quotidien Kathimerini montre des Grecs prompts à accréditer toutes les formes de théories du complot et de "mythes urbains".
Ainsi, outre les 75% de personnes interrogées qui se disent convaincues que "la crise grecque a été préméditée par des forces extérieures", 69% croient qu'"il existe un médicament contre le cancer qui n'est pas diffusé largement".
Ils sont encore 59% à croire que les attentats du 11 septembre relèvent d'une manipulation américaine et 27% à penser que les premiers pas sur la lune ont été tournés en studio.
La Grèce a été le premier pays emporté par la crise de la dette lorsque le gouvernement socialiste a révélé, fin 2009, que le déficit public avait été sous-estimé par le précédent gouvernement conservateur.
Le pays, alors devenu paria sur les marchés financiers et au bord de la faillite, est depuis placé sous l'assistance financière des Européens et du FMI qui lui ont accordé deux prêts d'un montant total de 240 milliards d'euros en échange d'un vaste programme de réformes et d'une réduction drastique de ses dépenses.
"Il semble que le crise exacerbe le discours politique irrationnel", observe dans Kathimerini George Antoniou, l'un des chercheurs de cette étude menée par l'université d'Oxford, les universités grecques de Macédoine et Thessalonique.
Un autre chercheur Ilias Dinas lie également adhésion aux théories du complet et faible niveau d'éducation.
Autre enseignement de l'étude: sur un classement de 1 à 7, l'Eglise Orthodoxe est l'institution à laquelle les Grecs font le plus confiance, leur parlement arrive bon dernier.
60% des personnes interrogées pensent par ailleurs que "les Grecs de confession juive sont plus juifs que Grecs" et que Costas Simitis, premier ministre socialiste au moment du passage de la Grèce à l'euro, est "d'origine juive".
En mai, une étude mondiale de la Ligue anti-diffamation, l'une des principales ONG internationales contre l'antisémitisme, avait classé la Grèce largement en tête des pays d'Europe où les stéréotypes sur les Juifs sont le plus ancrés, bien que très rarement associés à des violences.
 

Lancement du premier satellite grec par la NASA

Le premier satellite grec a été lancé dimanche dernier par la NASA aux États Unis et s’envole avec succès vers la Station spatiale internationale. Le satellite porte du matériel technique et scientifique afin de contribuer à des expériences relatives aux applications de la nanotechnologie utiles pour l’électronique et l’informatique. Le satellite, construit par une équipe de scientifiques grecs sous le nom Lambda (Λ-sat), aura également la possibilité de surveiller les navires marchands grecs et leurs équipages en temps réel, visant à améliorer la sécurité maritime et la lutte contre la piraterie.
En tête de cette équipe de jeunes scientifiques, qui ont travaillé bénévolement, se trouve Périclès Papadopoulos, Professeur d'ingénierie aérospatiale à l’université San Jose à Silicon Valley qui, avec la collaboration de l’université de Columbia à New York et de l’université grecque de l'Égée, a dirigé ce projet.

Peine plafond !

Peine plafond !

Sans doute va-t-il falloir réviser le procès en laxisme pénal intenté à Christiane Taubira. Car si la garde des Sceaux est contre les peines plancher, elle ne semble pas hostile aux peines plafond ! Du moins quand elle est concernée. Elle a en effet réagi à la lourde condamnation de l'ex-candidate du FN Anne-Sophie Leclère en expliquant sobrement que le tribunal de Cayenne n'avait fait qu'appliquer le Code pénal. Osons croire que l'on peut se permettre de critiquer cette sanction disproportionnée sans encourir aussitôt le reproche de sympathie frontiste ? Bien sûr que l'ex-tête de liste FN aux municipales a franchi les bornes de la bêtise, de l'insulte et, sans doute, d'un racisme latent. Pour cela, elle devait être condamnée.
Mais il est aussi évident que les juges guyanais ont, par complaisance envers la ministre (une justiciable pas comme les autres ?) ou par imprégnation idéologique, manqué à une élémentaire mesure. En allant largement au-delà des réquisitions du parquet, en infligeant de surcroît une amende au FN qui avait pourtant exclu de ses rangs Anne-Sophie Leclère, ils ont fait un exemple.
Cette justice d'exception ne rend pas service à l'institution. Comment empêcher le citoyen de s'inquiéter d'une justice qui manifeste plus de tolérance envers des délinquants violents ? S'insinue également dans les esprits le sentiment d'une surveillance de plus en plus extensive de la liberté d'expression au nom d'une bien-pensance menaçant humoristes, caricaturistes et polémistes.
On souscrit très volontiers à une lutte indifférenciée contre tous les extrémismes et tous les racismes. Encore convientrait-il que le gouvernement ne paraisse pas obsédé par son combat contre le FN. Ou alors, si Marine Le Pen est un réel danger pour la République, on imagine que François Hollande renoncera à « tenter le diable » en instaurant la proportionnelle. On ne saurait à la fois condamner le FN et contribuer à son essor. De même qu'il est contre-productif de le victimiser. Sur ce plan, la justice rendue à Cayenne « pour l'exemple » n'est pas forcément exemplaire.

Le prix de l’agilité

Le prix de l’agilité

Qu’aurait dit un Arnaud Montebourg si Microsoft avait été un groupe français annonçant, comme il vient de le faire aux Etats-Unis, qu’il allait supprimer un emploi sur sept dans l’année ? Qu’aurait dit un Jean-Christophe Cambadélis en apprenant qu’à cette annonce, l’action Microsoft avait grimpé en bourse pour atteindre son niveau le plus élevé depuis 14 ans ? La polémique aurait été immédiate, intense, et aurait à coup sûr débouché sur un texte de loi pour réprimer un peu plus les « licenciements boursiers ». Et on aurait certainement fini par créer une nouvelle taxe sur cette course au profit, honteuse, forcément honteuse. Fiction ? Pas sûr : dans le dossier Alstom, le gouvernement a bien imposé à General Electric de vivre sous la menace d’une énorme amende en cas de… non-création d’emploi ! Sauf que cette fois, l’épicentre du plan social ne se situe pas en France. Microsoft échappera donc à la vindicte gauloise et pourra se concentrer sur l’essentiel : sa transformation, sa relance dans un univers en bouleversement permanent où l’immobilisme signifie la mort. Les Nokia, Kodak, et autres Compaq en savent quelque chose. Et Microsoft a déjà vécu plusieurs vies, frôlant parfois la sortie de route, synonyme d’éviction du marché.
Quant au plan social, il sera d’autant moins dur à absorber que les Etats-Unis sont en situation de plein-emploi. Les derniers chiffres d’inscription au chômage, dévoilés ce jeudi, ont surpris les économistes par leur faible niveau. Et on voit désormais des industriels s’y alarmer des effets du manque de main d’œuvre et de l’accélération du turn-over de beaucoup de salariés, sensibles à la multiplication des offres d’embauches et aux surenchères salariales. Quel dommage qu’aucun de nos gouvernants ne profite de l’été pour aller faire un petit stage au pays du libéralisme et de l’enfer économique.

Natacha Polony : « Mort aux Juifs », ou la banalité de la haine à Paris

C'est désormais une habitude: dans les rues de Paris, on peut crier «mort aux Juifs». Des manifestants veulent exprimer leur colère et leur frustration: «Mort aux Juifs!». Des gens entendent protester contre les bombardements meurtriers en Palestine décidés par un gouvernement d'Israël aux mains d'une droite de plus en plus dure: «Mort aux Juifs!». Une passante prend la défense de deux jeunes filles qu'un homme menace verbalement. Il se retourne contre elle, la traitant de tous les noms, puis la regarde attentivement et s'exclame: «Mais tu es une sale Juive! Casse-toi, sale Juive ou je vais te crever.» Et c'est le déferlement. «Mort aux Juifs!»
Qui aurait imaginé que dans les rues de Paris, en 2014, on pourrait rencontrer cette expression décomplexée de l'antisémitisme le plus violent? Il y a déjà quelques années que l'on entend des politiques déplorer mollement les «importations du conflit israélo-palestinien» sans que cela n'enraye en rien une mécanique qui dépasse de beaucoup les problématiques de politique étrangère.

Bien sûr, la politique d'Israël faite de poursuite de la colonisation et de militarisation des différends est insoutenable et suicidaire. Bien sûr, on aimerait une position ferme sur la scène internationale pour interdire ce mur inique qui coupe les villages palestiniens et ne respecte pas les frontières fixées par l'ONU. Bien sûr, on voudrait entendre davantage les voix juives dénonçant la politique de l'actuel gouvernement israélien. Bien sûr, on espérerait que certains n'assimilent pas toute critique de cette politique de l'État d'Israël, ou même toute critique à l'encontre d'une personne publique se trouvant être juive, à de l'antisémitisme. Bien sûr. Mais quel rapport avec les Juifs de France et la possibilité pour eux de vivre en paix dans une nation qui est la leur?
Il y a déjà plusieurs années que des professeurs alertent sur la montée d'un antisémitisme décomplexé dans certains établissements scolaires. Cela a commencé avec des usages du mot «juif» assimilé à une insulte: «Fais pas ton Juif»… Cela a continué avec des contestations de l'enseignement de l'holocauste. Et l'on peut considérer que cet enseignement a été mal conçu, faisant le choix de l'émotion pour frapper les esprits de jeunes au détriment parfois d'un enseignement appuyé sur la raison et l'analyse, peu importe. Il ne s'agissait pas de cela mais bien de propos négationnistes tenus par des jeunes gens expliquant benoîtement qu'Hitler n'avait pas «fini le travail». Quand un rapport d'un inspecteur de l'Éducation nationale, Jean-Pierre Obin, a relaté ces faits pour s'en inquiéter, il n'a pas été rendu public par le ministère de l'Éducation nationale. Ce n'est qu'un an après sa rédaction que des professeurs et des essayistes ont choisi de le publier. Réaction de toute une partie de la presse et des associations et syndicats? «Ce rapport n'a pas de valeur scientifique car il ne parle que de quelques établissements scolaires.» Allons, ce n'est pas si grave. Fermez le ban!
Ce qui se passait dans les établissements scolaires n'était que le reflet d'un climat plus général dont il aurait fallu s'alarmer. Au lieu de cela, on a pratiqué la dénégation. Il ne fallait surtout pas analyser ce phénomène car il eût fallu admettre que cet antisémitisme n'était pas le fait de la vieille extrême droite européenne, de ce «fascisme» devenu un épouvantail à force d'être invoqué pour décrédibiliser n'importe quel adversaire.
Cet antisémitisme-là marquait la jonction entre un antisionisme d'extrême gauche assimilant avec une facilité dangereuse la haine du capitalisme et la haine d'Israël et un antisémitisme historique de populations musulmanes déracinées et en quête d'identité. L'antisémitisme des banlieues a crû parallèlement à une radicalisation religieuse savamment entretenue par certains imams salafistes gracieusement fournis par des puissances du Golfe. Le drame des populations palestiniennes n'était alors qu'un opportun catalyseur. On aurait attendu une réaction politique. Impossible puisqu'il aurait fallu admettre que les victimes du racisme et de la discrimination pouvaient, elles aussi, incarner la haine. Lancer l'alerte, c'était déjà se voir soupçonné de stigmatiser des populations à qui l'on devait, par culpabilité, une déférence extrême. Pourtant, c'est dans les manifestations contre la loi sur les signes religieux à l'école, en 2003 et 2004, qu'on entendit les premiers «mort aux Juifs» de la part de gens qui faisaient passer l'affichage d'un islam instrumentalisé et militant pour une revendication de liberté.
Peu à peu, les positions se sont radicalisées. Quand Israël lançait il y a quelques années des campagnes pour inciter les Juifs de France à faire leur alya pour fuir l'antisémitisme, c'était intolérable. Peut-on encore le dire après Mohamed Merah et Medhi Nemmouche? L'antisémitisme d'extrême droite, lors de la manifestation «Jour de colère», a rejoint l'antisémitisme d'extrême gauche. De cette jonction terrible, nul ne sait ce qui sortira.

Réponse à Philippe Bilger

Réponse à Philippe Bilger

Au coeur de l’ été, un temps lourd et orageux écrase le pays, à l’image de son climat politique, de plus en plus chaotique, délétère.
Dans une tribune publiée le 17 juillet par leFigaro Vox, je m’étonnais de paroles prêtées à François Fillon contre Nicolas Sarkozy estimant que si elles étaient avérées, elles relevaient plus d’une attaque personnelle, dans une perspective de course à l’Elysée, que d’un désaccord politique.
Philippe Bilger me fait l’honneur de répondre  à ma tribune en soulignant que les combats de personnes font aussi pleinement partie de la politique.
Il a raison. Cependant  (et c’est ce que j’ai voulu dire), dans une période aussi tourmentée que la nôtre, les Français, me semble-t-il, attendent de la politique des réponses à leur profondes inquiétudes, à leurs souffrances ou à leur malaise, c’est-à-dire davantage de débat d’idées et moins de batailles d’ambitions et de petites phrases.
Nous traversons une crise d’une exceptionnelle gravité: poussée d’antisémitisme sans précédent depuis la deuxième guerre mondiale avec les cris de "mort aux juifs" entendus à Paris;  révélations à tout-va de corruption dans les milieux politiques; crise de la représentation démocratique qui se manifeste dans la montée vertigineuse de l’abstentionnisme et de vote protestataire; aggravation des phénomènes de violence et de communautarisme; malaise des services publics, de l’école, de la police, de l’armée; soupçons de partialité  idéologique qui pèsent, non pas sur la Justice, mais sur certains juges; impuissance du pouvoir politique, notamment face au chômage de masse; montée de sentiments "europhobes" véritables c’est-à-dire, non pas dirigés contre les institutions et les politiques de l’Union européenne – ce qui relève du débat démocratique – mais contre de grands pays voisins qui s’en sortent beaucoup mieux que la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni.
Pendant ce temps, contrairement au mythe de "la fin de l’histoire" et du triomphe de la démocratie universelle, la planète est prise de violentes secousses, au Moyen-Orient et jusqu’en Europe elle-même où un massacre d’une barbarie inouïe vient d’être commis avec la destruction de l’avion de la Malaysia Airline au-dessus de l’Ukraine.
Dans ce contexte, les batailles d’ego entre politiciens en mal de reconnaissance élyséenne prennent une connotation particulièrement odieuse. Notre premier devoir civique de Français, dans ce marasme, est de nous foutre éperdument de la question de savoir qui sera le prochain petit marquis à pavoiser sous les ors de l’Elysée.  Celui de tout homme d’Etat digne de ce nom – aujourd’hui –  est de travailler à la recherche de solutions concrètes et réalistes à la crise profonde que traverse la Nation et qui la menace dans son intégrité et son avenir. La conquête du pouvoir ne doit pas être considérée comme une fin en soi, sauf à s’exposer à une épouvantable désillusion, mais une étape obligée dans l’accomplissement d’un projet politique. Que faire? Il n’y a pas d’autre question, de mon point de vue, qui tienne la route en ce moment.

Une triste et une bonne Nouvelle

Une triste et une bonne Nouvelle

Une triste nouvelle pour commencer: le décès d’Hervé Christiani. A vrai dire, le nom ne me disait plus grand chose mais sa chanson culte, "Il est libre Max", reste gravée dans ma mémoire. Quand j’étais adolescent, tout le monde la chantait, dans la rue, la cour du lycée, au travail, partout, et mon prénom (plutôt rare à l’époque), m’exposait plus que quiconque à ce refrain. Ecoutons-là une nouvelle fois, elle est vraiment belle, pleine de poésie, de gentillesse, de simplicité, d’humour:
Une bonne ensuite, même de portée minime: ce blog se comporte comme les coureurs français du Tour de France cette année: il monte, inexorablement, désormais classé 27ème de tous les blogs politiques, 5 places avant celui d’Alain Juppé! Il prouve que l’on peut échanger des idées sur Internet en se respectant, sans polémique ni sectarisme, crêpage de chignon, violence verbale, vulgarité ou fanatisme.
Un grand merci à ses visiteurs – environ un millier chaque jour, avec des pointes exceptionnelles entre 2 et 3 000 – contributeurs, et blog associés. Sur Internet aussi, l’union fait la force!

Nicolas Sarkozy : quand ses chiens saccageaient le mobilier de l'Elysée

Selon "Mediapart", les chiens du coupe Bruni-Sarkozy ont considérablement endommagé le mobilier précieux de l'Elysée.

Hier nous parlions du mobilier qui disparaissait mystérieusement de l’Elysée, aujourd’huiMediapart publie ce que les chiens de Nicolas Sarkozy ont fait subir aux meubles du palais présidentiel. Selon le site d’investigation, le Mobilier National a dû payer plusieurs milliers d’euros de réparation juste après le départ du couple Bruni-Sarkozy du château, en 2012. 
D’importants moyens ont été mobilisés pour réparer les dégâts constatés dans le Salon argent de l’Elysée. Toujours selon Mediapart, les crocs de Clara, Dumbledore et Toumi (les trois chiens du foyer Sarkozy) ont eu raison de plusieurs accoudoirs d’un "ensemble de meubles parmi les plus précieux de la République" précise le site.
Le coût de la restauration des meubles vandalisés est estimé à au moins 6.600 euros pour la rénovation des dorures auxquels s’ajoutent plusieurs milliers d’euros pour le rachat des galons endommagés.
Un précédent avait déjà constaté place Beauvau où un canapé "imbibé de poils d’urine" avait été retrouvé après le mandat de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur.
MEDIAPART ET SON PATRON HAINEUX, IL N'Y A PAS PLUS   FIABLE COMME INFO. 
MERCI EDWY PLENEL, JOURNALISTE LE PLUS FOIREUX DE FRANCE

jeudi 17 juillet 2014

Face à l'exode, Athènes cherche à se réinventer

Depuis un mois, le néon rouge d'un nouveau lieu culturel brille au fond d'un passage quasi désaffecté du centre d'Athènes, lueur d'espoir pour un immeuble parmi les centaines de bâtiments vides de la capitale grecque qui attendent de renaître.

«Depuis l'ouverture, au moins mille personnes ont visité ce passage où elles n'avaient jamais mis les pieds, rien que ça, c'est positif», constate Anna Taouksi, qui pilote avec quatre amis cette étonnante terrasse coincée entre deux hautes barres d'immeubles des années 50 et flanquée, au rez-de-chaussée, d'un restaurant.
La terrasse du Bread and Roses repérable à son néon en forme d'étoile rouge le long de l'avenue Panepistimiou, l'une des principales artères d'Athènes, est proposée gratuitement aux organisateurs de concerts, lectures, projections et autres événements culturels.
Sur un mur, une fresque de crustacés en mosaïque rappelle que l'endroit a connu des jours meilleurs : «C'était un restaurant chic, les serveurs portaient des noeuds papillon», raconte Anna. «Tout ça s'est arrêté dans les années 1970».
La municipalité d'Athènes a ainsi perdu en trente ans un quart de sa population, passée de 886 000 habitants en 1981 à 665 000 en 2011, dernier recensement en date.
Un tiers de commerces fermés
«C'est le fruit de l'exode vers les banlieues, explique le géographe Thomas Maloutas. En l'absence de logements sociaux, les pouvoirs publics ont encouragé, après la guerre, l'accès à la propriété et le centre d'Athènes est devenu très dense».
«Le coup de grâce a été porté par la dictature (1967-1974) qui a "offert" 20% de surfaces constructibles supplémentaires aux petits propriétaires. Résultat: des immeubles de six étages ont poussé dans des rues étroites. Avec la hausse de la circulation, ces quartiers se sont dévalués et la population est partie», explique-t-il.
Puis est venue en 2010 la crise économique : 31% des commerces d'Athènes sont aujourd'hui fermés, selon la confédération du commerce grec (Esee), s'ajoutant à la surface inoccupée.
Une récente cartographie de 1650 bâtiments d'un des quartiers les plus centraux a dénombré entre 35 et 40% de bureaux, logements et commerces vides, selon Nikos Triantafyllopoulos, auteur de l'étude.
«Le bâti abandonné était une réalité bien avant la crise, mais on ne le voyait pas. Aujourd'hui, on a l'impression de ne voir que ça», observe Panagiotis Tournikiotis, enseignant à l'École d'architecture de l'Université polytechnique d'Athènes.
De cet électrochoc sont nées depuis quatre ans une multitude d'initiatives publiques ou associatives pour faire renaître le coeur de la ville.
«Rethink Athens»
«C'est comme si la crise nous avait réveillés et fait prendre conscience qu'il fallait prendre soin de notre ville», estime Irina Gratsia, l'une des architectes à l'origine du projet «Monumenta» qui depuis 2013 recense tout le bâti du 19e et de la première moitié du 20e siècle.
L'équipe du projet: «des passionnés, simples citoyens, qui ne veulent pas que disparaisse un pan du patrimoine», explique-t-elle.
Encore plus ambitieuse, l'initiative «Rethink Athens» a pris la forme d'un concours international d'architecture lancé en 2010 sous l'impulsion de la fondation Onassis pour remodeler le centre-ville. De nombreux événements publics ont accompagné le développement du projet pour impliquer les Athéniens.
L'équipe d'urbanistes néerlandais Okra a gagné le concours avec une proposition axée sur la réduction de la circulation, l'augmentation des surfaces piétonnes, des espaces verts, la récupération des eaux et un concept baptisé le «théâtre de 1000 pièces» visant spécifiquement les bâtiments abandonnés.
«L'idée est de proposer des contrats d'occupation temporaire des surfaces vides pour des projets culturels, des événements, des start-up. C'est une stratégie qui a porté ses fruits sur le long terme dans d'autres villes comme Amsterdam ou Berlin», explique Martin Knuijt, l'un des membres d'Okra.
Le lancement des appels d'offres pour l'ensemble du plan de rénovation est prévu d'ici à la fin de l'année.
«Je suis né dans le centre d'Athènes, puis ma famille a déménagé en banlieue. La maison de la fin du 19e où nous habitions a été classée en 1990 et s'est écroulée en 1998 : Je suis un exemple vivant de l'histoire d'Athènes !», plaisante Panagiotis Tournikiotis, également directeur de «Rethink Athens».
Il voit maintenant «les enfants des familles parties à la périphérie revenir au centre, dans l'appartement vide des parents ou grands-parents» : «C'est maintenant qu'il faut agir pour qu'ils restent».

ISOLÉ

ISOLÉ

Si la France s’était imposée en finale de la Coupe du Monde hier, François Hollande aurait pu miser sur un regain d’euphorie national au moment de s’adresser aujourd’hui aux Français. Las, les « Bleus » se sont arrêtés en quarts et n’auront pas d’influence sur le spleen hexagonal. Même les militaires qui défileront ce matin à Paris ont le moral dans les rangers et redoutent une nouvelle baisse du budget de la défense. Le président lui-même confiait il y a quelques jours à ses amis, réunis dans un restaurant, qu’il se sentait isolé à l’Elysée. De là à imaginer que François Hollande aussi a le blues… Certes, le chef de l’Etat fera bonne figure à la mi-journée lors de son allocution du 14 juillet, tentera de donner l’image d’un président réformiste, en phase avec son Premier ministre, tout entier mobilisé contre le chômage. En coulisses, son entourage le pousse toutefois à limiter ses apparitions publiques cet été à quelques sorties « fédératrices », entre étape du Tour de France et commémoration de 14-18. Ses proches lui auraient même conseillé de se « chiraquiser », entendez de prendre de la hauteur et de se faire un peu oublier en attendant des jours meilleurs. Après tout, la prochaine présidentielle n’aura lieu que dans trois ans. Et d’ici là, qui sait, les « Bleus » auront peut-être gagné l’Euro 2016.

BOULEDOGUES

A n’en pas douter, il s’agit du premier étage de la loi Montebourg annoncée pour la rentrée, une « loi de croissance et de pouvoir d’achat destinée à restituer six milliards d’euros aux Français ». Un rapport choc de l’Inspection générale des finances a opportunément fuité hier. Echo assuré. Il jette l’opprobre sur 37 professions réglementées. Tout le monde y passe. Huissiers, notaires, pharmaciens, écoles de conduite… Accusés, sous prétexte de monopole, de prélever leur dîme et de freiner une relance qui tarde et qu’il ne saurait être question de faire payer à une classe moyenne qui grogne. Marre d’être prise pour une vache à lait. Vrai qu’il est des situations choquantes qu’il conviendrait de dépoussiérer. Appelant à mettre fin à « ses survivances de l’Ancien Régime », Alain Tourret, député socialiste du Calvados, prévient : « Devant chaque niche fiscale, il y a un chien. Et devant chaque profession réglementée, deux bouledogues ». Façon de dire qu’il faut se méfier de cette énième amorce de réforme. Même si, derrière ses lunettes noires à la Jacques Chirac, François Hollande n’a cessé de le marteler lors de son intervention du 14-Juillet. Malgré ses louvoiements, il se voit définitivement comme un président réformateur.

La fable corrézienne

La fable corrézienne

On peut choisir d’en rire : chevelure d’un noir soigneusement entretenu et lunettes carrées, le mimétisme est frappant. On peut aussi choisir d’en sourire : la Corrèze, les réseaux, les amitiés rad-soc sont les mêmes. On peut surtout s’en affliger : plus on s’avance dans le quinquennat, plus François Hollande ressemble à Jacques Chirac. Pas au Chirac des réformes à la hussarde, ni à celui des embardées programmatiques. Pas le Jacques du trop vite, trop fort, trop loin. Celui-là avait laissé ses habits de réformateur galopant au vestiaire de l’Elysée, peu après son arrivée dans le palais : il avait suffi des grandes grèves de 1995 pour convaincre le nouveau chef de l’Etat qu’une bonne réforme ajournée, c’est autant « d’emmerdements » évités.
Jacques Chirac craignait par dessus tout de voir « les petites camionnettes jaunes et bleues » des PTT et d’EDF dans la rue avec les manifestants du secteur public. François Hollande, lui, a trouvé une autre façon de ne rien faire : il n’est de bonne réforme qu’une commission ad hoc ne puisse enterrer. La discussion, la négociation, le dialogue social permettent d’endormir les réformateurs les plus vaillants, de surseoir à trancher ou de se réfugier dans la demi-mesure.
Et pendant ce temps, les records s’accumulent : dette publique, impôts et taxes, chômeurs, faillites d’entreprises, comptes extérieurs, c’est le toujours plus. Ainsi la France s’immobilise-t-elle petit à petit, bercée par le lancinant ronron hollandais des promesses verbales (« je réformerai jusqu’au dernier jour ») et de la réécriture de l’histoire (« j’ai réorienté l’Europe vers la croissance ») pour nourrir cette fable corrézienne selon laquelle les Français redouteraient les réformes, alors que c’est désormais l’absence de résultats qu’ils ne supportent plus.

La carte et les territoires

La carte et les territoires

La réforme territoriale aurait pu être la « mère de toutes les réformes » du quinquennat. Elle aurait pu bénéficier du rare privilège d'être consensuelle parce que voulue unanimement. Et finalement, elle n'aura été qu'une occasion manquée. Une de plus. Tout cela parce qu'on ne joue pas avec la carte et les territoires comme on le ferait avec un puzzle sur un coin de table. N'insistons plus sur l'improvisation avec laquelle a été conçu le projet élyséen, entre coups de fils et coups de ciseaux, un soir de grand bazar. On ne le rappellerait pas si cela n'avait fourni des arguments providentiels aux barons locaux adversaires de tout changement. Mais comment donner tort à ceux qui ont accusé François Hollande de mettre la charrue avant les b'ufs ?
Le groupe socialiste, en ayant proposé une nouvelle carte de 13 régions (au lieu de 14), avant l'ouverture des débats à l'Assemblée, a de lui-même « corrigé » la copie élyséenne pour prévenir une fronde transpartisane. Et, de fait, le projet est devenu moins incohérent et donc plus présentable. Ce qui, malheureusement, ne le purgera pas pour autant de tous ses vices originels.
On sent bien que cette réforme se voulait d'abord un écran de fumée après des déroutes électorales. Mais, sur un sujet touchant d'aussi près les populations, comment enjamber toute concertation préalable avec les élus et les citoyens ? Comment avoir fait passer le contenant (le découpage) avant le contenu (la répartition des compétences) ?
On s'aperçoit que la question des économies n'est même plus d'actualité. Les chiffrages sont restés flous. Dans l'immédiat, il y aura forcément des surcoûts (bâtiments, alignement des régimes des personnels). Pressé par le temps, le gouvernement n'autorisera qu'en 2016 la possibilité, pour un département, de changer de région. Et il a repoussé aux calendes grecques la suppression de ces mêmes départements, qui aurait pu être compensée avec la (re) création des conseillers territoriaux et une « cantonalisation » des régions. Dommage que la carte abattue par François Hollande soit biseautée.

Qui c’est le chef ?

Qui c’est le chef ?

Qui c'est le chef ? À ceux qui, de plus en plus nombreux, se posaient cette question, François Hollande a répondu lors de son interview redevenue très traditionnelle du 14 Juillet. Il l'a fait à sa manière mais en nous rappelant quand même la cinglante injonction de Jacques Chirac à l'adresse de Nicolas Sarkozy : « J'ordonne, il exécute ». Hier, François Hollande, n'a pas recouru à une « adjudantesque » mise au pas des ambitieux, mais il a rappelé que le chef, c'était lui. Lui, président, qui ne veut plus perdre une minute pour réformer (tout en prenant le temps de la concertation). Lui, président, qui choisit et qui décide. Lui, président, qui n'envisage 2017 qu'à travers un mieux pour les Français.
Tout le reste ne serait que littérature. Roman de gare que cette malédiction du « ménage à trois », promis à l'implosion, qu'il formerait avec Manuel Valls et Arnaud Montebourg. Mauvais feuilleton que cette irritation que provoqueraient chez lui les incartades de Montebourg. Et pourtant. Malgré les éléments de langage de ses proches nous présentant un François Hollande serein et amusé par les moulinets de ses ministres, le chef de l'État a tenu à reprendre la main.
Le volontarisme de Manuel Valls ne serait rien d'autre que la mise en musique des volontés élyséennes. La dénonciation, par Montebourg, d'un supposé « conformisme » ne saurait viser un président résolument réformateur, et qui le sera encore plus à l'avenir. Non ! Le Président n'a même pas peur de ceux qui, dans son gouvernement et sa majorité, dézinguent sa politique.
En réaffirmant, hier, que le pacte de responsabilité serait appliqué sans retouche, François Hollande a bel et bien renvoyé au cimetière des illusions les chimères d'Arnaud Montebourg. Il reste que l'ambitieux programme de réformes annoncées à la hâte par le chef de l'État pour les deux prochaines années, aurait dû être engagé beaucoup plus tôt, sur des bases dépourvues d'équivoque et avec une majorité encore sous le charme. Si vous voulez bien nous passer l'expression, François Hollande était hier… l'un peu tard du 14 Juillet !

Paris n’aura pas Bruxelles

Paris n’aura pas Bruxelles



Jusqu’à quand la France se paiera-t-elle de mots ? Jusqu’à quand ses dirigeants tenteront-ils de faire croire aux Français que, grâce à leur action, la politique européenne se réoriente vers la croissance ? Dernier en date de ces rêves éveillés, la conviction que le sort de l’Europe dépend de la conquête par la France du poste de commissaire européen aux Affaires économiques : avec un tel allié dans la place, Paris pourrait enfin desserrer l’étau de rigueur dans lequel le pays s’est enfermé tout seul.


Pierre Moscovici connaît bien les affaires européennes, c’est entendu. Il maîtrise également les codes, us et coutumes de la planète économique et financière. Mais, dans l’hypothèse vraisemblable où il deviendrait le commissaire français, les contre-performances de la France et son rôle de frein à la croissance européenne ne donneraient aucune légitimité à Paris pour revendiquer le poste clef des dossiers économiques.
Et si, déjouant ces pronostics et à la faveur d’une combine comme seule Bruxelles sait en produire, la France arrachait par extraordinaire ce portefeuille ? Cela ne changerait rien : isolé parmi 27 autres commissaires dont plusieurs anciens Premiers ministres, le représentant français n’aurait aucune marge de manœuvre pour épargner son pays. On peut même penser que sa parole et ses inévitables rappels à l’ordre budgétaire résonneraient alors plus cruellement encore aux oreilles de ses camarades socialistes.
C’est un fait : l’influence de la France est en recul. Aucun président de groupe parlementaire à Strasbourg (il y a 4 Allemands sur 8), de moins en moins de hauts fonctionnaires à des postes de direction d’administration ou de cabinets, le décrochage économique de la France se répercute concrètement dans les instances interunationales. Avant de rêver à nouveau de grandeur, la France devrait se réveiller.

Réflexions sur le XXIème siècle

Réflexions sur le XXIème siècle
Le champ de blé aux corbeaux de Van Gogh, qui illustre ce billet, peint en 1890, me semble avoir un caractère annonciateur des tragédies du siècle suivant. 
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Au fil de ma lecture de Cioran, Oeuvres, Gallimard 1995, je trouve ces paroles saisissantes: "Dans l’histoire, on est toujours au seuil du pire [...] On peut donner pour certain que le XXIème siècle, autrement avancé que le nôtre, regardera Hitler et Staline comme des enfants de choeur." Propos de dépressif (qu’il n’était pas) ou salutaire prophétie? Cette question ne cesse de me hanter. Selon une première hypothèse, l’homme aurait changé, serait devenu meilleur grâce à "l’effet d’expérience" (ne pas reproduire les atrocités du siècle précédent), la mondialisation, les technologie de l’information et la diffusion des images, la hausse moyenne du niveau de vie… Suivant une autre vision des choses, rien n’aurait vraiment changé, en quelques décennies, de la nature humaine, prompte à la violence, au fanatisme, à la rage de détruire et de tuer. Oh, ce n’est pas de la grande philosophie, mais une simple réflexion "d’honnête homme". Pessimiste me dira-t-on? Un siècle vient de passer. Le 16 juillet 1914, nul n’imaginait l’apocalypse en train de couver. Quel idiot pessimiste eût alors annoncé le massacre de 17 millions d’Européens, un dizième de la jeunesse décimé, autant d’infirmes à vie, combien de veuves et d’orphelins, un continent dévasté, un cataclysme d’où sortirait le marxisme-léninisme et le national-socialisme, puis un second conflit encore trois fois pire dans ses effets? Aucun! Je ne dis pas que tout cela se reproduira en pire et tout autrement, mais qu’il ne faut rien exclure et surtout pas que Cioran ait eu raison. Ainsi, jamais, de mémoire,

 nous n’avons connu une situation aussi complexe et incontrôlable au Moyen-Orient, avec l’échec radical du monde occidental, marqué par l’émergence d’un califat qui bouscule toutes nos certitudes historiques et les menaces pesant sur Israël. Le XXIème n’en est qu’à ses débuts.


mercredi 16 juillet 2014

Paris contre le désir français

Le pouvoir central, toujours plus intrusif, est-il encore en France? 

Gamine, je croyais que, dans tous les villages de France, il y avait une pancarte indiquant la direction de Paris. Ce repère partagé par tous, ce lien qui m’unissait à des gens que je n’appelais pas encore mes concitoyens, me paraissait être des plus ingénieux. Alors, c’est pas pour me vanter, comme dirait l’ami Basile, mais j’avais peut-être inventé une astucieuse métaphore de ce qu’est un pays : un territoire mental dont les habitants ne peuvent pas se perdre parce qu’ils savent tous où se trouve son centre névralgique. Bien sûr, le mot « métaphore » m’était aussi inconnu que la notion d’État jacobin. J’ignorais que, derrière la façade, encore impressionnante, les fondations de notre édifice régalien se lézardaient. Je n’avais pas entendu parler des contestataires chevelus qui réclamaient de « vivre et travailler au pays », ni lu le livre de Jean-François Gravier, Paris et le désert français, publié en 1947, resté un classique pendant trente ans malgré la jeunesse maurassienne de son auteur : « Dans tous les domaines, écrivait-il, l’agglomération parisienne s’est comportée depuis 1850, non pas comme une métropole vivifiant son arrière-pays, mais comme un groupe “monopoleur” dévorant la substance nationale. » En ce temps-là, on pouvait trouver tous les défauts de la Terre aux Parisiens, crever les pneus de leurs autos, brocarder leur arrogance et se moquer de leur accent – ou de leur absence supposée d’accent. N’empêche, Paris, c’était l’affaire de tous. La terre promise de tous les Rastignac du pays, la scène où se jouait la comédie du pouvoir. « L’État, c’est moi », disait-on. Et Paris, c’était la France.
Par la grâce du TGV, la capitale est désormais à quelques heures des principales villes de France. Mais que l’on vive à Lyon ou à Aurillac, jamais elle n’a paru aussi lointaine. La périphérie ne cherche plus à disputer son pouvoir au centre, ni même à l’encercler, conformément aux enseignements du président Mao. Elle se contente de lui tourner le dos, comme si elle avait déjà décidé qu’il n’y a plus de centre. La France n’est pas en guerre contre Paris : elle a décidé de vivre sa vie sans Paris. Ainsi peut-on gager que, dans leur écrasante majorité, les élus qui seront sommés de choisir entre un siège de député et un mandat local opteront en masse pour le second. Beaucoup, à commencer par les barons du PS qui se tiennent prudemment à l’écart des péripéties parisiennes de leur parti, savent depuis longtemps que, pour faire carrière, mieux vaut éviter soigneusement la capitale. On l’aura compris : il n’est pas question ici de la ville dans laquelle des millions de Français ont des copains et des cousins, des souvenirs et des fantasmes, mais du siège de l’État et du pouvoir, du lieu où se fabriquent les modes et les élites – symboliquement, il n’est pas innocent que le commun des Français n’ait pas les moyens de s’y loger.  Le problème est que le sentiment que ce pouvoir ne décide plus grand-chose est de plus en plus partagé. Peu importe que cet État décrié répare les routes, assiste les indigents et fasse encore marcher les trains, les hôpitaux et les écoles certes, pas très bien, mais pas plus mal que ne le ferait une multinationale. Pour beaucoup de gens, il est tout juste bon à persécuter d’honnêtes travailleurs à coups de retrait de points de permis, de règles illisibles ou absurdes, de fiscalité mouvante, le tout ayant un rapport fort lointain avec la réalité qu’on prétend changer.
Or, en plus de cette vieille propension à l’abstraction, qui le pousse à intervenir dans la vie de ses sujets en dépit du bon sens, voilà que cet État intrusif se mêle de plus en plus de leur dicter ce qu’il faut penser et ce qu’ils doivent aimer. Et ça, ça ne passe décidément pas. Sur le plan économique, la France, ou plutôt ses régions les plus prospères, avaient déjà largement affirmé leur indépendance par rapport à Paris. Le divorce est désormais culturel. On ne parle plus le même langage. La Manif pour tous a d’abord été cela : une révolte contre la prétention d’une élite perçue comme parisienne, branchée et totalement déconnectée du réel, d’imposer ses façons de voir et de vivre à tout le pays. Il y avait évidemment des adversaires du mariage gay à Paris et des partisans en province puisque, répétons-le, il est ici question d’un Paris métaphorique, lequel cependant recoupe en partie le Paris géographique. L’insularité culturelle de la capitale se manifeste notamment par sa résistance au vote frontiste. Le parti de Marine Le Pen a beau y envoyer des candidats présentables susceptibles d’amadouer le bobo, il plafonne à moins de 5 % des voix, alors qu’il progresse même dans les centres-villes bourgeois de nos régions. Ces exceptions parisiennes nourrissent l’aimable conte d’une France homophobe, raciste et passéiste, à laquelle le Paris des élites progressistes et minoritaires résiste héroïquement. Ce Paris-là n’est plus tout à fait la France.
Le psychodrame de la réforme territoriale – qui ne fait que commencer – a révélé que, dans nos belles provinces, on n’était guère soucieux de se battre pour la survie du royaume. L’ambiance est plutôt à la foire d’empoigne qu’à l’harmonieuse solidarité, chacun espérant tirer le meilleur jeu de la redistribution des cartes qui s’annonce. Dans cette perspective, des alliances inédites se nouent entre les élites locales et les activistes de l’identité, comme en Bretagne avec les Bonnets rouges. Ailleurs, on brandit le drapeau européen, tout en communiant dans l’exaltation du passé, réel ou mythologique, de son douar d’origine.
Est-ce ainsi que les pays meurent ? Ce qui meurt, c’est au minimum l’État à l’ancienne, la puissance tutélaire qui assurait la diffusion du progrès dans les coins les plus reculés du royaume et attirait à son service les meilleurs de ses enfants. Pleurer sur la splendeur passée de l’État-bâtisseur, de Versailles à Airbus, ne nous avancera guère. Il paraît que l’avenir radieux sera pavé de réseaux, d’interactions, de synergies et de crèches bio qu’on nous promet pour le remplacer. Dans ce monde merveilleux de l’horizontalité citoyenne, on sera breton et citoyen du monde, on ne parlera plus de « pays » mais de « territoires », ou peut-être de « zones de mobilité permanente » – c’est bon, ça, non ? Bon, ce chatoyant scénario a un léger inconvénient : c’est qu’il risque de laisser sur le carreau tous ceux qui n’ont pas le bon goût de vivre sur une route de la mondialisation. D’autre part, le retour aux villes-État de l’Antiquité ou à la Ligue hanséatique – car dans le fond, c’est bien de cela qu’il s’agit – pourrait déboucher, non pas sur le monde paisible régi par le doux commerce, mais sur la guerre de tous contre tous. Non pas qu’il faille impérativement atteindre la fameuse « taille critique », comme le répètent les propagandistes de l’Europe des régions, tout en célébrant le dynamisme de la Catalogne ou de la Bavière. La France n’est ni l’Espagne ni l’Allemagne, mais un vieux pays dans lequel l’État a précédé et construit la nation. Comme le montrent Todd et Lebras dans L’Invention de la France, sa diversité anthropologique s’est révélée soluble dans une unité administrative pensée de façon quasi scientifique. Le modèle jacobin a d’ailleurs remporté une victoire paradoxale car, à bien des égards, les pouvoirs issus de la décentralisation se contentent de le reproduire à l’échelle locale, comme si la solution à la crise française passait par l’émergence de multiples petites France. Sauf que dans ce schéma, Strasbourg refusera bientôt de payer pour Marseille. Ce qui était vrai hier a de fortes chances de l’être encore : sans un État aussi unique que le Dieu de la Bible, point de France.
Alors, il paraît que le mythe jacobin a vécu et qu’il nous faudrait faire notre deuil de la République une et indivisible. Peut-être. Mais ne nous y trompons pas : en dépit de l’affichage exubérant des patriotismes locaux, le message que les gouvernés adressent avec constance à leurs gouvernants, c’est qu’ils veulent rester un peuple. Et ils ne font nullement confiance, pour y arriver, à un pouvoir de plus en plus stratosphérique. Non sans raisons. Il n’y a qu’un Parisien pour croire que la France devrait disparaître.
Ce texte en accès libre est extrait du dernier numéro de Causeur (juillet-août 2014). Pour acheter le magazine, cliquez ici.