TOUT EST DIT

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jeudi 27 juin 2013

DOUBLE JEU


MANQUAIT PLUS QUE ÇA !!!!!!!

C'EST UNE HONTE !!

mercredi 26 juin 2013

L'éducation n'est pas un droit

L'éducation est un bien économique et non un droit. Les biens économiques, par définition, sont rares et satisfont des besoins ou des désirs. L'éducation cadre clairement avec cette définition.

L'État – observa Frédéric Bastiat – est cette grande fiction en vertu de laquelle tout le monde essaie de vivre aux dépens de tous les autres. Probablement, il n'existe pas de théorie qui confirme mieux cette définition que celle des « droits sociaux ». Chaque fois qu'un groupe déterminé prétend soutirer un bénéfice matériel des autres membres de la communauté, il le fait sous le manteau de moralité qu'offre cette populaire doctrine des droits.
Toutefois, une analyse exempte d'émotivité permet de saisir que la moralité de ces supposés droits se base sur une série de confusions. Pour commencer, « la société » n'est rien d'autre qu'une abstraction, et les abstractions, à la différence des individus, ne peuvent être titulaires de droits, ni bien entendu être sujets d'obligations. Dès lors, un droit appelé « social » n'est rien d'autre qu'une exigence de bénéfices matériels qu'un groupe déterminé d'individus réclame à un autre groupe d'individus, en général indéterminé, sans offrir de contrepartie en échange.

Dans un monde sans État, l'unique manière pour qu'un groupe A puisse obtenir sans cause d'un groupe B un bénéfice matériel serait de recourir directement à l'usage de la force physique. Dans le monde dans lequel nous vivons, ceux qui sont chargés d'exercer cette violence sont les politiciens qui contrôlent le pouvoir coercitif de l'État et qui sont élus dans la mesure où ils promettent des bénéfices via l'argument de satisfaire des « droits ».
Le cas de l'éducation est un exemple de ceci. Politiciens et enseignants affirment chacun à leur tour que c'est un « droit ». Mais l'éducation, bien que le dogme à la mode dise le contraire, est un bien économique, et non un droit. Les biens économiques, par définition, sont rares et satisfont des besoins ou des désirs. L'éducation entre clairement dans cette définition.
D'où le fait que le problème éducatif est essentiellement économique ; c'est-à-dire de création et d'allocation de ressources, et non d'éthique ou de « droits ». Dès lors, admettre cela a des implications philosophiques et pratiques. Car la différence entre un droit collectif ou « social » et des droits négatifs, comme la liberté d'expression, la vie ou la propriété, réside dans le fait que les premiers – que nous pouvons appeler des faux droits –, en se référant à des biens économiques, exigent que quelqu'un soit forcé de travailler pour les satisfaire.
Les seconds, en revanche – que nous pouvons qualifier de droits authentiques –, en ne se référant pas à des biens économiques, n'exigent seulement aux autres que de s'abstenir de faire quelque chose. Ainsi, par exemple, votre droit à la liberté d'expression implique l'obligation faite aux autres de ne pas essayer de vous faire taire, votre droit à la vie, celui de ne pas vous agresser et votre droit de propriété, celui de ne pas vous empêcher de jouir et de disposer de ce qui est à vous. La coercition de l'État s'emploie dans ce cas pour vous protéger de l'agression arbitraire d'un tiers. Les droits collectivistes ou « sociaux » inversent cette logique. Avec eux, la coercition étatique n'opère pas pour vous protéger d'une agression à l'encontre de votre vie, de votre liberté ou de votre propriété, mais pour vous forcer à donner à d'autres ce qu'ils désirent et que, probablement, ils ne pourraient obtenir dans une relation de coopération volontaire et pacifique.
Le résultat de cette conception collectiviste des droit résulte ainsi en une perversion du rôle de l'État, qui n'agit plus comme protecteur de la liberté personnelle, mais, au contraire, comme votre principal agresseur. Ce n'est pas par hasard que les dictatures socialistes furent les grandes promotrices des droits « sociaux ».
Maintenant, du point de vue économique, un pays qui cherche à satisfaire des droits « sociaux », prend inévitablement le chemin de la décadence et du conflit. Car, comme l'avait prédit Bastiat lui-même, les politiciens ne peuvent rien donner à personne sans retirer quelque chose avant à d'autres, retenant toujours au passage une fraction de ce qu'ils distribuent. Et comme les besoins – comme le désir des politiciens de se maintenir au pouvoir – sont illimités et les ressources rares, alors la satisfaction conséquente des « droits sociaux » ne peut que conduire à une spirale de dépenses, d'impôts et de dette, dont l'inévitable résolution finale est la crise du système économique et démocratique.


Collaborateurs : la parole aux invisibles

Collaborateurs : la parole aux invisibles


Le débat sur les collaborateurs parlementaires, dont nous avons beaucoup parlé ici, n’est pas clos. La déontologue de l’Assemblée, Noëlle Lenoir, a pris l’initiative denvoyer un questionnaire à l’ensemble des collaborateurs de député-e-s (les collaborateurs de groupe semblent être encore hors radar). Beaucoup de questions portent sur les conditions sociales des collaborateurs, montrant que c’est la que se situe la cause du problème (même si l’assemblée possède déjà de nombreuses données via les contrats de travail).
Ce questionnaire est intéressant, car il permet d’interroger celles et ceux qui sont pour l’instant les absent-e-s du débat, et pourtant les premier-e-s concerné-e-s. Il est d’ailleurs dommage qu’il vienne si tardivement. Cela s’explique aussi par l’absence de représentation officielle des collaborateurs, en l’absence d’instances reconnues. Il existe bien deux cercles de collaborateurs (l’un socialiste, l’autre à droite) et un syndicat, qui ont été actifs dans les coulisses de ce débat.
Cette absence de visibilité des collaborateurs est dans la logique même d’une institution qui se défie d’eux. Preuve en est le « crédit collab » trop limité, qui ne permet souvent qu’une rémunération de « juniors » (la jeunesse d’un collaborateur de députés français est proportionnellement inverse à l’âge de son parlementaire). Cette limitation du crédit collaborateur et des enveloppes laissées aux groupes (de nombreux élus sont revenus de leurs voyages au Bundestag étonnés par la taille des groupes parlementaires) s’explique par la faible place laissée aux députés dans la Vème République, qui a eu comme compensation la généralisation du cumul des mandats (83% en 2011, soit deux fois plus que sous la IVème République, et nettement plus que chez tous nos voisins). Le parlementaire a trouvé ainsi d’autres occupations, avec des moyens de fonctionnement bien plus importants : les principaux collaborateurs politiques d’un député cumulard travaillent souvent au cabinet de la collectivité de l’élu, et ses mandats locaux permettent de rembourser des frais prévus pour l’IRFM. Globalement le parlementaire français peut cumuler les avantages, à condition de ne pas trop se préoccuper du travail législatif.
Au contraire, le député non-cumulard aura de véritables difficultés pour rémunérer un conseiller politique, et son IRFM sera insuffisante (si le député qui propose de fiscaliser l’IRFM, plutôt que l’encadrer, est président d’un conseil général, ce n’est pas par hasard). Pour le député totalement absent c’est même tout bénéf, certains allant même jusqu’à rémunérer leurs conjoint-e-s.
Cela permet de laisser une plus grande latitude au gouvernement. L’administration des deux assemblées, bien plus compétente (et bien mieux rémunérée que les collaborateurs parlementaires), y a également trouvé avantage. Il est assez facile pour elle de rejeter les amendements issus des parlementaires pour de strictes raisons juridiques. Le poids de l’administration ne s’arrête pas à la porte du parlement…
Plus que les projets de loi sur la transparence, c’est donc les projets de loi sur le cumul qui pourrait faire évoluer la situation des collaborateurs.

Droit de vote des étrangers: des sénateurs mettent la pression sur Hollande


Réunis par les écologistes Esther Benbassa et Sergio Coronado, des parlementaires et élus locaux se sont rassemblés lundi au Sénat pour octroyer symboliquement le droit de vote des étrangers. 
Les partisans du droit de vote des étrangers ne désarment par et continuent de mettre la pression sur le gouvernement. Rassemblés au Sénat, salle Clémenceau pour une cérémonie symbolique d'octroi du droit de vote et d'éligibilité des étrangers, ils ont sans surprise voté en faveur de ce projet qui figure parmi les promesses de campagne de François Hollande.  

Une piqûre de rappel

"Il s'agit d'une piqûre de rappel à nos dirigeants qui promettent et mettent du temps à la réalisation de leurs promesses", a lancéEsther Benbassa, sénatrice du Val-de-Marne devant quelque 300 élus et représentants d'associations. Promesse du candidat socialiste lors de la dernière présidentielle, le Président de la République avait annoncé par la suite que le débat ne s'ouvrirait finalement qu'après les élections municipales de 2014.  
"Nous pensons que la France est prête, annonce pourtant le député Verts Sergio Coronado. Il faut faire acte d'optimiste, la France est un pays capable d'intégrer et de promouvoir la citoyenneté." Plusieurs élus socialistes et communistes présents ont approuvé ce constat, tout comme la nécessité de porter la question dans le débat public. La sénatrice communiste Laurence Cohen a estimé qu'"il n'y a aucune raison pour retarder à nouveau l'entrée en vigueur de ce droit". Quant au sénateur socialiste Jean-Yves Leconte, il a souligné que ce combat n'était pas gagné d'avance et qu'il fallait "se mobiliser".  
Le droit de vote des étrangers est également soutenu par les associations. Une militante associative a témoigné devant ce congrès symbolique: "Moi qui ai choisi de vivre en France, je considère que ceux qui y sont depuis 10, 20, 30, 40 ans et qui ont participé à la construction de ce pays ont les même droits et devoirs et n'ont pas à être exclu des bureaux de vote". Selon elle, le droit de vote des étrangers permettrait de "limiter l'instrumentalisation politique de l'immigration à des fins électorales et de conduire beaucoup de jeunes qui ont souffert du manque d'intégration politique de leurs parents, vers les urnes." 

Une salle acquise à la cause du droit de vote des étrangers

Avec un public acquis à la cause du droit de vote des étrangers, le "congrès" s'est achevé par un vote à main levée et l'octroi, sans surprise, du droit de vote. 
La véritable réforme, qui ne sera pas débattue avant 2014, nécessitera quant à elle une modification de la constitution et donc un vote du Congrès, dont la majorité n'est pour l'instant pas assurée."Ce droit, adopté en 2000 à l'Assemblée nationale, a été voté par le Sénat le 8 décembre 2011, mais il faut maintenant qu'il soit accepté par les 3/5e des parlementaires réunis en congrès", annonce sceptique Esther Benbassa..  
Cette mesure qui est pourtant approuvée à 54% par les Françaisne fait donc pas l'unanimité. L'annonce de cette manifestation avait d'ailleurs provoqué une vive réaction du député UMP Claude de Ganay qui avait demandé au président PS du Sénat, Jean-Pierre Bel "de faire annuler cette cérémonie au nom de la neutralité et du respect dus aux institutions républicaines". 


mardi 25 juin 2013

Yannick Noah débouté face à Marine Le Pen


L'ancien tennisman Yannick Noah a été débouté mardi des poursuites en diffamation qu'il avait intentées contre la présidente du FN Marine Le Pen, qui l'avait qualifié d'"exilé fiscal" et l'avait accusé d'avoir "planqué" son argent à l'étranger.
Sur le plateau du "Grand journal" sur Canal+ le 9 mars 2012, Marine Le Pen était interrogée sur les personnalités préférées des Français, Yannick Noah, Zinedine Zidane et Omar Sy. Au journaliste Jean-Michel Aphatie qui lui demandait si l'immigration était une chance pour la France, Marine Le Pen avait rétorqué "deux exilés fiscaux sur trois, c'est pas mal", avant de s'en prendre plus précisément à Yannick Noah.

"Cela veut dire qu'au lieu de payer ses impôts en France, eh bien ce monsieur se permet de donner des leçons de morale", "de donner des leçons de charité et de partage alors que lui, il ne partage rien, que son argent il est planqué et qu'il n'en fait pas profiter les malheureux Français", déclarait la candidate FN à la présidentielle.

Contrairement à ce que soutient Yannick Noah, "les propos incriminés ne lui imputent nullement de commettre des faits pénalement sanctionnés de fraude fiscale", ont estimé les juges de la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Le tribunal a ainsi relaxé Marine Le Pen et débouté Yannick Noah, qui demandait 50.000 euros de dommages et intérêts et quatre publications judiciaires.

Après sa participation à un meeting de François Hollande, Yannick Noah avait été la cible d'attaques de Valérie Rosso-Debord et Pierre Charon à l'UMP, puis Marine Le Pen, se référant à ses démêlés fiscaux.

Résident suisse entre 1992 et 1994, Yannick Noah est en contentieux fiscal avec l'administration, dans une procédure qui est toujours en cours devant le Conseil d'Etat.

Poursuivi par l'ancien joueur, le sénateur UMP Pierre Charon, qui avait notamment qualifié Yannick Noah de "délinquant" fiscal, a été jugé le 30 mai devant la même chambre du tribunal correctionnel de Paris, qui a mis son jugement en délibéré au 11 juillet.

Qui vient encore, qui ne vient plus : les efforts de Hollande pour vendre la France aux investisseurs étrangers suffiront-ils à enrayer leur désaffection grandissante pour l'Hexagone ?


Ce mardi François Hollande déroule le tapis rouge aux entrepreneurs étrangers : rencontre avec les membres du China Entrepreneur Club, réception des chefs d’entreprises chinois, français et européens à l’occasion de l’International Capital Conference puis dîner avec les dirigeants de grandes entreprises internationales, organisé avec le Forum économique mondial de Davos.

Ce mardi François Hollande déroule le tapis rouge aux investisseurs étrangers. Pourtant, selon un baromètre du cabinet d'audit Ernst and Young, l'attractivité de la France est "en perte de vitesse" et l'Hexagone a accusé un net recul de 13 % des implantations internationales en 2012 contre une moyenne de 3 % sur 44 pays d'Europe. La France est-elle en train de devenir un repoussoir pour les investisseurs étrangers ?

Robin Rivaton : L'attractivité de la France est en nette perte de vitesse. Selon les données d'Ernst & Young, l’Hexagone a accueilli 471 projets d’implantation étrangers en 2012, soit 13 % de moins qu’en 2011 avec une baisse de 20% du volume d'emplois créés.
Ces chiffres, qui placent la France derrière le Royaume-Uni et l'Allemagne, concordent avec ceux de l'Agence française des investissements internationaux et de la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement). D'après ceux-ci, l’année 2012 a marqué le plus faible volume de création d’emplois par des investisseurs étrangers depuis 2002. Au niveau du classement mondial des investissements directs étrangers (IDE), la France est passée entre 2010 et 2012, de la 4e à la 6e place, cédant 30% en valeur.
Julien Balkany : Malheureusement un peu plus d’un an après l’élection de François Hollande force est de constater que le gouvernement actuel entraîne notre pays à rebours de la marche du monde et que la France perd tous les jours des points en terme d’attractivité et de compétitivité pour les investisseurs étrangers et donc pour la création d’emplois et de richesses qui en découlent.
La France est clairement en perte de vitesse et apparait désormais en Europe comme une destination de second rang aux côtés de l'Italie et l'Espagne, loin derrière le Royaume-Uni et l'Allemagne.

Qui sont ceux qui investissent encore et ceux qui n’investissent plus ? Les hedge funds regardent-ils encore les dossiers français ?

Julien Balkany : Une grande majorité des fonds d’investissement anglo-saxons (fonds de private equity ou "hedge funds") ne regardent plus, ou presque plus, des dossiers d’investissements en France. Le manque de visibilité à moyen et long terme, le coût du travail trop élevé doublé d’un manque de flexibilité, les discours accusateurs du gouvernement et surtout  l’instabilité fiscale et juridique ont raison de cette catégorie d’investisseurs qui se sent stigmatiser et peu encourager à investir en France et se détourne vers d’autres pays plus attractifs.
Les fonds souverains du Moyen-Orient, avec le Qatar en tête continuent d’investir en France mais il est inquiétant de voir que même avec le Qatar, alors que nous sommes souvent présentés comme son meilleur allié, la France n’est que la 4eme destination pour ses investissements en Europe derrière l’Allemagne, la Grande Bretagne et même la Suisse.    
Le récent rachat du Printemps par un fonds qatari illustre parfaitement la situation actuelle. Le seul autre acheteur déclaré était français (son concurrent, Galeries Lafayette). Aucun fonds d’investissement anglo-saxon n’a souhaité émettre une offre pour l’emblématique grand magasin du boulevard Haussmann, alors qu’on spécule aux Etats-Unis sur une cession prochaine des grands magasins Saks, équivalent new-yorkais du Printemps,  et que plusieurs fonds américains, KKR, TPG, Carlyle, Warburg Pincus seraient intéressés. Tous ses fonds semblent être aujourd’hui aux "abonnés absents" en France.

Le phénomène est-il en train de prendre des proportions préoccupantes ?

Robin Rivaton : On peut dire que oui. La France est le seul pays parmi les 15 premiers récepteurs d'IDE, avec dans une moindre mesure les Pays-Bas, à avoir vu son stock d'IDE entrants rapportés au PIB baisser entre 2005 et 2012. À l'horizon 2014, la CNUCED considère même que la France sera éjectée hors du top 10, où l'Allemagne et le Royaume-Uni, que nous dépassions il y a encore trois ans, conserveront les 7e et 8e places.
Julien Balkany : Ce constat est préoccupant pour ne pas dire très inquiétant. Au vu des chiffres alarmistes il est temps de changer de politique économique. Dans la compétition mondiale qui se joue il est encore possible de mettre un terme à ce déni de réalité, encore faut-il avoir le courage politique de reformer sans état d’âme et de mener une politique volontariste dans les domaines économiques et industriels.

Pour quelles raisons les investisseurs se détournent-ils de la France ? Est-ce lié à la crise ou à la politique menée par le gouvernement depuis un an ?

Robin Rivaton : Non, nous payons des erreurs politiques de long-terme et l'absence de réformes depuis 10 ans. La décision d'investissement est un indicateur tardif du cycle économique d'un pays. Elle comprend en effet une large composante psychologique. C'est d'ailleurs pour rationaliser cet aspect que les investisseurs étrangers se tournent de plus en plus vers les classements comme source d'information fiable. Or, il s'avère que l'image de la France se dégrade dans ces classements depuis longtemps : 21e dans celui du World Economic Forum, 34e dans le rapport Doing Business, 169e dans le classement sur l'attractivité fiscale, masquant nos atouts en termes d'infrastructures ou d'aide publique à la recherche et développement.
Julien Balkany : Les investisseurs étrangers sont désorientés par le manque de cap en termes de stabilité et de pression fiscale, par le manque de flexibilité de l’emploi et par les faibles perspectives de croissance de la France.  
La France est tout d’abord malade de sa fiscalité et de son inhérent matraquage mené par l’actuel gouvernemet. Trop lourde, trop complexe, trop soumise aux changements de cap, trop instable, notre fiscalité est un boulet pour nos entreprises et pour notre compétitivité. Elle ne redresse pas la France, elle la consume à petit feu !

Quelles sont les conséquences en termes d’innovation (les investisseurs favorisent-ils les placements sûrs au détriment de l’innovation souvent plus risquée) et sur le plan économique et social ?

Robin Rivaton : Il faut bien comprendre que les entreprises étrangères implantées en France sont un puissant facteur de croissance. Ces acteurs dynamiques et indispensables de notre économie emploient plus de deux millions de salariés dans notre pays et réalisent 20% de la recherche-développement privée. Plus important encore, elles sont à l’origine de plus d’un tiers des exportations françaises car elles opèrent plus souvent dans l’industrie, secteur où les entreprises françaises présentent des faiblesses évidentes. General Electric, par exemple, emploie 11 000 salariés en France et exporte entre 70 à 95% de sa production française en fonction des métiers.
Elles ont été un amortisseur essentiel au délitement du tissu économique national ces 10 dernières années.
Julien Balkany : Les investisseurs recherchent avant tout la stabilité et la sérénité. Leur objectif est de réaliser des investissements dans un environnement pérenne.  Pour renouer avec la croissance il est essentiel de présenter des mesures en faveur de la compétitivité et de l’innovation. Il faut renforcer le crédit d’impôt recherche visant à amplifier l’effort de recherche et développement des entreprises et soutenir l’enseignement supérieur. 
Dans ce monde en mutation permanente, il nous faut innover et rechercher de nouveaux socles sur lesquels bâtir notre croissance économique. Les investisseurs industriels sont conscients qu’il est nécessaire de changer de gamme de production, d’innover davantage pour se positionner sur des produits qui font appel à une main-d’œuvre qualifiée, qui permettront de payer des salaires à leur juste valeur et de tirer la croissance vers le haut.

La France est-elle en train de prendre du retard par rapport aux pays concurrents ?  A-t-elle manqué son rendez-vous avec les économies émergentes ? 

Julien Balkany : Le gouvernement actuel doit déjà commencer par réaliser qu’il s’agit d’une compétition mondiale et que pour reconquérir notre rang nous devons utiliser toutes les armes dont nous disposons y compris fiscales. La taxe anti-délocalisation ainsi que la mise en place de nouvelles conditions fiscales incitatives pour attirer les investisseurs étrangers  peuvent apparaitre comme des mesures prenant tout leur sens en cette période charnière.
Il n’est pas trop tard la France peut encore gagner ce combat. Dans le contexte actuel se pose plus que jamais la question de l'harmonisation fiscale et du droit du travail au sein de l'Union européenne. En portant cette question, la France pourrait redevenir le moteur de l'Union européenne plutôt que faire la course derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni.

Bien que celles-ci accusent un recul de 25 %, la France reste néanmoins numéro un en nombre d'implantations industrielles. Est-ce un signe encourageant ?

Julien Balkany : Le fait que la France reste numéro un ne doit pas masquer la réalité qui est extrêmement préoccupante. Il faut remettre ce chiffre dans son contexte. Les nouvelles implantations ne permettent pas de palier les fermetures de sites et les délocalisations.
La France doit jouer davantage la carte de la flexibilité de l’emploi, s'engager dans une baisse des charges sociales et réformer son système éducatif supérieur.

Comment redonnez goût aux étrangers d’investir en France ?

Robin Rivaton : Puisque le gouvernement s’est fixé pour objectif d’augmenter de 40 % le nombre d’investissements étrangers d’ici à 2017, il va devoir lever les freins régulièrement cités par les investisseurs étrangers : coût du travail, fiscalité des entreprises mais aussi productivité du travail. Selon le sondage mené par l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII) auprès d’investisseurs étrangers chaque année, les points où la France recueille le moins d’avis positifs de la part des investisseurs sont le coût du travail (40%), la productivité du travail (52%) et la fiscalité des entreprise (62%). Mais au-delà de ces critères tangibles qui nécessitent des réformes de structure, les investisseurs recherchent des décisions symboliques montrant qu'ils sont attendus.
Julien Balkany : Il faut commencer à réformer structurellement notre modèle social et économique. Nous devons implanter une politique fiscale attractive et compréhensible, moderne, équitable, responsable et surtout pérenne ! Une politique fiscale récompensant la création d’emploi, favorisant l’innovation, les investissements étrangers et le retour des Français qui sont malheureusement de plus en plus nombreux à s’expatrier. En bref, il faut créer des conditions incitatives plutôt que punitives !

Sondage: Hollande à son plus bas niveau depuis son élection


Nouvelle baisse de l’exécutif, figures montantes à droite comme à gauche et désamour des partis politiques: tels sont les trois principaux enseignements du baromètre BVA – Orange pour L’Express, la Presse Régionale et France Inter.

Hollande à son plus bas niveau, après une remontée en mai

Le mois dernier, dans la foulée d’un « cap » politique plus clairement assumé par François Hollande, une interruption avait été notée dans la baisse de l’exécutif, et même une remontée du Président et du Premier ministre. François Hollande enregistre ainsi 31 % de bonnes opinions en juin contre 35 % en mai, Comme toujours Jean-Marc Ayrault est associé à ces évolutions. Il perd 3 points ce mois-ci pour se situer à 30 % de bonnes opinions contre 33 % en mai.

Une baisse à mettre en lien avec les échecs de la gauche de gouvernement aux élections locales partielles (Villeneuve-sur-Lot par exemple), au gel du point d’indice des fonctionnaires ou encore aux orientations du rapport Moreau commandé sur la réforme des retraites…
Avec une perte de 4 points, François Hollande se rapproche ainsi des records historiques d’impopularité enregistrés par son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, tombé à 30 % de bonnes opinions en octobre 2010 puis en février 2011.

Cote d’influence des personnalités : Valls toujours en tête à gauche, Sarkozy reste le champion du « peuple de droite ».

Notre cote d’influence des personnalités politiques apporte ce mois-ci quelques confirmations : Valls toujours premier (52 %) progresse encore (+4 points), suivi aux trois places suivantes par des hommes de droite modérée. Juppé, lui aussi en nette hausse (+3 points à 47 %), et dans une moindre mesure, Borloo et Fillon sont les habituels dauphins du Ministre de l’Intérieur sur notre palmarès.
Mais les plus fortes hausses sont à mettre au crédit des plus visibles à droite dans les médias ces derniers jours : F. Baroin (+5 points) très en verve pour critiquer « l’école Buissionnière », et surtout L. Wauquiez (+9 points), qui a réussi son coup médiatique avec son « appel des 10 ».
Cependant, c’est plus que jamais Nicolas Sarkozy qui reste le champion du « peuple de droite » : avec 75 % de bonnes opinions, il est la personnalité politique préférée des sympathisants de droite, 7 points devant Juppé et 13 points devant Fillon.

Les partis n’ont pas la cote, le front républicain ne séduit pas à droite

Notre cote d’amour des partis politiques confirme le désamour des Français à l’égard de leurs partis. Aucun parti n’atteint 40 % de bonnes opinions et la plupart sont en baisse par rapport à avril.
Les 3 principaux partis politiques du pays, le PS, l’UMP, mais aussi le FN enregistrent les plus fortes baisses avec 3 points pour les deux partis de gouvernement et 4 points de baisse pour le FN. Mais cette baisse ponctuelle de juin sur l’image, qui ne revient qu’à effacer la hausse précédente, n’empêche pas le FN de progresser sur le temps long. Dans notre dernière mesure publiée le 20 juin, le FN gagnait 10 points de potentiel de vote par rapport à la précédente effectuée en mars 2012 sur Marine le Pen.
Corolaire à cette progression du FN sur le temps « long », l’idée du « Front républicain anti-FN », si elle est toujours majoritairement soutenue s’agissant de faire voter UMP à des électeurs de gauche (56 % des Français souhaiteraient que le PS appelle à voter UMP en cas de duel UMP-FN) l’est un peu moins dans l’hypothèse où il s’agirait de demander à des électeurs UMP de voter PS (47 % des Français souhaiteraient que l’UMP appelle à voter PS en cas de duel PS-FN). Mais surtout, ce front républicain serait aujourd’hui largement rejeté par les électeurs de l’UMP : seulement 23 % d’entre eux seraient favorables à ce vote PS alors que 35 % préféreraient même un vote FN !
*Enquête réalisée auprès d’un échantillon de Français recrutés par téléphone puis interrogés par Internet les 19 et 20 juin 2013. Échantillon de 1 060 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Mesquinerie

Mesquinerie

Les attaques actuelles contre la Commission européenne me paraissent totalement déplacées: « M. Barroso [serait donc] le carburant du front national ». Pour faire oublier les échecs de la politique nationale, on verse dans l’opprobre et l’injure envers Bruxelles. Tout cela est d’une mesquinerie caricaturale. Les fondements de l’Europe sont évidemment à revoir, pour y introduire plus de démocratie européenne et plus de respect des démocraties nationales. Mais ce sont avant tout François Mitterrand et le PS, créateurs de "Maastricht", qui l’ont voulue telle qu’elle est aujourd’hui ! L’insulte, la polémique grotesque, c’est comme les piqures de guêpe, ou les jappements de roquet,  cela ne conduit jamais à rien.  Le vrai courage, c’est d’identifier les lacunes, les insuffisances, et de travailler à la réforme, sinon le bouleversement nécessaire. Tout le reste,  relève de la gesticulation et de la démagogie.

Idoles

Idoles


Comment expliquer la lourde, la scandaleuse condamnation de Nicolas, prisonnier politique d’un régime qui se targue de promouvoir l’égalité et la liberté d’expression ? En quoi cela sert-il la politique de François Hollande de créer ainsi un martyr – ou plutôt le plus emblématique parmi de multiples « martyrs » gazés, frappés, traqués pour port de T-shirt, victimes de brutalités policières alors qu’ils participent tranquillement à une soirée de Veilleurs… ?
A quoi joue le pouvoir ? Serait-ce une diversion – comme d’aucuns ont accusé toute l’affaire du « mariage » gay d’être une diversion – destinée à satisfaire une « base » hostile à tout ce qui est perçu comme catho ou bourgeois ? Ou encore une tentative d’intimidation pour essayer de mettre fin, une fois pour toutes, à une mobilisation inattendue, à la fois dans son apparition, dans sa réussite numérique et dans sa durée ?
Assurément, le pouvoir socialiste, enferré dans la culture de mort dont il est d’ailleurs loin d’être le seul promoteur, ne comprend rien à ce qui se passe dans la France profonde. Cela faisait des dizaines d’années que, un peu plus ou un peu moins, un peu vite ou à pas feutrés, le démantèlement du tissu social par les attaques contre la famille et contre l’intelligence des jeunes générations était une œuvre partagée par la quasi-totalité des partis politiques. Et ainsi les militants de la Manif pour tous ou du Printemps français ont stupéfié le pouvoir, qui pensait ne rencontrer une telle résistance que parmi les troupes de Civitas.
Derrière des allures diverses et des déclarations plus ou moins construites, des slogans et des mots d’ordre qui allaient du convenu à l’intransigeance, c’est au fond un même esprit qu’il fallait voir.
Au bout de dizaines d’années de décervelage, les efforts de l’Education nationale et de l’enseignement phagocyté par l’Etat ont, sans doute, eu pour effet de rendre certaines contestations moins étayées, moins doctrinalement sûres que d’autres. Mais, en touchant aux réalités simples et évidentes, « ils » ont franchi le pas de trop.
Alors, intimidation pour en finir ? Il y a de cela. Sur certains, cela fonctionne : voyez le maire UMP de Mésanger qui, après avoir annoncé qu’il ne célébrerait pas le « mariage » de deux homosexuels qui lui est demandé, a battu en retraite, a « réfléchi » sous le coup de « pressions folles » et laissera un de ses adjoints, catholique pourtant, officier pour lui éviter la prison : « Autrement dit, cette belle âme fera par charité chrétienne ce que le christianisme réprouve… Comme c’est beau ! Comme c’est lâche ! », note Yves Daoudal sur son blog.
La vérité profonde de cette affaire est qu’il y a une idole, il y a des idoles intouchables auxquelles il faut sacrifier sous peine de perdre ses droits, sous peine d’être soumis à cette « guillotine sèche » qu’est la persécution judiciaire, la perte du droit de s’exprimer, la marginalisation non sanglante mais diablement efficace.
Nous avons vu les coups pleuvoir et les lacrymos viser d’honnêtes gens à brûle-pourpoint.
Dimanche, nous avons vu aussi la traînée de dégâts laissée derrière lui par un cortège d’« antifas » venu bruyamment déplorer la mort de Clément Méric dans une manifestation tendue aux abords de l’Opéra, à Paris. Il y a eu des vitrines cassées – spécialement celles des banques, comme il sied à des militants anticapitalistes, mais aussi celles de commerces plus ordinaires – et une porte d’immeuble a été forcée et taguée.
Vous l’avez deviné : on n’a pas sorti la moindre bonbonne de lacrymogène et il n’y a eu qu’une petite quinzaine d’interpellations de jeunes dont tout le monde, de la presse à la police en passant par les organisateurs, répète qu’il s’agit de « groupes ultra-radicaux, de casseurs violents et très mobiles qui étaient venus en découdre ».
Bien sûr ; rien à voir avec les gentils qui, cagoulés ou le visage masqué, dénonçaient à coups de pétards l’islamophobie et l’homophobie.
Pourquoi les traquer ? Un peu pour la forme, histoire de ne pas paraître trop évidemment pratiquer le deux poids deux mesures, Valls a bien dû se dire satisfait de la gestion policière du cortège… Mais au fond, ils pensent comme le pouvoir et sacrifient aux nouvelles idoles. Cela vaut bien quelques vitrines cassées.

Sur une poudrière : ces étincelles qui pourraient bien rallumer brusquement la crise de l’euro


La crise de l'euro est loin d'être éteinte. De Grèce, ou d'ailleurs en Europe du Sud, la fébrilité ambiante menace de mettre à plat le fragile équilibre que les autorités européennes ont péniblement construit.

Alors que la Dimar, le plus petit parti de gauche de la coalition, a annoncé sa volonté de quitter le gouvernement grec suite à l'échec des négociations relatives à la réouverture de l'ERT, le FMI serait prêt à bloquer d'ici la fin du mois une tranche d'aide à la Grèce si les banques centrales des pays européens ne comble pas un "trou" de 3 à 4 milliards dans le plan de sauvetage selon le Financial Times. Comment expliquer que le cas grec puisse de nouveau revenir sur le devant de la scène et menacer la zone euro ? 

Pascal de Lima : Le cas grec pose en réalité de nombreux sujets, certains sont économiques d'autres sont politiques. On a même en toile de fonds, des sujets philosophiques et historiques sur la fin de l'Occident par la fin de la Grèce.
Le cas grec revient sur le devant de la scène pour des raisons économiques : faute d'avoir accepté de calculer les gains et les coûts de toutes les alternatives possibles et de façon rigoureuse (sortie de la Grèce, maintien de la Grèce, gains et coûts) on se retrouve dans une situation où ce que l'on croit être la meilleure solution, le maintien de la Grèce dans la zone euro, se trouve face à des réalités économiques embêtantes politiquement pour le grand projet des grands lobbyistes planétaires. C'est la réalité économique qui ramène la Grèce sur le devant de la scène. On s'aperçoit aussi, que les plans d'austérité uniques, dans un cadre très étrange d'absence de concertation, n'ont pas montré toute leur efficacité. Ceci est banal. Moins banal est le mea culpa du FMI. On prend conscience enfin, que les politiques que l'on nous impose pourraient être davantage qualitatives. Il ne s'agit pas de remettre en cause l'austérité, mais l'austérité quantitative. L'austérité quantitative n'a absolument pas résolu le problème central du rapport entre les taux de croissance et les taux d'intérêt. On a toujours des taux de croissance très en dessous des taux d'intérêt. Ils sont même négatifs et depuis longtemps. La Grèce est un terrain fertile de réflexion et de remise en cause par sa situation extrême dans de nombreux domaines. 
Sur le plan politique, il me semble que la Grèce pose la question d'un gouvernement européen. A force de vouloir intégrer économiquement même dans le respect des divergences locales des économies qui fonctionnent avec des dispositions institutionnelles et politiques marquées différentiées, on risque de créer un écart entre l'économique et la réalité puis de l'autre coté le politique qui se veut intégré mais qui ne l'est pas du tout. Regardez : on attend les élections allemandes et en ce moment rien ne bouge sur le plan économique à l'échelle Europe. Je pense que la Grèce pose la question d'une Europe politique : il faudrait que chaque État adopte une nouvelle constitution, identique pour tous les États, avec des élections présidentielles et un mandat de 8 ans pour tous les États. Les élections présidentielles auraient lieu à la même date. Ceci constituerait une étape préliminaire à un État politique européen. Les deux premières années seraient consacrées à l'étude des dossiers et à la concertation. On pourrait créer une monnaie parallèle à l'euro, une monnaie tampon pour les échanges en zone euro (le Bitcoin ???), et garder l'euro à l'international. 
Sur le plan philosophique on a le thème de la décadence de l'Occident, comme l'Occident est né par la Grèce, L'Occident peut-il mourir par la Grèce ???  Vaste question...Remarquons une nouvelle fois notre refus de voir la mort. On dit que la Grèce devient un pays émergent et n'est plus un pays développé. Mais il a déjà été développé donc il s'agit bien d'un État décadent ! Certains y voit même la décadence de Rome... 
Marc Touati : Effectivement, cela finit vraiment par devenir lassant. Depuis la fin 2009, tous les six à neuf mois, nous avons droit à une nouvelle crise grecque, avec ses faux-semblants, ses dangers et ses "vraies fausses" solutions. À chaque fois, la majorité des économistes et des politiciens bien-pensants se répandent un peu partout pour annoncer que la crise grecque et, par là même, celle de la zone euro sont terminées. Malheureusement, rien n’a jamais été réglé. Bien au contraire. En fait, les dirigeants eurolandais ont simplement posé des gros pansements sur une plaie béante sans la cautériser. Si bien que lorsque le pansement s’effiloche, puis disparaît, la plaie est non seulement toujours là, mais elle s’est, de surcroît, infectée.
En effaçant la moitié de la dette grecque détenue par des agents privés, les Européens n’ont fait que gagner du temps. Car, dans la mesure où l’euro est resté trop fort et où rien n’a été mis en œuvre pour soutenir la croissance, la Grèce a continué de sombrer dans la récession et dans le malaise social. Depuis le début de la crise (c’est-à-dire depuis le quatrième trimestre 2007), le PIB hellène a plongé d’environ 30 %. Conséquence logique de ce marasme, le taux de chômage atteint désormais 27%, et 62,5% pour les moins de 25 ans. Pour "couronner" le tout, la Grèce s’est engagée dans une crise politique qui rappelle de bien mauvais souvenirs, avec, qui plus est, une extrême gauche qui est toujours à deux doigts de prendre le pouvoir, ainsi qu’un parti néonazi qui est entré au Parlement et a même créé des "milices."
Dès lors, la moindre étincelle, comme la fermeture des médias publics par le gouvernement Samaras la semaine dernière, réactive un incendie qui n’a en fait jamais été circonscrit. Cela confirme que, sans union politique, la zone euro reste menacée par un pays qui ne représente que 2% de son PIB.
Jacques Sapir : En Grèce, rien n’est résolu. Le système fiscal est en train de s’effondrer, à la fois du côté de la TVA, et cet effondrement est lié à la dépression économique que le pays subit depuis plus de 4 ans, et du côté des personnes physiques. Le gouvernement a fait passer un décret rendant passible de prison des impayés de 5000 euros d’impôts. C’est dire l’état de panique dans lequel il se trouve. L’effondrement de la politique imposée par les « Memorandums » de la Troïka (et plus particulièrement de l’UE et de la BCE) est aujourd’hui patent. L’autoritarisme est la seule réponse que Samaras a trouvé dans cette situation. Nous sommes les témoins de la décomposition non seulement d’une économie mais du système politique « européen » et son remplacement progressif par un système autoritaire. Ce qui se passe en Grèce aujourd’hui se passera demain en Espagne et en Italie, et après-demain en France si nous n’y prenons garde. L’idée que l’Europe c’est nécessairement la démocratie est fausse. L’Europe peut aussi, on le voit en Grèce, être synonyme de tyrannie.

Les taux auxquels s'endettent les pays du sud de l'Europe – les taux obligataires – ont augmenté ces dernières semaines et l'écart avec le taux allemand qui sert de référence – ce que l'on appelle le spread – s'est creusé. Quelles sont les autres risques potentiels qui menacent la zone euro ? (Chypre, la Slovénie etc.) Où pourraient s'ouvrir les prochains fronts ?

Pascal de Lima : J'aimerais évoquer le cas de la Lettonie. La Lettonie : un nouveau pas vers l’hiver de la démocratie en Europe, le coup d’État de Riga !
En effet, le 1er Janvier 2014, la Lettonie deviendra le 18e État membre de la zone euro contre la volonté des Lettons eux-mêmes. Certes, il est possible que l’adoption de la monnaie unique encourage les investissements européens dans le pays comme ce fut le cas pour l’Estonie voisine depuis 2011. Cela vaut il vraiment la forte inflation que connait actuellement l’Estonie ? Le président de l'Association des économistes lettons Ivar Brivers, prévient à la radio Baltcom que "toutes les déclarations affirmant que le passage à l'euro sera bénéfique pour la Lettonie sont mensongères". De toute manière, les objectifs véritables des autorités lettones et européennes ne sont pas tant économiques que politiques. A Riga, il s’agit d’arrimer définitivement l’ancienne république socialiste soviétique à l’Europe occidentale. A Bruxelles, le symbole de l’entrée dans la zone euro d’une nouvelle économie, si petite soit-elle, est le bienvenu pour faire passer le message que l’euro est toujours une monnaie attractive. En réalité l’adoption de l’euro par la Lettonie est révélatrice d’un retournement politique européen vieux de quarante ans, qui s’est accéléré sous l’effet de la crise. Souvenons-nous. En 2009, les Irlandais durent réorganiser un référendum sur le traité de Lisbonne de manière à ce que Bruxelles obtienne un "oui" refusé en 2008. Suite à leur rejet de la Constitution européenne de 2005, les peuples français et hollandais ont alors vécu l’adoption de ce traité comme un camouflet antidémocratique. Pire, depuis le début de la crise des dettes souveraines européenne, la troïka ignore les protestations de désespoir de millions de Grecs, d’Espagnols ou encore de Portugais qui défilent tous les jours dans les rues pour dénoncer le saccage de leurs économies et de leurs sociétés.
En parallèle, Bruxelles dénonce la solution de sortie de crise, efficace et soucieuse de la souveraineté nationale, choisie par l’Islande. L’Europe préfère imposer en Italie un technocrate, ancien banquier de Goldman Sachs, Mario Monti, pour le charger du sale boulot de casse sociale. D’ailleurs, les Italiens ont rejeté massivement sanctionné cette pratique en ne lui accordant que 10% des suffrages aux législatives de février 2013. Cela n’empêche pas Bruxelles, le mois suivant, d’imposer une taxation forte des dépôts bancaires chypriotes, y compris ceux inférieurs à 100 000 euros, censés être garantis. Dès lors, comment donner tort à Leonidas Chrysanthopoulos, ancien directeur général des affaires européennes du ministère des Affaires étrangères grec, lorsqu’il s’exclamait en mars dernier : "l’Union européenne se fout de la démocratie !" ? Ce n’est plus un hiver démocratique, c’est un froid sibérien ! Terrible constat en effet que celui qui veut qu’en l’espace d’un siècle et demi, le continent européen soit passé du printemps des peuples, expression des aspirations démocratiques à « l’hiver de la démocratie » selon le terme de Guy Hermet dans "L'hiver de la démocratie : Ou le nouveau régime"…Le système démocratique le plus abouti à ce jour, l’État-providence dans le cadre de l’État-nation, né de la rencontre des droits civils et politiques acquis aux XVIIIe et XIXe siècles et des droits sociaux et économiques du XXe siècle, serait épuisé et laisserait la place, en Europe plus qu’ailleurs, à une post-démocratie, faite, d’une part, d’une gouvernance technocratique hors du contrôle des citoyens et, d’autre part, d’une démagogie des hommes politiques qui font croire que le pouvoir réel est encore entre leurs mains et qui s’agitent en période électorale en faisant des promesses qui ne seront, pour la plupart d’entre elles, jamais tenues. Cette démagogie, ce populisme nouveau, aurait alors pour fonction de mieux faire accepter aux peuples la gouvernance technocratique en lui donnant l’illusion de reprendre le pouvoir à intervalle régulier. Un vent polaire a soufflé sur le projet, initialement superbe, d’une Europe de la paix, de la démocratie, du progrès et de la prospérité pour en faire un instrument de domination, dans les mains d’intérêts privés, qui ne se cachent plus pour fouler du pied les aspirations populaires. A Riga, les dés sont déjà jetés et l’euro sera adopté sans référendum. Amis lettons, bienvenue dans notre Enfer de glace, semblable à celui de Dante, sur la porte duquel était inscrit "Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance"… démocratique ! 
Marc Touati : Les fronts sont malheureusement partout. Bien sûr, les pays du Sud sont les premiers concernés. Si un nouveau clash majeur se produit en Grèce, alors le château de cartes va s’effondrer. Chypre suivra immédiatement, rejoint assez rapidement par le Portugal et l’Espagne, puis par l’Italie.
Mais le vrai danger réside dans l’attitude de la France. Car si les marchés sont désormais habitués aux soubresauts dans les pays du Sud, ils continuent de maintenir leur confiance dans l’Hexagone. Or, à partir de septembre prochain, le gouvernement français va devoir admettre que ses objectifs de déficit public ne sont pas tenables. Dès 2013, ce dernier devrait avoisiner les 4,5% du PIB. Une sanction pourrait alors se produire. Elle se traduirait par une forte augmentation des taux d’intérêt sur les obligations de l’État français, ce qui ne manquera pas de réactiver la récession, d’où une nouvelle augmentation des déficits et de la dette. Si la crise ouvre un nouveau front en France, ce dernier sera fatal à la zone euro.
Jacques Sapir : Il y a bien sur Chypre et la Slovénie, mais désormais les principaux risques viennent de pays du « cœur » de l’Europe, comme l’Italie et la France. Avec la forte baisse des recettes fiscales que l’on enregistre tant en Italie qu’en France, et on parle chez nous d’une chute de 5% des recettes de la TVA, il est clair que les objectifs de déficit publiques ne seront pas tenus. Ils ne seront même pas approchés. Les marchés vont progressivement prendre conscience de cette situation, tester puis attaquer la France et l’Italie. Et c’est là que nous verrons si les belles déclarations de Mario Draghi sont du bluff ou ont quelque substance.

Les plans de sauvetages et plus largement la stratégie adoptés par la zone euro font-ils la preuve de leur incapacité à résoudre la crise ?

Pascal de Lima : Ils sont responsables de nouvelles tensions car les plans de sauvetage se font dans un contexte où les taux d'intérêt sont supérieurs au taux de croissance donc ...il s'agit d'un puis sans fonds.  
Non seulement ils sont mal adaptés (il faut lire tout ce que dit Joseph Stiglitz sur le FMI et la Banque mondiale depuis 10 ans) mais le FMI qui est une institution connue pour être très prestigieuse et respectable, très étrangement ne parvient pas à faire de la prévention et changer de position en adoptant des mesures qualitatives d'austérité et adaptées au cas par cas. Je ne sais pas si ce sont les frais de voyage qui font ça, mais il est clair qu'une démarche locale comme celle de la microfinance serait plus adaptée. En fait, il faudrait que le FMI fusionne avec la Banque mondiale en diversifiant davantage les nationalités des équipes de consultants trop américanisés je pense pour qu'il sorte du carcan monétariste de la balance des paiements macroéconomique. Bizarrement, les économistes du FMI ne comprennent pas cela. C'est assez troublant. Sont-il si prestigieux ? Qu'est ce qu'une institution prestigieuse en mea culpa. Je crois que c'est aussi une période où l'on observe un re-brassage des élites, une remise en cause qui déplaît à certains, qui, pour sauver leur caste ou leur secte auquelle plus personne ne croit, prétendent à des critères d'acceptation plus serrés...
Marc Touati : Comme nous ne cessons de le répéter depuis le début de la crise, les plans de sauvetage de la zone euro ne font que colmater les brèches et continuent d’oublier l’essentiel : la croissance. Tant que l’euro ne passera pas sous les 1,15 dollar pour un euro, que les impôts augmenteront et qu’il n’y aura pas de budget fédéral, la récession perdurera et la crise de la zone euro empirera.
Le problème est que les dirigeants eurolandais continuent d’être dogmatiques et de se focaliser sur une faible inflation et une rigueur mal placée. Autrement dit, ils préfèrent "mourir guéri" que vivre avec un peu d’inflation. C’est vraiment dommage.
Jacques Sapir : Ces plans sont inefficaces tout d’abord parce qu’ils se trompent de cible. Le problème n’est pas la dette publique mais la hausse de la dette privée qui a eu lieu de 2002 à 2008, et qui a été compensée par une forte création de dette publique de 2009 à 2012. Cette création de dette privée est par ailleurs venue compenser la croissance des revenus insuffisants que l’on avait dans la zone euro du fait du retard de croissance que ce dernier a causé par rapport aux autres zones développées. On s’est donc trompé dans le diagnostic de la crise. On s’est ensuite trompé dans les méthodes. L’austérité aggrave la crise, parce que le multiplicateur des dépenses publiques n’est pas égal à 0,5 comme le prétend la Commission européenne et Madame Karine Berger mais très largement supérieur à 1, sans doute égal à 1,7 en Espagne, à 2 en Italie et à 1,4 en France. Donc, à chaque tour de vis le PIB recule, ce qui fait baisser les recettes fiscales, et reproduit le déficit que l’on espérait supprimer par le-dit tour de vis. Enfin, nous poursuivons un objectif irréalisable : le fédéralisme dans la zone euro, dont en réalité les principaux États ne veulent pas et font tout leur possible pour le rendre inefficace.

Ben Bernanke, le président de la banque centrale américaine (la Fed) s'est prononcé en faveur d'une réduction progressive du programme de planche à billet mené par les États-Unis. Comment cette décision impacte les économies européennes ? Que faut-il craindre ? La zone euro a t-elle vraiment tout fait pour se sauver d'elle-même ou s'est-elle trop reposée sur des espoirs de relance outre-Atlantique ?

Pascal de Lima : La Fed s'est en effet prononcée pour un ralentissement du rythme d'achat d'actifs du fait d'une amélioration du marché du travail. François Hollande pourrait bénéficier de cette tendance. D'ailleurs je pense que l'inversion de la courbe du chômage en France se fera grâce à l'amélioration de la situation conjoncturelle aux États-Unis. Je dis bien l'inversion de la courbe du chômage (la fin de la hausse) et non la baisse du chômage. Toute l’ambiguïté est là. 
Marc Touati : La sur-réaction des bourses européennes aux annonces de la Fed confirme une nouvelle fois que l’Europe se contente d’un rôle de suiveur et qu’elle n’est plus maîtresse de son destin. L’a-t-elle d’ailleurs déjà été ? Rien n’est moins sûr.
Dans la mesure où la zone euro est incapable de restaurer sa croissance interne, elle est effectivement vouée à espérer un petit coup de pouce du reste du monde et notamment des États-Unis. Seulement voilà, outre-Atlantique, la règle de base est "America first". D’où le maintien d’un dollar trop faible, donc d’un euro trop fort, qui aggrave la récession eurolandaise. C’est bien là le drame : la création de l’euro était à la base une arme formidable pour pouvoir concurrencer les États-Unis et l’hégémonie. Seulement voilà, à force de vouloir "mourir guéri" et d’avoir multiplié les erreurs de stratégies économiques, les Eurolandais ont retourné cette arme exceptionnelle contre eux. Si nous continuons ainsi, il est clair que l’euro ne pourra perdurer. Mais à ce moment-là, la crise qui s’en suivra sera encore bien plus grave que celle que nous vivons depuis 2009. Ah, si les dirigeants eurolandais pouvaient enfin transformer leur dogmatisme en un minimum de pragmatisme…
Jacques Sapir : Il est clair que les politiques de « quatitative easings » vont progressivement s’arrêter. Elles se sont surtout traduits par la multiplication des bulles financières. C’étaient les ménages qu’il aurait fallu soutenir et non les banques, car en rétablissant la solvabilité des ménages du même coup on solvabilisait les banques. Désormais, nous sommes au bord d’une nouvelle crise, avec la faible croissance américaine et l’économie chinoise qui doit passer par une période de purge pour assainir le marché bancaire et de l’immobilier.  Les gouvernements de la zone Euro ont vécu dans l’espoir qu’une reprise américaine allait les sortir de l’impasse dans laquelle ils sont.  Ils se sont trompés. Il va falloir admettre que la zone euro est morte avant qu’elle ne tue l’Europe. Le plus vite ceci sera admis le mieux cela vaudra pour nous tous.