mardi 6 mai 2014
Deux années gâchées
Deux années gâchées
Que reste-t-il des espoirs de ceux qui, il y a deux ans jour pour jour, avaient porté François Hollande à l’Elysée ? Un pouvoir impopulaire et disqualifié, des chômeurs plus nombreux que jamais, des impôts devenus insupportables, des indicateurs économiques et budgétaires à la dérive.
Que reste-t-il des deux années de gestion de François Hollande ? Le sentiment de promesses successives aussi vite lancées, aussi vite oubliées. La certitude de vraies erreurs initiales de politique économique, la réalité d’un choc fiscal historique et l’instauration d’un climat d’hostilité, devenue méfiance, entre le pouvoir et les entreprises.
Et au total, chez beaucoup de Français le sentiment qu’il est impossible dans ce monde ouvert d’obtenir des résultats, pas plus de la part de la gauche que de la droite en son temps. Ce parallèle est évidemment trompeur : la majorité précédente a dû gérer le pays au milieu d’un gigantesque ouragan sur l’économie mondiale, alors que la gauche peine à le gérer en dépit du retour de la croissance partout dans le monde développé. Il n’empêche : le sentiment est là d’un grand découragement, d’une grande impuissance.
Ce qu’il reste après cette première phase du quinquennat ? Trois petites années – sauf accident politique ou institutionnel – pour qu’émerge une offre politique alternative issue de l’opposition, une offre qui n’existe pas encore mais qui nous sorte des demi-mesures, des jeux de rôle avec l’opinion publique, des finasseries avec Bruxelles. Trois années à peine pour que se renforce un corpus idéologique fondé sur l’audace, sur la réforme en profondeur, en supportant la réalité que tous nos voisins ont affrontée. Dans la plupart des pays, on appelle cela le libéralisme.
Comme tous ses autres collègues du gouvernement, dont aucun n’a jamais tenu le moindre poste de responsabilité dans une entreprise, Montebourg n’a jamais créé un seul emploi de sa vie : pas un. Mais il sait comment il faut parler aux chefs d’entreprise – pardon, il sait comment les admonester, les engueuler, les fustiger, les morigéner… – pour les inciter à investir en France, créer des emplois et générer de la richesse… Le moins qu’on puisse dire est qu’il s’y prend plutôt mal !
Montebourg « redresseur » des capitalistes
- Montebourg sermonne le patron d’Alstom pour mensonge et « manquement à la déontologie nationale »…
- Montebourg pourfend le patron de Numéricable pour manque de patriotisme fiscal…
- Montebourg admoneste le patron de Mittal dont « il ne veut plus en France »…
- Montebourg fait la leçon à la famille Peugeot, comparant le groupe PSA Peugeot-Citroën à un « malade imaginaire »…
- Montebourg engueule les dirigeants de Sanofi…
- Montebourg fustige les groupes pétroliers Shell et Total…
- Etc.
Montebourg « dompteur » du capitalisme

Bref Montebourg s’en prend à tous les patrons qui, échaudés par les orientations politiques du gouvernement, et inquiets des aboiements du ministre de l’économie (oui, je sais cela fait drôle de savoir que c’est Montebourg qui a en charge l’économie française !), préfèreront sans doute aller investir en Grande-Bretagne, au Pays-Bas ou en Allemagne… Belle image de la France en tout cas. Tellement dégradée que même le pauvre Fabius se croit obligé d’aller jouer les hôtesses dans les aéroports. Pathétique.
Le post-capitalisme performant de Montebourg
Désormais connu dans le monde entier, non pas pour son sauvetage de l’industrie française mais pour ses coups de gueule contre-productifs, Arnaud Montebourg non seulement ne « redresse » rien mais achève de détruire ce qui marchait encore. Son capitalisme redressé à la sauce keynésienne et à la mode « Piketty post-marxiste » (voir image ci-dessus) est une catastrophe qui mène le pays à la ruine.
Montebourg ne fait d’ailleurs pas que décourager les entrepreneurs, détruire l’initiative et torpiller la croissance et la création de richesse. Il fait même plus : par ses aboiements intempestifs, il achève de discréditer la parole d’un État qui n’a évidemment pas à s’exprimer sur ce ton ni à s’exprimer comme un voyou. Le « détecteur de mensonges », dont il menace le directeur d’Alstom, c’est aux membres du gouvernement qu’il faudrait l’appliquer en premier ! Leur « Parole » est totalement discréditée.
« Nous défendons l’emploi, l’emploi, l’emploi » répète inlassablement Montebourg, comme pour essayer de se convaincre lui-même qu’il sait comment on les crée. Ce qu’il ne voit pas c’est que les fermetures d’usines, les destructions d’emploi et le manque à gagner fiscal sont la conséquence mécanique de ses propres choix idéologiques et anticapitaliste périmés.
Qu’il arrête donc de donner des leçons aux chefs d’entreprises ou de grands groupes industriel qui, eux, créent et gèrent des milliers d’emplois et distribuent des salaires et du pouvoir d’achat alors que Montebourg est une charge nette pour le pays. Qu’il se taise et qu’il s’en aille créer sa propre entreprise.On verra alors comment il s’y prend pour créer des emplois.
lundi 5 mai 2014
SÉCURITÉ ROUTIÈRE ? MON CUL !!
Arrivé à ce stade, il faut savoir se révolter.
Il faut se mobiliser contre de telles pratiques outrancières, qui ne visent que le portefeuilles des conducteurs.
Si vous rencontrez ce genre d'attelage, descendez de votre véhicule et cognez, tapez.
C'est inadmissible.
CES SALAUDS NE MÉRITENT AUCUNE
INDULGENCE, JE SOUTIENDRAI TOUT
CONDUCTEUR QUI LEUR CASSERA
LE GUEULE.
MORT AUX CONS
Des mots pour trois ans
Des mots pour trois ans
Au fond, il n’est pas si difficile de gouverner. Beaucoup surestiment l‘exercice, convaincus de la nécessité d’une vision. En fait, un dictionnaire des synonymes suffit. Ainsi, le terme « inversion » étant usé jusqu’à la corde, on y substitue désormais « retournement » qui a le mérite de sonner neuf. Afin que le Président ne se fatigue pas inutilement, nous lui proposons, en toute modestie, quelques phrases qu’il pourra distiller dans ses confidences. Elles disent la même chose mais en des termes différents, ce qui est l’essentiel : « Le renversement est proche »… « La tendance est au bouleversement »… « L’amélioration est patente »… « La croissance est en mutation »… « Le revirement s’annonce »… Arrêtons là la liste. Cela devrait suffire pour terminer le quinquennat.
Le conte de fées du Président
Le conte de fées du Président
Il était une fois un président-rigolo qui devait gérer un pays ramollo. Il était gai, le président-rigolo : il faisait des blagues, et ça marchait souvent. C’est ainsi qu’il avait dit : « Moi, je vais réenchanter la France. » Les électeurs l’avaient cru, ils avaient voté pour lui, et depuis, les Français étaient à chaque instant un peu plus désenchantés. C’est ça qui est rigolo.
Là où il est fort, le président-rigolo, c’est qu’il est d’autant plus drôle que les sujets sont arides. Sur le social, il a été super-marrant en parlant d’inversion de la courbe du chômage. Sur les impôts, son gag triomphal s’appelle « la pause fiscale ». Et sur la croissance, son meilleur sketch l’an dernier, ce fut « la reprise est là ».
Un jour, le président-rigolo prend une veste historique à des élections. Et il se rend compte qu’avoir un pays ramollo, c’est un problemo. Alors il change tout : ses proches, son gouvernement, ses ministres, son parti, tout. Et il leur dit : « Assez rigolé, on va redresser le pays. Pour de vrai. » Il troque ses mots en « o » (rigolo, socialo, ramollo) contre des mots en « é » : stabilité, responsabilité, solidarité, resserré. Son but, accrocher à son vocabulaire le mot « crédibilité », qui lui permettrait enfin d’être pris au sérieux et de gagner la confiance des Français, de Bruxelles, des marchés. Il s’entraîne un peu, prend un Premier ministre qui n’arrête pas de penser austérité, volonté, autorité, que des mots en « é ». Et patatras : alors que l’économie se traîne au point d’inquiéter nos voisins et partenaires, le président-assez-rigolé dérape et assure, à peine la cure de sérieux entamée, que le pays est déjà en phase de retournement. Terminée la crédibilité, envolée la confiance. Moralité : chassez le naturel, il revient… « au galo ».
Question posée par Thérèse Khoury, Paris, France
S'il est un mot dont l'étymologie reste des plus obscures, c'est bien celui de « jazz ». De nombreuses hypothèses ont été avancées sur son origine controversée et incertaine. Le terme serait d'origine africaine, et viendrait soit de jasi qui signifie « vivre à toute allure », soit de jaiza (« son lointain des percussions »). Il pourrait aussi provenir du nom d'un esclave, Jas, qui vivait vers 1820 dans une plantation du sud des États-Unis ; ou bien de Jasbo, surnom que l'on donnait à des musiciens de La Nouvelle-Orléans, le berceau de ce courant musical. Ou encore, il serait dérivé d'un mot créole formé sur le verbe français « jaser » dont jazz découlerait indirectement (il s'établirait en effet comme une conversation spontanée entre les instruments de musique).
Par ailleurs, on évoque aussi souvent un sens dialectal (région de La Nouvelle-Orléans) obscène au verbe anglais to jazz : copuler. Certains lexicologues renvoient à un argot en usage vers 1880 dans cette même région qui signifierait « exciter » - avec une connotation rythmique et érotique. Et l'on pense aussitôt à André Gide qui, dans ses Feuilles de route (1896), écrit à propos de la musique nègre : « de véritables morceaux de rythme bizarrement haché de syncopes, qui affole et provoque les bondissements de la chair ». D'autres le font remonter à l'expression « Jazz-Belles », déformation de Jezabel, utilisé par les francophones de La Nouvelle-Orléans pour désigner les prostituées. Enfin, une dernière hypothèse, avancée par le pianiste américain Garvin Bushell dans son ouvrage Jazz from the Beginning : jazz viendrait de jass, l'apocope de jas min et se rapporterait à cette fleur que l'industrie cosmétique française - à l'époque bien implantée à La Nouvelle-Orléans - utilisait pour ses parfums.
En définitive, le seul point qui fait l'unanimité, c'est que le mot a été popularisé à partir de 1917 grâce au quintette de musiciens Original Dixieland Jazz Band.
Par ailleurs, on évoque aussi souvent un sens dialectal (région de La Nouvelle-Orléans) obscène au verbe anglais to jazz : copuler. Certains lexicologues renvoient à un argot en usage vers 1880 dans cette même région qui signifierait « exciter » - avec une connotation rythmique et érotique. Et l'on pense aussitôt à André Gide qui, dans ses Feuilles de route (1896), écrit à propos de la musique nègre : « de véritables morceaux de rythme bizarrement haché de syncopes, qui affole et provoque les bondissements de la chair ». D'autres le font remonter à l'expression « Jazz-Belles », déformation de Jezabel, utilisé par les francophones de La Nouvelle-Orléans pour désigner les prostituées. Enfin, une dernière hypothèse, avancée par le pianiste américain Garvin Bushell dans son ouvrage Jazz from the Beginning : jazz viendrait de jass, l'apocope de jas min et se rapporterait à cette fleur que l'industrie cosmétique française - à l'époque bien implantée à La Nouvelle-Orléans - utilisait pour ses parfums.
En définitive, le seul point qui fait l'unanimité, c'est que le mot a été popularisé à partir de 1917 grâce au quintette de musiciens Original Dixieland Jazz Band.
"Ridicule", ou la grande imposture
Suis-je fou, parano? Je ne vois, dans l’approche du vote du Parlement européen qu’une immense comédie, supercherie, imposture, destinée à préserver des petits privilèges et rentes de situation au nom d’une Europe bradée, bafouée, ridiculisée. "Ridicule" : c’est ainsi que la tête de liste de Marseille, M. Muzelier a qualifié Laurent Wauquiez au sujet de son ouvrage sur l’Europe, tout doit changer, dont j’ai déjà souvent parlé. Au contraire, je trouve l’ancien ministre courageux et intelligent d’ouvrir un débat de fond et à mes yeux, le terme de ridicule s’applique plutôt aux apparatchiks bornés qui refusent la discussion. Comédie, arnaque? Désigné par les partis politiques dans le cadre d’un scrutin de liste, ce Parlement n’a, à mes yeux, aucune légitimité populaire ou démocratique. Il ne sert qu’à caser ou recaser des politiciens au rancard et des lèche-botte. Quant aux partis anti-système, protestataires, anti européens, dits extrémistes, il sont la quintessence de cette hypocrisie: ils se disent contre l’Europe mais ils profitent de ce soi disant Parlement et de ce mode de votation anti démocratique pour placer leurs profiteurs à eux. Le pire de tout, ce sont ces vieux politiciens, battus partout, dont le peuple ne veut plus ou n’a jamais voulu, qui vont se retrouver un fromage grâce à cette machine à recycler. Et ils en sont fiers, et ils se pavanent… Par ces méthodes, tous ces gens qui prétendent "construire" l’Europe la bafouent, lui crachent dessus, la rendent insupportable. L’absurdité atteint son comble quand on sait que chaque pays désigne ses parlementaires selon son propre système électoral. Quelle légitimité politique peut avoir un Parlement élu dans ces conditions? Moi qui suis un Européen sincère et désintéressé, croyant à l’unification politique de l’Europe, je suis pour une assemblée européenne élue démocratiquement par les peuples au scrutin uninominal par circonscriptions dans toute l’Europe, avec interdiction pour toute personne ayant déjà assumé un mandat national de se présenter, la soumission de la bureaucratie bruxelloise au pouvoir démocratique, et un partage des compétences intelligent entre l’Europe et ses Etats. Ridicule, moi aussi, à mon petit niveau? Eh bien j’en suis fier!
Junckerschulz président !
Junckerschulz président !
La campagne pour les européennes est en cours, même si elle se déroule dans l'indifférence quasi-générale… La nouveauté induite par ce scrutin, c'est que le Conseil européen (les chefs d'État et de gouvernement) devra – en principe – désigner comme président de la Commission le candidat du parti arrivé en tête en nombre de sièges au Parlement.
Ce sera donc le conservateur luxembourgeois Jean-Claude Juncker ou le social-démocrate allemand Martin Schulz. Sur le papier, voilà qui est clair : un homme de droite (en fait, de centre droit) contre un homme de gauche (en fait, de centre gauche).
Mais les mauvais esprits – certainement des eurosceptiques – font remarquer qu'au Parlement européen, depuis belle lurette, la quasi-totalité des textes sont approuvés, après négociations, par une large majorité de compromis réunissant le PPE (les conservateurs, dont l'UMP), qui soutient aujourd'hui Juncker, et le PSE (les sociaux-démocrates et socialistes), qui soutient aujourd'hui Schulz. Cette culture du compromis est d'ailleurs présentée par ses tenants comme une forme supérieure – sans doute tocquevilienne – de démocratie.
La conclusion, c'est qu'on peut se demander à quoi cela sert, en pratique, d'envoyer à Strasbourg 10 ou 20 députés pro-Juncker de plus que les pro-Schulz, ou l'inverse, puisque tout finira par un admirable compromis – ou consensus – euroresponsable. Ah, oui, cela permettra de savoir qui, de Juncker ou Schulz, présidera la Commission. Voilà qui change tout… pour l'un des deux.
Le pacte de la double peine
Le “pacte Valls” ne touche pas au nombre de fonctionnaires, ni aux 35 heures, ni à l’aide médicale aux clandestins… Il rationne ceux qui paient le plus d’impôts.
Après les levées massives d’impôts, le rationnement. Ce sont toujours les mêmes qui paient, ceux qui travaillent et supportent l’impôt ou ceux qui, par leur travail, ont constitué leurs retraites et continuent de payer leurs impôts tout en voyant les prestations des uns ou les pensions des autres rabotées. Double peine. Et pour le bénéfice de qui ? Le “pacte” que Manuel Valls soumettait, ce mardi, à l’Assemblée n’est le sien que par un artifice de présentation. Il a été préparé par ceux qui l’ont précédé à Matignon comme à Bercy, avec les consignes de l’Élysée. Après 55 milliards d’impôts supplémentaires en trois lois de finances, il fallait annoncer 50 milliards d’économies. Les impôts, c’était Ayrault, les économies, c’est Valls.
Dès lors que l’on dit économies, on entend que c’est la “bonne direction”, le “bon sens même”, une “première” depuis quarante ans, le “tournant” du quinquennat, la “révélation” de la social-démocratie et même un “virage social-libéral”… Mais la part des prélèvements obligatoires dans notre PIB va-t-elle baisser ? Non. Exception faite de l’hypothétique réforme territoriale, le plan Valls ne comprend aucune refonte structurelle. Tout est soigneusement maintenu en l’état, en réduisant seulement crédits et dotations.
Le pacte, d’abord de confiance, puis de responsabilité, maintenant de stabilité, respecte tous les interdits. Il ne réduit pas le nombre de fonctionnaires, et s’il les maltraite en gelant le point d’indice, sans pouvoir toucher ni à l’ancienneté ni à l’avancement, il aurait pu ne pas remplacer les agents qui partent en retraite, ce qui permettrait de rémunérer la performance et le mérite des autres. Il se défend de le faire. De même qu’il ne tranche pas dans les aberrations du code des impôts ni dans celles du code du travail, mais accroît en revanche le nombre des inspecteurs du travail et leur champ de compétence, c’est-à-dire celui de leurs interventions.
Héritage direct du gouvernement de Lionel Jospin et de Martine Aubry, la contrainte des 35 heures subventionnées n’est même plus citée nulle part, comme si elle ne coûtait plus 20 à 23 milliards d’euros par an en aides directes ou indirectes, comme si elle n’avait pas détruit quelque 500 000 emplois industriels en dix ans et ramené la part de l’industrie manufacturière dans notre PIB à moins de 10 % (9,3 % exactement, soit la moitié de ce qu’elle représente en Allemagne, 18,7 %, selon les chiffres cités par Jacques de Larosière, ancien directeur général du FMI, dans notre précédent numéro). On ne peut pas vouloir stimuler le travail tout en perpétuant le tabou des 35 heures. La droite avait tenté de contourner l’obstacle en libérant les heures supplémentaires par leur défiscalisation. La gauche s’est empressée de supprimer ce dispositif pour revenir aux 35 heures pures et dures. L’emploi en paie le prix.
Autre tabou légué par les années Jospin, l’aide médicale de l’État (AME) — qui fait notamment l’objet du dossier de ce numéro : destinée aux immigrés sans papiers, c’est-à-dire illégalement présents sur notre territoire et normalement poursuivis à ce titre, cette allocation aura eu deux effets directs depuis son instauration, en 2000 : elle a fait passer le nombre de ses bénéficiaires de moins de 100 000 par an au début à près de 300 000 maintenant, pour une dépense qui approchera le milliard d’euros cette année, selon l’enquête de Claude Goasguen, député UMP de Paris. À cette charge publique s’est ajouté l’engorgement des établissements hospitaliers, notamment parisiens, par une population à 95 % étrangère à l’espace européen, laquelle considère que le moindre soin dans les services d’urgence est un dû, plus encore qu’un droit.
La droite avait cherché à endiguer le phénomène en instaurant un droit, minime, d’entrée, ce qui avait stabilisé le nombre de bénéficiaires. La gauche a supprimé ce droit dans le mois de son arrivée — elle n’avait rien de plus pressé — et le plan Valls maintient ce dispositif intact, ce qui continue de gonfler les dépenses médicales et sociales (à travers l’afflux des clandestins) que ce même gouvernement entend d’autre part rationner…
Les 20 milliards d’euros des 35 heures ou le milliard de l’AME ne sont que des exemples. Mais cumulés année après année, cela représente des sommes considérables qui ne vont pas au redressement de la compétitivité du pays, encore moins au renforcement de ses moyens. Un pays qui doit emprunter quelque 200 milliards par an pour ses dépenses de fonctionnement et qui doit en débourser 50 pour payer les intérêts de sa dette n’a évidemment pas les ressources indispensables ni les ressorts politiques pour empêcher un leader mondial français comme Alstom d’être racheté par un groupe étranger.
Du rêve au cauchemar
François Hollande affronte une grave crise de défiance. Il a été conspué à Carmaux, patrie de Jean Jaurès. Deux ans plus tôt, il y avait été reçu tel un héros. À l’Assemblée, les députés socialistes vitupèrent ce président insaisissable qui les a déçus. Des ministres tiennent en privé des propos que l’on serait gêné de rapporter. Le mot amateurisme est prononcé.
Ces humeurs peccantes sont le reflet de l’opinion. François Hollande remporte la triste palme du président le plus impopulaire de la Ve République. « Nicolas Sarkozy s’était fait beaucoup d’ennemis, mais il n’a jamais perdu le socle dur de ses électeurs. Hollande, lui, est lâché par les siens », déplore un élu socialiste.
L’amertume vient de la défaite aux municipales. Un véritable tremblement de terre. C’est le mur porteur du socialisme, patiemment construit depuis les années 1970, qui s’est tout d’un coup rompu. Et la glissade va continuer : aux européennes, aux régionales, aux sénatoriales. No future !
Alors, les moutons deviennent des loups. À qui la faute ? À François Hollande, pardi ! Discrédité pour n’avoir pas tenu ses promesses de campagne : rendre la France « plus juste, plus forte, plus solidaire ». Coupable d’avoir leurré le pays avec son inversion de la courbe du chômage répétée comme une antienne. Blâmable d’avoir grugé les députés : on redresse pendant deux ans et ensuite on redistribue. En clair, on redevient de bons socialistes dépensiers, alors que les caisses sont vides.
Au lieu de cela, il faut faire 50 milliards d’économies et pour financer la baisse des prélèvements des entreprises, on touche au pouvoir d’achat des retraités, on gèle les aides au logement, le traitement des fonctionnaires, coeur de l’électorat. « Réenchanter le rêve », disait le candidat. C’est le cauchemar.
Le président s’apprête à passer le cap des deux ans à l’Élysée dans les pires conditions. Sa seule planche de salut s’appelle Manuel Valls, qui doit, sans trembler, mettre en musique la politique de l’offre énoncée par François Hollande en janvier. C’est la seule chance de crédibiliser la France en Europe.
Manuel Valls a déjà obtenu un vote de confiance de sa majorité. A-t-il raison d’en exiger un autre sur le programme de stabilité (les 50 milliards d’économies qui seront réalisées entre 2015 et 2017) ? Juridiquement, il n’en avait pas besoin, mais politiquement, il devait conforter son autorité. Il n’a pas ménagé sa peine pour séduire les réfractaires.
Ce n’est pas François Hollande qui pouvait les convaincre. Vendredi, trois députés proches de Martine Aubry signaient une tribune dans le quotidien Libération. Elle commençait par cette phrase : « Nous ne voterons pas le pacte de stabilité de François Hollande. » Des mots qui illustraient bien leur défiance envers l’Élysée.
Si la droite arrêtait de faire semblant
À quoi bon affecter de se satisfaire de l’Europe telle qu’elle est, lorsqu’on est le premier parti de France et qu’on aspire aux plus hautes fonctions ?
Ce n’est pas parce que la droite a gagné les élections municipales qu’elle a compris ce que ses électeurs attendent d’elle. Ce n’est pas parce que l’UMP a remporté un nombre record de mairies que ce parti a décidé d’arrêter d’éluder un certain nombre de sujets sensibles pour les Français. Ce n’est pas parce que les vieux démons de la division qui rongent la droite se sont, pour l’heure, éloignés qu’il faut interdire le débat sur des idées qui fondent l’avenir de notre pays et de notre civilisation. L’immigration et la délinquance font partie de ces thèmes sur lesquels les électeurs attendent un discours plus clair des ténors de la droite. La famille, l’abrogation du “mariage pour tous” et le respect du cadre de la filiation également. Mais, pour le moment, c’est surtout l’Europe avec toutes ses dérives absurdes qui focalise l’attention des gens de droite et, au-delà, de tous les Français de bon sens. Dans moins d’un mois ils vont devoir élire des députés qui les représenteront à Strasbourg. Et ils n’entendent pas se comporter comme des “godillots”. Le bilan de la politique menée par la technocratie bruxelloise est dramatique comme l’a montré, la semaine passée, le sondage Harris Interactive réalisé pourValeurs actuelles et l’Institut Montaigne. Il est notamment terrible en matière de lutte contre l’immigration irrégulière, dans le domaine de l’emploi et, bien sûr, s’agissant de la croissance économique, à cause d’une politique monétaire inique.
Ce constat partagé par une très grande majorité d’électeurs de droite comme de gauche ne saurait être passé par pertes et profits. Le rôle des politiques, et notamment de ceux qui seront élus le 25 mai prochain, est de tenter de faire bouger cette Europe de manière à ce qu’elle réponde enfin au besoin de protection de ceux qui y habitent. Alors qu’aujourd’hui elle est devenue un motif de peur, de menace voire de régression. À côté de tous ces enjeux, la plate-forme européenne dévoilée la semaine dernière par l’UMP n’est pas seulement timide, elle est inodore, incolore et sans saveur. Une quarantaine de parlementaires, emmenés par Henri Guaino et Laurent Wauquiez, ont lancé un appel courageux pour que la droite arrête d’escamoter la question européenne. Comme ils l’écrivent : « Se résigner à inscrire la politique de la France dans le cadre d’une construction européenne à la dérive sans le changer profondément serait moralement inacceptable et politiquement intenable. »
Il n’est pas normal que, lorsque certains à droite parlent d’une sortie de Schengen, d’une refondation de l’Europe sur des bases plus réduites, d’une nouvelle politique monétaire avec un euro moins fort et d’une meilleure défense des intérêts commerciaux des Européens, ils se voient taxés de populisme. « Être un parti de gouvernement, ça veut dire être un parti responsable. Quand on est responsable de l’UMP, on ne peut pas dire n’importe quoi sur l’Europe », a affirmé Jean-François Copé à l’occasion du lancement de la campagne des élections européennes.
Mais être un parti de gouvernement, c’est aussi être à l’écoute de ses compatriotes. Sinon à quoi bon vouloir les représenter au Parlement européen. Les socialistes nous montrent chaque jour l’image d’une classe politique à bout de course, car totalement déconnectée de la sociologie du pays. À quoi bon affecter de penser tout le bien de l’Europe telle qu’elle est lorsqu’on est le premier parti de France et qu’on aspire aux plus hautes fonctions ? À quoi bon faire semblant, alors que les Français, dans une très grande majorité, voire les Européens, souhaitent une politique d’immigration restrictive, une politique commerciale protectrice et des politiques européennes spécifiques enfin efficaces, en matière d’énergie, de télécoms ou de transports ?
Il est sain que de tels débats aient lieu au sein d’une formation politique. Il est sain que certains s’expriment clairement et disent haut et fort ce que pensent leurs compatriotes plutôt que ce que l’on apprend à l’Ena. Il est sain que l’on sorte enfin des querelles de personnes dès lors que l’on débat sur des idées. Au lieu de chercher à couvrir ces discussions avec un couvercle de Cocotte-Minute, les ténors de l’UMP feraient mieux de respecter ceux qui apportent des idées nouvelles et qui cherchent des solutions concrètes aux problèmes que vivent, à travers les absurdités européennes, nos pêcheurs, nos agriculteurs, nos ouvriers, nos forces vives et nos familles. La droite s’honorerait en arrêtant de dissimuler et en étant enfin sincère avec ses électeurs. Sinon elle risque de faire le lit de candidats extrémistes.
dimanche 4 mai 2014
Pourquoi Keynes a gagné et ce que nous y avons perdu
Le 20ème siècle aurait pu être le siècle de la liberté et de la prospérité, mais il aura été marqué par l’interventionnisme et le triomphe des idées keynésiennes. Le maître à penser de nos politiciens est en partie responsable des déséquilibres qu’ils cherchent aujourd’hui à combattre, en vain ; combattre le mal par le mal ne fait qu’étendre le mal.
Les critiques du libéralisme et du capitalisme authentique (capitalisme de laissez-faire, donc libéralisme) dénoncent la recherche du profit à court terme, et ses conséquences sur l’homme et l’environnement ; la société de consommation, poursuite vaine, consommatrice de ressources et polluante ; la finance sans visage, sans cœur et sans âme, voire sans cerveau. Qui sont tout sauf libérales, et sont en cohérence avec le keynésianisme.
Pour Keynes,
Le long terme est un mauvais guide pour les affaires courantes. À long terme, nous sommes tous morts.
Et c’est parce que pour lui, le long terme n’a aucune importance, que Keynes se moque des déséquilibres et autres conséquences des politiques inspirées par ses idées. L’endettement, la fiscalité confiscatoire, la faiblesse des investissements ne sont pas importants pour lui.
Pire : il appelle de ses vœux le sacrifice du long terme pour le court terme. L’épargne, c’est le mal. L’inflation n’est pas bien grave. L’investissement privé et productif affaibli sera compensé par une dépense publique financée par l’impôt et la dette. À la décharge de Keynes, l’endettement actuel des États est lié certes à sa théorie, mais aussi à la bêtise des politiciens : au lieu de déficits en période de crise compensés par des surplus en période de croissance, les politiciens font des déficits en toutes circonstances. Pour eux aussi, à long terme, nous sommes tous morts.
Il n’y a pas, pour Keynes, d’ajustement par la crise ; il y a un cercle vicieux dans lequel les ménages et entreprises manquent de confiance, épargnent plus qu’ils ne consomment, et font donc ralentir l’économie, confirmant ainsi leurs craintes. L’auto-réalisation des croyances est un concept intéressant, à n’en pas douter. Mais les agents économiques sont-ils si irrationnels ? Faut-il, quand ils dépensent moins pour préparer des temps plus rigoureux où l’économie s’assainit, dépenser leur argent à leur place, au risque d’entretenir et amplifier les déséquilibres ?
C’est l’idée d’une croissance permanente qui rend nos économies fragiles. L’État-providence est une pyramide de Ponzi, la création monétaire est décorrélée de toute création de richesse et génère des bulles colossales dont la plus grande jamais vue poursuit gentiment sa croissance jusqu’à son explosion inéluctable. Là encore, c’est Keynes :
Il n’y a pas de limite au montant de monnaie bancaire que les banques peuvent créer pourvu qu’elles marchent toutes d’un même pas.
Et, pour Keynes, l’or est une relique barbare ; la monnaie peut être créée à volonté, sans aucun lien avec la richesse. La voie est ouverte pour une création monétaire inconsidérée, comme aujourd’hui, qui permettra aux banques de gagner de l’argent sans risques et acquérir avec de la monnaie sans valeur des richesses bien réelles. Keynes est sans doute à bien des égards au cœur de la finance sans visage. Notons que l’idée selon laquelle l’or est une relique barbare justifie pour les États la fin de l’étalon or, mais que ceux qui détiennent le pouvoir de création monétaire (États et banques) aiment toujours autant leurs coffres remplis d’or. À moins que politiciens et banquiers n’aientvidé les coffres, mais c’est une autre histoire.
La consommation est pour lui au cœur de l’économie. Il aurait sans doute adoré le concept d’obsolescence programmée, sur lequel beaucoup fantasment aujourd’hui ; l’essentiel est que l’on consomme, la quantité est ici reine.
Le tour de force des keynésiens, c’est d’avoir fait passer les échecs de l’interventionnisme pour des excès du capitalisme dont eux, fins maîtres de l’équilibre quantitatif, pouvaient nous guérir. Selon Keynes lui-même,
Je pense que le capitalisme, sagement aménagé, peut être rendu probablement plus efficient pour atteindre les fins économiques que tout système alternatif pour l’instant, mais je pense que ce système était, à bien des égards, extrêmement critiquable.
Mais pourquoi, ou comment, un système de pensée aussi contraire aux aspirations affichées des citoyens et politiciens (long terme, environnement, qualité…) s’est-il imposé ?
Le keynésianisme s’est imposé d’abord parce qu’il semble constituer une voie médiane. Nous préférons les raisonnements aux principes ; « le capitalisme est le meilleur système » ne suffit pas, et devient « le capitalisme est le meilleur système qui soit, mais génère des excès que nous pouvons et devons réguler ». Et voici les économistes appelant les politiciens à la rescousse pour relancer l’économie, éviter la crise et sauver la veuve et l’orphelin de la misère.
Les politiciens n’ont jamais hésité à enfiler leur costume de super-héros interventionniste. Qu’il s’agisse de changer le tracé d’un cours d’eau ou sauver Florange, ils seront toujours là pour nous. Pour nous imposer leur volonté, pour nous dire quoi faire, pour nous serrer la main et nous vider les poches. Mais l’important n’est pas là ; l’important, c’est de laisser son nom dans l’histoire, et pour cela, rien de tel qu’un plan de relance.
Giscard d’Estaing, c’est en effet un assez joli nom d’emprunt. – Charles de Gaulle
Keynes offre donc aux politiciens une raison d’intervenir, donc d’exister ; et, puisque le « fine-tuning » de l’économie requiert de savants calculs, il offre aussi aux économistes du travail. Gagnant-gagnant : l’économiste justifie l’existence du politicien, le politicien justifie l’existence de l’économiste. Le seul perdant, c’est le contribuable, mais qu’importe ? Il est une fraction d’agrégat, un petit c dans le grand Y collectif.
Le keynésianisme peut tout expliquer. Croissance, épargne, consommation. Et comme Jésus, Keynes multiplie les pains. Voyons plutôt, et éclairons nous de Wikipedia :
100 euros dépensés par l’État donnent lieu à une commande du même montant, qui va accroître le revenu du bénéficiaire. Revenu qui sera à son tour utilisé en dépense ou en épargne. Si le taux d’épargne des bénéficiaires est de 20%, ces 100 euros vont générer une nouvelle dépense de (100 – 20) = 80 euros. Cette somme est aussi utilisée par son bénéficiaire, qui peut aussi – après avoir épargné 20% – dépensé (80 – 16) = 64 euros. Il y a à ce stade, 20 euros d’épargne pour le premier bénéficiaire, 16 euros d’épargne et 64 euros dépensés pour le second, soit une somme totale de 100 euros. Et ainsi de suite jusqu’à épuisement de l’effet : les sommes redistribuées à chaque stade s’amenuisent pour tendre vers zéro.À la quatrième itération, la somme est ainsi répartie : 20 euros de placements pour le premier bénéficiaire, 16 pour le second, 12,8 pour le troisième et 10,24 pour le quatrième, plus une dépense du quatrième de 40,96 euros. La somme totale est toujours 100.Le total des sommes reçues est de 100 (1er bénéficiaire) + 80 (2ème) + 64 (3ème) + 51,2 (4ème) + 40,96 (correspondant à la dépense du 4ème bénéficiaire mais non utilisées pour le moment), soit une somme de 336,16 euros.Le total des sommes dépensées est de 80 (1er) + 64 (2ème) + 51,2 (3ème) + 40,96 (4ème), soit 236,16 euros. La différence provient des 100 euros initialement versé par l’état.Au bout du compte, on constate que 100 euros de dépense publique provoquent un accroissement du revenu national plus important (d’où l’idée de multiplication) que la dépense initiale.
Donc, selon l’exemple (qui suit fidèlement le principe du multiplicateur keynésien), l’État dépense 100 euros et pouf ! 236,16 euros apparaissent dans le « revenu national ». On peine alors à comprendre l’échec du New Deal (à l’encontre des croyances populaires) et la situation actuelle du Japon ; on dépense, mais la situation ne s’améliore pas. Les économistes libéraux ont la réponse, ou plutôt, comprennent l’erreur : le revenu national est une notion fictive. Les agrégats sont bidons. Pour comprendre l’erreur keynésienne, il faut sans doute s’intéresser au cas particulier des catastrophes naturelles.
Pour un keynésien, une catastrophe naturelle est une bénédiction. On déplore, certes, quelques victimes ici ou là ; mais l’économie est relancée par la reconstruction. De ce point de vue, la guerre est magique : on produit de quoi détruire, et on reconstruit ce qu’on a détruit.
Frédéric Bastiat, bien avant Keynes, expliquait l’erreur de Keynes par la parabole de la vitre cassée, « ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas ».
Par où, en généralisant, nous arrivons à cette conclusion inattendue : « la société perd la valeur des objets inutilement détruits, » — et à cet aphorisme qui fera dresser les cheveux sur la tête des protectionnistes : « Casser, briser, dissiper, ce n’est pas encourager le travail national, » ou plus brièvement : « destruction n’est pas profit. »
Et, d’une façon plus générale, il faut s’intéresser à la richesse, non à sa mesure. Voilà l’erreur de Keynes : penser que la richesse est autre chose que ce qu’elle est, qu’on peut en créer à partir de rien. Et qu’on peut considérer l’individu comme une petite partie d’un agrégat.
L’économie est organique. Le marché est une abstraction, certes, mais pas seulement ; il est la somme des préférences individuelles. La richesse est concrète (mais la valeur est subjective), elle n’est pas un chiffre ; il n’existe pas plus de multiplicateur que de création ex nihilo. Si le multiplicateur semble exister, c’est parce que la mesure est mauvaise, comme l’explique Guillaume Nicoulaud.
Nous avons donc, avec Keynes, perdu beaucoup d’argent dans d’inutiles et contre-productifs plans de relance. Nous avons perdu beaucoup de temps à repousser les ajustements qui, bientôt, s’imposeront à nous comme la pesanteur s’impose à la pomme. Nous avons perdu, aussi, beaucoup de libertés économiques, car des politiciens et économistes jugent bon de multiplier les pains pour gonfler le PIB et inverser les courbes.
Mais nous n’avons pas tout perdu ; les pirouettes intellectuelles de Krugman et la bêtise de Montebourg n’ont pas de prix et, sans Keynes, rien de tout cela n’aurait été possible.
On garde la banane
On garde la banane
Comme la quenelle d'Anelka est devenue le moyen d'expression des imbéciles, le lancer de bananes est celui des racistes des stades de foot. Manipulation, récupération, coup de pub… Peu importe, le phénomène n'est pas nouveau et à chaque fois la tristesse le dispute à la colère. Dani Alves, le footballeur du Barça, a répondu par l'humour, que les réseaux sociaux ont relayé. Reste que depuis un match à Liverpool en 1988, les bananes sur la pelouse et les cris de singe pour humilier les joueurs noirs sont insultes courantes partout en Europe. Que de violence et de médiocrité, que de ressentiments rances il faut avoir dans le c'ur pour laisser l'indignité et la haine dominer la raison et bafouer les luttes de ceux qui ont inscrit Liberté, Égalité, Fraternité avec leur sang au fronton de nos mairies.
Le billettiste François Morel avait lui aussi choisi l'humour sur France Inter pour fustiger « la petite conne » qui attendait Mme Taubira avec une banane à Angers. Une belle et talentueuse indignation qui, hélas, pourrait être renouvelée chaque jour. Le père de la « petite idiote », plus coupable que sa gamine, va sans doute au foot dans les travées proches des lanceurs de banane ou des copains de Dieudonné.
Et à coup sûr, il est d'accord avec le propos colonialiste, passé presque inaperçu, de Michel Platini demandant aux Brésiliens des favelas de différer leur révolte de la faim pour ne pas perturber la Coupe du monde. Et si les ouvriers qui construisent les stades au Qatar pouvaient arrêter de se tuer sur les chantiers, ce serait bien aussi. Un comble de la stupidité qui mériterait bien un de ces coups de pied ajustés dont il avait le secret. Le mal est profond dans le football et dans la société. Les croix celtiques des ultras et autres skinheads infiltrés dans les virages des tribunes par les groupuscules ultranationalistes sont les témoins de la gangrène raciste qui ronge la tolérance et crache sur la tombe de Victor Schoelcher au Panthéon.
Le manger de banane d'Alves a mis les rieurs et l'intelligence de son côté. Le lanceur a été exclu à vie, le propriétaire des Los Angeles Clippers banni pour propos racistes… Alors, même si elle ne doit pas cacher la forêt des tribunes indignes, allez, on garde la banane !
samedi 3 mai 2014
L'accord Alstom-General Electric, un camouflet pour le gouvernement
Les groupes semblent certains de conclure dans un mois. Siemens prépare sa contre-offre.
Que pèse un chef d'État devant le patron d'une des plus puissantes multinationales américaines? Que pèsent un chef de gouvernement et son ministre de l'Économie devant le PDG d'un fleuron industriel tricolore? François Hollande, Manuel Valls etArnaud Montebourg doivent se gratter la tête depuis le double camouflet que leur ont administré Jeff Immelt, le PDG de General Electric, et Patrick Kron, celui du groupe Alstom. Comme l'a révélé lefigaro.fr, le conseil d'administration d'Alstom a approuvé mardi soir, à l'unanimité, l'offre ferme de General Electric de lui racheter ses activités énergie, pour 12,35 milliards d'euros, trésorerie comprise. D'Alstom, il ne restera donc plus que l'activité ferroviaire.
Le mercredi matin, Manuel Valls se réjouissait pourtant, sur France Inter: «Le gouvernement a été entendu. Aucune discussion exclusive avec General Electric n'a été décidée.» Un discours répété, avec moins d'emphase, par Arnaud Montebourg: «Nous avons devant nous plusieurs semaines. Le gouvernement compte utiliser ce temps pour défendre les intérêts industriels de la nation. Le dossier n'est pas plié.»
Les deux ministres ont certes juridiquement raison… Le conseil d'Alstom a commandé une expertise indépendante de l'offre de GE. Pendant un mois, l'américain sera tenu par son offre, et Alstom pourra examiner toute proposition alternative qui lui serait faite. C'est tout à fait conforme aux engagements pris lundi soir devant François Hollande par Martin Bouygues, le PDG du groupe éponyme, qui possède 29 % d'Alstom. C'est «un deal standard», relativise Jeff Immelt.
Après l'envoi d'un communiqué détaillant l'accord, les deux PDG ont entamé mercredi une campagne digne du régime castriste, tout en évitant les symboles trop forts qui auraient braqué définitivement l'exécutif: conférence de presse commune le matin, interview fleuve dans un quotidien l'après-midi et double estocade dans les JT de 20 heures. Patrick Kron, en direct sur TF1, chaîne du groupe Bouygues: «Ma préoccupation, ce sont les salariés, mon métier leur donner un avenir, assure-t-il. Le président de la République a mis l'emploi au cœur de ce dossier, je partage son point de vue.» Au même moment, France 2 diffuse un entretien avec Jeff Immelt, enregistré le matin. Le PDG de GE est ensuite rentré à New York. Une façon de plus de signifier que le dossier est bel et bien «plié».
Siemens semble plus confiant, avec du temps pour transformer en offre ferme sa proposition alternative, dont elle a envoyé une version enrichie mardi après-midi aux administrateurs d'Alstom. En plus du rachat de la branche énergie du groupe (évaluée de 10,5 et 11 milliards, hors trésorerie), le groupe allemand propose désormais de transférer à Alstom l'essentiel de son activité ferroviaire: ses trains à grande vitesse (concurrents du TGV) et ses locomotives, mais aussi ses trains classiques, ses tramways et ses métros. Siemens propose de garder sa rentable activité de signalisation ferroviaire et réclame celle d'Alstom. Mais le groupe allemand est prêt à envisager d'autres options dans ce secteur, y compris une coentreprise regroupant les activités signalisation des deux groupes.
Un plan C n'est pas exclu
Autre nouveauté, Siemens est prêt à conserver une participation dans le nouvel Alstom, recentré et renforcé sur le transport. Cette participation serait limitée à 19 % à long terme, mais serait plus élevée à court terme. Les dirigeants de Siemens sont prêts à négocier avec ceux d'Alstom, quitte à se passer de la coopération de Patrick Kron…
Après l'offensive réussie du 30 avril, on préférait se dire à la fois «confiant» et «prudent» chez Alstom et General Electric. Et au gouvernement, passé le choc, on continuait de soutenir mordicus le projet franco-allemand proposé par Siemens. Sans exclure toutefois un rachat de la participation de Bouygues dans Alstom par l'État, associé à un groupe industriel français. Un plan C, au cas où le plan B de Siemens déraille courant mai…
Rendez-vous le 15 du mois
Rendez-vous le 15 du mois
Cela fait des années que le 1er-Mai n’est plus ce qu’il était. Certes, le muguet fleurit toujours, mais les militants communistes ne tiennent plus le marché des vendeurs à la sauvette, et les militants syndicaux ne tiennent plus le pavé aussi nombreux qu’autrefois. Déclin des uns, fatigue des autres, résignation de tous.
Il ne faudrait pas pour autant en conclure que la France est désormais prête à ces réformes qu’elle a si longtemps repoussées. Si les Français, à en croire les sondages, comprennent de plus en plus la nécessité de faire des efforts, c’est le plus souvent pour les autres : oui à la maîtrise des dépenses de santé, sauf pour mes propres remboursements… Et si l’opinion publique intègre peu à peu la notion de rigueur, ce n’est évidemment pas au point de trouver désirable ce qui s’annonce douloureux.
On en aura une idée assez précise le 15 mai prochain, jour de grève de toutes les fonctions publiques organisée par tous les syndicats. Beaucoup plus que lors des manifs du 1er-Mai, ce sera l’occasion d’une grand’messe sociale comme savent encore en célébrer les purs, les durs : les camarades fonctionnaires syndiqués. C’est là que se concentre ce qu’il reste de vraie puissance aux syndicats ; c’est là que se trouve la sourde menace sociale.
C’est l’autre défi de Manuel Valls, plus dangereux que le « groupe des 41 », plus imprévisible, plus difficile à gérer : le défi de la rue. On l’a vu en 1995, avec le phénomène spontané des grèves par procuration : ceux du privé qui ne pouvaient pas prendre le risque d’arrêter le travail avaient en quelque sorte confié leur colère aux bons soins des fonctionnaires et agents publics en grève. C’est ce genre de mouvement hautement inflammable qui peut rapidement faire basculer une opinion publique démoralisée, et que le gouvernement doit maintenant surveiller.
La mémoire courte
La mémoire courte
Une chose me fascine particulièrement dans la politique française, c’est la capacité d’oubli. Alain Juppé fut longtemps d’une extrême impopularité après l’une des plus longues grèves de l’histoire de France en décembre 1995 qui a mis la France à genoux quand il était Premier ministre. Depuis quelques mois, il caracole bien loin en tête des personnalités les plus populaires. En appelant à voter Hollande en 2012, François Bayrou porte la responsabilité directe et personnelle de la situation que nous connaissons. Le voilà second de ce même classement! MAM est au devant de la scène politique depuis 25 ans. Ses turpitudes en Tunisie ont sérieusement plombé l’ex majorité mais il n’empêche: la revoici, comme si de rien n’était, tête de liste UMP! Et encore, non satisfaite de son futur salaire à Strasbourg. Par ailleurs, les sondages annoncent une percée du fn au Parlement européen comme si tout était oublié, soudain évaporé, disparu, des provocations monstrueuses de ce mouvement, notamment relatives à la deuxième guerre mondiale. Enfin du côté du PS, tout est passé à la trappe, des révélations sur son créateur, François Mitterrand à Vichy, des multiples condamnations par la justice de ses dirigeants, des calamités nationales engendrées par sa gestion passée. Oublier, vite oublier, passer à autre chose: tel est la pain quotidien de cette lamentable classe politique que la France porte sur son dos comme un fardeau. "Tout peut s’oublier" comme dit je ne sais plus quelle chanson. La mémoire des peuples est courte et cette amnésie générale est l’outil du mépris et de toutes les manipulations. Je l’ai toujours pensé: ouvrir un livre d’histoire, quel qu’il soit, est le premier acte de résistance.
Les rendez-vous de mai
Les rendez-vous de mai
Qui contestera qu'en ce 1 er mai, les tonitruants appels à la mobilisation de Marine Le Pen ont prévalu sur les propos discordants des leaders syndicaux ? Sans doute faut-il voir dans cet accaparement par le FN du rituel déclinant du 1 er mai le signe d'une époque tourmentée. Face à la crise, et à un pouvoir politique qui les déçoit, les syndicats se divisent quand le parti d'extrême droite, à l'inverse, « surfe » sur le mécontentement populaire pour distiller ses idées populistes. Et pendant qu'un sondage Ifop, pour Atlantico.fr, nous apprenait hier que 68 % des Français ne font pas confiance aux syndicats, d'autres sondages placent le FN (avec près de 25 % des suffrages) en tête des partis politiques pour les élections européennes du 25 mai prochain.
Assez curieusement, seuls la CFDT et l'Unsa ont placé leur maigre rassemblement d'hier sous le signe d'une Europe « qui peut être une solution » alors que la CGT, FO, FSU et Solidaires défilaient contre l'austérité. On mesure bien combien se creuse de nouveau le fossé entre syndicats réformistes et syndicats contestataires, seulement réconciliés l'espace d'un quinquennat dans le rejet du sarkozysme.
Pas sûr qu'après ce rendez-vous manqué du 1 er mai, les syndicats retrouvent la cote avec la promesse d'un vrai défilé unitaire le 15 mai pour la défense des fonctionnaires et contre le gel du point d'indice. Certes, dans le secteur public, qui reste leur fonds de commerce, les organisations syndicales disposent de 47 % de taux de confiance. Le mouvement syndical, que n'honore pas en ce moment l'indécent préavis de grève des pilotes d'Air France, demande à se refonder en se détournant du clientélisme.
Comme doivent le faire aussi les partis politiques incapables de porter un discours cohérent avant l'échéance des européennes. Si Marine Le Pen parle net, les autres, minés par les dissensions internes, appellent timidement à voter pour l'Europe tout en lui imputant des manquements qui sont de leur fait. L'Europe est aujourd'hui au milieu du gué. Fera-t-elle, le 25 mai, lors d'un rendez-vous crucial, un pas en arrière ?
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